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| Ennola | # Posté le 09/03/2010 à 19h22 - Citer |
Statut : modératrice ![]() | Je ne sais pas faire de beaux articles, bien développés, et argumentés, mais depuis quelques temps une question me chiffonne et je me suis dit que ça rentrait parfaitement dans le cadre de ce forum. J'ai lu pour la première fois Le journal d'Anne Frank il y a quelques mois et de là j'ai commencé à me demander la légitimité d'une telle publication. Je m'explique. Je sais qu'Anne Frank envisageait de faire un témoignage au sortir de la guerre, mais puisqu'elle est décédée avant de pouvoir le faire, c'est son père qui a publié une première version du journal, en ôtant quelques passages sur son épouse notamment et des pensées très personnelles d'Anne ; passages qui sont revenus dans les plus récentes éditions. Je comprends bien l'importante d'un tel témoignage, de son impact sur le public, de la légende qui l'entoure. Mais ... si l'auteure ne voulait pas qu'on lire son travail, de quel droit le faisons-nous ? C'est également le cas dans le cas des correspondances des auteurs. Soit on les publie de son vivant, par exemple Georges Sand qui a publié Elle et lui à propos de sa relation avec Alfred de Musset (puis un proche de Musset à publié Lui et elle en réponse si je ne m'abuse ...), soit plus tard ... Je m'interroge donc sur la légitimité de telles publications ; ça titille un peu ma conscience de lire des ouvrages que les auteurs n'auraient pas voulu voir publié, surtout quand il s'agit de journaux intimes (dans le cas d'Anaïs Nïne il n'y a pas de discussion à avoir puisque c'est elle qui a publié ses journaux) et de correspondances. Bien sûr ces matériaux sont très intéressants pour apprendre à mieux connaître un auteur et à le cerner, mais a-t-on pour autant le droit de violer leur vie privé ? Bon j'espère que tout sera clair et qu'on aura envie de me répondre. "Holmes comme moi avait une faiblesse pour le bain turc. C'était dans la vapeur d'une chambre chaude que je le trouvais le moins réticent et le plus humain." ILLU |
| Hermine | # Posté le 10/03/2010 à 19h06 - Citer |
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| Il y avait eu une histoire aussi avec un auteur qui ne voulait pas publier son manuscrit... qui a finalement été publié à sa mort, quand on a pu mettre la main dessus. Personnellement, je ne sais pas trop quoi en penser. D'un côté, c'est leur vie, c'est intime et personnel, et ça n'a pas forcément d'intérêt à ce qu'on le sache, et de l'autre, c'est des tranches d'histoire, ce sont des personnes mortes qui n'ont donc plus à “subir” les conséquences de tout ce que cette publication pourrait entrainer de son vivant... J'avoue que je ne me suis jamais vraiment posé la question. Il m'a apprit que le savoir vivre, c'est de savoir être fou Qu'assis, debout, à jeun ou ivre, on pouvait chanter n'importe où ~ Lynda Lemay ~ Il faut vivre pour aimer et non pas aimer pour vivre |
| Molly59 | # Posté le 11/03/2010 à 18h59 - Citer |
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| Pour prendre un exemple en rapport avec ton sujet de réflexion, Ennola, j'évoquerais le cas de Thomas Mann, qui a pris soin de détruire une bonne partie de son journal pour différentes raisons semblerait-il. D'une part, parce qu'il y dévoilait des choses trop intimes qu'il ne voulait pas voir révélées et livrées en pâture au public toujours avide de scandale (comme son homosexualité plus ou moins assumée). D'autre part, pour des motifs politiques (ses idées risquaient de très mal passer sous le troisième Reich, et le mettre lui et ses proches en danger) Mais si je comprends bien les raisons de son geste, j'avoue que je le regrette . Moi, je l'aurais bien lu, ce journal détruit... Je ne sais même pas si j'aurais eu mauvaise conscience! "Mieux vaut relâcher dix coupables que de punir un innocent..." Dostoïevski- Les frères Karamazov |
| Kventino | # Posté le 18/03/2010 à 20h21 - Citer |
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| Personnellement, cela ne me pose pas de problèmes, parce que, comme tu l'indiques dans le titre, il s'agit d'un contexte bien particulier : celui de la transmission de la mémoire. De toute façon, elle n'est plus là, malheureusement, pour s'en offusquer, le plus important est donc de transmettre le témoignage : cela s'est passé, et ça pourrait recommencer. En plus, elle avait l'intention de publier après la guerre. Il faut à mon avis prendre ça comme une œuvre inachevée. Mais donc plus sincère. Après, dans d'autres conditions, les écrivains ont la possibilité de brûler leurs œuvres. Thomas Mann en est un bon exemple, Salinger en est un autre, il y en a moult autres. Mais ça ne s'applique évidemment pas à Anne Frank. "Si la philosophie est l’air pur de l’esprit, ça ne peut t’empêcher de vivre parfois en paix…" |
| Ennola | # Posté le 18/03/2010 à 21h53 - Citer |
Statut : modératrice ![]() | Je comprends ton point de vu, mais je prenais Anne Frank comme point de départ. Après ce sur quoi je m'interroge c'est le fait général de chercher à tout prix à publier jusqu'à la note de course (ou de blanchisserie ... bon j'ai trop lu Woody Allen) des "grands" écrivains et sur la légitimité d'une tel acte. "Holmes comme moi avait une faiblesse pour le bain turc. C'était dans la vapeur d'une chambre chaude que je le trouvais le moins réticent et le plus humain." ILLU |
| Kventino | # Posté le 19/03/2010 à 00h55 - Citer |
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| Oui, j'ai relativement volontairement insisté sur Anne Frank, mais mon raisonnement est à-peu-près le même pour les œuvres posthumes, qu'il s'agisse de Fonds de tiroir, "de" Douglas Adams, Paris au XXe siècle, publié par le fils ou le descendant de Jules Verne, ou même, pour élargir encore, le double CD d'enregistrements de Léo Ferré sorti récemment par son fils. À la rigueur, ce qui me gêne, c'est de faire du profit là-dessus, mais de toute façon je suis pour qu'une œuvre tombe dans le domaine public à la mort de l'auteur (et taxation très forte de l'héritage, mais là on sort complètement du débat). Ceci dit, le débat est très intéressant, parce que je pense qu'il touche au cœur du processus artistique et de la propriété intellectuelle : - À partir de quand une œuvre est-elle une œuvre ? - De quelle manière appartient-elle à l'auteur ? "Si la philosophie est l’air pur de l’esprit, ça ne peut t’empêcher de vivre parfois en paix…" |
| Molly59 | # Posté le 19/03/2010 à 08h51 - Citer |
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| Dans le cas de journaux intimes vraiment "intimes" (c'est-à-dire écrits par l'auteur non dans un but de publication future, mais pour déverser des pensées ou des sentiments qu'il ne peut communiquer à son entourage), je vois mal qu'on les publie dès la mort de l'auteur. Si ce dernier a des enfants ou des proches, ces derniers peuvent être directement visés ou atteints à travers ces écrits. Il convient donc d'attendre un certain délai avant de les divulguer. Mais ils peuvent représenter ensuite des documents extrêmement intéressants, et aussi, parfois, de véritables chefs d'œuvre d'un point de vue littéraire. Ce serait dommage de s'en priver. La question réside dans la durée de ce fameux délai... Sinon, Kventino, tu soulèves la question -épineuse- des droits d'auteur, à laquelle je ne saurais répondre. "Mieux vaut relâcher dix coupables que de punir un innocent..." Dostoïevski- Les frères Karamazov |
| Laurent Jerry | # Posté le 16/04/2010 à 16h24 - Citer |
Statut : administrateur ![]()
| Je ne voulais pas répondre à ce sujet avant d'avoir terminée Une vie bouleversée d'Etty Hillesum. Ce qui est désormais chose faite, même si je n'ai pas fini les Lettres de Westerbork qui lui font suite. La mise en parallèle est tout à fait pertinente : Etty (Esther) Hillesum était hollandaise d'Amsterdam et juive tout comme Anne Frank. Comme sa célèbre compatriote, elle tenait un journal. Et, comme elle, est est morte à Oświęcim, probablement dès son arrivée dans le train de la mort. La différence entre les deux femmes est triple : d'abord dans l'âge (Etty avait presque trente ans lors de sa mort), ensuite dans le fait de ne pas se cacher (pour Etty, alors qu'Anne et sa famille vivaient reclus), enfin dans la différence absolue de perspective des deux œuvres : la guerre et la déportation ne sont qu'un des sujets évoqués dans Une vie bouleversée, et certainement pas le principal. Ayant lu cela, je suis confirmé dans ce que je pensais initialement. La question ne me semble pas tant de savoir si l'on peut publier quelque chose d'intime ou pas. Que ce soit après la mort de l'auteur sans qu'il ait indiqué sa volonté qu'on le fasse 1, ou de son vivant avec son autorisation. La question est d'écrire ou non. L'écrit est le langage de la transmission et de la mémoire. Qu'on le veuille ou non, si l'ont est écrit, c'est exclusivement pour être lu. Parfois uniquement par soi-même, il est vrai, mais écrire gratuitement (sans avoir d'autre but que l'écriture elle-même), cela ne veut rien dire. Un des meilleurs exemples en est Marcel Proust : il n'a commencé la rédaction de son “roman” immense que pour se prouver à lui-même qu'il était dénué de talent. Le résultat en est un chef-d'œuvre sans comparaison. Fort heureusement, il a été publié. Ce qu'on écrit, qu'on l'exhibe à tous sans pudeur ou qu'on le cache précieusement, a toujours vocation à être publié tôt ou tard. Qu'est-ce à dire ? Faut-il donc tout publier, les aventures les plus insignifiantes (ou les plus scabreuses, hélas, ce qui revient de toute façon au même) et les témoignages les plus plats ? N'est-ce pas déjà ce qui se fait ? Et le résultat ne risque-t-il pas d'être celui dénoncé par Jean-Christophe Rufin dans Globalia : une énorme accumulation d'écrits sans consistance étouffant par leur masse les véritables œuvres de manière à les rendre invisibles ? Précisément, on peut fortement craindre cela. Mais le problème ne se situe pas dans le processus d'édition mais bien dans celui d'écriture. Dit plus explicitement : on n'a pas le droit moral d'écrire (puisque écrire c'est léguer) n'importe quoi. Parce que sinon la mémoire collective de l'humanité s'enrichit de “n'importe quoi”. Le journal d'Anne Frank n'est évidemment pas à ranger dans ce “n'importe quoi”. Il a valeur de témoignage de la persécution antisémite nazie, donc de la mémoire collective européenne. De plus, c'est un des seuls témoignages recueillis écrit par un enfant. A fortiori, le témoignage d'Esther Hillesum est encore plus précieux : non content de nous renseigner précieusement sur la vie des Juifs et plus généralement des Néerlandais à Amsterdam durant l'Occupation, il nous livre une expérience spirituelle d'une grande richesse. À l'inverse, je ne suis pas sûr qu'il soit vraiment pertinent d'écrire, de publier, d'imprimer et de vendre un livre tel que Le rugby m'a fait homme ou Le feu sous la glace . Cela dit sans le moindre mépris ni pour leurs auteurs respectifs ni pour les sports pratiqués. Simplement, je ne vois guère l'utilité d'en faire des livres. Le paradoxe est que ceux-là ont été “programmés” pour être publiés quand ceux-ci ne l'avaient pas été. Mais les deux derniers seront aussi vite oubliés que le succès télévisuel de leurs narrateur, alors que les deux autres continuent à se vendre et à se lire énormément septante années après les faits qu'ils racontent. Comme disait Finkielkraut à propos d'un tout autre sujet, (ou plutôt à propos du sujet des deux autres, c'est-à-dire de la déportation organisée par Klaus Barbie), la mémoire que les ouvrage de Laporte et Joubert véhiculent risque d'être une “mémoire vaine”.Je ne prétends pas qu'ils soient inutiles parce que quelconques, et qu'il ne faille raconter que l'exceptionnel et le phénoménal. Pour être sincère, il ne se passe d'ailleurs pas grand chose dans Une vie bouleversée. Donc, pour moi, il est nécessaire de se poser la question de ce qu'on écrit, tout n'étant pas bon à écrire (ni à dire d'ailleurs, mais cela est un autre sujet). Mais, à partir du moment où un écrit existe, il est susceptible d'être publié. Et ça me semble normal, hors refus explicite de l'auteur. Un exemple qui m'a marqué récemment : j'ai lu Combat pour la liberté, la seconde partie de la correspondance de Georges Bernanos (en gros les douze dernières années de sa vie. Contrairement au sublime Chemin de la Croix-des-Âmes, c'était une correspondance privée au départ. Elle a été publiée après sa mort, sans qu'il ait donné un avis concernant cette publication. Personnellement, je me réjouis de cette décision qui me permet de mieux comprendre ce à quoi Georges Bernanos était confronté au jour le jour. Mais, là où je m'interroge, c'est sur les profondes et nombreuses coupures qu'Albert Béguin a fait subir à cette œuvre épistolaire. Personnellement, même si je ne sais bien évidemment pas de quoi il en retourne dans les susdites coupures, je regrette cette volonté de tenir partiellement secrète une partie de la correspondance d'un homme aussi talentueux et engagé. Même si je peux comprendre une certaine réserve. En particulier quand il s'agit de lettres, ce qui implique nécessairement deux personnes. Pour ce qui est des textes “personnels”, en revanche, qui n'impliquent que l'auteur seul, là, je suis pour une publication. Pour peu que ça ait de l'intérêt, ce qui nous ramène à la légitimité de l'écriture. 1 Néanmoins, si l'auteur a explicitement demandé à ce qu'on ne publie rien de personnel après sa mort, je suis plus réservé. Dans ce cas, je suis pour que des personnes capables d'un discernement éclairé fassent le choix de publier ou non. La question est donc bien, comme l'a relevé Kventino, celle de l'art et de l'œuvre. Quand l'art est-il art, quand l'œuvre est-elle œuvre ? (Pour la seconde question, se référer au débat déjà soulevé en s'appuyant sur les théories de Roland Barthes dans le précis du lecteur modèle : pour moi il ne fait aucun doute que le texte ne peut en aucune manière appartenir à son auteur) Cette question de la nature de l'art vaudrait sans doute la peine d'ouvrir un nouveau débat, je me souviens avoir eu des discussions enflammées pendant des soirées entières sur ce sujet. ![]() A świstak siedzi i zawija je w te sreberka Faculté d'Insignifiance Comparée - Chaire d'Urbanisme Callikinitopolistique. |
| Laurent Jerry | # Posté le 19/04/2010 à 22h20 - Citer |
Statut : administrateur ![]()
| Je me résous à poster un deuxième message à la suite du premier à cause d'un article de journal qui m'est tombé sous les yeux par hasard ce dimanche chez des amis : Fallait-il publier le brouillon du dernier roman de Vladimir Nabokov ?. Là, on a affaire à un cas extrême : un immense écrivain qui meurt en demandant explicitement à ce qu'on détruise l'œuvre inachevée. Sa femme Véra ne peut céder à cette injonction, car les papiers en question ont pour elle une valeur sentimentale très forte. Après la mort de celle-ci, le fils est confronté de même au dilemme : que faut-il faire de ces fiches. Notons qu'il se donne dix-huit ans de réflexion ; mais, ce délai passé, il publie effectivement l'intégralité du brouillon sous une forme très originale : tel quel. Soit dit en passant, c'est un processus très différent de ceux employés par Christopher Tolkien et Brian Herbert, qui sont plutôt dans un travail de trituration de l'œuvre de leurs père respectifs. Sachant que Christopher Tolkien ne respecte pas entièrement la lettre, mais toujours l'esprit de l'œuvre immense qui a créé les Terres du Milieu, alors que Brian Herbert massacre allègrement l'esprit de l'univers d'Arrakis. Si Dmitri Nabokov avait agi ainsi à la mort de sa mère, ou même trois ou quatre ans plus tard, on eût pu dire qu'il l'avait fait par appât du gain et sans réflexion réelle sur la création de son père. Mais, ce délai pris, il ne me semble inadapté de publier. Parce que cette publication n'intervient manifestement pour des raisons pécunières, mais par respect au contraire pour le travail de son père. Le fait de ne pas retoucher est une marque de grand respect. Tant pis si l'œuvre n'est pas immédiatement appréhensible (SI, correcteur d'orthographe inepte, “appréhensible” existe !) par le lecteur. Celui qui a envie de découvrir vraiment le ressort de l'écriture de Vladimir Nabokov y trouvera sa joie. Simon Leys, lui (auteur de l'article du Figaro), désapprouve. Mais avec réserve. Chacun est libre de fait de se faire son opinion. Mais je pense que l'opinion de Vladimir Nabokov sur son propre travail n'est pas le seul, et même pas le premier critère à prendre en compte dans cette publication. ![]() A świstak siedzi i zawija je w te sreberka Faculté d'Insignifiance Comparée - Chaire d'Urbanisme Callikinitopolistique. |
| Bryaxis | # Posté le 19/04/2010 à 23h11 - Citer |
Statut : modérateur ![]() | les auteurs dont on a publié les écrits après leur mort (et ce même contre leur volonté) sont nombreux, depuis le célèbre exemple de l'Enneide de Virgile jusqu'aux aux écrits que vous avez cités en passant par bien d'autre. Les motifs avancés ont différé selon les cas, utilisation politique des écrits de Virgile par Auguste, honorer la mémoire du défunt pour Tolkien, faire de l'argent pour Herbert, offrir un témoignage pour Frank. Mais cela montre aussi la diversité des contenus des oeuvres concernées. Oeuvres de pure fiction dans certains cas, oeuvres plus proches de l'expérience vécue dans d'autre. Cela montre également la diversité des contextes d'édition : proches du défunt, héritier plus ou moins direct pour certaines oeuvres, éditeurs sans liens avec la famille dans d'autres cas, parfois opération arrangée par des commerciaux pour faire du bénéfice, parfois travail de savants souhaitant mieux faire connaître des auteurs (à l'image de la correspondance de grands savants ou philosophes conservés dans de poussiéreuses archives avant d'être publiés quelques années, décennies ou siècles plus tard) ou des acteurs majeurs, témoins de leur temps. Quelle légitimité à ces actes ? Surtout quand une demande explicite est faite par le défunt qui souhaite la disparition de ces traces ? Il y a-t-il seulement une bonne réponse à cette question ? L'historien que je suis avant tout à tendance à dire que le choix de la publication des textes non "fictionnels", quelles qu'en soient les raisons, est toujours un bon choix car il donne une chance au document d'exister et d'éclairer les lecteurs. Le moine qui a rédigé son journal intime au moyen-âge ne pensait pas que ses écrits deviendraient une source précieuse pour ceux qui, plus tard, essayeraient de saisir ce qu'était la réalité de ce temps. Pour les romans, qu'ils soient de Herbert, de Dumas ou de Nabokov, je suis plus partagé. Oui le fils du père de Dune a rédigé quelque chose de différent de l'oeuvre de son géniteur, et ce pour des raisons clairement commerciales, mais je le considère plus comme une "fan fiction commercialisée" que comme autre chose. Et l'engouement du public qui a acheté ces romans un fait sociologiquement intéressant à étudier. Pour les cas déjà présentés de Tolkien et de Nabokov, cela nous permets de mieux connaître des génies littéraires de notre temps, et je n'ai rien contre non plus. Ceci étant dit, je souhaiterais ajouter que le titre du sujet, "de la mémoire", me semble peu approprié face à cette thématique, au point que j'avais initiallement pensé à une réflexion plus proche de celles que J. de Romilly a pu mener sur cette mémoire, outil extraordinaire qui ne cesse de fasciner l'homme |
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