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| Laurent Jerry | # Posté le 18/01/2008 à 17h59 - Citer |
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| Halte-là, c'est un sujet susceptible de polémique lourde ! Comme je les aime . . . Voilà, confronté comme vous à l'actualité politique, nationale et surtout internationale, je me demande de plus en plus quelle place a l'art en général et la littérature en particulier dans ces débats. Avec en particulier la double tentation d'anachronisme et de réécriture de l'Histoire (la vraie, cette fois). Et des places de "vainqueur" et de "vaincu" dans cette littérature.Que ceux qui ont peur de lire des phrases choquantes passent leur chemin. Je vous parlerai pour illustrer tout cela surtout de l'Europe Centrale et Orientale, parce que c'est ce que je connais le mieux et aussi parce que c'est sans doute un des endroits du Monde où la littérature, la consience des peuples et l'actualité se rejoignent le plus parfaitement. J'ai lu l'an dernier plusieurs romans consacrés en particulier à la Russie, la Pologne, l'Ukraine et l'ex-Yougoslavie (1). J'écris "romans" mais ce sont des ouvrages à valeur historique quoique romanesque, et particulièrement documentés. Je voudrais en particulier évoquer James A. Michener, et, en vis-à-vis, Vladimir Volkoff, récemment disparu. Michener, dans Pologne, parle d'un pays martyr, écrasé entre des voisins puissants, dont les habitants vivent avec un sabre dans la main droite (pour repousser leurs ennemis impérialistes - et souvent impériaux d'ailleurs) et une truelle dans la main gauche (pour reconstruire après la victoire un pays dévasté). Les voisins en question, l'Ennemi comme il serait convenu de l'appeler, sont successivement les Tatars, les Teutoniques, les Prussiens, les Suédois, les Turcs, les Autrichiens, les Allemands, et, bien entendu, les Russes. Cette vision des choses est exacte, bien entendu. Il serait vain de la nier. Mais elle est extrêmement partielle et fragmentaire. Elle fait surtout l'impasse sur une domination totale de la Pologne sur cette région pendant trois siècles (C'était le pays le plus étendu d'Europe pendant tout le XVI° siècle), sur un impérialisme indéniable et une morgue incroyable envers les autres États. Vladimir Volkoff, dans la trilogie des "Hommes du Tsar" (Les Hommes du tsar - Les Faux Tsars - Le Grand Tsar blanc) montre au contraire une Pologne agressive, imbue d'elle-même, et même un peu barbare ; et une Russie faible et en désarroi. Vision inhabituelle, troublante . . . et on dirait "non politiquement correcte". Mais pourquoi ne serait-ce n'est pas correct ? Parce que nous avons pris l'habitude - et à raison - de considérer que la Russie est le "hors-la-loi" du droit international ? Parce qu'il y a eu Staline et qu'il y a maintenant Vladimir Poutine (ou son pantin Medvedev) ? À cause de Katyn, de Soljenytsine, du goulag, de Tchernobyl ? À cause de Beslan, du Koursk, de la Tchétchénie ? Parce que la Pologne a perdu le droit à l'existence pendant 124 ans ? Parce qu'elle a souffert plus que n'importe quel autre pays entre 1939 et 1945 ? Continuons avec Volkoff. Dans La crevasse, il écrit sur la Serbie, et sur les Serbes de Bosnie. Ces derniers sont considérés par "l'opinion publique" mondiale (2) comme des assassins, des génocidaires et de dangereux expansionnistes : et ce, de tout temps. C'est une aberration, les Serbes ont toujours étés oppressés ou du moins colonisés depuis l'Antiquité, par l'Empire Byzantin, l'Empire Ottoman, la Hongrie, l'Autriche, la Croatie . . . oui, la Croatie ! Il ne faut pas oublier que, pendant la guerre de 1939-1945, les Oustachis croates étaient alliés des nazis, contre les Serbes pro-communistes. On prend conscience, à lire Volkoff, que celui-ci écrit à rebours des opinions communément admises, et donc prend la peine de choquer son lecteur (faussement) habitué à un point de vue "unique" (3) . On dit souvent que l'Histoire est écrite par le vainqueur. Les histoires, elles, sont écrites par le présent, en plaquant les réalités actuelles sur le passé et en commettant ainsi des anachronismes lourds de conséquences . . . comme le fait, j'ai le regret de le dire, Michener. Ce qui est dommage car c'est un remarquable romancier. Feu Vladimir Volkoff aimait apparemment beaucoup se lancer dans des tentatives qu'on pourrait considérer comme "perdues" . . . à ce titre, écrire Le tortionnaire, qui parle d'un officier français durant la Guerre d'Algérie, fut un véritable acte de bravoure à l'époque on dénonçait les Aussaresse et autres bourreaux. Un courage et surtout une lucidité que bien peu d'écrivains peuvent se vanter d'avoir eu au cours de leur carrière. J'ai écrit cette tribune (que j'imaginais depuis longtemps) suite aux informations de ce matin, qui montrent les Serbes de plus en plus intéressés par la Russie au détriment de l'Union Européenne, et ladite Russie de plus en plus "européanophobe", refermée sur elle-même, enthousiaste de Vladimir Poutine (79 % d'intentions de vote !!), violemment hostile aux États-Unis . . . vues de France et de 2008, ces nouvelles semblent illogiques, aberrantes. Et si la littérature nous donnait des clefs pour comprendre ces "autres" qui ne réagissent pas suivant notre logique ? Et si nous sortions de notre tour d'ivoire pour essayer de comprendre, à travers leur poésie, leur art, leurs livres, ces peuples qui nous dérangent ? Et si le beauté et l'ouverture à la beauté pouvaient vraiment sauver le Monde ? Laurent Jerry (1) C'est là que je prends conscience de mon âge, quand je me rends compte qu'une fraction non négligeable de la gent encrière n'a connu ni la Yougoslavie ni a fortiori l'URSS. (2) Qui, comme le fait très justement remarquer Volkoff, correspond en fait à quelques journalistes des 20 ou 25 pays dits "développés". (3) "Unique" non parce qu'imposé, comme dans un état totalitaire, mais parce que commun et véhiculé par les médias au jour le jour, sans suffisamment de recul. À ce titre, je ne peux que conseiller à tous de lire Globalia, de Jean-Christophe Rufin, qui montre l'aboutissement du système éditoraliste, informatif et médiatique de notre Occident, et bien sûr les écrits politiques de Václav Havel, qui démontent l'asservissement de la pensée de tous par tous dans un système post-totalitaire. Modifié le 18/02/2008 à 00h21 par Laurent Jerry ![]() A świstak siedzi i zawija je w te sreberka Faculté d'Insignifiance Comparée - Chaire d'Urbanisme Callikinitopolistique. |
| Flammyst | # Posté le 18/01/2008 à 19h14 - Citer |
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| J'aime bien les polémiques, je reste Blague à part, personnellement, je vois pas ce qui est choquant, peut-être parce que je pense un peu comme toi, même sans toutes les connaissances et les lectures historiques ^.^' Le seul livre " roman historique" que j'ai jamais lu, c'était guerre et paix, et je dois dire que j'ai eut du mal à le finir à cause de toutes les batailles décrites --' Mais c'est vrai qu'il m'avait fait réfléchir, parce qu'il n'y a pas du tout la même vision de Napoléon. J'ai une copine qui à lu énormément de livres sur Napoléon justement, et la vision des pays est très différente à chaque fois. Moi je dois dire que ça me fais un peu peur dans le fond, parce que bon, si ça se trouve, il y a dans l'histoire des "Hitler" qui ne sont pas reconnu comme tel parce qu'ils ont gagnés, et que les perdants n'ont pas eut l'occasion d'écrire leur vision des faits. Parce que bon, quand on prend du recul, oui le génocide des juifs c'était horrible et tout et tout (je ne dis pas le contraire hein, me faite pas dire autre chose), mais quand on y réfléchis, dans l'Antiquité, ça c'était aussi produit, et pourtant, on en parle plus. Da,s deux mille ans, on pourra donc de nouveau tuer joyeusement un peuple parce qu'il n'y aura plus le souvenir collectif, super --' C'est là qu'on se rend compte que l'actualité est vachement importante. On peut avoir un massacre récent (je n'ai pas une culture très étendue sur ce point donc pitié, me jeter pas de tomates si je me trompe XD) mais les turques, il me semble, n'ont pas fait des choses très euh... "Sympatique" envers les libanais (j'ai un parain libanais, quand j'ai eut une proposition de voyage en Turquie, je peux vous dire que j'en ai entendu parler --') pourtant, on en parle beaucoup moins (enfin, j'en ai entendu parler beaucoup moins) que le génocide juif. D'accord, le génocide juif était bien pire, mais dans ces cas là, on peut vraiment parler de pire ou de moins pire? :/ Perso je pense pas mais bon... A plus forte raison, les livres sont extrêments importants, les livres qui "survivent" au temps. Parce qu'au final, c'est eux qui donne l'actualité, et donc qui raconte ce qui s'est passé, mais quand on se rend compte que ces livres donnent différent point de vue, ou passe même parfois plus ou moins à la trappe des évênements moindres, comment on fait ? Parce que c'est bien gentil de dire "oui, il y a les ordinateurs, on a des super bases de données pour toute l'histoire actuelle, patati patata", au final, soit ces données sont tellement subjective qu'on peut les mettre à la poubelle, soit au contraire et elles sont tellement neutre qu'on est obligé de se rabattre sur les livres. 'Fin voilà, chais pas si j'ai vraiment répondu à ton post Laurent Jerry, mais c'est un peu la vision que j'en ai. Avec une seule vision des évènements, on est obligé de se tromper, et c'est pour ça qu'on arrive à des situations comme les guerres d'idéaux :/ Parce que bon, au final, idéaux restent un peu les mêmes, c'est juste les manières de l'atteindre qui changent. Le pire je trouve dans les cas où un seul point de vu aveugle, c'est pendant la colonisation (je le fais justement en Histoire). C'est dingue la vision qu'avait les métropoles, et après on s'étonne que les indigène n'est pas été content *lève les yeux au ciel* Vraiment je comprends pas. C'est pour ça qu'il faut pleins de beaux livres de tous les payx, comme seuls les beaux livres restent, pour avoir une vision la plus large possible 'Fin voilà, j'ai encore réussi à raconter ma vie, et à tous les coups j'ai fait un Hors-sujet --' (C'est ma grande spécialité en ce moment, 6 en philo grace à ça xD *sort*) |
| Laurent Jerry | # Posté le 24/01/2008 à 13h57 - Citer |
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| Merci pour ta réaction. Je me demandais à quel point mes idées étaient un délire obsessionnel ou exprimaient une parcelle de raison. J'ai laissé passer quelques jours, histoire de ne pas réagir à chaud. Il ne s'agit pas uniquement de perdants et de gagnants. Il est aussi question pour moi d'une liberté de penser et d'exprimer. Par exemple, pour moi, puisque tu prends ces deux exemples, il est inutile et aberrant historiquement de nier la réalité du génocide juif de la Seconde Guerre Mondiale comme celle du génocide arménien de la Première. (Concernant un génocide libanais, je n'en avais jamais entendu parler, et pourtant j'ai lu pas mal d'Amin Maalouf ces temps-ci. En tout cas, il est certain que les Libanais étaient des citoyens de "seconde zone" dans l'Empire Ottoman). Bien. Mais est-il vraiment nécessaire de créer un texte de loi qui inscrive dans notre Journal Officiel (français, excusez-moi pour les non-hexagonaux) la reconnaissance de ces catastrophes qui n'ont pas eu lieu sur notre territoire ? À l'inverse, toute une "littérature" se développe, principalement en provenance d'Iran, pour nier la réalité de l'Holocauste et pour comparer l'occupation de la Palestine par Israël à celle de la Pologne par les nazis. Et cette littérature, faute d'un contrepoids digne de ce nom dans nombre de pays musulmans, est acceptée comme la vérité, ce qui est aberrant. Encore de même, Tom Clancy, d'ordinaire relativement bien documenté (en particulier sur l'URSS), a écrit récemment L'Ours et le Dragon et Code SSN, deus de ses fameux thrillers mettant en scène la Chine. Et c'est un tissu de stupidités trahissant une méconnaissance totale et un paranoïa incroyable envers ce pays. Preuve que Clancy, au lieu de laisser transparaître un discours pondéré, au lieu de relativiser les notions d'ennemi, de bien et de mal, a laissé un sentiment sinophobe devenu banal aux États-Unis guider son propos. Ses livres, de documentaires (quoique romancés) qu'ils étaient, deviennent idéologiques, et porteurs d'une idéologie particulièrement dangereuse. Quand on sait que Tom Clancy est lu et admiré par des dizaines de millions de personnes, cela donne froid dans le dos. Et puisque j'ai commencé en parlant de l'Europe centre-orientale, je vais continuer. Celui "grâce" à qui Catherine II de Russie a eu les mains libres pour démanteler la Pologne, c'est Voltaire. Le patriarche de Ferney, toujours si prompt à voir et à dénoncer les injustices, à prôner la raison et à attaquer l'oppresseur, s'est fait berner comme un béotien par la rusée impératrice. D'autres l'ont été. Seulement, un homme auprès de qui la moité de l'Europe quête conseil est tenu à une certaine rigueur dans l'examen des faits. Il eût été moins crédule, et l'Histoire eût été différente. (Soit dit en passant, dénoncer en 1755 dans Candide un autodafé de la part de l'Église catholique même portugaise est un anachronisme flagrant. Alors que l'Inquisition ne mettait plus à mort personne depuis longtemps, les États et surtout les jugements populaires expéditifs le faisaient allègrement). Ce que je reproche à Michener, c'est de vouloir croire que tout est simple et binaire, alors qu'en Histoire tout est toujours à nuancer. Il n'y a pas de Pologne généreuse, vaillante et victime contre des voisins perfides. La Pologne, contre le conseil de gens particulièrement avisés comme Pierre Mohyla, a massacré et opprimé les Cosaques, les Orthodoxes et les Juifs pendant cinq siècles. Il n'y a pas seulement la Pologne martyre agonisant sous le fouet après le Traité de Vienne. Pendant tout le XIX° siècle, les Polonais continueront de leur côté à dominer Lituaniens et Ruthènes, au point de leur interdire de fait l'emploi de langues nationales. Comme l'a remarqué très justement Umberto Eco dans Six promenades dans le bois du roman et ailleurs, la littérature mal renseignée, que ce soit volontairement ou non, est une source d'erreurs gravissimes pour des lecteurs crédules. Le pire exemple étant Les protocoles des Sages de Sion, accumulation de stupidités diffamatoires piochées çà et là, en particulier dans Le Juif errant d'Eugène Sue, et qui, prise au pied de la lettre par un déséquilibré mental, a conduit à la Solution Finale. La littérature est donc bien une arme de guerre, et c'est en tant que telle qu'il faut faire très attention en la maniant. C'est-à-dire en la lisant comme en l'écrivant. Modifié le 24/01/2008 à 14h01 par Laurent Jerry ![]() A świstak siedzi i zawija je w te sreberka Faculté d'Insignifiance Comparée - Chaire d'Urbanisme Callikinitopolistique. |
| Athéna | # Posté le 30/01/2008 à 21h08 - Citer |
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| Hum. Of course ça peut servir à tout et à n'importe quoi... Of course c'est dommage que de bons bouquins veulent faire passer une idéologie pernicieuse... Of course quand on sait pas on dit pas et il y en a trop qui disent... Mais c'est vieux comme le monde. Donc, à part développer son esprit critique et écrire soi-même des livres intelligents en parlant de ce qu'on connaît... Ma première rencontre avec quelqu'un qui ne pensait pas comme moi dans un livre, ça a été Guerre et Paix, justement... Très, très déstabilisant de voir Tolstoï considérer les Français comme des ennemis et Napoléon comme un imbécile. Après ça, j'ai arrêté de croire tout ce que je lisais. Et à propos d'idéologies dans un bouquin, est-ce que faire passer des idées politiquement correctes, ça ne sert pas, surtout, à...vendre? (Oui, je pense au Da Vinci Code) (Michener, connais pas, mais Volkoff, c'est mon Dieu )Et j'ai connu l'URSS, moi! Pendant douze jours. A propos d'opinion publique, j'ai entendu dire quelque chose qui m'a beaucoup intéressée, et qui explique qu'elle soit aussi, euh, déficiente mentalement: les journalistes qu'on envoie en reportage, ce sont ceux qui n'y connaissent rien, pour qu'ils ne soient pas de parti pris et qu'il aient un regard neuf sur ce qui se passe... cherchez l'erreur. Au passage, sur Voltaire: la question qu'on m'a posée en entretien à mon dernier oral de français, c'était 'Voltaire et la tolérance', et il a fallu que je montre qu'il n'était PAS tolérant. Bref, tu n'es pas le seul à penser ça de lui. Les 'quelques arpents de neige', on les a toujours dans le gosier, d'ailleurs... You may say I'm a dreamer, but i'm not the only one... |
| Vendredi 13 | # Posté le 30/01/2008 à 22h03 - Citer |
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| Oulala... Sujet profondément philosophique et développé, il faut absolument que je mette mon grain de sel. De toute façon, écrire un livre, c'est exprimer son opinion. Pernicieux, pas pernicieux? Les exprimer dans autre chose qu'un essai, c'est forcément les faire avaler au lecteur sous-moyen. Quant à la Pologne et les nazis comparé à palestine et Israël... Peut-être pas à ce point, mais on en dit ce qu'on veut, c'est propprement scandaleux, ce qui se passe là-bas! Je connais des gens qui sont partis en Palestine, ils pensent qu'Hitler n'a pas termibé son travail correctement! (et non, je n'ai pas dit que je le pensais, juste que je rapportais des propos que j'ai entendus) Enfin, si des auteurs ont la flemme de se documenter sur un sujet, ils sont nuls, c'est tout! Ils veulent faire passer leurs idées sans les avoir confrontées au vaste monde... Et des gens les croient. Seule solution: virer parano, ne croire que ce dont on a tellement entendu parler que ça ne peut qu'être vrai... un de mes profs de français nous parlait comme ça. 'Tchernobyl a probablement existé, par recoupement d'informations on peut penser...' Pas tellement envie. Enfin. Bien dit, l'histoire est écrite par les vainqueurs, suffit de lire mon livre d'histoire pour s'en convaincre. Modifié le 30/01/2008 à 22h04 par Vendredi 13 Hakuna Matata |
| Kventino | # Posté le 16/02/2008 à 17h40 - Citer |
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| Bon, désolé, j'ai pas le temps de tout lire. Mais quelques petites choses sur les deux premiers messages et celui d'Athéna (avec qui je ne suis toujours pas d'accord ... mais on devrait finir par trouver un sujet où on est d'accord, non ?) - ah et avant que j'oublie, très bon sujet. D'ailleurs si vous voulez juste ma réponse au sujet allez directement au dernier paragraphe Tout d'abord Laurent Jerry, sur le fond j'ai rien à dire. Nous ne devons pas juger le passé avec nos œillères du présent. Nous n'avons pas non plus à faire le contraire. Que les Serbes aient longtemps été un peuple opprimé ne les autorise pas et ne les autorisera jamais à commettre des opérations de "nettoyage ethnique". Ça me permet de faire un petit rectificatif de ta note : les "intellectuels" auxquels tu fais allusion, en tout cas Bruckner, n'a jamais dit que les Serbes de Bosnie était une clique sanguinaire. Mais ce n'est pas parce qu'on trouve scandaleux tout discours raciste que l'on est contre l'ensemble du peuple qui tient, au moins en partie, ce discours. C'est intéressant parce que sujet tient une grande place dans la tentation de l'innocence. Il ne s'agit pas de faire des comptes macabre : "moi tu m'as fait ça, donc j'ai le droit de faire ça, moi je suis plus une victime que toi". Ça s'appelle la loi du talion et c'est une connerie biblique (désolé, j'ai pas pu m'en empêcher), et ça marche ou marchait particulièrement bien dans des endroits très stables et très pacifiques commençant par I et/ou P : Israël/Palestine, Inde/Pakistan, Irak, Irlande, ... Pour Flammyst : non rien ne "vaut" les génocides nazis (c'est-à-dire contre les juifs, mais aussi les tziganes, les slaves, et, si on peut appeler ça un "gène"ocide, les homosexuels). Parce qu'en effet, pour les génocides, on dépasse tellement l'horreur qu'on ne peut s'arrêter à un bilan humain. Ce que les génocides nazis ont de "plus terrible" c'est que, pour la première fois, un peuple ou un groupe religieux (je persiste et persisterai s'il le faut : les juifs ne sont pas un peuple, il forment une communauté religieuse) a couru le risque d'être entièrement massacré (il s'agit de plusieurs millions de personnes), dans un système entièrement rationalisé, industriel, c'est-à-dire que, c'est horrible à écrire mais c'est le mot, on massacrait à la chaîne. Ce que les génocides nazis ont de si terribles, c'est que non, le progrès n'est pas forcément positif, et surtout que tout le monde savait. Peut-être pas tout, mais au moins une partie. De l'habitant de Weimar ou autre ville à proximité au peuple occupé qui voyait son voisin se faire embarquer par la police locale et même aux Américains, tout le monde savait qu'on n'emmenait pas les juifs et autres à Disneyland. Avec la Seconde Guerre mondiale, on se rend compte que l'on pourrait très bien tuer 100 millions d'hommes en très peu de temps (si je ne m'abuse, on en était déjà dans les 40 millions en 6 ans). Ce qui n'empêche pas que tous les massacres sont horribles, surtout les massacres de masse : qu'il s'agisse du génocide arménien (dont tu veux sûrement parler), du génocide des acadiens, des multiples massacres et pogroms qu'ont subi les juifs, de tous les massacres de minorités, on est d'accord, c'est horrible. Mais les peuples criminels n'ont pas à expier éternellement leur faute. Il n'y a rien de plus incultement stupide que de considérer les Allemands comme des nazis ; outre les conditions d'arrivée au pouvoir d'Hitler - non, il n'a jamais été élu. En 1932, lors de l'élection présidentielle, il a récolté 40 % des voix. C'est beaucoup, mais je rappelle à ceux qui ont des problèmes avec les maths que ce n'est pas la majorité. En revanche, son parti a récolté un tiers des voix. Comme Hitler refusait d'entrer au gouvernement à un autre poste que chancelier et que tant qu'il n'entrait pas au gouvernement, il entretenait un climat de violence généralisée, Hindenburg n'avait pas d'autre choix, d'autant plus qu'une large partie de la gauche pratiquait la politique du pire. Tant pis, je voulais pas développer, mais c'est fait. Outre ses conditions d'arrivée au pouvoir, donc, les Allemands d'aujourd'hui n'ont pas à payer pour une partie des Allemands d'avant-hier. Ceux qui avaient le droit de vote en 1933 vont sur leurs 100 ans, quand ils ne les ont pas dépassés. Même Günter Grass, qui est maintenant un des plus grands socialistes et un des antifascistes les plus sincères, s'était engagé dans la Waffen-SS pendant la guerre. Voilà je sais vous avez pas dit le contraire mais j'avais envie de le dire parce que j'en ai marre d'entendre ce genre de conneries. En plus, non seulement les Allemands n'ont pas de leçons à recevoir, mais ils en ont encore moins à recevoir de nous, Français. Je me suis complètement éloigné du sujet, je vais donc tenter un timide lien. En fait non. Je préfère assumer : je vois vraiment pas comment faire le lien, si ce n'est que la culture allemande est une des cultures les plus riches et les plus dignes d'intérêt (arrghh y a pas de mot en français ... en esperanto ça donnerait malkovrinda, digne d'être découverte, et même koninda, digne d'être connu), tiens d'ailleurs c'est ça aussi qui est choquant : la banalité du mal. C'est pour ça que, Laurent Jerry, ton petit couplet sur le beau et la beauté, c'est bon pour Platon. L'ouverture d'esprit à la rigueur. Mais y a du boulot. Pour ma part je pense que ce qui manque c'est une "humanité", une identité humaine, qui ne supprimerait pas les particularités mais au contraire les sauvegarderait. Mais une humanité quand même, des valeurs communes, "de base", mais je me rééloigne du sujet. Donc, pour revenir au sujet, tu en as mêlé deux pas tout à fait pareils (des sujets) : écrire le politiquement incorrect et décrire des choses ignorées. Ça peut se recouper, mais ça n'est pas la même chose. Sauf si tu considères que Michener (que je ne connais pas) écrit de ce point de vue parce que c'est l'opinion dominante. Je pense, mais je peux me tromper, que c'est l'inverse : c'est l'opinion dominante parce plein de gens ont écrit de ce point de vue. Rien n'est jamais neutre. Quand ça nous ouvre l'esprit, on trouve ça très bien (quand on est cultivé), mais ton Volckoff (que je ne connais pas non plus) a un parti pris aussi discutable : il n'a pas écrit sur les Russes et les Serbes bosniaques pour le plaisir. Je viens de regarder, la crevasse est sorti en 1996. Hmmmmmmmmmm, sûrement une date anodine, il ne se passait rien de spécial à ce moment. Personnellement, je trouve que cette justification de crimes commis récemment par des crimes subis auparavant est malsaine. Mais c'est mieux expliqué dans la tentation de l'innocence. Bon j'en arrive à Athéna. Déjà il existe une locution française merveilleuse : bien sûr. C'est comme ça qu'on traduit "of course". Je ne voulais pas te laisser dans l'ignorance. Mais c'est secondaire. Ah bin si en fait on se rejoint sur une chose : on ne croit pas tout ce qu'on lit. Guerre et paix est un double manuel de propagande : pour la "Sainte Russie" et pour la philosophie de l'Histoire de Tolstoï. Je suis d'accord avec lui sur l'Histoire. Je le suis moins sur sa vision des Français, même si c'est vrai que ni 1808 ni 1812 ne se justifiaient pour Napoléon. Moi, je préfère Bonaparte à Napoléon. Mais n'oublions pas que le tsar l'avait trahi. Mais s'il y a bien un livre subjectif, c'est Guerre et Paix. Voltaire n'était pas tolérant ... je n'ai pas vu la référence initiale (sûrement de L'orange rit) mais tu auras du mal à m'en convaincre. Tu défends sûrement Rousseau, si tu es contre Voltaire. C'est vrai que Rousseau était un exemple de tolérance. Alors oui Voltaire était antisémite. Enfin sa grande oeuvre, c'est pas une oeuvre antisémite. C'est assez rare pour le signaler : son antisémitisme est mineur. Si tu préfères aller "brouter l'herbe avec les vaches" ... Modifié le 16/02/2008 à 17h43 par Kventino "Ce garçon doit apprendre deux choses de moi : à m'obéir et penser par lui-même" |
| Laurent Jerry | # Posté le 18/02/2008 à 00h13 - Citer |
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| Kventino, je suppose que tu t'attendais à ce que je réponde, et de toute façon j'avais l'intention de le faire. Pour « la beauté sauvera le monde », je ne pensais pas à Platon, mais à Dostoïevski. Je révère profondément cet auteur plus peut-être que tout autre pour cette raison : c'est le seul qui a osé aller au bout de convictions que je qualifierais de nihilistes avant d'en revenir complètement pour une foi d'enfant (le terme « foi » ne s'appliquant ici et pour lui pas uniquement dans un cadre religieux, mais aussi humaniste et patriote). Et qu'ainsi il peut parler de ce qu'il combat en pleine et entière connaissance de cause puisqu'il en a été le thuriféraire. C'est le double mouvement de Crime et châtiment : tout d'abord croire en la beauté d'un crime qui débarrassera la terre d'un être nuisible et malsain, ainsi qu'en la beauté du crime lui-même... et finalement prendre conscience que rien, absolument rien, ne peut justifier le crime, quelques bonnes que fussent les prétendues "raisons" initiales. Parce que rien n'est supérieur à l'homme, même pas l'œuvre d'art sublime. L'homme est lui-même cette œuvre d'art sublime. Remarque que cette idée n'est pas partagée par tous. Lors du 11 septembre 2001, le compositeur Karlheinz Stockhausen a déclaré que l'attentat en lui-même était une œuvre d'art, ce qui lui a valu une pluie de critiques acerbes. Dieu sait que les réactions à brûle-pourpoint des Américains quand ils sont échaudés m'énervent. Mais là, je crois que même si Stockhausen se situait déjà loin en-delà du point de vue de la plupart de ses détracteurs, il se situait à mon sens en-deçà de ce qu'il eût dû, et donc qu'il avait tort d'énoncer cette affirmation. L'art étant ce que l'homme peut produire de plus beau, je crois que, quelque soit la valeur « esthétique » qu'on puisse donner à un attentat, on n'a pas le droit de qualifier d'œuvre d'art une tuerie. À la rigueur la qualifier d'efficace, de bien conçue. De fait, les membres d'Al-Qaïda ont passé des mois à concocter, finement et « amoureusement », un projet extrêmement bien construit. Mais de mort et de destruction. En fait, je n'arrive même pas à concevoir la tournure d'esprit qu'il faut adopter pour adhérer à une telle ignominie. Il y a un film dont j'ai oublié le titre qui parle de cela : jusqu'où ont le droit d'aller des résistants qui veulent empêcher les nazis d'emporter des tableaux de Paris vers l'Allemagne ? Pour moi la réponse est évidente. Mais il m'a fallu des années à l'accepter... et c'est bien que cela ait pris des années. Ainsi, je suis certain que c'est avec tout mon doute que j'en suis persuadé. * * * Moi aussi je m'écarte du sujet. Recentrons-nous. Je ne voulais pas spécialement parler de Bruckner, que je connais d'ailleurs très mal. Mais tu as parfaitement raison pour la stupidité biblique de la loi du Talion, à deux réserves près. La première, c'est que lors de l'adoption par Israël de cette loi, elle constituait un immense progrès par rapport au cycle de vendetta pré-existant. la seconde, c'est que cette loi a été transcendée par un certain Jésus de Nazareth qui a dit (Évangile selon Matthieu, chapitre 5, versets 38 à 42) : « ... je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l'autre [...] » * * * Pour en arriver au cœur de ce que je voulais répondre. À mon sens, il n'y a pas contradiction dans ce que j'écris. Oui, je parle d'une part de politiquement incorrect et d'autre part de choses ignorées. Mais justement, c'est ce que je reproche à Michener : écrire sur des évidences, évidentes parce que trop répétées, trop exaltées, trop romancées. Écrire ce qui plaît au lecteur parce que cela le conforte dans son opinion qu'il y a « des gentils, des méchants ». En occultant (« choses ignorées ») les côtés obscurs de la « victime », les souffrances de « l'oppresseur ». En clair : écrire sur les souffrances du peuple polonais, c'est utiliser le lit facile de la Guerre Froide, de la russophobie, de la polonophilie inhérente à tant d'Américains pour une simple raison démographique (je rappelle que la première ville polonaise au monde est Chicago). Écrire de cette manière, c'est occulter tout ce que la Rzeczpospolita (République nobiliaire polonaise du XV° au XVIII° siècle) a fait subir aux Juifs, aux Ruthènes, aux Cosaques. C'est donc ne voir l'histoire que d'un seul point de vue. Ce qui est une aberration intellectuelle. C'est se berner des illusions romantiques entretenues tout au long du XIX° siècle par l'intelligentsia réfugiée à Paris, en particulier Adam Mickiewicz et Henryk Sienkiewicz. Illusions parce que présentant la réalité de manière partielle et donc partiale. Tout le problème vient justement de cette Seconde Guerre Mondiale qui est au cœur des débats. Et en particulier de la Shoah. Pourquoi ? Parce que lors de la Shoah, c'est une des rares, sinon la seule occasion, de toute l'histoire du Monde, où l'on a pu clairement identifier un agresseur qui ne soit qu'oppresseur, et une victime qui ne soit qu'oppressée. Adoptant cette aune, on court l'immense risque de vouloir y soumettre tous les évènements de l'Histoire. Extrêmement dangereux. En soi, je ne défends pas le point de vue de Vladimir Volkoff. Pour moi c'est un auteur qui danse sur la corde raide du scepticisme intellectuel, et qui court à chaque instant le risque tout aussi dangereux de basculer dans la défense inconsidérée d'un agresseur manifeste. Mais justement, il ne tombe pas dans ce piège et accepte de risquer son point de vue réfléchi et plein de recul à l'immédiateté journalistique bien-pensante. Ce en quoi je l'approuve totalement, c'est sa démarche qui consiste à nous faire entendre un autre son de cloche que celui qui nous semble - hélas - évident par paresse intellectuelle. La date de parution de La crevasse, innocente ? Jamais de la vie ! C'est évident que c'est en réaction qu'il a écrit ce roman. Bien sûr ! Mais en réaction à quoi ? À l'hostilité contre les Serbes . . . ou en réaction au discours monolithique pro-Bosniaque et pro-Croate ? Pour nous faire prendre en grippe les victimes de Srebrenica . . . ou plutôt pour nous montrer qu'il y a des bourreaux et des victimes des deux côtés ? Puisqu'on parle d'actualité, revenons à l'actualité très présente : l'élection, qui semble courue d'avance, en Russie. Tous les médias, d'extrême-gauche à l'extrême-droite, nous présentent ces élections comme un simulacre de démocratie (ce qu'elles sont effectivement), et comme un choix unique contraire aux aspirations des Russes (ce qu'elles ne sont pas). Que Poutine se maintienne au pouvoir par des artifices plus que douteux et critiquables, oui ! Qu'il ne soit pas aimé ni souhaité par la population, c'est faux : de fait, il est aimé. Pourquoi ? Il a réussi à sécuriser la Russie, à lui redonner une certaine fierté, à ôter une partie du pouvoir des mains des Mafias, à donner du travail à de nombreux Russes... Aidé en cela par la conjoncture économique et particulièrement par l'appétit incroyable de matières premières de son voisin chinois, certes ! Au prix de massacres de "terroristes" et d'enfants innocents, certes ! Et c'est totalement et irrémédiablement injustifiable. Mais ce n'est pas cela que voit d'abord l'électeur russe, qui sort de quatre-vingts années de dictature et de huit années d'inexistence Elstinienne d'un quelconque État. Ce que fait Poutine, c'est protéger son électeur. De manière un peu plus voyante et un peu plus barbare que la manière dont nous le faisons nous-même... et encore... à peine. Mais qui voudra nous aider à avoir ce point de vue, sinon impartial, du moins ayant la connaissance de l'autre point de vue ? Courrier International ? Laissez-moi rire, je n'ai jamais vu un journal qui ait une telle partialité sournoise sous un tel couvert de diversité d'opinion. Lire la presse étrangère directement à la source ? Exigeant, et difficile de trouver une source qui soit de qualité quand on n'y connaît rien. Pour moi, la meilleure méthode d'accès à la connaissance de la mentalité d'un peuple reste l'art et en particulier la littérature. Je n'irai pas jusqu'à prétendre avec l'amiral Thrawn (C'est bien la première fois que je cite Timothy Zahn et Star Wars dans une argumentation de ce genre !!) que l'art d'un peuple permet de connaître toutes ses stratégies et ses manières de faire la guerre et la paix. Mais tout de même. Personne ne m'a autant appris sur la Russie que Dostoïevski et Tolstoï. Très bonne idée que de citer Günter Grass ! Voilà un écrivain qui joue exactement ce rôle de poil à gratter. Et la réaction quasiment épidermique de beaucoup d'Allemands prouve que leur conscience a diminué. On a le droit de faire des erreurs de jeunesse, et d'en avoir honte, et de mettre des années avant d'oser revenir dessus. Voilà un écrivain qui peut nous en dire plus sur l'Allemagne en quelques lignes que l'épluchage de centaines d'articles du Monde ou même de Die Welt. Pas que ces derniers soient inutiles, bien entendu. Mais ils ne vont pas au cœur du problème. Quant à Voltaire, je n'avais quant à moi pas parlé de son manque de tolérance, mais de sa crédulité, et - justement - de sa partialité en une certaine affaire. Faute de savoir écouter des voix discordantes et pro-polonaises (ce qui n'existait nulle part en Europe en 1774), il s'est contenté de hurler avec les loups, ou seulement un peu plus fort. Accélérant un peu plus le processus de démantèlement. Mais, s'il s'agit de démontrer son intolérance, aucun problème. Certes, le sieur a écrit un jour un axiome resté célèbre et qu'il a souvent transgressé pour son propre usage. Allons-y, citons-le, et ce sera fait. Bien. Beau. Ce qui ressort seulement à la lecture des œuvres de Voltaire, c'est qu'il nous propose une tolérance, d'accord, mais au rabais. Le même genre de tolérance que nous propose « l'opinion publique » (j'ai failli écrire SOS-Racisme... oups !) aujourd'hui. C'est-à-dire une tolérance qui s'interdit et qui interdit toute tentative de réflexion, de compréhension, de changement de point de vue. C'est une tolérance à la Michener, qui défend la veuve et l'orphelin contre le brigand en oubliant que la veuve et l'orphelin sont loin d'être exempts de reproches et que le brigand est aussi veuf et orphelin. Un peu facile. C'est le mouvement contraire de Dostoïevski ou de Volkoff, qui n'admettra une vérité qu'après avoir soutenu de toute sa force l'opinion contraire, l'opinion facile, l'opinion bien-pensante et évidente. Par ailleurs, ce mouvement permet de bien dissocier l'auteur de son œuvre. Ce n'est pas parce je désapprouve la position ou la vie d'un auteur que je dois mépriser sa pensée. J'aime énormément les œuvres de Rudyard Kipling tout en méprisant sa vision du colonialisme (et tout en étant conscient que mon mépris se contente sans doute de trop peu et que je ferais sans doute bien de mieux le renseigner avant d'être aussi méprisant). Sans en comprendre plus que les grandes lignes et sans adhérer à la philosophie de Heidegger, j'en admire pourtant l'ampleur et la rigueur ; mais je ne peux pas pour autant approuver le silence coupable de son auteur face à douze années de nazisme. J'ai tenté de développer ainsi un peu ma pensée tout en te répondant. Le sous-titre disait déjà l'essentiel, mais je suis conscient que l'expression de ma pensée reste très lacunaire. Sur les données historiques, je n'ai rien à redire, je suis d'accord avec tout ce que tu as écrit. Pour finir : Pour moi, la plus grande trouvaille de Dostoïevski, c'est de montrer dans Les frères Karamazov qu'on a beau chercher l'ennemi où l'on veut, dans Smerdiakov, dans Ivan Fiodorovitch, dans Grouchegnka ou même dans Fiodor Pavlovitch, on ne peut pas le trouver. Une histoire sans "méchant". C'est choquant. Oui, mais le méchant, il existe, et chacun de frères le sait, le découvre et l'exprime différemment, quoique toujours avec cette rengaine : Sous-entendu : j'ai l'ennemi en moi-même, je porte le mal "que je ne voudrais pas faire" à l'intérieur de moi. D'où le danger d'une littérature où l'on livre en victime expiatoire un autre, qu'il s'agisse d'un criminel isolé ou d'un peuple. Sans oser se rendre compte de son propre penchant meurtrier. Peut-être seul l'art (1) peut-il enseigner cela . . . (1) L'art...Secret (cliquez pour afficher) ...ou la foi... ou peut-être les deux. Modifié le 02/06/2008 à 15h59 par Laurent Jerry ![]() A świstak siedzi i zawija je w te sreberka Faculté d'Insignifiance Comparée - Chaire d'Urbanisme Callikinitopolistique. |
| Kventino | # Posté le 19/02/2008 à 00h51 - Citer |
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| Bon. Je ne ferai pas de longue réponse parce qu'il est minuit 36 ... 37 maintenant et parce que je suis d'accord avec toi sur l'essentiel. Je ne lirai probablement jamais Heidegger, et son engagement dans le Parti nazi (pour moi, à ce stade, c'est déjà plus que du "silence coupable") me fournit un bon prétexte. Mais je n'ai pas l'intention de lire du Céline non plus, parce que je considère que lire un écrivain en ayant conscience de son engagement, c'est déjà l'approuver ou au moins accepter une part non négligeable de ses opinions comme valable, acceptable. Je sais que c'est un point de vue contestable, mais je m'y tiens pour l'instant. Pour revenir à la loi du talion, ce n'est un progrès que dans l'intention, ou plutôt que dans la formulation, puisqu'elle aboutit justement à justifier la vendetta. Mais ce n'est pas une raison pour être béat devant le fameux tends l'autre joue. Non. Sans vouloir fracasser la tête de celui qui "me frappe sur une joue", j'ai aucune envie de lui tendre l'autre. Jamais je ne cesserai de résister à ceux que je juge "méchant". Mais la résistance, ce n'est pas forcément le non-respect de certaines opinions. Par exemple, je tenterai toujours de montrer à certains qu'un RMIste n'est pas un fraudeur en puissance. Mais je ne considère par forcément quelqu'un qui pense ça comme un horrible fasciste qu'il vaut mieux tuer qu'écouter. (C'est le premier exemple qui m'est venu à l'idée, aucun rapport avec la choucroute). Pour Volckoff, je n'ai pas le Bruckner sous la main, mais je me demande s'il n'en parle pas comme ayant dénoncé un complot anti-serbe, les Serbes étant les pauvres victimes, les "Juifs des temps modernes".Je vérifierai. Courrier International, c'est déjà un début. Quoique je préfère Vocable, même si c'est très ciblé. Pour Poutine, je ne sais pas trop quoi penser. Cet été, j'avais discuté avec - ou plutôt j'avais entendu - un jeune Russe qui nous soutenait mordicus que Poutine était (j'exagère à peine) un bienfaiteur de l'humanité, qui n'avait eu de cesse de lutter contre les oligarques (ce qui n'est vrai que pour ceux qui se dressaient sur sa route). Cette année, j'ai discuté plusieurs fois avec une jeune Russe, qui soutient que la majorité des Russes ne soutiennent pas Poutine, etc. Mais ça ne change en rien le fait qu'effectivement, les médias occidentaux nous présentent sa face sombre (qui est quand même importante). Ce n'est pas manipuler les faits que de montrer cette séquence d'un conférence de presse où, à un journaliste qui lui demande si, à force de tuer des terroristes tchétchènes il ne risque pas de tuer tous les Tchétchènes, il répond immédiatement et très calmement : Si vous voulez devenir terroriste musulman, vous laisser pousser la barbe et vous faire cironcire, je ne vous en empêcherai pas. Je peux même vous donner l'adresse d'un chirurgien à Moscou qui fera ça très bien. Mais il fera en sorte que rien ne dépasse ..." C'est une anecdote, comme ce début de discours devant des FSB où il déclare sur le ton de la plaisanterie "nous voulions reprendre le contrôle de la Russie. C'est chose faite." Mais ces anecdotes me font plus que peur. Pour ma part, je reste convaincu - ce n'est pas tout à fait contradictoire avec ce que tu as dit - que toute œuvre est orientée, de façon plus ou moins marquée et plus ou moins acceptable. Si un jour je deviens essayiste (ce que je n'envisage pas, mais sait-on jamais), je ferai des livres clairement orientés, mais en le précisant explicitement et en prévenant qu'il ne faut pas me lire si on recherche quelque chose de soi-disant "neutre". Et pour revenir à la foi, je pense que s'il y a bien quelque chose qui peut désigner l'autre comme victime expiatoire, c'est bien la foi. Juste, ce n'est pas automatique, la foi a aussi donné naissance à des machins acceptables. Mais, même si j'ai très envie de lire du Dostoïevski - l'idiot est dans ma liste - je n'affirmerai jamais avec lui que, "Si Dieu n'existe pas, alors est permis". Au contraire, je m'efforcerai de montrer que, non seulement c'est faux (je ne chercherai jamais à démontrer que Dieu n'existe pas, car pour moi c'est du domaine de la croyance, autant que la foi en une religion), que si Dieu n'existe pas, tout n'est pas permis, mais qu'au contraire, c'est si Dieu existe que tout est permis. Ah bin fichtre, finalement j'ai bien fait une longue réponse. Tant pis. Ah et au fait, bien sûr que j'attendais une réponse, je n'imaginais même pas qu'il puisse ne pas y en avoir. Ah et puis j'achèterai bien Pelures d'oignons, mais j'ai déjà tellement de choses à lire ... "Ce garçon doit apprendre deux choses de moi : à m'obéir et penser par lui-même" |
| Athéna | # Posté le 19/02/2008 à 19h31 - Citer |
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| !Attention, je raconte ici n'importe quoi! Je ne sais pas si je ferai une longue réponse, mais en tout cas j'en ferai une. D'abord, c'est pas parce qu'on n'aime pas Voltaire qu'on aime Rousseau, et inversement . Je n'aime pas Voltaire, mais je trouve Rousseau atrocement ennuyeux... défaut que Voltaire, au moins, n'a pas.Ensuite, l'intolérance de Voltaire...il était antisémite? J'étais même pas au courant. Par contre, son adorable lettre à Rousseau dans laquelle il lui dit 'on n'a jamais employé tant d'esprit à nous rendre bêtes', et autres gentillesses du même style, et son conseil 'd'aller brouter de l'herbe avec les vaches', tu appelles ça de la tolérance? Et toutes ses critiques de l'Eglise, exagérations diverses (dans Candide, par exemple, tiens... ), et diverses calomnies, hum. Ah, et puis, aussi: Là... Ben, d'abord, tu te prives d'une partie de la littérature non négligeable, ensuite, euh... comment dire? Quand j'étais petite, j'ai fouillé dans la bibliothèque, et j'ai été très choquée d'y trouver un livre de Voltaire. Donc: MOI (huit ans, peut-être un peu plus mais en tout cas moins de dix): Mais Papa, pourquoi vous lisez Voltaire? C'est un horrible anticlérical qui raconte n'importe quoi! Vous ne pouvez pas garder ça dans la bibliothèque, vous pensez comme lui? MON PERE (avec patience): Non, mais par charité chrétienne, il faut lire les arguments de ses ennemis si on veut les faire changer d'avis. Bon, je me doute que la charité chrétienne ça ne vaut pas pour toi... Mais j'imagine que la tolérance, ou la conviction, etc., si. Voilà entre autres pourquoi je lis un peu de tout même si je ne suis pas d'accord avec l'auteur... je ne vais pas me priver de Voltaire qui peut être assez drôle de temps en temps, je veux savoir pour quoi les autres écrivent, et je ne veux pas qu'on puisse dire de moi que je suis moins tolérante et ouverte que mes adversaires en ne lisant pas ce qu'ils écrivent si eux ont lu ce que nous écrivons. Et quant à dire que son opinion n'est pas recevable... hum. Sur quoi te bases-tu pour le dire? Nous avons gagné, donc nous avons raison. Si Hitler avait gagné, Céline serait probablement considéré comme recevable et acceptable... Donc ce serait dommage de s'en priver à cause de ça. Mais là je dévie un peu du sujet. Et je donne dans le sophisme, aussi. Dostoïevski, là, par contre, j'ai toujours eu du mal avec 'Si Dieu n'existe pas, alors tout est permis', qui n'est recevable qu'à la rigueur, si il veut dire que du moment que Dieu n'existe pas, notre existence est vide de sens et qu'on peut faire ce qu'on veut, ça n'a aucune importance. Mais ça voudrait dire que si Dieu existe, alors rien n'est permis et que nous sommes obligés, si nous voulons être sauvés, d'être merveilleux et justes et saints. Et ici on est dans la métaphysique profonde, et je ne commence la philo que l'année prochaine donc il ne faut pas trop m'en demander. Mais j'ai adoré Les Frères Karamazov, Le Joueur En revanche, si Dieu existe, alors tout est permis? Hum, hum. Grave question philosophique. Est-ce que tu ne veux pas plutôt dire que certains interprètent la religion dans le sens qui leur plaît pour faire ce qu'ils veulent? Quant à Poutine... évidemment, ce qu'il fait n'est pas toujours excessivement sympathique à nos yeux et il n'aime pas les Tchètchènes. Mais George Bush aime beaucoup le pétrole irakien, l'Europe n'aime pas les Serbes kosovars, la France n'aime pas les fumeurs, l'Angleterre... si on continue là-dessus il nous faudra un siècle. Evidemment tout ça est hors de proportion, mais bon, ce n'est pas parce qu'on est en démocratie, etc., etc. que nos dirigeants sont plus intelligents/aiment plus la démocratie que Poutine. Et tout ça est très profond et très philosophico-métaphysique mais je suis vaguement crevée et je vais me coucher... donc juste une petite conclusion avant de poster : soit on y peut quelque chose et on agit, soit on n'y peut rien, on n'est même pas sûr de faire mieux, on ne sait pas, et quand on sait pas on dit pas. Mais j'imagine bien que tu ne vas pas être d'accord... pas grave, on trouvera forcément un sujet sur lequel on est du même avis. Tiens, en voilà un: le ciel est bleu (lorsqu'il est sans nuages et qu'il fait jour). You may say I'm a dreamer, but i'm not the only one... |
| Kventino | # Posté le 20/02/2008 à 19h00 - Citer |
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| Bon pour moi ça commence à dévier à partir de Céline. Je fais un premier jet court parce que je pars voir Lyon Manchester, mais juste une mise au point qui me semble primordiale. Comme tu l'as toi-même reconnu, . Et, comme je pensais l'avoir expliqué ensuite, quelqu'un de droite, je ne suis pas d'accord avec lui, mais je considère ses idées comme valable (jusqu'à De Villiers, De Villiers non compris). Et sur quoi je me base ? Sur des valeurs comme la tolérance, l'ouverture d'esprit, et patati et patata. Et puis, je pense que personne ici ne le regrette, mais Hitler, justement n'a pas gagné. Juste une parenthèse, en bonapartiste, je suis d'accords que "pour vaincre l'ennemi, il faut le connaître", mais vouloir le convaincre, ... Bref. Hitler n'a pas gagné, ses thèses sont condamnées par la majorité, et si ça n'était pas le cas, je n'existerai pas. Ou alors différent. Autrement dit, je n'existerai pas en tant que tel. Ah et je vois pas le rapport entre la première partie de ta conclusion, concerne l'action et le pouvoir, et la deuxième qui concerne le savoir et l'expression. Et tu as raison, qu'on y puisse quelque chose ou pas, il faut agir. Je ne vais pas te demander de lire Sartre, mais si en fait. Il explique ça dans l'existentialisme entre autres "Ce garçon doit apprendre deux choses de moi : à m'obéir et penser par lui-même" |
| Laurent Jerry | # Posté le 25/02/2008 à 14h36 - Citer |
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| Je vais faire deux-trois remarques de fond sur ce qui a été écrit jusqu'ici. Sur la Loi du Talion qui ne serait "un progrès que dans l'intention, ou plutôt que dans la formulation, puisqu'elle aboutit justement à justifier la vendetta". C'est précisément le contraire. Il s'agit de porter toute affaire devant le juge, où le coupable, s'il est reconnu tel, se verra privé des mêmes privilèges dont il a privé la victime (Ce qui est déjà en soi une barbarie, je te l'accorde, mais un immense progrès par rapport à la vendetta). De fait, c'est la reconnaissance, de la même manière que les Grecs le firent par la suite (suite à la longue tuerie des Atréides) du rôle de l'autorité extérieure à la querelle qu'est la société représentée par le tribunal . . . règle que certains peuples insulaires méditerranéens ont du mal à accepter (j'ai relu L'enquête corse la semaine dernière). Au passage, je signale que c'est à peu de choses près la Loi du Talion qui a servi de mètre-étalon pour le Procès de Nuremberg, quand c'est plutôt la vendetta (réclamée à cors et à crise, entre autres, par... Clemenceau) qui a présidé aux décisions du Traité de Versailles vingt-cinq ans auparavant... et qu'aujourd'hui, toutes les situations coexistent : on est parfois allés plus loin que cette loi du Talion (Tribunal Pénal International, jugement des crimes de Milosevic, du Rwanda), on y reste fermement attaché (Jugement de Saddam Hussein) ou on est resté en-deçà (Guantanamo me vient tout de suite à l'esprit). Maintenant, sur Heidegger. La controverse est largement plus détaillée ici, mais résumons. Qu'il se soit engagé dans le NSDAP, c'est exact. Qu'il en ait partagé les valeurs, non. Cent fois non. Exactement de la même manière que Günter Grass considère son militantisme SS comme une erreur de jeunesse, Heidegger a vivement regretté son engagement, qu'il avait pris uniquement afin qu'on n'aille pas le déranger dans ses recherches. La caution morale de Hannah Arendt est pour moi plus que suffisante. Cela dit, je réprouve vivement l'idée générale de sa philosophie (J'aime beaucoup Lévinas), tout en sentant bien que je ne suis pas à même d'en comprendre le génie et qu'il va infiniment plus loin dans sa pensée que je n'irai jamais. Et que la portée même de cette pensée lui interdisait probablement toute concession à des pensées aussi simplistes que la ligne directrice nazie. Mais parfois, on n'est pas libre de faire ce qu'on veut. Sur Guerre et paix (Pardon, j'asinogallinacise beaucoup ce matin, mais c'est lundi et je suis un garfieldien fervent), je vais outrepasser mes droits de lecteur puisque j'en parle en étant en train de le lire (pour la première fois . . . eh oui). J'en suis actuellement au début de la bataille de Slavkov u Brna.... pardon, "Austerlitz" (comme on dit en germanisant abusivement ce village situé à deux cents kilomètres du premier territoire germanophone (1)). Eh bien, je trouve que comme pamphlet anti-Français, il y a plus virulent. "Objectif" ? Non. Mais honnête et certainement pas agressif et encore moins anti-français. Par ailleurs, infiniment plus objectif que Victor Hugo. Pourquoi se voiler la face ? Le monde entier à part nous considère Napoléon comme un envahisseur au même titre que Gengis Khan et (oui, c'est dur à lire, mais c'est le point de vue des autres nations) Hitler. On a pris l'habitude à cause des Châtiments de considérer Napoléon Iier comme un héros et Napoléon III comme un raté. Avec tout le respect que je dois à Victor Hugo, celui qui construit est plus grand que celui qui détruit. Et Napoléon III a été un constructeur prodigieux. Quand son prédécesseur impérial, s'il a relevé la France d'une misère noire et lui a donné un cadre juridique non dénué d'intérêt, il a surtout saigné l'Europe à blanc pendant quinze ans. En cela, il a bien mérité l'exil à Sainte-Hélène. Alors, "manuel de propagande", non seulement c'est insultant mais c'est faux (2). Je suis assez d'accord par contre pour le "jusqu'à de Villiers, de Villiers non compris". Mais je vais m'arrêter là pour l'actualité politique, j'ai suffisamment pratiqué les forums politiques où l'on se traite de noms d'oiseaux toutes les deux lignes. Ou tous les deux mots. Parlons de Bruckner. Pour moi, clairement, la démarche de son œuvre est intéressante : elle permet de sortir de cette accusation, de cette "auto-flagellation" comme il dit lui-même, dont nous sommes parfois victimes en Europe. Mais j'écris bien "parfois" et non pas comme lui "perpétuellement". Bruckner croit à tort que l'opinion publique générale est celle des milieux qu'il fréquente. Il a tendance a très vite assimiler le particulier et le général. Quand il dénonce la barbarie de Slobodan Milosevic, il a raison. Quand il y associe sans distinction toute la Serbie, il a tort. Quand il dit que des rhétoriques guerrières ont précédé les massacres bosniaques, il observe un fait réel. Quand il s'appuie sur ces faits pour dénoncer une « croisade » de la nation serbe, il a tort. Les foules fanatisées existent à toute époque et en tout lieu (Exemples au hasard : La Croisade de Godefroy de Bouillon en 1096, le 11 septembre 2001 vu de Gaza ou d'Iran, la Terreur en 1793, la Nuit de Cristal en 1938, les pogroms anti-Chinois à Jakarta en 1997, les exécutions sommaires de "collabos" en 1945, l'affaire des caricatures de Mahomet en 2006). Que cela justifie des massacres, ou même un seul meurtre, bien sûr que non. J'ai déjà écrit auparavant que rien ne justifiait le crime. Mais il est nécessaire de chercher à comprendre le pourquoi de ce qui est inexplicable. Et justement, ce ne sont pas les médias qui nous abreuvent d'images instantanées (journaux, télévision) qui peuvent donner le recul et la compréhension nécessaire. Il y a le meilleur moyen, qui consiste à aller vivre dans le pays et le peuple concernés et à partager leur existence, leur souffrance et leurs aspirations. C'est exigeant. La littérature est un moyen à la fois plus simple et peut-être plus efficace de comprendre « de l'intérieur » (et non de son propre point de vue, point de vue nécessairement borné et sectaire comme l'est celui de l' « adversaire ») celui qui est incompréhensiblement violent et meurtrier. Quand on n'a compris soi-même ce qu'est d'être humilié, je crains qu'on ne puisse se donner le droit de juger celui qui l'a été. Si, personnellement, après La Crevasse, je ne m'estime pas le droit de comprendre ce qui s'est passé réellement en Bosnie serbe, du moins j'ai perdu cette vision manichéiste du conflit, cette vision "bushienne" (bushiste ? bushimane ?) inspirée par Hollywood, par une lecture littérale et stupide de la Bible, par des médias sans cesse à la recherche du bouc émissaire idéal, d'un monde partagé entre un "axe du bien" et un "axe du mal". Par conséquent, je suis fondamentalement contre ce que tu déclares, Kventino : Non ! Je ne considère rien important autant que de lire des opinions nouvelles, inattendues, voire contraires à la mienne. Évidemment, j'aime mieux quand celles-ci sont bien exprimées, et non pas assénées de manière brutale et injustifiée comme sur Agoravox. Je ne suis pas masochiste à ce point. Mais comment se forger intellectuellement sinon ? On n'apprend bien qu'en se confrontant à l'opinion diamétralement inverse, comme l'a fait Dostoïevski. Je n'ai rien tant apprécié, dans les discussions avec mes collègues, que celles que j'avais avec un d'entre eux, musulman pratiquant, sur la pertinence de l'existence d'Israël ou la vision de l'Occident. Même si le point de vue adverse était d'une radicalité à me hérisser les sourcils. Je lis toujours tous les tracts politiques avant une élection. Je dis bien "tous", ce qui inclue Lutte Ouvrière et le Front National. J'ai même lu jusqu'au bout le programme de Franck Abed l'an dernier (J'ai cru ne jamais y arriver, c'était tellement stupide que j'aurais bien claqué la porte si j'en avais eu une sous la main) et les très crédibles démonstrations d'authenticité du Nouveau Centre ("Mais non, nous ne sommes ni des traîtres ni des opportunistes..."). Comprenons-nous bien : je ne cherche pas ni à faire l'éloge d'une mediocratie (3) qui satisferait tout le monde par le bas en cherchant à ne fâcher personne. Mais bien au contraire à essayer de voir ce que l'autre est capable de proposer de plus que moi, que je n'aurais pas compris et qui me permettrait de dépasser un antagonisme latent ou révélé. Et je crois que c'est en ce sens qu'il faut lire Volkoff. (1) De la même manière qu'on écrit "Auschwitz" pour "Oświęcim", entérinant ainsi stupidement l'annexion de la Pologne par les Nazis. (2) Je me réserve néanmoins la possibilité de modifier cette conclusion à l'emporte-pièce d'ici 1600 pages. S'il s'avère que Napo a été trahi par Léon (4) . Auquel cas je te ferai des excuses officielles. Ici même. (3) Dans les trois sens du terme, "le pouvoir du milieu", "le pouvoir des médias" et "le pouvoir des médiocres". (4) C'était la pire blague du mois. Je suis désolé. On a l'humour qu'on peut. ![]() A świstak siedzi i zawija je w te sreberka Faculté d'Insignifiance Comparée - Chaire d'Urbanisme Callikinitopolistique. |
| Kventino | # Posté le 26/02/2008 à 15h09 - Citer |
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| J'avais fait une (très) très (très) longue réponse. Sans être connecté. J'en pleure (presque). Et du coup, vous n'aurez pas de réponse. Bon je vais quand même rerere-essayer de me rererefaire comprendre sur le plus important : lire un écrivain en ayant conscience de son engagement, c'est déjà l'approuver ou au moins accepter une part non négligeable de ses opinions comme valable, acceptable. Et, comme je pensais l'avoir expliqué ensuite, quelqu'un de droite, je ne suis pas d'accord avec lui, mais je considère ses idées comme valable (jusqu'à De Villiers, De Villiers non compris). Je sais c'est du copier/coller. Allez, j'explique différemment. Quand je dis valable, je peux parfois considérer qu'il n'y a rien de vrai dans cette opinion. Mais qu'elle est quand même valable. Justifiable. Par exemple, je considère que dire qu'Hitler et Napoléon sont comparables est aussi faux (quand je repense à la longue démonstration que j'avais fait) que dire que Napoléon III n'a pas été moins bien que Napoléon Ier. Mais je considère cette opinion-ci (chiasmons) comme valable, et cette opinion-là comme non-valable. Sur ce, je vais me pendre. "Ce garçon doit apprendre deux choses de moi : à m'obéir et penser par lui-même" |
| Laurent Jerry | # Posté le 26/02/2008 à 15h13 - Citer |
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| Ça me chagrinerait beaucoup que tu te pendes... ![]() A świstak siedzi i zawija je w te sreberka Faculté d'Insignifiance Comparée - Chaire d'Urbanisme Callikinitopolistique. |
| Kventino | # Posté le 26/02/2008 à 18h12 - Citer |
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| Bon bin dans ce cas, je vais rester Et pour la peine, je vais lire un truc qui respire la joie de vivre : Oh les beaux jours ... "Ce garçon doit apprendre deux choses de moi : à m'obéir et penser par lui-même" |
| Athéna | # Posté le 01/03/2008 à 12h12 - Citer |
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| Ca me déprime, toutes ces réflexions profondes... je ne suis pas vraiment à ce niveau-là. Pour intervenir dans le débat il ne me reste plus qu'à piocher chez l'un et chez l'autre: Donc: Laurent Jerry : Pour Napoléon... je n'y connais rien puisque c'est une période de l'histoire qui m'a toujours profondément ennuyée donc je ne peux pas en parler... par contre c'est une honte que tu n'aies pas lu Guerre et paix plus tôt! Et je professe une admiration profonde par rapport aux tracts pour la présidentielle. Si tu les as tous lus, est-ce que tu pourrais m'expliquer QUI est gérard Schivardi? je comprends toujours pas... Kventino: c'est un débat très très profond de savoir si lire quelqu'un suppose d'accepter son opinion comme valable... et après une semaine de vacances très très profondes je vais avancer l'opinion (tu vas me déchirer) que TOUTE opinion est écoutable. Ou au moins, toute opinion un minimum intelligente et réfléchie, avec quelque chose derrière (Werber, ça ne compte pas), parce que comme je ne connais rien à rien, je cherche à me faire ma propre opinion et j'écoute TOUT ce que les autres ont à dire, sans quoi je laisse les autres décider à me place si tel ou tel auteur est, ou non, acceptable ou pas. Si on ne connaît pas celui qui est en face, on peut quand même difficilement dire si il est ami ou ennemi... Donc, je considère qu'à partir du moment ou quelqu'un de pas idiot a réfléchi et dit quelque chose d'intelligent même si ce n'est pas forcément vrai, je dois l'écouter. Si il avait raison, ce serait quand même bête que je juge avant de connaître. Pour Céline, Villiers et compagnie... hum. Il fait des choses très bien, Villiers, en Vendée. Pour Céline, bon, je ne l'ai pas lu je ne peux pas vraiment en parler mais ça me semblerait intéressant de le lire quand même ne serait-ce que pour savoir pourquoi et comment quelqu'un qui n'était quand même pas un crétin a fait ces choix-là. Comprendre le raisonnement des autres me paraît très très important... Et si je refuse de lire quelqu'un parce que je ne suis pas d'accord avec lui, pour moi, c'est avouer que ma position n'est pas assez solide pour que je le lise, accepter que j'ai peur de me laisser convaincre par lui. Mouais. Bon, j'attends ta réponse en trois pages qui va défoncer tous mes arguments et m'expliquer en quoi j'ai tort du début à la fin, maintenant. You may say I'm a dreamer, but i'm not the only one... |
| Kventino | # Posté le 02/03/2008 à 19h45 - Citer |
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| Bon j 'ai bien vérifié : je suis enregistré. Alors : Mais justement, tout est là ! En fait tu viens exactement d'expliquer ma position ! (pour Werber je ne relèverai pas ...) Toutes les opinions ne se valent pas. Pour reprendre l'exemple de Douglas Adams (qui était réellement d'une grande intelligence), l'opinion que la terre est intégralement constituée de tarte à la crème ne vaut pas celle qu'elle est composée d'une croûte terrestre, d'un magma, d'un noyau, et de tout un tas de choses que des biologistes et des géologues expliqueraient mieux que moi. Donc où place-t-on la barre du valable ? Je ne pense pas être trop strict en considérant que le racisme n'est pas valable. Voilà. Et puis bon, c'est un peu passé, je vais refaire ce que j'avais mis sur Napoléon (après l'avoir rédigé à part). Bien évidemment, c'est différent de mon premier jet. Mais j'en ai rajouté (pauvres de vous) : Non, on ne peut pas comparer Napoléon et Hitler. Et ça sera un exemple de plus de ce que je considère comme valable. Je considère opinion comme aussi fausse que celle qui veut que Napoléon III a été meilleur que le Ier, ou que Napoléon est responsable des guerres napoléoniennes, mais ces dernières sont pour moi valables. Pas la première. Absolument rien n'est à sauver chez Hitler. J'insiste, il n'a absolument rien fait de bon. Rien. Même les ouvrages secondaires, comme les autoroutes. Ou la rétention de sûreté. Mais passons sur cette loi anticonstitutionnelle, ça va encore m'énerver. Pourquoi même les autoroutes ? Parce que justement, c'est secondaire. N'importe qui aurait pu le faire, dans le sens où il ne fallait pas avoir sa vision raciste pour le faire. Et puis facile de faire de grandes autoroutes quand on utilise les droits communs, gratuits évidemment, pour la construire. Et quel belle volonté que de vouloir faciliter les mouvements de troupes. Même la réduction du chômage : il a lancé des grands programmes d'armement (ce qu'il n'avait absolument pas le droit de faire, mais les démocraties l'ont laissé s'asseoir sur le traité de Versailles) et a fait interner un bon nombre de personnes qui avaient des emplois (les communistes et les juifs, entre autres). Belle façon de relancer l'économie ! Il n'y a donc rien à garder du nazisme, si ce n'est que ça s'est produit, que ça peut se reproduire et que notre devoir est justement d'empêcher que ça se reproduise (on peut par contre se demander si c'est en traumatisant les élèves de CM2 qu'on y arrivera). Par contre, la France actuelle est là pour montrer tout ce que l'on doit à Napoléon. Je le développerai plus tard. Mais ce qui fait que la comparaison entre Napoléon et Hitler n'est pas valable, c'est que ce n'est pas seulement honteusement rabaisser Napoléon. C'est surtout, c'est principalement faire un très grand honneur à Hitler. Hitler a pris le pouvoir. Rien ne m'énerve plus que d'entendre "Hitler a été élu". Hitler n'a jamais été élu à la tête de l'Etat, au contraire : en 1932, aux élections présidentielles, il a obtenu 40 % des voix au second tour. C'est beaucoup, c'est évidemment trop, mais, que je sache, ça ne permet d'être élu. Napoléon, lui représentait un réel consensus, quoiqu'on en dise. C'est ce consensus qui s'est perdu au fur et à mesure de l'Empire, c'est ce consensus, aussi, qui n'a plus jamais été retrouvé depuis - et j'espère bien qu'on ne le retrouvera jamais. Rien ne serait plus dangereux qu'un homme providentiel, maintenant. Au-delà de ça, Napoléon était un héros, un génie militaire. Pas Hitler. Napoléon a su donner des "blocs de granit" à la France. Pas Hitler (heureusement d'ailleurs). Quand ses soldats l'appelaient "le petit caporal", c'était affectueux, et, en même temps, c'était une marque de respect. Quand Hindenburg appelait Hitler "le caporal autrichien", c'était la marque d'un profond mépris. Au-delà de la question du bilan, il faut aussi s'interroger sur les buts. Tout le système de compréhension, toute "l'éthique", toutes les réflexions d'Hitler étaient déterminées par une idée, qui se trouve être fausse : que l'Histoire n'a toujours été et ne sera toujours que l'Histoire de la lutte des "races", et qu'une race, la race aryenne, est appelée à devenir la race des seigneurs si elle ne se laisse pas "miner" par les "parasites", notamment et surtout les juifs. Tout ce qu'il a fait, tout ce qu'il a voulu faire, a été déterminé par cela (et encore c'est un résumé "soft"). Napoléon, lui, a agi en révolutionnaire. Que devait-il faire ? Sauvegarder les acquis de la Révolution. Nulle vision raciste. Or, et ça me permet d'arriver à la question des guerres, à l'époque, la France était assiégée. On oublie trop souvent de rappeler qu'en l'espace d'environ 20 ans, la France a dû affronter pas moins de 7 coalitions. Et c'est l'Angleterre, l'Angleterre des "Enlightments", l'Angleterre qui a tellement critiqué "l'ogre corse" parce qu'il mettait à feu et à sang l'Europe, c'est cette Angleterre qui a armée et financée les guerres. Et ne croyez-pas que c'était pour contrer un dictateur (à tort ou à raison). Les premières coalitions étaient dirigées contre la Révolution. Contre la République. La paix d'Amiens, sous le consulat, a duré moins d'un an. C'est la seule période de paix entre l'Angleterre et la France de la Révolution à la Restauration. Elle a été brisée par l'Angleterre. Quand Napoléon est revenu en 1815, il a doté le pays d'une Constitution rédigée par un de ses plus importants opposants, Benjamin Constant, grand admirateur de la monarchie constitutionnelle anglaise. Cela n'a pas empêché l'Angleterre de déclarer la guerre à la France. Napoléon, à tort (la guerre d'Espagne et la campagne de Russie) ou à raison, a toujours pensé mener des guerres de défense. Enfin, n'oublions pas que l'Histoire est faite par les vainqueurs. Certes, Napoléon a eu tort d'aller renverser la monarchie en place (alors qu'au départ il devait juste passer par l'Espagne pour attaquer le Portugal). Mais il ne faut pas oublier que ce qui a fait réagir les Espagnols (qui étaient d'ailleurs loin d'être les pauvres victimes impuissantes du tres de Mayo, mais comme le tableau est superbe ...), ce qui les a fait réagir donc, c'est que les Français s'attaquent à l'Eglise et notamment l'Inquisition. On a vu plus humanistes. La révolte contre les Français a été orchestrée par l'Eglise catholique, au départ les Français étaient plutôt bien vus - contrairement au Régime qu'ils venaient de renverser. Je ne résiste pas à l'envie de vous dévoiler les joyeusetés qu'on pouvait trouver dans le catéchisme espagnol à l'époque (ça a pas un rapport direct mais ça me permet de taper sur l'Eglise) : « -Qui es-tu mon enfant ? - Espagnol - Que veut dire Espagnol ? - Homme de bien - Combien a-t-il d'obligations à remplir et quelles sont-elles ? (...) - Qui est l'ennemi de notre bonheur ? - L'empereur des Français - Quel est cet homme ? - Le principe de tous les maux, le destructeur de tous biens. C'est un composé de vices et de méchancetés - Combien a-t-il de natures ? - Deux : l'une inhumaine et l'autre diabolique - De qui procède Napoléon ? - De l’enfer et du péché - Que sont les Français ? - D'anciens chrétiens et de nouveaux hérétiques -Qu'est-ce-qui les a perdus ? - La fausse philosophie et la dépravation de leurs moeurs - Est-ce pêcher que de tuer un Français ? - Non, au contraire ... » Et ça continue sur ce thème. On peut trouver le texte intégral sur internet, mais en format PDF et non copiable. Voilà donc. Mais ça n'empêche pas que cette opinion est valable. Enfin, je sais bien que tu ne faisais que reprendre une opinion établie, sans dire si tu y adhérais. Mais ça me permet d'expliquer. Et si tu étais de cet avis, j'espère t'avoir convaincu. Ah et une dernière chose : même si je ne trouve pas qu'il a été mieux que Napoléon, je suis d'accord pour dire que Napoléon III ne mérite pas sa réputation. Mais c'est pour moi plus important de démontrer que Napoléon Ier non plus ne la mérite pas, sa réputation Modifié le 02/03/2008 à 21h35 par Kventino "Ce garçon doit apprendre deux choses de moi : à m'obéir et penser par lui-même" |
| Laurent Jerry | # Posté le 09/03/2008 à 18h21 - Citer |
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| Tiens, c'est marrant, Kventino, « Toutes les opinions se valent-elles ? » était le sujet de ma toute première dissertation de philosophie. Il y a .... ('crénom d'un chien, c'est vieux !) plus de dix ans. Bon, évidemment, j'étais arrivé à la même conclusion que toi. Je crois que ça ne se négocie pas vraiment. Maintenant, dire que le racisme n'est pas valable, je suis entièrement d'accord à une seule condition : qu'on dise ce qu'est le racisme. Si, comme je le pense, tu définis le racisme comme une différence de valeur accordée à une couleur de peau, à une origine géographique, ou, par extension, à une nationalité ou une religion, je suis entièrement d'accord avec toi : c'est irrémédiablement inacceptable. Si on en parle simplement comme de la reconnaissance d'une différence, celle-ci n'impliquant pas une inégalité, alors je nuance. Mais ne nous écartons pas. On parlait de littérature ici. D'accord également pour dire qu'on ne peut pas comparer Napoléon à Hitler. N'empêche - et c'est justement là qu'est à mon sens le cœur du problème que je cherche à creuser ici depuis deux mois - que de nombreuses personnes le font. Pas en France, mais à l'étranger souvent. Et cette différence est justement ce que voudrais comprendre. Pourquoi s'autorise-t-on à une comparaison aussi choquante - pour nous ? Et ce dont je fais la supposition, c'est que c'est l'art le principal vecteur de ces opinions vindicatives. Je pensais surtout à la littérature, mais merci de faire le rappel du Tres de Mayo. Bon exemple, où la peinture est explicitement engagée et accusatrice. Autre exemple, que j'avais oublié mais que ton rappel ibérique me remet à l'esprit : la guerre civile espagnole. Un exemple frappant de la manière dont les atrocités et les comportements odieux frappent les deux camps. Avec L'Espoir et surtout Guernica complètement ancrés dans notre inconscient, nous avons pris l'habitude de ne retenir que les crimes franquistes. Sans aucun doute étaient-ils aussi plus nombreux et plus horribles que les crimes des Brigades Internationales. Et surtout, ces crimes franquistes ont visé les populations civiles, et ils étaient financés par Mussolini et Hitler. Mais là n'est pas la question. Non, ce sur quoi je voudrais revenir, c'est sur cet aphorisme à mon sens faux qu'on nous assène sans cesse : l'Histoire serait écrite par le vainqueur. Non ! Je nuance immédiatement : bien sûr que les faits sont interprétés à sa libre convenance par le vainqueur, ce qu'Ayroles et Masbou ont démontré superbement sur la dernière page du tome 8 du Maître d'Armes. Bien sûr que le vainqueur s'autorise un certain nombre de désinformation rétroactive sur son adversaire. Mais l'Histoire, depuis que l'information et l'instruction se sont généralisées, c'est-à-dire en gros depuis le XIX° siècle, n'est plus écrite par le « vainqueur », mais par le « présent ». C'est-à-dire qu'on commet des anachronismes permanents. Et de plaquer la réalité d'aujourd'hui sur celle d'hier. Exemple : Le livre Par le fer et par le feu d'Henryk Sienkiewicz. Paru en 1884, au moment où l'âme polonaise est particulièrement opprimée et menacée, ce livre parle de la guerre entre les Cosaques et les polonais au XVII° siècle. C'est un tissu de mensonges violemment anti-Ukrainien. Mais un tissu de mensonges porté par la réputation de Sienkiewicz, futur prix Nobel, par son style, et surtout par l'oppression dont sont victimes les Polonais, au moment où le livre paraît. Et c'est cela le cœur du sujet que j'évoque ici. Les Polonais ne sont vainqueurs de quoi que ce soit en 1884. C'est même un moment de renforcement de la persécution russe. Mais on plaque cette réalité de 1884 sur celle prévalant en 1655. Autre exemple : La Condition humaine. Malraux écrit en soutien aux communistes contre les puissances coloniales en 1933, à l'époque où Mao et ses partisans sont proches de l'écrasement. Pas à un moment où ils sont vainqueurs. Et je vais faire intervenir à nouveau Bruckner ici (merci à toi de l'avoir amené, je n'y aurais pas pensé). Bruckner a raison : l'Occident se sent coupable et cherche à se « justifier ». Mais là où je suis en désaccord avec lui, c'est que je ne crois pas que « l'homme blanc » (j'emploie ses termes) ait vraiment une démarche de repentir et de réparation envers les populations actuellement vivantes. ... Non, pas vraiment. Ah, par contre, pour ce qui de charger de crimes ses propres ancêtres, oui, là, l'homme blanc est champion toutes catégories de l'autoflagellation. Il n'y a qu'à voir le box-office américain en 1955 et aujourd'hui. Il y a chez l'Américain ou l'Européen une permanente honte d'être vainqueur qui fait qu'on « réhabilite » toujours le vaincu. Après l'avoir vaincu. Le Sénégalais à Gorée, après l'avoir réduit en esclavage. Le Cheyenne, après l'avoir décimé et abreuvé d'alcool. Le harki, après l'avoir superbement ignoré et laissé se faire massacrer. Mais c'est mal. Il semblerait que c'est faire justice et équité, que c'est rétablir un peu l'équilibre. Pas du tout. C'est déformer la réalité historique. C'est pour cela que j'ai créé ce sujet. Parce que la littérature est quand même une manière d'influencer fortement un public. Il n'y a qu'à voir les brûlots répugnants d'Oriana Fallaci ou de Geert Wilders pour s'en convaincre. Mais elle est elle-même très influençable ; et écrire est un acte qui engage plus qu'on le croit. C'est pour cela que je crois qu'il y a des sujets sur lesquels on ne peut pas écrire sans avoir sérieusement envisagé la position adverse. C'est l'art de la corde raide. EDIT : je me disais bien que j'avais oublié quelque chose ! Mais puisque des amis m'ont proposé de regarder le résultat du premier tour des municipales chez eux, ça m'y a fait penser. Parce que je dois avouer que c'est absolument désolant de voir des gens intelligents et compétents se battre comme des chiffonniers, encadrés par des journalistes qui ne posent que des questions polémiques et dotés d'une mémoire politique équivalente à celle d'un moustique. C'est-à-dire plus que faible. Donc : politique. Parce que j'ai répondu à Kventino, certes, mais pas à Athéna. Pour Gérard Schivardi, c'est un homme politique qui vient de l'Aude ou du Tarn, dans ce coin-là, et qui doit être maire d'un village dans lequel habite autant (ou même moins) de monde que dans mon immeuble. Quant à sa couleur politique, c'est quelqu'un qui est très à gauche. Très très. Plus que le PS. Plus que le PC. Plus que Lutte Ouvrière. Plus que la Ligue Communiste Révolutionnaire. Son Parti des Travailleurs a une représentation politique par ailleurs très faible, ce qui était déjà le cas du temps de Daniel Gluckstein, son prédécesseur. Cela dit, s'il a un moment pour le faire, je subodore que Kventino sera beaucoup plus compétent pour te présenter plus complètement Gérard Schivardi que cette ébauche mal esquissée. Dernière chose : que Philippe de Villiers ait fait des choses positives en Vendée est une chose. Qu'on partage ou non ses idées en est une autre. Comme n'arrêtent pas, en ce moment même, de le répéter sans y croire le moins du monde les hommes politiques sur les plateaux de télévision. Les élections locales ne se font pas sur des idées mais sur des programmes. Et il est vrai que certaines réalisations de Villiers sont particulièrement soignées. Le Puy du Fou notamment. Ce qui n'augure en rien de ses idées, que je trouve détestables, en particulier sur l'Islam, et franchement indignes de quelqu'un d'aussi intelligent. Modifié le 16/05/2008 à 19h10 par Laurent Jerry ![]() A świstak siedzi i zawija je w te sreberka Faculté d'Insignifiance Comparée - Chaire d'Urbanisme Callikinitopolistique. |
| Kventino | # Posté le 10/03/2008 à 00h23 - Citer |
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| Poureuh présengter Gérar-euh Shivardi, quoi de mi-eux que de l'écouter, cong ? Et puis sinon, rien à dire sur ton message LJ ... Si ce n'est que Maastri, l'ingtereuhcommunalité, les service-euh publi, les fong de pensiong, Ingternet, Bruckeuhné, tout est lié, cong Schivardi est mon idole ... On devrait obliger les candidats à avoir l'accent du sud, la politique serait tout de suite plus joyeuse ... Mais il faudrait trouver quelqu'un d'autre que Frêche au PS ... "Ce garçon doit apprendre deux choses de moi : à m'obéir et penser par lui-même" |
| Athéna | # Posté le 17/03/2008 à 01h27 - Citer |
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| C'é vré-euh, l'acceng du Midi c'é quang mêmeuh magnifiqueuh. Donc, Schivardi m'ennuie profondémeng, saufeuh pour son acceng. Pour Villiers: ma tante et mon meilleur ami sont pour lui et m'ont farci la tête avec des arguments en sa faveur...que j'ai tous oublié, hélas. Tout ce que j'en ai retenu c'est ce que m'a dit mon meilleur ami, que je connais depuis trois ans au moins et qui est, je le précise, parfaitement adorable: "Bon, pour faire simple, il a une particule, nous aussi, donc tu te tais et tu votes comme je te dis. Quand tu as l'âge de voter." (ça m'a marquée) Bref, c'est parce qu'il est royaliste et c'est tout; donc je vais avoir du mal à défendre Villiers puisque je ne sais rien sur lui. Mais j'ai adoré le Puy du Fou; et Villiers a été le seul préfet de France à démissionner quand les communistes sont entrés au gouvernement, à l'élection de Mitterrand; ça montre quand même un certain courage... Enfin, sur l'histoire: il me semble qu'elle est généralement écrite par le vainqueur, sauf quand le vaincu a un talent pour la littérature/l'art en tout genre. Et, d'ailleurs, qu'il reste des vaincus. Par exemple, Autant en emporte le vent. On est actuellement en pleine repentance de la part de l'Occident, ce qui me semble inutile, voire même nuisible; c'est pas la stratégie d'un pays qui gagne, en tout cas. Ou alors, il arrête très vite de gagner. Et de toute façon, c'est idiot: ça rapporte quoi, à part de la bonne conscience à peu de frais? You may say I'm a dreamer, but i'm not the only one... |
| Kventino | # Posté le 17/03/2008 à 17h26 - Citer |
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| C'est peut-être du courage, enfin les communistes, même en 81, c'était pas non plus le péril rouge ... Quand je repense aux articles du Figaro qui expliquaient sans rire que si Mitterrand était élu le 10 mai, les blindés soviétiques patrouilleraient sur les Champs le 11 ... Et en plus, 3 ans après, un certain François M. déclare au Bundestag, en pleine crise des missiles, "les pacifistes sont à l'ouest ... et les missiles sont à l'est". Ça c'est du courage politique. Sinon je pense que la discussion se dirige vers un consensus général "Ce garçon doit apprendre deux choses de moi : à m'obéir et penser par lui-même" |
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