| Page : | |
| Auteur | Message |
|---|---|
| Kventino | # Posté le 09/06/2008 à 00h40 - Citer |
Statut : membre ![]()
| Je viens de lire, dans le dernier Alternatives Internationales, un dossier extrêmement intéressant sur les violences "ethniques" en Afrique, qui m'a immédiatement fait penser 1. à un des thèmes de culture générale de cette année : l'identité et 2. à lancer un débat ici. Il montre très bien comment le concept d'ethnies a été forgé au début de la colonisation et comment il a été instrumentalisé avant, pendant, et après la décolonisation. Ainsi, ce concept vient avant tout des anthropologues - et pas tellement des colons - qui cherchaient à comprendre des réalités que l'on connaissait encore moins que maintenant. Or, chacun sait que pour comprendre quelque chose, l'intelligence humaine, au moins celle marquée par Aristote, classe et cloisonne. Les anthropologues européens, considérant que, par définition, les peuples africains étaient moins développés culturellement que les occidentaux, n'ont pas parlé de nations africaines mais d'ethnies, qui vient d'un mot grec - ethnos - qui désignait l'entité moins développée politiquement que la polis. Mais les critères qu'ils ont choisis - langues, culture, religion, ... - ne se recoupaient pas. De plus, ils ont eu tendance à considérer ces ethnies comme largement figées, ce qui était plus que rarement le cas. L'exemple le plus frappant, car avec des conséquences encore actuelles terribles, est celui du Rwanda (et aussi du Burundi). Ces deux régions étaient de véritables États formés, avec leur frontière commune délimitée par un traité datant, je crois, du XIVe/XVe siècle. Au sein de ces sociétés, il y avait d'une part les propriétaires du bétail, comparables à la noblesse terrienne européenne, et qui s'appelaient les Tutsis, et, d'autre part, le reste du peuple, les Hutus. Bien qu'étant très endogames (autant que nos noblesses d'alors), les Tutsis étaient un groupe social, et un Hutu qui réussissait pouvait devenir Tutsi. Quand les colonisateurs sont arrivés au Rwanda, ils ont noué des contacts, forcément, avec la "noblesse". Ce groupe étant mieux éduqués, plus riches et donc en meilleure santé, les anthropologues en ont conclu qu'ils ne pouvaient pas être d'Afrique noire. On a donc fait remonter leurs origines le long du Nil. Par la suite, vous savez, je pense, comment les colons belges ont d'abord favorisés les Tutsis puis, quand ceux-ci ont commencé à demander l'indépendance, les Hutus. Le concept d'ethnie Tutsi venant d'ailleurs s'est tellement ancré que, au moment du génocide, certains Hutus criaient "retournez en Égypte" ! Les exemples abondent pour montrer à quel point les anthropologues européens, en partie aveuglés par leur sentiment de supériorité, ont contribué à figer le concept d'ethnie. Après la décolonisation, les clivages ethniques se sont dans la plupart des cas exacerbés, manipulés par les élites. Une grille de lecture ethnique s'est développé pour chaque action gouvernementale. Les ethnies n'ont pas été crées de toute pièce, mais elles ont été figées et simplifiées à partir de réalités complexes et mouvantes. Par analogie, on n'est pas breton ou ch'ti de la même manière et au même endroit selon qu'on vit maintenant ou il y 50 ans, ou 100, ou 200. Tout ça pour dire quoi ? Deux choses. Tout d'abord, les violences ethniques sont horribles, on est tous d'accord là-desus. Mais elles ne sont pas si exotiques. Il s'est passé relativement la même chose en Europe durant tout le processus de démocratisation (qui a pris, au mieux deux siècles). Ce qui choque, c'est que ça se passe maintenant, alors que l'Europe, à part dans les Balkans, s'est sortie de ce processus. Mais il faut un peu oublier notre sentiment de supériorité européen, et être objectif : nous en sommes passé là, et nous avons même fait pire. Deuxième chose : toute identité locale (c'est-à-dire liée à un lieu, grand ou petit) dépend de l'époque. Elle est dépendante, entre autres, des transports : le pays, au départ, désigne le territoire que l'on peut couvrir en une journée de cheval. Au moment des révolutions libérales a été forgé le concept de Nation et de Patrie. C'est de concepts venaient peut-être de l'Antiquité (encore que ...), mais à l'époque, ils recouvraient quelque chose de tout à fait différent, qui ne dépassait pas la taille d'une Cité. Ces Nations ont assuré - encore une fois dans la douleur - la naissance et la stabilisation de la démocratie. Mais maintenant, ce sont des concepts qui ne sont plus pertinents, au moins en Europe. Quand les Nations se sont créées, elles ont dépassé les particularismes régionaux, qui étaient très forts parce que l'on bougeait très peu. Aujourd'hui, l'on bouge de plus en plus. De plus, les Nations ont permis un développement - principalement économique - parce que les marchés locaux se sont élargis, décloisonnés, et ont fusionné. Actuellement, les marchés nationaux sont saturés. Il faut donc, en Europe au moins, dépasser le concept de Nation. Cela ne veut donc pas dire qu'il faut créer une Nation européenne : les régions n'ont pas disparu au moment de la démocratisation. Il faut que la construction européenne dépasse ce concept de plus en plus périmé, en prônant un modèle fédéral, ou international. Je sais pas si beaucoup de gens vont lire ça, mais ça me ferait plaisir que certains répondent, notamment des gens qui s'y connaissent mieux que moi sur l'Afrique. "Ce garçon doit apprendre deux choses de moi : à m'obéir et penser par lui-même" |
| Csame | # Posté le 09/06/2008 à 01h31 - Citer |
Statut : administrateur ![]() | Je ne sais pas si je peux affirmer que je m'y connais en ce qui concerne l'Afrique, mais c'est amusant que tu lances ce débat maintenant parce que je viens d'avoir avant-hier mon avant-dernier examen dont l'intitulé était justement État et gouvernementalité en Afrique. Avec une prof française assez renommée sur la question (Dimier). On a évidemment largement parlé de la construction ou de la solidification de l'ethnicité dans ce cours. Les avis divergent sur la question de savoir si les ethnies précédaient à la colonisation, mais effectivement comme tu le dis, la plupart pensent que l'"ethnie" était un concept parmi d'autres, ancré dans un tissu très complexe d'identités multiples, relevant des sphères familiales, religieuses, relationnelles, et seulement pour une part "ethniques". La seule chose pour laquelle j'apporterai une certaine nuance par rapport à ce que tu viens de dire, c'est que les colonisateurs ne furent pas les seuls à tenter d'implanter l'idée d'ethnicité comme critère de différentiation et de hiérarchisation. Et ici je cite la conclusion de son cours sur l'ethnicité : Par un souci de précision par rapport à ce que tu as dit, je voudrais juste rappeler — non pas que ç'ait une énorme importance, c'est juste une précision — que la Belgique ne fut aux commandes du Rwanda qu'après le traité de Versailles. Les premières heures coloniales sont œuvres allemandes. Encore une citation pour la peine : Enfin, pour en terminer avec ce post très imprégné de mon cours, je vous laisse avec une dernière citation — sans nécessairement prendre parti — : Co-administrateur et développeur de l'Encrier |
| Kventino | # Posté le 09/06/2008 à 18h32 - Citer |
Statut : membre ![]()
| C'est très intéressant. Pour la première citation, c'est un élément que j'ai apparemment mal mis en avant : les ethnies n'ont pas été inventées à partir de rien. Je n'en savais pas autant, je n'ai pas autant développé, mais en effet, il faut bien le préciser : les ethnies ne sont pas des créations totales (je pensais qu'elles l'était un peu plus, mais là-dessus on se rejoint quand même). Sur la deuxième citation, il n'y a rien à contester, en tout cas pas à mon niveau, avec le peu que je sais. Pour la dernière ... comme effectivement elle ne prend pas vraiment parti, c'est assez dur de critiquer. Mais quand même, dire que ce qui importe, c'est que ces identités existent et qu'elles sont politiquement pertinentes, c'est avoir à mon avis une vision assez figée, une vision un peu de spécialiste, de classificateur. Déjà, il y a, enfin je crois, une distinction entre l'existence et la pertinence : ce n'est pas parce qu'elles existent qu'elles sont pertinentes. Mais la juxtaposition, et sûrement le fait que ça a été sorti de son contexte, font que, à mon avis, le rapprochement se fait automatiquement. D'après cette phrase seule, je ne pense pas que ce soit voulu, mais, quand je la lis, je peux facilement l'interpréter comme "ces identités existent aujourd'hui, et donc ..." Mais c'est un détail. Ce qui est sûr, c'est effectivement que ces identités existent aujourd'hui, qu'elles ont été complètement intériorisées. Mais cela n'est pas le plus important, justement. C'est vrai que savoir si ces ethnies existaient avant n'est pas en soi d'une importance capitale. Mais c'est un premier pas pour relativiser la notion d'identité, et notamment la notion d'identité, et surtout la notion d'identité liée à un lieu ou à une origine quelle qu'elle soit. Toute identité est relative, toute identité est liée à une époque et à une société particulière, et, au fur et à mesure que les sociétés s'ouvrent et s'agrandissent, la notion d'identité s'agrandit aussi. C'est pourquoi je pense que les identités nationales n'ont plus lieu d'être en Europe : elles sont usées, elles n'offrent plus une identification, elles ne permettent pas de se retrouver dans un projet d'importance. Qu'est-ce-qui se décide au niveau national désormais ? La balance des pouvoir entre les collecitivités territoriales et l'Union Européenne. Il y a un double mouvement de transfert de pouvoir. J'ai pris l'exemple de l'Afrique pour dévier complètement, justement pour montrer que ce qui est important, ce n'est pas que ces identités existent aujourd'hui, ou plutôt c'est justement qu'il n'y a qu'aujourd'hui qu'elles existent. Une identité qui n'évolue pas est une identité morte. On peut aussi prendre comme exemple le mouvement d'extension de la citoyenneté romaine : elle s'est peu à peu étendue, de Rome au Latium, puis du Latium à l'ensemble de la péninsule italienne, et ainsi de suite. Quand on a tourné et retourné le contenu d'une identité dans tous les sens, quand il n'y a plus rien à en tirer, il faut muer vers une identité plus large, et ceci afin d'éviter que la crise d'identité ne pousse à revenir à des identités plus étroites, comme les régionalismes. Une des plus grandes réussites du nationalisme était justement de nous avoir débarassé de l'attachement à une identité plus excluante qu'incluante. Maintenant, l'identité nationale exclut elle aussi plus qu'elle n'inclut (je parle pour l'Europe là). Il faut donc passer à une identité plus large, qui se trouve être l'identité européenne. Tu vas pouvoir me corriger si je me trompe, mais la construction de l'identité nationale belge n'a pas vraiment réussi : je ne dis pas qu'il n'y en a pas, mais elle n'est pas complète : qu'elle est la caractéristique propre à la Belgique, mais partagée par tous les Belges, qui regroupe tous les Belges en excluant les autres ? Si tu me trouves une, je m'inclinerai sur ce point, mais ça ne changera rien à la démonstration générale : quand une identité est mise en échec, il y a un combat entre l'ancienne (ou la traditionnelle) identité plus forte, plus contraignante, et la nouvelle identité moins forte mais plus "épanouissante", dans le sens où elle permet de dépasser les anciennes oppositions (même si elle ne les supprime pas). Pour revenir à l'Afrique, qui ne sert pas seulement de prétexte ou d'exemple, je ne peux que reprendre les conclusions du dossier d'Alternatives Internationales, en les réarrangeant un peu : désormais, on ne peut plus supprimer le concept d'ethnie, car il est trop ancré. Mais il faut le relativiser afin de favoriser l'émergence de véritables États nationaux, ou en tout cas des États qui créent une communauté d'intérêts. Avant de passer à autre chose. EDIT : Y aurait un moyen de changer le sujet du topic en "Les origines, des concepts douteux" ? Parce que les identités raciales, c'est plus que douteux comme concept. Oui je suis un peu long à la détente et j'aurais pu y penser avant, mais je suis comme ça moi ... RE-EDIT : ou encore mieux, "Les identités, des concepts en mouvements" Modifié le 09/06/2008 à 18h44 par Kventino "Ce garçon doit apprendre deux choses de moi : à m'obéir et penser par lui-même" |
| Nataniel | # Posté le 09/06/2008 à 18h47 - Citer |
Statut : modérateur ![]() | Très intéressant tout ça. Bon, je ne suis de loin pas un expert en ethnie ou en histoire géo-politique de l'Afrique. Je m'en sors un peu plus sur l'histoire de l'Europe mais pas beaucoup, à part pour ce qui est du développement du droit depuis l'empire romain mais bon, je vais quand même mettre mon grain de sel parce que la question m'intéresse. Je suis d'accord sur le fait qu'il faut viser plus large que l'identité nationale. J'ai même une idée, et je pourrais même dire une Idée au sens platonicien du terme, sur la question. Partons déjà d'un principe qui s'est toujours vérifié jusqu'ici : l'homme tape toujours sur ces semblables pour une raison ou une autre (religion, colonisation, pétrole, eau, territoire, argent). Mais l'idée en question est que d'après moi le monde se porterais mieux si on arrêtait avec ces concepts de nation, ethnie, groupe ou classe sociale et qu'on se référait à une race, la seule race intelligente (ou qui se considère comme telle sur cette terre), en l'occurrence l'Humain. Arrêtons de penser JE et pensons NOUS, je suis certain que ça ira mieux. Je ne te respecte pas toi et tes biens parce que TU es toi et que JE dois respecter je ne sais quel conscience ou morale mais parce que NOUS sommes NOUS et que tes problèmes sont les miens. Voilà l'Idéal selon moi, mais comme avec tous les idéaux, on ne peut que l'approcher et l'union européenne est un pas important vers lui à une condition : qu'elle ne serve pas à former un nouveau groupe à opposer aux autres. Mes histoires: A l'Auberge des Plaines du Nord Pourquoi ? |
| Kventino | # Posté le 09/06/2008 à 18h53 - Citer |
Statut : membre ![]()
| Je suis exactement ton idée : je ne l'avais pas développé, mais effectivement, à mesure que notre identité se développe, nous devrions la penser de plus en plus positivement (ce qu'on est) et de moins en moins négativement (ce que nous ne sommes, l'altérité, les autres). Je ne sais pas si c'est possible, mais ça serait le mieux, en effet. "Ce garçon doit apprendre deux choses de moi : à m'obéir et penser par lui-même" |
| Csame | # Posté le 09/06/2008 à 19h38 - Citer |
Statut : administrateur ![]() | Je ne sais pas si je partage entièrement le concept de grand universalisme basé sur l'appartenance à l'espèce humaine, tel qu'exposé par l'ami Nataniel. Pour autant, je suis tout à fait d'accord pour dire que l'aspect territorial est certainement un critère suranné pour différencier les être humains. Je me sentirai sans doute plus éloigné d'un compatriote qui aurait des idées incompatibles avec les miennes que d'un étranger dont je partagerais un socle commun de valeurs et d'idéaux. Même si cela relève du politique, je pense que cela transcende quand même le clivage traditionnel gauche-droite : il s'agit d'une simple question de volonté d'humanisme, à opposer à la simple recherche de l'intérêt personnel. À cet égard, la construction européenne, même si elle emploie parfois des biais que je trouve regrettable (cfr. Europe forteresse, etc.), me paraît néanmoins un projet porteur. Habitant à moins d'un kilomètre de la commission, j'assiste au brassage des cultures au jour le jour, et même si je regrette qu'il soit devenu plus ou moins impossible de trouver un serveur qui parle le français dans mon quartier, cela reste vraiment une expérience concrète de multiculturalisme. En ce qui concerne la Belgique, c'est encore une autre question. La Belgique doit être le pays le moins patriotique au monde, et vraiment, je ne m'en plains pas. Au contraire, paradoxalement, la raison pour laquelle j'aime mon pays, c'est parce qu'il ne s'aime pas lui-même. Hélas, en Belgique, ce manque d'attachement à une nation s'est souvent mué en un nationalisme de clocher, à des régionalismes, encore plus restrictifs que ceux que l'on connaissait auparavant, particulièrement en Flandre, mais aussi en Wallonie et même à Bruxelles. Entre partisans de "la Belgique de Papa" (unitaire), fédéralistes, régionalistes, séparatistes, il est très difficile de se situer, et finalement je crois que mon choix est de ne pas le faire, de regarder par delà les appartenances territoriales. Celle que j'explore actuellement — notamment par le biais de l'Encrier — c'est une identité non exclusive, transfrontalière et transculturelle, celle de la francophonie. J'ai mis "non exclusive", car c'est une identité qui ne signifie pas repli sur soi, mais également ouverture sur le monde et aux autres langues (cfr. mon apprentissage de l'espéranto). Mais cela montre aussi les difficultés qu'il y a de se définir. D'assumer ses particularités, de vouloir s'inscrire dans quelque chose de large, mais en même temps de ne pas renier nos particularités. Je pense que c'est très difficile. Bon, j'ai écrit quatre fois un paragraphe à chaque fois effacé. Je poste. Désolé pour la fin abrupte. Co-administrateur et développeur de l'Encrier |
| Nataniel | # Posté le 09/06/2008 à 19h48 - Citer |
Statut : modérateur ![]() | Bon, c'est sur que la vision que j'ai proposé, en plus d'être idéalisée à de grandes faiblesses. On ne peut nier les attachement de chacun pour ce qui lui ressemble ou est proche de lui. Elle implique également un très grand risque de disparition des particularités locales (notamment au niveau gastronomique ou culturel) et rejoint ici le concept que j'aime pas car pas assez bien définit de "mondialisation" au sens principalement économique du terme. Notons que le terme semble connoté assez négativement dans un vocabulaire usuel, mais ça vient peut-être des idées politiques de mon entourage. Jongler entre un rapprochement humain (qui conduit j'espère à plus d'humanité au sens respect notamment de la vie d'autrui du terme) et le respect des différences constatables de fait dans nos (et j'aimerai beaucoup pouvoir dire notre) sociétés modernes est un défi qui pour l'instant ne semble intéresser personne. Car ces temps, je le regrette beaucoup, mais c'est plutôt la peur des différences qui dominent en Europe et dans le monde. Combiné à un appat du gain plus fort qu'il ne l'a jamais été, ça fait les guerres qu'on connaît un peu partout dans le monde. Et pendant ce temps là, le citoyen lambda regarde le championnat d'Europe de football... Mais c'est une autre histoire. Modifié le 09/06/2008 à 19h49 par Nataniel Mes histoires: A l'Auberge des Plaines du Nord Pourquoi ? |
| Kventino | # Posté le 09/06/2008 à 19h56 - Citer |
Statut : membre ![]()
| Je rebondis juste sur le dernier paragraphe de Csame : certes, la communauté linguistique peut dépasser les frontières. C'est le cas pour quelques langues, notamment le français. Pour autant, ça reste excluant : les non-francophones n'y sont pas intégrés. Et, au risque de paraître extrême, je ne compte dans les francophones que ceux dont c'est la langue maternelle et, à la rigueur, ceux qui ont vécu très très longtemps dans un pays francophone. Pour Nataniel, je pense justement que les risques de disparition des particularismes locaux vient du manque de redéfinition du concept d'identité : on ne veut pas l'élargir en créant une nouvelle identité, on veut l'élargir en englobant plus de monde sous la même identité, qui ne change pas (en l'occurrence l'identité américaine). Quant à la peur de la différence ... On n'a pas peur de ce qui est complètement différent de nous. Le beauf qui critique les immigrés qui lui piquent son boulot en vivant en assistés (j'attends d'ailleurs toujours qu'un beauf m'explique comment c'est possible) est bien souvent soit au chômage soit de la même catégorie sociale. Le concept d'étranger, cela signifie que c'est vaguement familier mais que quelque chose diffère. Modifié le 09/06/2008 à 19h57 par Kventino "Ce garçon doit apprendre deux choses de moi : à m'obéir et penser par lui-même" |
| Nataniel | # Posté le 09/06/2008 à 20h05 - Citer |
Statut : modérateur ![]() | Tiens, cette dernière hypothèse me plaît beaucoup. Doit y avoir quelque chose à creuser dans un débat politique à ce niveau ==> merci. Et non justement, l'idée n'est pas d'élargir ou de créer mais de prendre quelque chose qui pour moi existe déjà, l'Humanité : les mêmes besoins, la même race (opposé à celle des chiens, des chats et autres qui sont des animaux de races différentes), les mêmes passions et les mêmes problèmes. Si quelqu'un cherche à imposer aux autres sa propre vision sans chercher un fond commun, on va droit dans le mur. Mes histoires: A l'Auberge des Plaines du Nord Pourquoi ? |
| Kventino | # Posté le 09/06/2008 à 20h15 - Citer |
Statut : membre ![]()
| Quand je dis créer, je pense en effet à puiser dans le fond commun, mais justement à faire émerger ce fond commun. Pour l'instant, il n'y a pas d'identité humaine, quoiqu'on en dise. Il faut en créer une progressivement, et l'Europe est une étape de plus. "Ce garçon doit apprendre deux choses de moi : à m'obéir et penser par lui-même" |
| Page : | |
Retour au forum Discussions générales ou à la liste des forums