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| Auteur | Message |
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| Hermine | # Posté le 13/01/2010 à 13h26 - Citer |
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| C'est possible, mais alors dans ce cas là, tu change la définition des termes employés par LJ... Tu en a le droit remarque (d'autant que ce dernier ne s'est pas exprimé sur ce point), mais alors on ne parle plus de la même chose, et il faut le signaler. Il m'a apprit que le savoir vivre, c'est de savoir être fou Qu'assis, debout, à jeun ou ivre, on pouvait chanter n'importe où ~ Lynda Lemay ~ Il faut vivre pour aimer et non pas aimer pour vivre |
| Elizabeth Moonstone | # Posté le 13/01/2010 à 14h01 - Citer |
Statut : membre ![]() | D'après les propres définitions de LJ, le lecteur empirique existe. Seul le lecteur empirique parfait est hypothétique. Modifié le 13/01/2010 à 14h02 par Elizabeth Moonstone |
| reveanne | # Posté le 13/01/2010 à 14h31 - Citer |
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| Je ne comprends plus rien, j'ai complètement perdu le fil du débat. mon site à moi: Côté face |
| Distic | # Posté le 13/01/2010 à 17h00 - Citer |
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| Hermine, je ne change pas la définition qu'a donné Laurent Jerry du lecteur empirique, je ne fais que la préciser. Essentiellement, le lecteur empirique est, au sens de Laurent Jerry, celui qui ne s'intéresse qu'à l'histoire, es-tu d'accord là-dessus ? Pour ma part, je précise que c'est l'intérêt conscient du lecteur empirique qui ne se porte que sur l'histoire. Autrement dit, j'affirme que si l'on prend la définition donnée au mot, on tombe sur un concept qui n'a pas d'intérêt. Mais vu l'éloge fait par LJ de la lecture implicite, ce serait ridicule de le prendre au mot Pour ce qui est de l'existence du lecteur empirique, je rejoins tout à fait Elizabeth. Le lecteur empirique existe pour LJ, il a d'ailleurs cité l'exemple de son frère. Mais on devrait plutôt dire "lecteur plutôt empirique" puisque "lecteur empirique" est ambiguë (on ne sait pas s'il s'agit du "lecteur empirique idéal" ou du lecteur empirique partiel, qui est donc aussi en partie lecteur modèle). D'ailleurs ça n'aurait absolument aucun sens d'inventer un type de lecture rigoureusement inexistant et de vanter le modèle opposé. Modifié le 13/01/2010 à 17h05 par Distic |
| Kventino | # Posté le 13/01/2010 à 19h02 - Citer |
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| Oulah, ca y est, le débat est reparti sans moi. J'avais une partie de cette réponse prete, mais jamais totalement, et du coup le temps de la reprendre de nouvelles choses s'ajoutaient etc. Mais normalement c'est bon et comme ca fait un message assez long, je vais donner tout de suite la conclusion à laquelle je suis arrivée à la fin : Pour moi (ce n'est pas forcément ce que voulait dire Laurent Jerry, c'est ce que moi je pense), un lecteur empirique ne croit qu'en un auteur empirique, autrement dit qui raconte une histoire pour raconter une histoire, et idem pour l'autre (j'explique plus loin pourquoi j'ai du mal avec "modèle"), il ne croit pas qu'un auteur puisse ne rien vouloir dire d'autre que l'histoire qu'il raconte. J'explique plus loin comment je viens à ce raisonnement, mais je voulais épargner ceux qui ont d'autres choses à faire que lire mes élucubrations. Je peux donc maintenant comnmencer à répondre, en-dehors du débat lui-meme, aux réactions à mon billet : Ce n'est pas que cette remarque d'Ennola qui m'a énervé, mais le ton de ses interventions (et celles d'autre personne) sur le theme 1. Vous essayez d'interpréter des livres, mais nous autres bonnes gens nous contentons de les prendre comme ils viennent. 2. Nous avons raison parce que nous gardons les pieds sur terre, Et surtout les personnes qui ont dit ca. Et je revendique le droit de tous, moi compris, à etre pédant, parce que ca veut dire qu'on croit en ce qu'on pense, et que c'est souvent plutot une maladresse. Maintenant, pour répondre à Csame : Bien évidemment. Je me suis surement mal exprimé : l'anti-intellectualisme, ce n'est pas la position des gens qui ne sont pas intellectuels. C'est la position de deux groupes : - le premier est marginal, c'est ceux qui revendiquent leur inculture et la porte en étendard, opposant le bon sens commun à ces intellectuels qui connaissent rien à la vie. Je ne sais pas pourquoi, Poujade et notre président me viennent à l'esprit. - le deuxième est assez important, notamment en France. Il s'agit d'intellectuels qui défendent la marginalité de leurs idées en expliquant que de toute facon, les élites n'y connaissent rien, seul les simples gens ont raison, et toujours raison. Blocher, pour ne pas citer un troisième plus insultant, en font partie. Il ne s'agit pas, évidemment, de dire que ceux qui ne pensent pas comme moi sont des incultes, et que les incultes le sont parce qu'ils l'ont voulu. Et de rien (meme si c'est bon, j'ai fini mes vols transatlantiques. Heureusement, 30 heures de voyage de Vancouver à Zakopane, ca va deux secondes. J'étais pressé parce que j'écri(vai)s de la fac et que ca allait fermer)(pfiou, j'ai failli perdre tout ca) Et à Distic : Bon déjà, je dirais plutot que populisme désigne une théorie selon laquelle le peuple a toujours raison, et démagogie, effectivement, des paroles, un discours (qui à mon avis reprend souvent, mais en effet pas tout le temps, les thèses du populisme). Ensuite, je ne trouve pas cela forcément contradictoire : Je considère avec Clemenceau que ceux qui font croire au "peuple" qu'il a toujours raison se trompent, parce que je ne crois pas que l'on puisse parler de peuple et que meme si c'était le cas, ce serait faux, l'Histoire le prouve. Mais ca ne veut pas dire que j'en conclue qu'il faudrait un gouvernement des élites, ou que si les masses ne venaient pas foutre leur merde dans la culture, on se porterait mieux. D'ailleurs je trouve toujours ca amusant la gymnastique intellectuelle de ceux qui ne peuvent nier qu'ils prennent du plaisir à écouter de la musique ou à lire des livres qui ont du succès, mais à qui ca fait trop de peine de les mettre sur le meme plan que la culture muséifiée, mais on s'éloigne du débat. Revenons-y donc, en partie d'abord. Certes, la culture ancienne est globalement de meilleure qualité parce qu'un tri s'est déjà fait. Cela ne fait d'ailleurs qu'apparaitre que nous sommes d'accord : le tri se fera aussi pour ce qui nous est nouveau. Ergo (oui j'aime la provoc'), ergo, globalement, on est d'accord sur ce point : la culture (j'étends à d'autre domaine que la littérature) moderne n'est pas nécessairement inférieure à la culture scolaire. À noter que je déplore, mais on n'a pas trouvé de solution et on n'en trouvera probablement jamais, que le fait que les meilleures oeuvres pour etre reconnues, deviennent une part de la culture scolaire, et donc soient muséifiées, vitrifiées. On diffère peut-etre, en revanche, sur l'appréciation : personnellement, je considère que la culture de masse comme la massification de la culture (culture de masse : culture qui "parle" a beaucoup de monde, qui a du succès, massification de la culture : accès de plus en plus important à la culture pour une population qui en était jusque là éloignée) est globalement une bonne chose meme s'il reste encore beaucoup à faire et que, oui, l'école et les institutions culturelles ont du s'y adapter (la fameuse baisse de niveau du bac dont nous avons déjà parlé ailleurs) mais qu'elles sont restées au milieu du gué. Mais je recommence à m'éloigner. Cela ne veut pas dire, encore une fois, que les masses ont raison. En effet (préparez les tomates et les pancartes "bouh le pédant"), je réfute tout "-isme", notamment l'élitisme, mais aussi le populisme. Et je radote, mais je réfute d'autant plus la dernière catégorie qu'elle est rarement mise en avant par des gens du peuple, et que je ne crois pas plus à un "peuple" qu'à une opinion publique. Enfin, pour la dernière remarque, je plaide coupable, j'y reviendrai. Ca c'était pour répondre, c'est déjà plus tout à fait le débat, mais c'est dit. Revenons vraiment au débat, donc. Que LJ ait voulu dire ou non qu'un lecteur modèle et qu'un lecteur empirique existent, ce n'est pas tellement la question, mais plus ce que nous nous voulons dire nous. Mais ca a dejà été dit je crois. Personnellement, je suis d'accord avec Distic (et, je contredis royalement ce que je viens de dire, mais je pense que c'est aussi ce que voulait dire la marmotte), il s'agit d'idéal-types (ou d'idéaux-types ? Il faudrait que je révise le pluriel des noms composés. Idéaux-types je crois. Oui, définitivement, je sais pas si c'est ca mais en tout cas ca rend mieux et vivement après-demain que je retrouve mes cédilles et mes circonflexes). Et oui, ils existent. On peut lire un livre comme ca, sans chercher à le rattacher à des concepts, sans chercher la petite bete, sans meme vouloir le rattacher à d'autres livres. Attention, ca ne veut à mon sens pas dire qu'on ne le compare à rien (la on passerait à l'idéal-type), mais seulement que, en gros, on ne se demande pas "en disant que cette chambre est jaune, qu'à voulu dire l'auteur ?" Évidemment, j'exagère, mais ca me permet de passer à la deuxième catégorie par un exemple concret : moi. Oui, j'aime parler de moi. Quand je lis, effectivement, je considère le style comme secondaire. Ou plutot, je considère que l'auteur s'en sert pour dire quelque chose. Mon gros problème, c'est que je ne vois pas l'intéret des descriptions et que j'ai le meme genre de prof que celui dont nous parle LJ, et qui m'a transmis le virus interpretatus atouvatus. Ce terrible virus a trouvé un terreau fertile en moi : en effet, quand je ne vois pas l'intéret d'un détail, je me dis "si l'auteur le précise, c'est bien pour une raison, sacré nom de Dieu !" Parfois meme, j'ajoute "Fichtre" ou "Diantre", mais c'est d'assez peu d'intéret ici. Donc je me considère comme lecteur "modèle", pour reprendre la terminologie du monument parisien (oui, c'est ca, L'orangerie). Mais je n'aime pas ce mot, parce que rien que par sa présence, il établit une hiérarchie : on associe automatiquement "modèle" à du positif. Je ne sais pas, si on utilise "empirique", pourquoi ne pas dire "normatif" ? Ou "schématique". Je vais dire "schématique" parce que c'est déjà dur de ne pas etre empirique, alors je ne supporterais pas d'etre normatif, meme dans un seul domaine. Pour revenir au schmilblick, je ne pense pas qu'il soit sain d'établir une hiérarchie. En effet, je vais passer par les idéaux-types : certes, on peut se moquer de ce lecteur qui lirait une suite de caractères, oui, ca fait une histoire, cool, l'auteur nous la raconte sans raison particulière. Mais on peut tout autant se moquer de celui qui essayerait de tout interpréter, la place de chaque mot, le choix de chaque mot meme. Meme moi je ne le fais pas, je sais bien que la plupart du temps l'auteur n'a rien voulu nous dire, si la pièce est jaune c'est qu'il a été traumatisé par le jaune, ou parce qu'il venait de faire un cluedo avec un meurtre à coup de chandelier dans le salon par le colonel moutarde, ou tout simplement parce qu'il se demandait "tiens, de quelle couleur elle pourrait etre" en regardant un match du FC Nantes et que *paf* il s'est dit "tiens, je vais la faire jaune". Qu'en tout cas ca ne vaut pas le coup de se creuser la tete. Mais ca m'a gené dans La couette de l'oubli, par exemple, parce que là il y avait manifestement des références que je loupais mais je ne savais pas lesquelles. Pour conclure, oui, je suis conscient que la lecture schématique a des défauts, mais je continuerai à la pratiquer, déjà parce que ca m'amuse, ensuite parce je pense que mieux vaut avoir trop de recul que pas assez et enfin parce que ce n'est pas parce que l'auteur n'a rien voulu dire de spécial dans une phrase que nous on ne peut pas le lui faire dire. Et puis quand meme, j'ai du mal à croire, à l'échelle d'un roman, que l'auteur nous l'ait raconté pour le plaisir de nous raconter une histoire. En fait (oui je croyais avoir fini mais ce ne sera pas long) je résumerai comme ca la différence entre les deux lecteurs : est-ce que l'auteur a voulu nous raconter une histoire ou est-ce qu'il a voulu nous faire réfléchir. Et là, on retrouve la différence entre auteur schématique et auteur empirique, sauf que ce n'est pas une catégorie objective, c'est le lecteur qui apporte sa réponse. Pour moi, la réponse est qu'il n'y a pas d'auteur empirique. Mais encore une fois, je ne le répèterai jamais assez, c'est mon avis criticable. Et j'espère ne pas avoir été trop embrouillé. Je voulais mettre une traduction d'un article que j'ai lu la semaine dernière et qui, à mon avis, colle parfaitement au sujet, mais je l'ai pas sur moi, donc plus tard. "Si la philosophie est l’air pur de l’esprit, ça ne peut t’empêcher de vivre parfois en paix…" |
| Laurent Jerry | # Posté le 14/01/2010 à 11h56 - Citer |
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| Je n'aurais - très franchement - jamais imaginé que des théories de lecture pussent enflammer l'Encrier à ce point. Mais tant mieux, on en discute, on affine les choses, on lève des malentendus, c'est exactement ce dont j'aurais rêvé. Il y a beaucoup de réponses à apporter depuis que j'ai quitté le débat (pris par d'autres obligations et par le manque de temps car, mine de rien, répondre décemment à toutes ces interventions nécessite un temps et une énergie assez conséquents). Bon, je suis désolé, mon propos n'aura rien de construit, ce sont des réflexions qui me viennent au fur et à mesure de la relecture et de l'écriture. Je suis en grande partie d'accord avec ce qu'a écrit Kventino. Je ne sais pas si le terme de “lecture schématique” est moins polémique et moins sujet à caution ; à première vue, il me déplaît, mais, en y réfléchissant un peu et en passant outre l'aspect légèrement péjoratif du terme (qui n'est à mon avis pas le sens que lui donne Kventino), il me semble assez approprié. S'il convient à d'autres, il me va aussi. On enverra la proposition à Umberto. Avant tout, une précision sur une inexactitude : Victor Hugo n'était pas payé à la ligne, ne publiait pas en feuilletons et ne délayait pas ses romans. Cela, c'est Alexandre Dumas. On peut même enfoncer le clou en rappelant qu'Alexandre Dumas n'a que partiellement écrit ses romans, et qu'il en a laissé une part de la rédaction à Auguste Maquet 1. Ce qui ne veut d'ailleurs pas dire que la qualité des romans estampillés “Alexandre Dumas” soit plus faible, le Comte de Monte-Cristo est un chef-d'œuvre, pour ne citer que lui. Concernant la clarté du message contenu dans un Victor Hugo, je crois qu'il faut être soit de très mauvaise foi, soit très aveuglé (c'est-à-dire, en l'espèce, empirique) pour ne pas voir qu'il est extrêmement clair. Quiconque a lu Les Misérables connaît la position de l'auteur sur des sujets aussi variés que la guerre 2, l'assainissement 3, le couvent 4, l'argot 5. Ne pas voir cela, c'est mépriser complètement un travail colossal de recherche et de mise en forme prodigieux. Ni daigner s'apercevoir que l'insertion de ces encarts dans le cadre d'un roman est un coup de génie jamais égalé depuis. Quant aux accusations contre Van Gogh (“schizophrène”) et Baudelaire (“alcoolique, fumeur de hachichs, opiomane”), elles ne méritent pas la moindre considération. Séparer l'œuvre de son écrivain est évidemment le premier travail du lecteur mod... schématique. C'est précisément ce que j'ai voulu montrer en parlant de ma lecture des Mémoires de Dirk Raspe. C'est un très bon livre et une étude très sérieuse sur la vie de Vincent Van Gogh (justement). Est-ce que cela me fait adhérer aux théories nauséabondes qu'a hélas soutenues Pierre Drieu La Rochelle ? Absolument pas le moins du monde. Là, par contre, comme je l'ai déjà dit plus haut dans cette discussion, je suis assez hostile aux méthodes des professeurs de français de France et de Navarre béarnaise qui font étudier la biographie de l'auteur plus que l'œuvre. Ce n'est pas le but ! Le but, c'est l'œuvre. Tout cela m'amène à un autre point important : ce n'est pas un débat entre “anciens” et “modernes” ! Il y a aujourd'hui de la très bonne littérature, comme il y a eu de très mauvais écrits aux siècles passés. Cela dit, comme l'a rappelé Kventino, “un tri s'est déjà fait”. Dire que « Ce n'est pas la “qualité littéraire” d'une œuvre qui fait qu'elle reste deux cents ans plus tard », c'est un peu léger. Qui connaît aujourd'hui Pierre Ponson du Terrail ou Eugène Sue (bon, le dernier, peut-être, parce que tout de même Les mystères de Paris sont restés une œuvre de premier plan) ? Ces écrivains étaient immensément célèbres au XIXième siècle, et la littérature n'a vraiment rien perdu à les oublier aussi vite qu'elle oubliera Marc Levy, Anna Gavalda, Paul-Loup Sulitzer et Bernard Werber 6. C'étaient de mauvais écrivains, voilà tout. Je ne prétends pas que pour être un grand auteur il faut avoir été inconnu du public de son vivant, Victor Hugo ou Léon Tolstoï sont là pour nous montrer le contraire. Mais Herman Melville, par exemple, était un parfait inconnu. Ce qui n'empêche pas Moby Dick d'être non seulement un roman inégalable, mais un mythe d'une immense renommée. Alors même que très peu l'ont lu. Donc l'argument du « succès auprès du public » ne tient pas. Quant au succès d'Harry Potter, je ne suis pas si certain qu'il sera éternel. Et, comme le dit fort justement Distic, la réception d'une œuvre peut évoluer avec le temps. Et, si l'œuvre est de qualité, elle pourra sans cesse s'améliorer. Je suis tout à fait d'accord pour dire que nombre de pièces de théâtre sont sans doute jouées aujourd'hui de manière plus fidèle qu'à l'époque où elles furent créées. Notamment parce qu'aujourd'hui le théâtre c'est l'art pour l'art. Alors qu'au Grand Siècle, par exemple, le théâtre avait aussi d'autres fonctions, notamment sociales, et qu'on y allait au moins autant pour être vu que pour voir. J'ai expérimenté il y a quelques années qu'il est possible d'entrer (pour peu qu'on ait le sésame adapté) dans le très chic théâtre des Champs-Élysées en jean et sandales (et avec une boîte à violon miteuse sur le dos) pour aller écouter la Truite de Schubert par un des meilleurs quatuors européens. Et nul ne m'avait fait de remarque, car - il faut le reconnaître - notre époque (par ailleurs si corrompue) a ceci de bon qu'elle est moins susceptible de préjugés que d'autres antérieures. Et effectivement, mes voisins de fauteuil, tous sur leur trente-et-un, m'avaient fait l'honneur de conversations passionnantes, sans préjuger de ma médiocre apparence. C'est un peu la même chose pour un auteur : ses penchants le rendent peut-être odieux ou insupportable, ou au contraire le meilleur des hommes, cela ne doit pas préjuger de sa qualité artistique. Il n'y a donc pas pour moi de débats entre “anciens auteurs talentueux” et “nouveaux auteurs médiocres”, ce qui serait absurde. Pour moi les critères selon lesquels je juge une œuvre sont tellement nombreux que je ne saurais les réduire ni à l'époque de la rédaction, ni au genre choisi, ni à ce qu'a voulu l'auteur.Je suis entièrement d'accord avec cela (j'ai déjà cité Milan Kundera dans ce sujet, me semble-t-il ?) : l'auteur, quoiqu'il ait écrit au début, n'a plus la main sur son œuvre. Et il ne peut donc plus avoir Autorité 7 sur elle. Ni donc sur la lecture qu'on en fait. Il m'est tout à fait permis de douter qu'une merveille aussi extraordinaire que Le Don paisible puisse être un réquisitoire pro-léniniste, contrairement à ce que Staline aurait bien voulu nous faire croire. La lecture empirique est-elle “moins” bonne que la lecture ... schématique ? Après avoir lu en particulier les fort intéressants messages de Distic et Csame, je ne dis pas non, je nuance en “pas toujours”. Il y a une lecture empirique, sinon néfaste, du moins inutile. Elle n'est pas, elle ne peut pas être, complètement empirique, c'est entendu. Mais elle a un “penchant empirique”. Tout d'abord, il n'est pas interdit de lire empiriquement un livre. Même si il est de plus en plus difficile de le lire comme tel. Par “de plus en plus”, j'entends le double sens de ce terme : “de plus en plus” au fur et à mesure que l'on vieillit et accroît son encyclopédie personnelle et sa grille de lecture ; et “de plus en plus” dans le temps car tout texte est abondamment commenté (il n'y a qu'à voir les innombrables notes de certaines œuvres scolaires) et les commentaires s'accroissent, se multiplient et se répondent d'année en année. Mais c'est possible. On peut se demander ensuite si c'est profitable. Le but est donc de “s'évader”, de s'« immerger dans un autre monde, une autre vie que la [s]ienne. » Pourquoi pas... mais alors le reproche fait jadis à En'nola est justifié : les lecteurs ne vivent pas. Je vais être très terre-à-terre mais c'est exactement le débat que la patronne du restaurant où je mange souvent le midi a avec son mari : lui ne regarde que les courses de chevaux et dénigre toute lecture, elle court faire les expositions de peinture et lit avec passion les livres qu'elle a ou que je lui prête. Et nous en discutons autant que les nécessités de la salle le lui permettent. Qui des deux, entre elle et lui, est le plus enfermé dans un monde clos et borné 9 ? Mais surtout : pourquoi lui peut-il croire une chose pareille, sinon que ce n'est qu'il a lui-même une expérience de lecture presque 10 complètement empirique ? Parce que lui “confond lecture empirique et lecture tout court”. C'est-à-dire croit qu'il n'y a d'autre lecture qu'empirique, celle qui permet de s'évader, de s'immerger dans une autre vie, etc. Est-ce à dire que c'est un mal, quand on est enfermé dans un métro avec deux cents personnes indifférentes, de s'imaginer ailleurs 11 ? J'aurais tendance à dire que oui, parce qu'on n'a qu'une vie terrestre et qu'il faut la mettre à profit ; mais cela ne concerne que mon propre point de vue. Mettons que non, qu'il est doux de s'élever de ces rames encrassées vers des cieux lointains et des aventures autres. Mais pour quoi ? Dans quel but, si cela ne permet pas à un moment ou un autre des connexions vers la réalité ? Parce que, qu'on ne s'y trompe pas, être lecteur mo... schématique (il me faudra un temps d'adaptation), ce n'est pas tant se dire « je l'ai lu entièrement, je l'ai compris et c'est très intelligent » (je me permets de citer Shad Elbereth) que faire des connexions entre la lecture et la “vraie vie”. Effectivement, ça fait un peu moins rêver. Mais c'est précisément le but : ne pas rêver. C'est être “en soi”, comme le rappelle bien Elizabeth Moonstone. En tout cas, c'est comme cela que je le vois. Est-ce que ça m'empêche pour autant d'être emporté, réjoui, bouleversé à la lecture ? Pas du tout, et même au contraire. Car les indices que laisse l'auteur (et non le narrateur) permettent de se situer à son tour face aux questions qu'il soulève. Comme Kventino le fait dire à Shad alors que c'est moi qu'il l'ai dit (ma vengeance sera terrible et s'exercera au moyen de deux canaris, d'un débouche-évier et d'une carte Cassini de Bagnères-de-Luchon), il y a toujours quelque chose à retirer d'une œuvre. Je n'approuve pas totalement son « la lecture gratuite n'existe pas » parce qu'il faut bien reconnaître que parfois on lit de manière très désincarnée, par contre, pour moi, l'écriture gratuite n'existe pas. J'ai un peu de mal à suivre Elizabeth Moonstone 12, en revanche, lorsqu'elle s'affirme lectrice modèle uniquement quand le livre est mauvais. Justement parce que le critère selon lequel je juge un livre n'est pas sa capacité à me divertir, mais sa capacité à me ramener à ma propre vie et à celle du monde. C'est ce que Je vais prendre un exemple extrêmement trivial : la série des Schtroumpfs. Il faudrait être un lecteur d'une naïveté sans bornes - bref, très fortement empirique - pour croire que toutes les histoires à morale des Schtroumpfs ne sont là que pour nous dépayser. Le moindre enfant de sept ans a parfaitement compris, et c'est le but de Peyo, qu'il s'agit d'une satire à peine voilée de notre société, touchant aux domaines du journalisme, de l'argent, du pouvoir, de la déontologie, du progrès technologique, du jeu et j'en passe. C'est, je trouve, habile de la part de l'auteur, qui tente de faire devenir lecteurs modèles ses jeunes lecteurs. Bon, voilà, c'était peu organisé, brouillon et un peu fourre-tout, mais c'était ma réponse. En conclusion, donc, vivent les Schtroumpfs. 1 À ceux qui auront la grossièreté d'employer le terme de “nègre”, je rappelle tout de même que c'est Alexandre Dumas qui avait des origines antillaises, pas Auguste Maquet. C'était juste une remarque en passant car je hais l'emploi de ce terme quand il veut désigner un travailleur plus ou moins forcé. Le déterminisme racial est un concept d'une pauvreté affligeante. Je me réfère à une étude de Kventino pour de plus amples développements. 2 Et par extension la politique. 3 Et par extension l'urbanisme, l'environnement, la gestion d'une ville. 4 Et par extension la religion. 5 Et par extension le langage. 6 Je me permets de citer 7 La majuscule pour une allusion - qu'un lecteur schématique aura reconnue - à Philip Pullman. Ce qui met sérieusement en cause l'Autorité vue par Pullman en tant qu'« auteur empirique » de la Croisée des mondes, c'est-à-dire des mondes multiples décrits dans la trilogie éponyme. Ce qu'elle n'est effectivement pas, puisqu'elle usurpe le terme de créateur 8. 8 Je ne suis pas sûr que Philip Pullman ait vu des théories littéraires derrière sa “théologie” sommaire, mais c'est mon droit le plus strict de lecteur schématique de les imaginer. 9 Oui, je sais, l'accord des adjectifs est déjà une forme de réponse à la question. 10 Il est à deux doigts de mettre en déroute la théorie qui veut que la lecture empirique pure n'existe pas. 11 (version alternative) ... quand on est hémiplégique, de s'imaginer humanoïde bleu de trois mètres de haut sur une planète sauvage ? 12 À ce propos, Elizabeth, concernant ta lecture de L'étranger, c'est typiquement un livre qui met en œuvre une lecture mod... schématique. À travers le comportement de Meursault, le lecteur est renvoyé à la question de l'indifférence : car c'est précisément ce qu'il est. Meursault est l'Indifférent par excellence. Et cette indifférence, poussée à bout dans une absence froide de raisonnement, le transforme en monstre. Objectivement, à la lecture du roman, cet anti-héros n'est pas coupable de quoi que ce soit. Il a veillé sa mère morte, il a eu une petite amie, il n'a tué qu'en état de légitime défense... oui, mais avec le masque d'indifférence et de détachement absolu qu'il présente, sa vie détachée de sentiments est si anonyme, si “étrangère” que Meursault n'a plus figure humaine. Sa condamnation est logique (non, je ne suis pas pour la peine de mort, cela n'a rien à voir) car il s'est lui-même retranché de la race humaine. Pour moi, la meilleure façon de comprendre L'étranger (ce que j'avais fait remarquer à sa lecture), c'est de le lire en parallèle avec Crime et châtiment dont il est l'exact opposé. Modifié le 19/01/2010 à 22h17 par Laurent Jerry ![]() A świstak siedzi i zawija je w te sreberka Faculté d'Insignifiance Comparée - Chaire d'Urbanisme Callikinitopolistique. |
| reveanne | # Posté le 14/01/2010 à 14h29 - Citer |
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| J'avais hésité à participer, j'aurai dû m'abstenir. Ce débat vole trop haut pour moi. Pour Victor Hugo je n'avais fait que ressortir ce qu'on m'avait dit en cour il y a bien longtemps. Les cancrelats ne devraient pas se mêler des affaires des Dieux sous peine de rencontrer brutalement la semelle de leur chaussure. mon site à moi: Côté face |
| Laurent Jerry | # Posté le 14/01/2010 à 14h40 - Citer |
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| “Cancrelats”. Que ne faut-il pas lire. Mais, Reveanne, si tout le monde était d'accord, il n'y aurait pas de débat. Ton intervention a permis de lancer une discussion intéressante. Et, pour avoir lu l'intégralité de ce que tu as posté depuis ton inscription, je peux affirmer que tu n'as franchement pas à rougir de ce que tu mets. On est tous en apprentissage, ici. Je ne compte même plus le nombre d'auteurs, de style et de mouvements littéraires que j'ai rencontrés exclusivement grâce à des discussions sur l'Encrier. ![]() A świstak siedzi i zawija je w te sreberka Faculté d'Insignifiance Comparée - Chaire d'Urbanisme Callikinitopolistique. |
| reveanne | # Posté le 14/01/2010 à 15h14 - Citer |
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| Effectivement, si tout le monde était d'accord il n'y aurait pas de débat. Mais bon quand je vous lis j'ai vraiment l'impression d'être pas grand chose et de n'avoir aucune culture (enfin si celle des patates et des poireaux dans le jardin) et de n'avoir aucun argument autre que le bon gros sens commun (celui qui sait si bien comment faire pousser les patates et les poireaux mais qui n'y connait pas grand chose en littérature). Le débat ici est intéressant mais me dépasse complètement, mon "encyclopédie" est trop lacunaire pour en comprendre tous les tenants et les aboutissants. Je me fais l'effet d'être mon élèves qui m'a répondu "Où ça?" à la remarque "la tâche est partie" mon site à moi: Côté face |
| Kventino | # Posté le 14/01/2010 à 15h39 - Citer |
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| Je n'ai rien à schtroumpfer (je peux faire de la pub pour le groupe facebook qui veut que les schtroumpfs soient en fait communistes ? J'aime bien les groupes facebook inutiles (pléonasme)), si ce n'est mon article promis (oui, un cours a sauté, youpi) "Que lisons-nous quand on arrive à la fin de sa vie ? Les oeuvres les plus anciennes, les plus classiques, la Bible (naméoh je suis pas à la fin de ma vie moi !), ou Homère ? Pas pour Goethe. Dans le dernier mois de sa vie, ce qui l'occupait était les toutes dernières oeuvres de la jeune littérature francaise. Il était tellement fasciné par le roman de Balzac La Peau de chagrin, qu'il s'en extasiait continuellement devant ses amis au tournant 1831/32, pourtant à quatre semaines de sa mort. Soret en témoigne : "Goethe dit de la Peau de chagrin qu'on pourrait critiquer le moindre détail, trouver à chaque page des fautes et des exagérations, bref, plus d'imperfections qu'il n'en faut pour condamner un bon livre - et pourtant qu'il est impossible d'ignorer que c'est l'oeuvre d'un des talents les plus extraordinaires, ni de lire le livre sans sympathie." Ce que Goethe ne dit pas et que ses interlocuteurs n'avaient apparemment pas découvert, parce qu'ils n'avaient pas pris l'éloge de Goethe (exceptionnel, mais imparfait et exagéré - qui pouvait comprendre ca) comme une recommandation de lecture sérieuse, est explosif : Dans la La Peau de chagrin, il s'agit tout simplement d'un nouveau Faust. Il parut en 1831, au moment même où Goethe achève la seconde partie de sa tragédie, et scelle sa succession. Le poète doit l'avoir lu avec une émotion qui rend compréhensible ses déclarations. Rafael, marquis de Valentin, le jeune héros du roman de Balzac, veut, comme Faust par dégout de reconnaissance, se suicider. Mais il en est dissuadé, quand un vieux antiquaire - un mélange de prophète et de Méphistophélès - qui accumule les trésors de la culture mondiale, lui vend un morceau de cuir, sur lequel est écrit: « Si tu me possèdes, tu possèderas tout, mais ta vie m'appartiendra ». Le marché est conclu, et le nom du cuir - cela désigne la peau du dos de l'âne, là où la bete est fouettée - prouve sa force sinistre : elle satisfait tous les désirs de richesse, de gloire et de plaisir, mais à cause de cela se rétrécit toujours plus. Ainsi s'annonce une fin horrible. Balzac fait de ce matériau une allégorie du XIXe siècle, sa première. Rien que les trésors du méphistophélique marchand d'art offrent une image, en effet, de ce que l'excès de connaissance historique, ce "défaut des études historiques pour la vie", que Nietzsche décrit, est - une raison de se suicider. En revanche, le désir contemporain pour la richesse ne se pose plus comme dans la vieille légende de Faust à travers l'alchimie, mais par la presse : elle offre par son succès de diffusion l'argent qui rend tout possible. Quand Balzac l'a écrit, il ne pouvait connaître les scènes dans lesquelles le Faust de Goethe laisse émettre des obligations, c'est-à-dire de la monnaie spéculative. Avec quelle joie Goethe doit avoir lu cette version parisienne de son grand jeu autour de la magie et des Temps Modernes ! Quand le Faust de Balzac, le jeune propriétaire réalise ce dans quoi il a été entrainé, il se met à la recherche d'une voie de sortie désespérée. Il veut réduire le nombre des voeux mortels en les emballant tous dans un seul. Ses serviteurs recoivent un règlement exhaustif dans lequel leur maitre détermine sa vie jusqu'au plus petit détail pour le reste de ses jours. Il ne doit donc plus demander chaque jour du thé, mais établir que chaque jour à une certaine heure du thé soit apporté. C'est ce que la sociologie a appelé plus tard une « cage de fer » et qu'elle a décrit comme une conséquence du capitalisme. Le thème a été évoqué pour la première fois dans une conversation télépathique entre Paris et Weimar, au tournant entre les années 1831 et 1832. PS: Est-ce que la germanistique en parle ? Évidemment. Mais les lecteurs en-dehors de son enceinte ont bien le droit de profiter de leurs propres découvertes. PS : Reveanne, j'ai le droit de dire "bla bla bla" ? PPS : Comme je l'ai dit, lecture normative va mieux, mais je ne l'aime pas pour des raisons personnelles "Si la philosophie est l’air pur de l’esprit, ça ne peut t’empêcher de vivre parfois en paix…" |
| reveanne | # Posté le 14/01/2010 à 16h15 - Citer |
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| Message très intéressant. Ayant eut envie de faire un autodafé avec "La peau de chagrin" et n'ayant pas dépassé la page 90, ça me donnerait presque envie de ré-ouvrir... mais bon pourquoi ce que l'on dit d'un livre peut-il être si différent de ce qu'on y rencontre vraiment quand on l'ouvre? Chaque Lecteur se crée sa propre histoire quand il lit. Nous vivons chacun notre propre aventure. Mais si on ne comprend pas la même chose que les "grands" lecteurs, on est facilement taxé de n'avoir rien compris... bon j'avoue n'avoir vu dans "la peau de chagrin" qu'un texte verbeux et pompeux tellement saturé de descriptions que je me suis étouffée avec. Je ne sais plus qui disait que le style n'avait pas d'importance mais bon le message seul compte-il? parce que même le message le plus beau et le plus profond noyé dans du charabia, va rester inconnu du reste du monde. mais je crois que je m'éloigne du sujet. ____________ PS. : surtout ne te dérange pas pour moi, tu fais ce que tu veux, je suis partie arracher des carottes. Post mon site à moi: Côté face |
| Alixe | # Posté le 16/01/2010 à 21h39 - Citer |
Statut : membre ![]() | Bon, je vais faire un peu redescendre le débat à ma hauteur Moi, j'aime les œuvres qui permettent les deux lectures : un vrai récit envoutant, mais un peu de matière pour la route, une fois qu'on aura refermée le livre... si on a envie d'y réfléchir. Ma mère disait que les meilleures œuvres pour enfants sont celles où le parent ne s'ennuie pas. Mais il faut que cela plaise aussi au petit. Cela implique les deux approches, qui se complètent et font la différence entre les télétubbies (d'un vide abyssale) et des Oui-Oui (je suis fan de oui-oui, pour les scénarios plein d'enseignement qu'il propose aux enfants sous ses dehors un peu gnan-gnan). Le problème des livres qui ne sont conçus que pour les lecteurs modèles, c'est qu'ils excluent ceux qui n'ont pas les bagages pour passer de l'autre côté. Je ne dis pas qu'il ne faut pas les écrire, mais ils ne sont pas supérieurs à mon sens à ceux qui se donnent la peine de prendre le lecteur par la main et lui offrir également du divertissement. Bon, je dis ça, mais j'aime pas trop les films holywoodiens justement parce que j'ai l'impression de rester sur ma faim... Et ça m'inquiète de constater que ce genre de spectacle, uniquement basé sur l'adrénaline, prenne le pas sur les récits proposant une vraie histoire. J'y vois la montée de la violence dans notre société (mais je pense que c'est un autre débat). Enfin tout ça pour dire que j'aime être une lectrice parfois empirique, parfois modèle, selon mon humeur et mes envies et j'apprécie les textes qui me donnent le choix. (je ne suis pas certaine d'avoir fait avancer le débat...) Modifié le 16/01/2010 à 21h40 par Alixe |
| Distic | # Posté le 18/01/2010 à 15h57 - Citer |
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| Au fait, pourquoi ce terme de lecture empirique ? La lecture empirique n'est-elle pas justement la lecture qui nous fait vivre une expérience, et en cela qui nous éloigne de la réalité pour nous en rapprocher ? Mais j'en suis resté à la distinction lecture empirique = lecture qui évite de prendre de la distance avec le texte, lecture schématique = lecture qui cherche à prendre de la distance avec le texte. Je crois qu'il faudrait que quelqu'un qui a une autorité suffisante (qui a dit Laurent Jerry ?) fixe une bonne fois pour toutes les définitions. |
| Laurent Jerry | # Posté le 18/01/2010 à 16h13 - Citer |
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| Les termes utilisés (lecteur modèle et lecteur empirique) sont ceux que j'ai repris de Lector in fabula d'Umberto Eco. Voir ici, là, dans ce livre ou encore ici. D'autres théories de lecture existent (avec des noms différents), mais je ne les connais pas. Ceux qui ont plus de connaissance que moi sur le sujet sont invités à les transmettre ! ![]() A świstak siedzi i zawija je w te sreberka Faculté d'Insignifiance Comparée - Chaire d'Urbanisme Callikinitopolistique. |
| hypathie | # Posté le 27/05/2010 à 07h52 - Citer |
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| Avant de proposer une autre théorie de la lecture (celle de Michel Picard avec La lecture comme jeu modifiée par Vincent Jouve avec L'effet personnage dans le roman ; je précise que je n'ai lu aucun de ces deux livres et qu'il s'agira donc d'un résumé de résumé, désolée), je voudrais revenir sur l'Encyclopédie et ces histoires de lecteurs et auteurs modèles ou empiriques. J'ai lu la discussion et les liens donnés par Laurent Jerry. Je n'ai pas tout compris et j'ai oublié beaucoup de choses mais tant pis. Après avoir hésité, je me décide à me jeter à l'eau en espérant ne pas trop répéter ce qui a été dit. Je vous préviens, cela va partir un peu dans tous les sens. 1. Le parallèle de Laurent Jerry entre "mort de l'auteur" et la théorie de l'auteur/lecteur modèle me gêne. Je trouve qu'il y a contradiction. Si un auteur modèle donne les clés de son monde, il n'est pas mort, il est au contraire très présent dans son texte. Celui-ci aura peut-être une vie propre mais gardera "les gènes" donnés par son créateur. Une image me vient à l'esprit : un enfant qui tient un ballon gonflable. L'enfant est l'auteur, le ballon le lecteur. Si l'auteur est empirique, la ficelle du ballon sera très courte (mais existera) et ce dernier aura peu de liberté de mouvement. Si l'auteur est modèle, la ficelle sera bien plus longue, le ballon bien plus libre, mais l'enfant le tiendra toujours. Bien sûr la ficelle peut casser. Mais est-ce souhaitable ? 2. En lisant les liens fournis par Laurent Jerry (notamment logos), je suis tombée sur une définition un peu différente du lecteur modèle et du lecteur empirique. Je cite : "Le "lecteur empirique" représente un lecteur réel donné qui lit un texte.[… ]Le "lecteur modèle" est par contre celui qui, excepté l'auteur, est capable d'interpréter un texte d'une façon semblable à l'auteur qui l'a produit." Le lecteur modèle serait donc "un modèle de lecteur" imaginé par l'auteur. Et j'ai l'impression (mais ce n'est pas explicite) que l'auteur modèle est celui qui sait se "rendre accessible à un grand nombre de lecteurs empiriques" et l'auteur empirique celui qui "vise obssessionnellement à provoquer une réponse précise de la part de lecteurs plus ou moins empiriques". N'ai-je rien compris ? Eux n'ont-ils rien compris ? Eco a-t-il changé/affiné plus tard sa théorie ? Parlent-ils d'un autre livre ? (ils citent The role of the reader que j'ai pensé être la traduction anglaise de Lector in fabula) 3. Laurent Jerry a cité l'intertextualité comme signe du lecteur idéal/modèle et donc, je suppose, aussi comme signe de l'auteur idéal et modèle. Or je trouve que, dans certains cas, l'intertextualité diminue tes possibilités d'interprétation car, à un texte, on t'oblige à joindre un autre texte. Un exemple : dans Harry Potter et les reliques de la mort (on a les références que l'on peut), dans le chapitre "Le récit du Prince", il y a la scène de la rencontre entre Rogue et Dumbledore sur une colline où souffle le vent. La référence aux Hauts de Hurlevent saute aux yeux. Et on perçoit toute la symbolique du geste de Dumbledore qui, d'un coup de baguette, fait taire la tempête mais ne l'empêche pas de souffler : grâce à la communication Rogue-Dumbledore, le vent (qui symbolise la haine dans les Hauts) va se calmer mais pas complètement. De plus Rogue se voit comparé à Heathcliff. Très bien. Mais si je trouve que Rogue, malgré des ressemblances, n'est pas Heathcliff ? Pourquoi m'imposer cette association ? (je précise que ce n'est pas ce passage qui me pose problème ; s'il n'y avait eu que lui, j'aurais apprécié l'allusion. Mais j'ai détesté les multiples rapprochements Rogue-Heathcliff du chapitre, comme la chasse aux photos de sa bien-aimée et la destruction des photos du rival). Suis-je une mauvaise lectrice modèle aveuglée par mon côté empirique qui me fait m'attacher aux personnages ? Bon, c'est tout pour aujourd'hui. Je reprendrai plus tard avec l'autre théorie de lecture. Je crois qu'il vaut mieux que je parle de l'Encyclopédie après l'avoir énoncée. |
| Shad Elbereth | # Posté le 27/05/2010 à 22h15 - Citer |
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| C'est marrant que tu parles de Picard et Jouve : c'était justement un article à leur propos qui m'a donné le courage de m'envenimer dans ce rude débat j'attends cependant ton topo avec curiosité.(Note que n'ayant pas lu les Hauts de Hurlevent, je ne me suis senti parasitée par cette image... mais en effet, ça pose la question de la limite entre clin d'œil subtile et référence copiée-collée m'as-tu-vu) Le où de tous ces flous Le fou de chaque nous Le joug dont on se fout Le tout à qui l'on se voue ? (Skarbone 14, Les causes de la vie.) |
| Ennola | # Posté le 29/05/2010 à 23h14 - Citer |
Statut : modératrice ![]() | Juste une remarque sur le parallèle que tu fais entre Les hauts de Hurlevent et HP. J'ai lu les deux, et je n'avais jamais pensé à les rassembler. Je trouve ça un poil tiré par les cheveux (surtout parce que ça ne m'a jamais traversé l'esprit ) ; si tous les personnages torturés et qui semblent vilain sont comparés à Heathcliff, ça réduit un peu tout je trouve ...Bref je n'apporte rien mais j'avais envie de papoter ... "Holmes comme moi avait une faiblesse pour le bain turc. C'était dans la vapeur d'une chambre chaude que je le trouvais le moins réticent et le plus humain." ILLU |
| Pandora | # Posté le 03/06/2010 à 02h11 - Citer |
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| J'ai parcouru cette discussion et je dois dire que comme beaucoup je me suis sentie inculte... mais le sujet n'est pas là. Cela m'amène tout bonnement à une question bête (pas de réponse bête s'il vous plaît ?)... Quel est l'intérêt de la littérature ? Qu'est-ce qui fait un bon livre ? Je suis curieuse de connaître l'opinion des lecteurs schématiques là-dessus Les idiots meurent mais l'idiotie demeure |
| Laurent Jerry | # Posté le 03/06/2010 à 15h21 - Citer |
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| J'ai été lire les grandes lignes de cette théorie de la lecture comme jeu. Ce n'est qu'un résumé qui ne donne probablement (et nécessairement, par manque de temps et d'espace) qu'un aperçu très superficiel de ce qu'explique l'auteur, et j'ai sans doute à mon tour déformé la synthèse qu'a effectuée M. Gauthier-Boucher de cet ouvrage. Néanmoins il me semble que la théorie est tout de même très psychanalytique et pas suffisamment littéraire. Déjà, l'affirmation initiale est assez critiquable (et d'une mesquinerie assez perfide) : le quatrième type de lecture serait « la lecture prétendument professionnelle du critique » et la cinquième, « la lecture en tant qu'art », n'est pas considérée comme pertinente. Ce qui exclut assez clairement toute tentative de définir la lecture (et donc l'écriture) comme un apprentissage et un exercice qui a, effectivement, des règles propres. Ce n'est pas énoncer une énormité que de dire que beaucoup de gens adultes, aujourd'hui, ne savent pas lire. Et je ne parle évidemment pas d'analphabétisme. L'expression “la lecture comme jeu” me plaît en réalité beaucoup ; le concept développé, beaucoup moins, si j'ai bien compris le résumé exposé ici. Le chapitre deux est à mon sens une de ces bêtises freudiennes complètement dépassées. Ou alors, effectivement, Michel Picard a raison de la présenter ici, mais il ne considère donc la lecture que comme strictement empirique (et encore, même pour une lecture empirique, je trouve l'analogie insultante). L'analogie sexuelle est d'ailleurs prolongée dans le chapitre quatre, de manière tout aussi peu fine. Je vais me paraphraser, mais je me souviens avoir écrit à un ami : « il est évident pour moi que l'objet central autour duquel TOUTE, absolument toute la littérature moderne (de 1945 à nos jours) qui vaut quelque chose, ce n'est pas, comme croient ces débiles de publicitaires, le sexe (et en particulier le sexe féminin), mais bien la Bibliothèque. Et ça, tous les auteurs de livres un tant soit peu valables au niveau romanesque l'ont compris ». Pour moi, la littérature qui tourne autour du sexe, c'est équivalent à de la publicité. Et quand on sait ce que je pense de la publicité... en bref, je ne suis pas du tout adepte de ces théories psychanalytiques de lecture. De même, le chapitre trois ne considère la lecture nommée “littéraire” (par opposition à la “scientifique” qui, elle, serait sérieuse et réelle) que comme une évasion d'un monde terne et trop cadré qu'il faudrait fuir pour pouvoir jouir de manière décomplexée. Par contre, les chapitres cinq et six lancent des hypothèses manifestement fort intéressantes, sur lesquelles j'aimerais m'attarder si j'ai le temps de lire cet ouvrage. En particulier le fait que toute littérature puisse renfermer une dimension ludique à un moment ou un autre de son histoire, et le fait qu'il existe des “consommateur de livres” à opposer aux “vrais lecteurs”, ce qui recouvre précisément la distinction que je fais entre lecteurs “empiriques” et “ modèles”. Quant au septième chapitre, il aborde enfin la véritable innovation de cet ouvrage, mais là, je crois que me contenter de découvrir cette théorie par le résumé serait une faute, le risque d'erreur en serait multiplié. On en reparlera donc plus tard. Je vais maintenant essayer de répondre à Hypathie.Cela ne me gène pas du tout. L'auteur modèle, donnant les clefs de son monde, donne effectivement beaucoup plus de liberté au lecteur, comme tu l'as exprimé par l'image du ballon. Dire “qu'il est mort” est une formule-choc de Roland Barthes, que je ne cautionne que dans sa brutalité calculée. Bien évidemment, chaque auteur modèle possède sa manière d'être modèle, reconnaissable et possédant ses propres limites. L'auteur modèle “tient” donc son texte comme on tient un ballon. Mais, comme tu l'as fait remarquer, assez lâchement ; c'est-à-dire permettant au lecteur de voir ou de ne pas voir le procédé, de s'en passer ou non, et à la rigueur même de l'interpréter suivant plusieurs sens différents. Tandis que l'auteur empirique tient son lecteur si proche que celui-ci n'a pas le choix d'aller autre part que là où l'auteur veut l'emmener. Sauf à allonger lui-même la ficelle, s'il s'essaye à une lecture modèle. Mais (Ai-je déjà cité cette phrase dans ce grand débat ?), je rappelle que Pour reprendre ton image, le ballon, doté d'une très longue corde, voit plus loin que celui qui l'a écrit. Effectivement, imaginer un ballon entièrement libre, c'est imaginer un auteur parfaitement modèle. Ce qui n'existe pas, ou bien c'est Dieu. L'analogie n'est d'ailleurs pas dénuée de valeur en termes de Création. Nous sommes un monde modèle, puisque le Créateur nous a lâché le mors et que nous sommes libres de faire ce que nous voulons. Et je vais te paraphraser : Bien sûr la ficelle peut casser. Mais est-ce souhaitable ? Concernant ta deuxième question, la réponse la plus probable est beaucoup plus simple : c'est moi qui ai probablement trahi par omission et approximation la théorie de lecture de Lector in fabula (que j'avoue ne pas avoir lu, je n'ai lu que Six promenades dans les bois du roman et ailleurs). Cela dit, pour moi, le lecteur “modèle” n'est pas “un modèle de lecteur empirique”. Un lecteur modèle sera justement celui qui cherche à aller plus loin que le simple “donné à lire” du texte. La définition que tu donnes me semble très adaptée : « Le “lecteur modèle” est par contre celui qui, excepté l'auteur, est capable d'interpréter un texte d'une façon semblable à l'auteur qui l'a produit ». Mais j'ajouterais même « ... interpréter un texte au-delà de ce qu'imaginait l'auteur qui l'a produit. » Pour la troisième remarque, sur l'intertextualité, je t'avouerais que je n'avais pas non plus remarqué" cette référence en lisant J.K. Rowling, puisqu'à l'époque je n'avais encore jamais ouvert un ouvrage d'aucune des sœurs Brontë. Et j'avoue ne pas avoir pensé à Harry Potter en lisant Les hauts de Hurlevent. Comme tu es une lectrice qui se veut modèle, tu as repéré (car c'est ton Encyclopédie qui t'a suggéré cette connexion) un lien fort entre les deux œuvres. Lien que tu approuves et réfutes tout à la fois. Tu l'approuves puisque tu le retrouves sans cesse, et tu le réfutes car il ne te plaît pas, ou plutôt que l'insistance de l'auteur te déplaît. Tu as donc eu une lecture intertextuelle, mais tu désapprouves l'auteur de ne pas avoir su se montrer auteur modèle, c'est-à-dire à la fois subtile et discrète dans ses allusions. Tu es donc une lectrice modèle d'un “auteur qui se veut modèle”. On peut donc dire que Mme Rowling, si elle n'est pas auteur empirique, n'est pas tout à fait modèle puisque certaines de ses ficelles sont trop voyantes. Cela dit, on peut également réfuter cette affirmation car les ficelles sont peut-être juste de la taille qu'il faut pour des lecteurs moins cultivés que toi, ce qui correspond sans doute plus au public visé. D'autre part, “s'attacher” aux personnages n'empêche pas une lecture modèle. Mais on peut faire une lecture à plusieurs niveaux (ou, quand on n'y arrive pas, comme moi, relire le livre) qui permet à la fois d'apprécier l'histoire en soi et d'en tirer les ficelles. Un très bon exercice (peut-être en ai-je déjà parlé) : lire les Contes derviches d'Idries Shah est un bon divertissement qu'on peut même proposer pour endormir des enfants (C'est tout à fait le style « Mille et une nuits »). Le sens second, ou troisième, ou plus lointain encore, est par contre caché et destiné à des lecteurs avertis (dont je n'ai pas fait partie à la première lecture). Modifié le 15/06/2010 à 15h20 par Laurent Jerry ![]() A świstak siedzi i zawija je w te sreberka Faculté d'Insignifiance Comparée - Chaire d'Urbanisme Callikinitopolistique. |
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