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| Csame | # Posté le 14/03/2008 à 02h30 - Citer |
Statut : administrateur ![]() | Bonsoir. À cette heure tardive de la nuit, j'ai décidé de vous faire part d'une mauvaise nouvelle — rassurez-vous : cela ne concerne pas l'Encrier — : après plusieurs hésitations, il semble que je doive me résoudre à laisser ma trilogie intitulée « les trois métamorphoses » au rang des interminables et pathétiques œuvres inachevées. Autant « Le Chameau » me plaît encore, autant je ne suis pas vraiment satisfait du « Lion ». Peu l'ont compris, cette trilogie devait être une sorte d'épopée sur le modèle des trois métamorphoses de l'esprit nietzschéenne, dans « Ainsi parlait Zarathoustra ». « Le Chameau » a été écrit dans une période où j'étais plongé totalement dans la philosophie de Nietzsche qui m'a beaucoup inspiré. Et j'ai trouvé son schéma des métamorphoses de l'esprit particulièrement parlant. J'ai voulu — aussi incongru que ça puisse paraître — l'appliquer à Harry Potter. Mais cela s'est avéré plus difficile que prévu. Même si au final, j'estime que je suis plus ou moins bien parvenu à insuffler ces trois métamorphoses dans le premire opus — bien que Friedrich, à l'heure qu'il est, doit se retourner dans sa tombe — « Le Lion » m'a moins inspiré que son confrère camélidé. Puis il y a eu le tome 7, bien sûr. Bien que d'aucuns n'ont pas manqué de me faire remarquer que j'avais été — à l'insu de mon plein gré — étrangement visionnaire (en effet, avant le tome 7, j'avais préfiguré que Bellatrix possédait un horcruxe et que celui-ci se trouvait dans la banque Gringotts, que Harry était lui-même un horcruxe, que Fletcher s'était emparé du médaillon, etc.), le tome 7 a, par sa fin, complètement refermé les possibilités d'intrigue qui auraient valu — pour moi — la peine d'être racontées (bien que d'autres le font avec talent). Donc, je n'écrirai plus sur Harry Potter. Harry Potter, c'est fini pour moi. Je me lance hardiment dans les histoires originales. J'espère être publié un jour avec une couverture plastifiée et un beau titre en capitales calligraphiées. Mais je n'écrirai plus sur Harry Potter, ça, c'est fini. Ce message avait donc pour but de vous annoncer le décès des trois métamorphoses. Si vous voulez savoir ce que je pressentais pour la suite, je peux vous délivrer ici même le début du chapitre trois du Lion : Secret (cliquez pour afficher) Disclaimer : Harry Potter, noms et lieux sont la propriété de J. K. Rowling et Warner Bros Corp. en leurs titres respectifs. III Transplaner devant Poudlard n’avait jamais beaucoup posé problème à Harry. C’était un lieu qu’il connaissait tellement bien qu’il lui était très facile de se le figurer mentalement. Et dès que cela était fait, il devenait très aisé de transplaner. Certains sorciers avaient des problèmes avec les distances, d’autres avec la précision, et assurément, Harry était plutôt de ceux-là. Dans l’art du transplanage, les distances ne lui avaient jamais beaucoup causé de difficultés – même s’il n’avait encore jamais tenté de transplanage intercontinental. En revanche, il avait parfois du mal à être précis. Il n’était pas assez observateur, lui avait reproché l’examinateur, lorsqu’il avait tenté de passer son permis de transplanage quelques années auparavant. Heureusement, cela ne lui avait pas empêché d’empocher ledit permis. Bien qu’à l’Est, de légères lueurs commençaient à poindre, la nuit était encore profonde lorsqu’il parvint devant le portail aux sangliers ailés. Le parc de Poudlard, au travers des barreaux de la grille du portail, était plongé dans les ténèbres, et il ne semblait pas y avoir âme qui vive. Aucune lumière ne brillait aux fenêtres de la cabane de Hagrid, et seules quelques veilleuses éclairaient le château. Le portail était fermé. Harry tenta le mot de passe que McGonagall lui avait fourni la dernière fois qu’il était venu à Poudlard, mais il avait manifestement été changé. Sans pitié pour le sommeil des élèves de Poudlard, il tira alors sur la corde qui enclenchait le battant d’une lourde cloche d’airain suspendue à une potence à côté du portail. Le son grave et clair se répandit dans la nuit. Il se passa un long moment avant que Harry, le visage collé aux barreaux glacés du portail, ne distingue du mouvement. Finalement une lumière s’alluma dans la cabane de Hagrid, oscilla, sortit, et commença à se rapprocher du portail. L’immense silhouette du demi géant fut bientôt visible. Une lanterne se balançait à chacun de ses pas. « Qui va là ? s’exclama Hagrid. - Hagrid ! C’est moi, Harry ! » Le demi géant s’approcha de la grille et éleva sa lanterne à la hauteur du visage de Harry. « Harry ? fit-il sans tenter de dissimuler son étonnement. Qu’est-ce que tu fais ici à cette heure-ci ? - J’ai besoin de vous parler, Hagrid. - Foutaises ! - Comment ? fit Harry, un peu déstabilisé. Je vous assure que c’est vrai. » - Non, "foutaises", c’est le nouveau mot de passe. Entre, Harry, allons discuter chez moi. » Harry constata en effet que la grille s’était déverrouillée. Il rejoignit Hagrid dans le parc et l’accompagna à travers le parc jusque dans sa cabane. D’un coup du parapluie rose qui lui tenait lieu de baguette magique, Hagrid réactiva les braises du feu mourant qui brûlait dans la cheminée. Harry déclina le thé et les habituels biscuits secs que le demi géant lui proposa. Il était heureux de revoir Hagrid, mais le temps pressait. Il interrompit Hagrid qui s’affairait autour de lui : « Je suis vraiment désolé de vous réveiller à une heure pareille, Hagrid, mais je devais vous parler, et c’est extrêmement urgent. » Le garde-chasse lui jeta un coup d’œil inquiet et finit par s’immobiliser et à s’asseoir en face de lui. « J’ai besoin d’une information que vous êtes le seul à pouvoir me donner. - Pour toi, n’importe quoi, Harry. - Merci. Seulement, je vois venir le problème : je vais vous poser une question, et avant de me répondre, vous allez me demander pourquoi je veux savoir, et là, je ne pourrai pas vous répondre. - Pose toujours, dit Hagrid d’un air méfiant. - Je… Je voudrais vous demander de me parler d’Azkaban. » Hagrid blêmit. Une dizaine d’années auparavant, le demi géant avait fait un séjour d’à peine quelques jours dans la prison des sorciers, et n’avait jamais réellement accepté d’en parler ouvertement à qui que ce soit – excepté sans doute à Dumbledore. Harry savait qu’il en demandait beaucoup à son vieil ami, et il lui en coûtait de le forcer à se remémorer de si pénibles souvenirs, mais il n’avait pas le choix : de tous les gens qu’il connaissait, Hagrid était le seul qui était en mesure de répondre à ses questions – le seul en tout cas qui accepterait peut-être de le faire sans savoir pourquoi. « Pou… Pourquoi… Il n’y a rien à Azkaban qui vaille la peine qu’on… Qu’est-ce que… - Vos questions sont légitimes, Hagrid, mais comme je vous l’ai dit, je ne peux pas vous répondre. - Tu t’apprêtes à faire des bêtises ? gronda Hagrid. - Je m’apprête à sauver la vie d’un ami, Hagrid, dit Harry d’une voix calme et posée. Je… Je ne peux pas vous en dire plus. Si je vous disais… Il faut que vous puissiez nier, si jamais on vous pose des questions. - Quelque chose d’illégal, donc ? » Harry ne répondit pas. Il se contenta de fixer Hagrid d’un regard insistant. « Faites-moi confiance, Hagrid. J’ai besoin de votre aide. » Malgré sa barbe fournie, Hagrid avait toujours manifesté beaucoup de mal à dissimuler son embarras : l’hésitation pouvait se lire sur son visage aussi clairement que dans un livre ouvert. Enfin, il céda. Peu à peu, d’un discours hésitant et entrecoupés de sanglots ravalés, Hagrid raconta à Harry tout ce que dernier souhaitait savoir sur la prison d’Azkaban. Leur discussion dura près d’une heure, après laquelle Harry prit congé de Hagrid, non sans l’avoir abondamment remercié de s’être confié à lui sur un sujet que le demi géant détestait à ce point évoquer. En serrant sa main, Harry crut lire sur le visage de son ancien professeur une sorte d’expression qui ressemblait à de la reconnaissance, et il se demanda si, finalement, parler d’Azkaban ne lui avait pas aidé à chasser d’anciens démons. L’aube commençait à poindre sérieusement dans le ciel de Poudlard. Il était trop tard pour mettre son plan à exécution cette nuit-là, et hors de question de le faire de jour. Il devrait donc attendre la nuit prochaine, comme il l’avait dit à Tonks. C’était un risque à courir, mais il ne pouvait en faire l’économie. Il transplana au Douze. Il lui restait la journée avant de mettre son plan à exécution. Il en profita pour se reposer quelques heures Immédiatement après son réveil, il appela Tonks avec son nouveau téléphone portable. Il ne lui précisa pas ses plans pour faire évader Shacklebolt. Il lui pria seulement de maintenir Ron et Hermione dans l’ignorance de ce qu’il préparait, car il savait que si ceux-ci savaient, ils tenteraient de l’empêcher de mettre son plan à exécution, le jugeant – à raison sans doute – beaucoup trop risqué. Tonks accepta de mauvaise grâce, non sans lui infliger d’innombrables exhortations à la prudence. Il passa le reste de la journée à s’entraîner à lancer des spero patronus sur des Détraqueurs imaginaires et à tenter d’appliquer les méthodes que Rogue lui avait enseignées pour se préparer à l’effort psychique qu’allait inévitablement exiger son infiltration. Harry avait pleine conscience du fait qu’invoquer son Patronus en l’absence de Détraqueurs n’avait aucune commune mesure avec le même exercice en milieu réel. De même, il savait que fermer son esprit dans la quiétude du Douze était infiniment plus aisé que dans la prison d’Azkaban. Et, certainement, s’il y avait eu au Douze une seule personne qui tînt au moins un peu à lui, elle lui aurait déconseillé de faire ce qu’il s’apprêtait à faire. Il était souvent parti à l’aventure dans le passé sans mesurer réellement le danger qu’il encourrait, que ce fût au moment de plonger dans les entrailles de Poudlard pour récupérer la pierre philosophale, pour tenter de sauver Ginny ou Sirius, ou pour s’emparer d’un horcruxe au péril de sa vie. Il y allait, point. Il laissait à Hermione ou à n’importe qui d’autre, le soin de s’inquiéter de la science des probabilités, de se préoccuper des risques. Il se contentait d’agir, de faire ce qu’il pensait être juste. Alors qu’il s’apprêtait à partir une nouvelle fois à l’aventure, les choses lui paraissaient radicalement différentes. Il s’y était toujours parti à chaud, dans l’urgence. Cette fois, à défaut d’être prêt – car qui pourrait raisonnablement prétendre être prêt à s’infiltrer dans une prison gardée par plusieurs centaines de Détraqueurs ? –, il était au moins préparé. Les risques étaient énormes, sans doute au moins aussi grands que la plupart des missions auxquelles la fortune l’avait assigné jusqu’à aujourd’hui, mais cette fois, il avait pris le temps de s’ingénier à les minimiser : cela restait dangereux, mais il partait seul, équipé, et préparé mentalement et physiquement. Il ne voyait pas comment il aurait pu faire mieux. Il était donc absolument lucide quant aux difficultés qu’il allait nécessairement rencontrer. Même si certains auraient certainement qualifié la mission de suicidaire, il savait qu’il avait fait tout ce qu’il pouvait pour réduire les risques. C’est donc avec détermination qu’il rassembla son équipement. Il laissa tomber la traditionnelle robe de sorcier pour l’occasion, optant pour des vêtements moldus noirs et serrés, à la fois souples et résistants. Il ne voulait pas qu’une manche traîtresse vienne se coincer dans une porte et menacer la poursuite de sa mission. De plus, il désirait pouvoir se mouvoir le plus silencieusement possible, puisque bien que dépourvus de vue, les Détraqueurs ont l’ouïe fine – selon ce que Hagrid lui avait confié. Il prit aussi sa cape d’Invisibilité, pour passer inaperçu aux yeux des prisonniers. Il aurait bien sûr été capable de se jeter à lui-même un sort de désillusion voire même d’invisibilité complète, mais le maintien de ces sortilèges exige une concentration qu’il n’était pas sûr de pouvoir maintenir tout au long de l’opération. Il plia soigneusement la cape et la plaça dans un petit sac à dos noir. A sa ceinture, il attacha sa baguette magique au flanc gauche, et après un instant d’hésitation, celle de Voldemort au droit. Il emportait rarement avec lui la baguette de Voldemort, qu’il conservait précieusement dans un tiroir magiquement verrouillé. Il n’avait jamais vu aucun sorcier porter deux baguettes à la fois, et il avait l’intuition que cela serait très mal vu puisque normalement, chaque baguette est unique et ne convient qu’à un seul sorcier. Il n’en restait pas moins que dans certaines circonstances, Harry avait déjà fait l’expérience que la possession de deux baguettes pouvait être un avantage déterminant, pour peu que l’on sache s’en servir. Aux alentours de dix heures du soir, il transplana sur la plage qui faisait face à l’île d’Azkaban. Son transplanage fut un peu hésitant car il n’avait jamais été à cet endroit. Il se basait seulement sur les indications de Hagrid. Harry lui avait fait minutieusement décrire les alentours d’Azkaban. Heureusement, la mémoire du demi géant lui était restée fidèle : comme la fenêtre de sa cellule donnait sur le rivage, il avait pu décrire en détails la mer furieuse et noire, les dunes de sable gris, la plage lisse, plate et morne, les rares arbres maigres et effeuillés et les récifs que les vagues furieuses ne se lassaient pas de harceler. Malgré les avertissements de Hagrid, l’endroit où Harry aboutit parvint à impressionner ce dernier. Dans les ténèbres environnantes, la plage, orientée plein Nord, semblait s’étendre à l’infini, rectiligne le long de la mer agitée. Il eût été difficile de trouver meilleur endroit pour construire une prison pour sorciers, songea Harry : il ne put en effet distinguer aucune lumière indiquant la présence d’un village moldu le long de la côte. Les seules lumières que Harry voyait provenaient de l’île qui faisait face au rivage, éloignée d’à peine plus d’un kilomètre. La marée était basse, et la lune se reflétait dans les flots agités. Après un instant d’hésitation, Harry marcha résolument vers la mer, en direction de l’île, jusqu’à ce que les vagues les plus puissantes parviennent à caresser les semelles de ses chaussures. Il eut un dernier regard vers la forme sombre et inquiétante de la côte. Au-delà de la plage longue et plate, dont la surface immaculée n’était troublée que par les traces de ses pas, il distinguait les formes indécises des collines. D’un sortilège informulé, il effaça toute trace de son passage, et le sable retrouva son apparence unie. Il se tourna ensuite vers la mer. L’horizon n’était troublé que par la sombre silhouette de l’île d’Azkaban. Il prononça à voix haute un sortilège de flottaison dont le son se perdit dans le fracas des vagues. Ensuite, il s’avança obstinément sur la mer, marchant littéralement sur l’eau, comme s’il se fût agi d’une surface solide. Ses pieds semblaient léviter légèrement au dessus de la surface agitée. Le bas de son pantalon fut rapidement trempé par les vagues, mais cela n’empêcha pas Harry de continuer à marcher en direction de l’île, s’éloignant toujours davantage du rivage. Il constata rapidement que Hagrid avait raison de dire que l’île d’Azkaban n’était en fait qu’un îlot, une sorte de pic rocheux sur lequel on avait cru bon de construire la prison. L’établissement carcéral, fait de pierres noires et solides, semblait tourner le dos à la terre. Il était bâti à l’extrême Nord de l’île, ses murs épousant un à pic vertigineux. On accédait à l’îlot par le Sud, où se trouvait une petite plage. Harry ne tarda pas à parvenir à la plage en question. Il avait mis à profit la traversée du chenal en tentant de calmer son cerveau agité, afin d’être dans le meilleur état d’esprit possible face aux Détraqueurs. Quant il atteignit la plage, il était encore trop éloigné de la prison, il ne ressentit pas immédiatement l’effet des Détraqueurs, en revanche, il perçut clairement que le froid s’accentuait et que la lumière des étoiles diminuait, ce qui était un indice incontestable de la présence de ces créatures. Un étroit sentier grimpait en pente ferme vers le bâtiment, parmi les rocailles. Il n’y avait ni arbre, ni arbuste. Dans le règne végétal, seul le lichen semblait parvenait à s’accrocher à la vie en cet endroit. Harry emprunta le sentier qui s’enfonçait dans l’île, s’éloignant du rivage. Il sentait son cœur battre d’une façon qui lui rappelait en permanence l’omniprésence du danger. A mesure qu’il se rapprochait de la prison, il ressentait de plus en plus la présence des Détraqueurs. Le froid et l’obscurité s’accentuaient encore, et des flashes lumineux brouillaient de temps à autres son esprit. Il savait que c’étaient de mauvais souvenirs qui tentaient de revenir à la surface de sa conscience de par l’effet des Détraqueurs, mais il ne les laissait pas faire. Lorsqu’il ne fut plus qu’à une centaine de mètres des murs de l’enceinte d’Azkaban, Harry s’arrêta. Il commença par tenter de maîtriser les battements de son cœur, conscient qu’il serait plus facile d’exercer un ferme contrôle sur son esprit s’il était déjà assuré de contrôler son corps. Il parvint à faire revenir la fréquence de ses battements à un rythme plus ou moins normal. Ensuite, il ouvrit son sac à dos et revêtit la cape d’Invisibilité que son père lui avait léguée. Le contact du tissu si fin et familier le rassura quelque peu, et même s’il savait pertinemment que le port de la cape ne changeait rien face aux Détraqueurs, il se sentit moins vulnérable. L’occasion était idéale pour vérifier une théorie que personne n’avait jamais réussi à démontrer, songea Harry ironiquement. Son plan était à la fois simple et suicidaire : il avait l’intention de s’infiltrer à Azkaban en passant par la grande porte, au nez et à la barbe des Détraqueurs. L’hypothèse de Harry était la suivante : les Détraqueurs repèrent les êtres humains à leurs émotions, donc un être humain bloquant hermétiquement ses émotions devrait pouvoir passer devant eux sans se faire repérer. Harry n’avait jamais entendu parler de quiconque ayant déjà réussi à tromper la vigilance d’un Détraqueur grâce à l’Occlumencie – et encore moins une centaine d’entre eux – mais si ce que l’on disait de ces créatures était vrai, cela devait fonctionner. En tous cas, cela avait intérêt à fonctionner, corrigea Harry en pensée, non sans appréhension. En admettant que sa théorie soit avérée, restait le plus difficile : parvenir à tromper la vigilance d’une centaine de Détraqueurs sans arrêter une seule seconde de bloquer son esprit. Il suffirait seulement de quelques instants d’inattention pour qu’une émotion parvienne à franchir les frontières de son esprit, et si par malheur un Détraqueur la percevait… Il préférait ne pas imaginer la suite des événements. Il ensorcela ses lunettes pour avoir une meilleure vision nocturne, et lorsqu’il les remit sur son nez, il distingua deux grandes silhouettes qui étaient indubitablement celles de deux Détraqueurs, postés chacun d’un côté de la grille de l’enceinte. Ils étaient parfaitement immobiles et se tenaient droits et impassibles, tournés vers la mer. Harry inspira et expira profondément. Ne plus penser, pensa-t-il. Les mots tournoyèrent en écho dans son esprit, puis, peu à peu, disparurent. Son esprit était fermé à l’extérieur, sa peur confinée dans les oubliettes de son cerveau. Il lui fallait se concentrer sur son objectif : « il faut sauver Kingsley Shacklebolt. » - - - Harry s’avança vers l’enceinte, et peu à peu, la distance qui le séparait des Détraqueurs se réduisit. Le froid artificiel généré par les créatures était plus prégnant que jamais. Harry le ressentait dans les moindres fibres de son corps, sur chaque pore de sa peau et au plus profond de son être. Ensuite, alors qu’il n’était plus qu’à quelques mètres, toujours inaperçu, toujours l’esprit tendu à l’extrême, il entendit la respiration des Détraqueurs, rauque, et lent souffle de froid, qui projetait dans l’obscurité un panache de vapeur glaciale. Pire encore que le froid, Harry sentait les images se presser aux portes de son esprit. Il savait lesquelles, il les savait monstrueuses, affamées de son malheur. Elles se massaient aux portes de son esprit et semblaient en cogner les portes au moyen d’un gigantesque bélier. A chaque respiration d’un des Détraqueurs, le bélier cognait, et à mesure qu’il se rapprochait, les coups devenaient de plus en plus puissants. S’il les laissait entrer, ce serait la fin. Son esprit devait rester totalement hermétique. Dans ces conditions, il était beaucoup plus difficile de se concentrer sur le chemin à parcourir jusqu’à la grille, et même sur la simple action de marcher, de placer un pied devant l’autre. Pour arriver à avancer, il devait laisser ses jambes prendre l’ascendant sur son cerveau, il devait laisser les réflexes moteurs prendre le pas sur la décision rationnelle. Car rien ne devait filtrer de son esprit étanche. Enfin, il fut à la grille, lourde et pesante masse d’acier trempé, probablement magiquement renforcée. Assiégé par le désespoir que tentaient de projeter en lui les deux Détraqueurs qui se tenaient sans bouger, l’un à sa gauche et l’autre à sa droite, il devait forcer la porte de l’enceinte d’Azkaban. Un alohomora ne suffirait pas, inutile même de le tenter. Il devrait user d’autres sortilèges, plus anciens et plus délicats. Heureusement pour Harry, sa quête des Horcruxes l’avait amené à faire l’apprentissage de nombreux sorts de déverrouillage. S’il avait réussi à forcer le coffre-fort des Malefoy pour récupérer le journal de Jedusor, il n’aurait normalement pas de difficulté à déverrouiller la porte d’Azkaban. Du moins, il n’y en aurait probablement pas eu s’il n’avait été contraint de maintenir son esprit hermétiquement fermé pour éviter de se faire repérer. Harry sortit sa baguette silencieusement, tout en s’efforçant de maintenir son esprit fermé. Un Détraqueur eut un mouvement brusque, et Harry se figea, la baguette levée. Le Détraqueur soupçonneux aspira longuement l’air environnant, et le bélier imaginaire asséna un coup monumental aux portes virtuelles de l’esprit de Harry, qui vacilla et faillit céder. Ne ressentant rien à côté de lui, le Détraqueur sembla se calmer, et sa respiration reprit une cadence normale, ainsi que les coups de butoir. Harry ensorcela la porte. Sorte de sésame universel, l’enchantement informulé qu’il venait de prononcer intérieurement, très difficile à mettre en œuvre, permettait de soumettre les objets au contrôle de l’enchanteur. Il en avait trouvé la formule dans un vieux livre de magie arabe que nombre de sorciers ne prenaient pas au sérieux, pensant qu’il s’agissait du mille-deuxième conte des mille et une nuits. La grille résista. Harry réunit toute sa volonté et lui intima de s’ouvrir. Elle résista encore un instant, mais finalement plia face à sa volonté implacable et s’entrouvrit silencieusement, pivotant sur ses gonds. Il fallait se presser. Harry sentait que les Détraqueurs à ses côtés s’agitaient. Ils ne tarderaient plus à le repérer s’il restait au même endroit. A pas feutrés et contrôlés, Harry pénétra furtivement dans l’enceinte d’Azkaban et s’éloigna des deux Détraqueurs qui en gardaient l’entrée principale. Il y avait une sorte de sas à ciel ouvert désert et vaguement herbeux entre l’enceinte et le bâtiment proprement dit. Même si Harry savait qu’il y avait de nombreux Détraqueurs aux alentours, aucun n’était en vue. Toujours dissimulé sous sa cape d’Invisibilité, il pénétra dans la prison d’Azkaban, après avoir à nouveau utilisé l’enchantement du Sésame pour forcer la porte du bâtiment. L’intérieure de la prison était lugubre et mal éclairé. Les murs suintaient d’humidité et le froid persistait. Il se trouvait dans une sorte de hall sans aucun meuble, depuis lequel trois longs couloirs se perdaient dans l’obscurité. Il lui fallait maintenant suivre à la lettre les instructions de Hagrid. Selon le demi-géant, avant d’être placés dans leurs cellules définitives, les nouveaux prisonniers passaient quelques jours dans un secteur particulier censé garantir l’acclimatation à Azkaban. Le Ministère avait imposé cette mesure prétendument humanitaire, mais Hagrid soutenait que les Détraqueurs n’étaient pas réellement plus cléments avec les détenus de la zone d’acclimatation. Après un instant d’hésitation, Harry s’engouffra dans le tunnel de gauche. Des deux côtés du couloir, il y avait des cellules aux portes grillagées. Rien qu’à voir la mine des prisonniers qu’il croisait, il pouvait être sûr que n’était pas encore dans la zone d’acclimatation : les détenus étaient sales, misérables et repoussants, pour la plupart lovés sur leur paillasses, enrobés de couvertures qui ne protégeaient pas de ce froid-là. La plupart dormaient d’un sommeil agité, beaucoup parlaient et gémissaient dans leur sommeil. Par deux fois il croisa un Détraqueur qui faisait une ronde, se délectant des restes de bonheur qu’il pouvait puiser chez leurs malheureux captifs. A chaque fois, Harry se plaquait au mur le plus proche et fermait son esprit le plus fort qu’il pouvait, attendant que l’orage passe. Quand le Détraqueur s’était éloigné, il reprenait son souffle et sa progression dans les couloirs. Je vous délivre en outre les annexes : Secret (cliquez pour afficher) • 31 juillet 1980 : naissance de Harry • 1er novembre 1981 : première chute de Voldemort • 1995 : Résurrection de Voldemort • 18 juin 1996 : Emprisonnement de Malefoy • 1 septembre 1996 début de la sixième année de HP • 31 juillet 1997 : Harry a dix-sept ans • 1 septembre 1997 début de la « septième année » de HP • 1er novembre 1997 : « bataille finale » • septembre 1998 : « 1e année post-Poudlard » • septembre 1999 : « 2e année post-Poudlard » • septembre 2000 : « 3e année post-Poudlard » • septembre 2001 : « 4e année post-Poudlard » • 31 juillet 2002: Harry a vingt-deux ans • 1 novembre 2002 : fête des cinq ans de la disparition de Voldemort • octobre 2002 : visite de Ron et Hermione au Douze, récit de Harry. • 31 décembre 2002 : fête de nouvel an à Pré au Lard • 10 janvier 2003 : visite à McGonagall • 12 janvier 2003 : Aspics • 18 janvier 2003 : examens d’entrée • 21 janvier 2003 : résultats des examens • 25 janvier 2003 : visite à Ron, début de l’enquête de Tonks • 31 janvier 2003 : Arrestation de Kingsley • 1 février 2003 : Jugement de Kingsley – envoi à Azkaban • 2 et 3 février 2003 : Appel de Tonks – préparation de Harry – infiltration de Azkaban Et en exclusivité mondiale, le récit du combat de Harry contre Voldemort, que j'ai finalement choisi de ne pas mettre : Secret (cliquez pour afficher) « Ce ne sont pas de bons souvenirs que je m’apprête à vous raconter maintenant. Comme Hermione l’a intelligemment souligné, au jour de la dernière bataille, tous les horcruxes n’étaient pas détruits, il n’était donc pas possible de tuer Voldemort. Cependant je l’ignorais, ou je préférais considérer qu’ils étaient tous détruits. Je n’avais pourtant aucune certitude à propos de la destruction du médaillon, et j’ai misé sur Nagini comme dernier horcruxe sans réelle certitude. « La bataille fut rude et dura, dura, dura… des heures et des heures. Nous nous sommes échangé des milliers de sortilèges, toutes magies confondues, à coup de sortilèges formulés ou informulés, avec baguette ou sans baguette, etc. Il suffit de se rendre sur les lieux du combat pour se rendre compte de son intensité. Tout a été démoli. Ce fut… dantesque. Au bout de deux heures, nous étions épuisés, lui comme moi, mais nous ne pouvions nous arrêter. Il ne cessait de m’insulter, de me dire que ma défaite était proche, qu’il ne m’achevait pas immédiatement pour faire durer le plaisir. « C’était faux. Il n’avait pas tellement le dessus. Il m’est arrivé ce jour là ce qui arrive rarement aux hommes, ces sortes de désincarnations souvent dangereuses mais parfois salutaires que provoquent une grande fatigue physique et psychologique. Ce n’était plus moi qui combattais comme un lion à l’aide des sortilèges les plus puissants que je connaissais. C’était une autre personne dont le sort m’était presque indifférent. Les doloris, c’était lui qui les recevait, la fatigue, la peur, l’angoisse de la mort, c’était lui qui les éprouvait. Moi je n’en avais que des échos, violents, mais légèrement atténués. Les plaintes de mes muscles, de mes articulations, de mes blessures, je refusais de les entendre. « Je n’avais bien sûr pas la puissance magique de Voldemort, mais j’avais plus d’inventivité et de rapidité, et mes sortilèges de défense étaient très efficaces. Le combat aurait pu s’éterniser. Nous faiblissions, tous les deux. Au bout de quelques heures de combat acharné, ininterrompu, nous avons convenu tacitement d’une pause pour reprendre nos souffles avant la poursuite du combat. Cela ne vous étonnera pas : il ne respecta pas la convention. Il me décocha subitement un avada qui rencontra un sortilège que je lançai au dernier moment. Le même phénomène qui avait eu lieu à la fin de notre quatrième année se reproduisit. Nous fûmes enfermés dans une sorte de bulle dorée, isolés du monde extérieur, reliés par un faisceau de différents sortilèges. Ce fut alors un combat bien plus épuisant encore qui débuta : un combat de volontés. Deux farouches volontés qui s’opposaient dans un combat à mort. Il essayait de me détruire via le morceau d’âme qui siégeait en moi à mon insu, et je lui opposais toute la force de ma volonté. C’était un double combat : les baguettes jumelles et les esprits jumeaux. Un combat magique doublé d’un combat de volonté. C’était à celui qui serait le plus vite épuisé. Je n’avais aucune chance de tenir sur les deux plans à la fois. En puissance magique, Voldemort me dépassait de loin, par contre j’avais peut-être une chance du côté mental. J’ai donc pris le parti de faire croire à Voldemort que je lâchais prise dans ma baguette pour lui faire baisser la garde de son esprit. La force des rayons de lumière qui nous séparaient convergea alors vers moi, fit vibrer ma baguette comme un marteau piqueur, remonta le long du bois, puis irradia mon bras droit d’une douleur affreuse. Il n’était plus question d’ignorer la souffrance. C’était tout simplement impossible, insupportable. Pire que le pire doloris. Il fallait que j’y échappe, sans quoi je serais devenu fou. Dans un dernier éclair de lucidité, et utilisant le morceau d’âme de Voldemort que j’avais en moi comme passe-droit, j’ai réussi à insérer mon esprit dans le sien pendant quelques secondes. Cette fois, la douleur fut pour lui. Mes souvenirs heureux de Poudlard, mes amis, mes parents, tout ce que Dumbledore appelle l’amour, tout ce que Voldemort n’avait jamais connu, tout cela incendia littéralement son esprit, et il lâcha sa baguette, et les rayons de lumière s’évanouirent. « J’ai su profiter de la seconde où il reprenait connaissance pour lui dérober sa baguette. J’ai pris ma baguette dans la main droite et la sienne dans la main gauche et pour la première fois de ma vie j’ai dit : avada kedavra. Les deux rayons de lumière se joignirent et touchèrent Voldemort qui s’écroula, apparemment sans vie. Le recul me propulsa à plusieurs mètres. C’était fini. » Pour la suite de ce que je prévoyais, c'était encore assez vague et pas sûr, mais : Secret (cliquez pour afficher) Harry devait parvenir à libérer Kingsley, s'attirant au passage les foudres de Scrimgeour, qui essaie de le faire lui-même emprisonner. Harry se rend compte que Scrimgeour est complètement fou de jalousie à son égard parce que Harry a su stopper Voldemort et pas lui. Scrimgeour parvient à pénétrer au Douze et découvre que Voldemort est vivant et en captivité. Il est d'abord horrifié mais y voit l'occasion de s'offrir la vengeance qu'il n'a pu avoir. Voldemort, utilisant sa capacité de légilimancie habilement, parvient à le persuader qu'il n'y aurait pas de victoire glorieuse contre lui s'il ne lui rend pas ses pouvoirs. Scrimgeour s'empare donc de la statuette de cire qui contient les pouvoirs de Voldemort. Harry parvient juste à temps à l'arrêter. Duel épique entre Scrimgeour et Harry. Ce duel est une allégorie de la confrontation du Lion à l'encontre du dragon du "tu dois" (lire Nietzsche). Harry l'emporte et emprisonne Scrimgeour au Douze, car il ne peut pas le laisser s'en aller dire à tout le monde que Voldemort est chez lui. Scrimgeour résiste aux sortilèges d'amnésie de Harry, heureusement ce dernier parvient à convaincre Hermione de s'en charger (on découvre que Hermione travaille au département des Mystères et c'est de là qu'elle trouvera la potion d'oubli). Hermione altère la mémoire de Scrimgeour, permettant de gracier Harry de ses accusations. Elle en profite aussi pour le persuader Scrimgeour qu'il doit détruire le médaillon indestructible, espérant qu'il y parviendrait en utilisant les moyens du ministère. Le Lion s'achève sur la destruction du médaillon. Le troisième tome, l'Enfant, aurait été beaucoup plus vague : il s'agissait en fait d'un renouveau de Harry. Lassé de voir les failles du Ministère, il se lance dans la politique. Mais je n'en sais pas plus. Voilà. Modifié le 14/03/2008 à 02h32 par Csame Co-administrateur et développeur de l'Encrier |
| Laurent Jerry | # Posté le 14/03/2008 à 08h22 - Citer |
Statut : administrateur ![]()
| De profundis. Arrête-toi, histrion ! Puisqu'il le faut. Mais je regretterais Zharrythoustra. Il ne me reste plus qu'une chose à faire. Suivre ton conseil et aller lire l'autre. Finalement, tu as raison : Pour un urbaniste, il est normal d'aller se frotter à la densité. Y compris littéraire. Mais là, c'est dense comme Shanghai. Merci en tout cas pour le Sésame... ![]() A świstak siedzi i zawija je w te sreberka Faculté d'Insignifiance Comparée - Chaire d'Urbanisme Callikinitopolistique. |
| Csame | # Posté le 14/03/2008 à 14h59 - Citer |
Statut : administrateur ![]() | De rien, et comme on dit : Requiescat in Pace. Co-administrateur et développeur de l'Encrier |
| Nataniel | # Posté le 17/03/2008 à 11h13 - Citer |
Statut : modérateur ![]() | Vraiment dommage... C'était vraiment des très bon textes... Mes histoires: A l'Auberge des Plaines du Nord Pourquoi ? |
| Alixe | # Posté le 22/03/2008 à 20h18 - Citer |
Statut : membre ![]() | Bien sûr, je suis déçue d'apprendre que tu n'écriras pas la suite. Mais merci de nous avoir livré ce qui était déjà rédigé (que j'ai lu avec plaisir) et d'avoir indiqué la suite prévue de l'histoire. J'espère vraiment un jour voir ton nom sur une couverture plastifié. |
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