« Going Through The Void » par Casss

Going Through The Void

Chapitre 1 : Chapitre 1

Going Through The Void

Etienne claqua la porte derrière lui, s’enfermant dans sa chambre. Il saisit sa tête entre ses mains, se penchant vers l’avant. Les voix dans sa tête ne voulaient pas se taire. Elles n’étaient tout que d’une seule et même personne. La voix de Mégane qui le harcelait. La véritable Mégane et de cette autre, celle qui se disait s’appeler Mélissa.

« Je ne suis pas Mégane, je ne suis pas elle! S’il te plaît…crois-moi! »

-MENTEUSE!!!!!

Une main lâcha sa tête, l’autre y appuyant plus fermement.

« Qu’est-ce que vous me voulez? Vous voulez me tuer? »

Si seulement il pouvait. Si seulement la tuer pouvait le libérer de ses cauchemars et de ses voix. De son obsession. Il n’hésiterait pas. Mais il savait, il savait que même en la faisant disparaître, il ne s’en remettre pas. Elle avait disparut une fois, se retrouvant enfouie au fond de la terre, et il s’était retrouvé misérable, incapable de supporter le poids de sa conscience.

Il plia ses doigts, crispant son corps dans un même mouvement.

« Je suis innocente, je n’ai jamais rien fait de mal. Je le jure! »

Et le rendre fou, ça ne comptait pas? Et lui faire développer une obsession envers elle, n’était-ce pas une faute?

Il leva sa main, l’amenant au niveau de son visage.

« S’il vous plaît, laissez-moi partir… »

-JAMAIS!

Ses doigts touchèrent sa joue, s’enfonçant durement dans la chair, menaçant de la déchirer alors qu’il les laissait traîner contre sa peau.

« Si tu l’aimais, laisse-moi partir. Tu ne voudrais pas la maintenir prisonnière comme ça. Pas par amour. »

-Je ne l’aime pas…je ne l’ai jamais aimé…je ne peux pas aimé… je ne peux pas!

Soupir de soulagement. Ça lui faisait tellement de bien. Il ne s’était pas fait mal depuis si longtemps qu’il en avait presqu’oublié la sensation.

Une autre, un chuchotement qui enterrait étrangement celles qui étaient beaucoup plus forte, le narguait d’une seule phrase. Toujours la même, à répétition.

« Tiens-toi loin d’elle, Etienne. Je ne le répéterai pas deux fois. Elle n’est pas Mégane. »

Et encore cette même question. Qui était-il?

Mais la tension continuait de prendre son corps d’assaut, l’empêchant de se relaxer ne serait-ce qu’un tant soit peu. Il avait besoin de beaucoup plus que cette simple douleur. Trop superficielle.

-Enfoiré!

Etienne grogna et projeta brutalement son corps contre un mur puis contre un autre. Et il revenait foncer sur le premier. Chaque impacte le déstabilisait et le propulsa contre les meubles. Il sentait les coins s’enfoncer dans ses côtes et les piliers du lit rentrer dans son ventre, lui coupant le souffle. Ça ne suffisait pas à l’arrêter. Il courait comme un fou à travers la pièce fermée, rebondissait d’un mur à l’autre et d’un meuble à l’autre, comme s’il était fait de ressors.

Il voulait plus, plus, plus. Toujours plus. Ça ne suffisait jamais. Ce n’était plus le corps d’un autre qu’il voulait mutiler. C’était le sien. Il se sentait à l’étroit dans sa propre peau. Y étouffait plus qu’il n’aurait étouffé s’il avait été enfermé dans un sac en toile. Il avait l’impression de sentir son sang cogner plus fort quand n’importe quelle autre circonstance dans ses veines et ses artères, cherchant à en sortir. Explosion. Elles exploseraient tôt ou tard, le réduisant à une flaque de chair et de liquide. Et là encore, il se sentirait à l’étroit… S’il arrachait chaque couche de peau qui le constituait, arrachait chaque masse de graisse qui constituait son corps et s’il démantelait chacun de ses os, les brisant en miettes incollables, il ne se sentirait toujours pas mieux. Parce que la douleur cesserait. Lorsque tout serait terminé, la douleur cesserait. Et les voix reviendraient le hanter dans sa mort. Cruel et éternel. Éternel.

-Taisez-vous! Taisez-vous! Taisez-vous!

Un sanglot suivit, brisé et impuissant. Sa tête frappa le mur cette fois. Encore, encore, encore.

Il s’arrêta soudainement de ‘bondir’, haletant et figé au centre de la pièce.

Un éclair attira son attention. L’écho de son cri qui n’aurait pas dut y être. Maintenant qu’il s’était calmé, il pouvait, à travers le silence qui aurait dut être, distinguer un halètement bruyant. Il retient sa respiration. Encore cette halètement. Ce n’était pourtant pas lui; il était seul dans la pièce. Lentement, pas après pas, il pivota, observant chaque recoin sombre de la pièce. Personne. Il était bel et bien seul. Un grincement. Celui d’une porte qui s’ouvrait ou se fermait. La sienne n’avait même pas remué.

Un pas, deux pas.

Un mouvement capta son attention. Il tourna rapidement, voulant coincer l’étranger qui s’était infiltré dans sa chambre sans invitation. Personne. Qu’un miroir. Un miroir n’émettait pas ce genre de bruit. Un miroir était sensé être un objet inanimé qui n’avait que pour but d’observer son reflet.

Et pourtant…

Un miroir. Il cligna des yeux. Une ombre. Cligna encore. Un miroir. Et encore. La lumière. Il battait des cils à répétition, comme s’il photographiait les images qu’ils voyaient, observant à demi le reflet qui lui faisait face.

Et il se demanda- comme ça lui arrivait trop souvent ces dernières semaines- quelle substance il avait bien pu absorber alors qu’il se croyait pourtant net. Il n’avait pas souvenir d’avoir pris quelque chose depuis la veille; il s’était promis qu’il ne se montrerait jamais ainsi face à Mégane. Commencerait-il déjà à perdre la mémoire? La drogue aurait-elle eu raison de lui après toutes ces années? Etienne se considérait chanceux, la plupart des effets qui marquaient le physique et l’esprit des autres ne l’avaient pas vraiment atteint. Il semblait encore en parfaite santé…la plupart du temps.

Il cligna encore des yeux, les pressants fortement de ses mains lorsqu’ils furent clos.

Il ne le reconnaissait pas, ne se reconnaissait pas.

Et pourtant…

C’était lui. Le reflet, c’était lui, mais c’était un tout autre lui. Des vêtements qui étaient différents- il n’avait aucune chemise qui ressemblait à celle-là, trouée et déchirée en plusieurs endroits, témoignant d’une grande négligence sur le plan physique et personnel, si ce n’était pas hygiénique- et une coupe de cheveux qu’il n’aurait jamais osé abhorrer. Mais les yeux, les traits du visage et la stature de l’homme ne trompait pas. C’était lui de l’autre côté du miroir. Lui, ou le frère qu’il n’avait jamais su avoir. Ou, comme bien des gens le croyaient, son sosie qui venait d’un autre monde.

Il fit un pas vers l’avant, avança jusqu’à ce qu’il atteigne le miroir. Il posa une paume tremblante contre la glace. Dure, froide. Son visage s’approcha encore plus, venant à la rencontre de son double, lequel restait immobile devant son côté du miroir. Son nez frôla la froideur au même instant où son double décida de se pencher. Il recula, sous l’effet de surprise. Il avait tellement l’impression qu’ils s’étaient touchés. Il aurait pu jurer qu’ils s’étaient touchés, qu’il l’avait sentit. Absurdité. Il frotta doucement le bout de son nez de sa main libre et, sous le poids de la curiosité, il revient le poser contre la glace, plus lentement cette fois. Plus prudemment. Il avançait, centimètre par centimètre, s’assurant de ne rien manquer et de capter, du coin de l’œil, chaque mouvement que pourrait faire son sosie. L’effet de surprise fut tout de même là lorsqu’il s’aperçut qu’il continuait à pousser son visage vers l’avant sur une bien plus longue distance qu’il n’aurait dû le pouvoir. Il ne frappa aucune barrière, jamais la glace ne l’arrêta. Et il voyait de plus en plus clairement de l’autre côté, distinguant une chambre qui ressemblait étrangement à la sienne bien que plusieurs détails en diffèrent- notamment la décoration qui était de très mauvais goût. L’autre homme s’était de nouveau éloigné de la glace, reculant de deux pas. Il continuait toutefois à le fixer, affichant ce sourire moqueur et arrogant qui, même s’il faisait exactement le même, énerva Etienne au plus haut point. Son nez s’enfonça encore de quelques centimètres dans la glace, laissant cette fois ses joues la toucher, avant qu’il ne s’apercevoir que ce n’était plus seulement une hallucination. Elle était devenue partie prenante de la réalité et il s’y laissait prendre comme un idiot. Il immobilisa son visage et, dans une tentative expérimentale, Etienne appuya sur sa main, laquelle s’enfonça également de plusieurs centimètres. Il ne voyait plus que la base de son poignet.

Son cœur s’affola.

Urgence.

Effrayé, il voulut retirer sa main. C’était insensé, rien de cela ne pouvait être réel. Il devait être endormit quelque part ou en train de ramper dans un coin, plus assez conscient de ses actes et plus assez solide sur ses jambes pour marcher. Il était en train de mourir, à cause d’une surdose. Sa seconde surdose. Et il allait y passer, comme tous ceux qu’il avait côtoyés durant son adolescence et qui avait fini par se laisser emporter par leur addiction. Il voulut reculer et aller se cacher sous son lit- ou se jeter au bas d’une fenêtre, au point où il en était, ça ne ferait aucune différence- mais son double agrippa vivement son poignet, tirant légèrement pour le garder en place.

Etienne figea son regard sur ce qui aurait dut être un reflet. Sa peur ne grimpa pas. Ne s’envola pas également. L’expression de l’autre n’avait pas changé : le même sourire énervant jouait sur ses lèvres. Rien n’inspirait confiance à Etienne; rien ne lui donnait envie de rester là. Mais il y avait cette lueur au fond de ses pupilles, presqu’absente tant elle était faible, mais il la discernait habilement alors qu’ils s’observaient. Une lueur de défi. L’autre le défiait d’être aventureux et de le rejoindre de l’autre côté du miroir.

Etienne ne prit pas le temps d’y penser. Il ne se dit même pas qu’il aurait pu lui lancer le même défi. S’il était pour mourir, autant que ce soit en faisant honneur à sa réputation. Rien ne le retenait plus dans ce monde. Il était tellement perdu dans sa tête- dans ses sentiments. Et si, par chance, il avait l’occasion de survivre et de revenir de cet étrange voyage qu’il allait entamer, alors peut-être qu’il y verrait plus clair. Peut-être que son esprit avait créé cette histoire afin qu’il parvienne à trouver des réponses à ses questions.

Il hocha la tête, signifiant qu’il acceptait le défi. L’autre raffermit sa prise sur son poignet, tirant plus fort. Etienne ne résista pas. Il inspira profondément et fit une grande enjambée. Une seule. Et son corps franchit le miroir…

Distorsion.

Le temps s’étira, transformant les secondes en quelque chose de beaucoup plus long. Si bien qu’il eut l’impression d’avoir passé l’éternité dans cet espace indescriptible qui liait les deux côtés du miroir. Il avait l’impression qu’on le démantelait, que le tourbillon de vent qui l’emportait tirait sur chacun de ses membres, cherchant à savoir jusqu’à quel point il pouvait être écartelé avant de briser. Avant d’être déchiré. Le vent ne faisait pas que l’écartelé, il le piquait également. Si puissant, tellement de pression. Il traversait sa peau comme des piques de glace, douloureux et glacial. La pensée qu’il serait non-seulement ‘élastique’ et difforme, incapable de se tenir sur ses deux pieds, lorsqu’il reprendrait forme de l’autre côté du miroir- si seulement il parvenait à prendre forme, il ne savait toujours pas dans quoi il s’était embarqué, et son esprit détraqué pouvait bien lui faire vivre des situations dangereuses pour sa santé physique et mentale- il serait également troué, permettant ainsi à son double de voir de bord en bord de lui.

Etienne garda les yeux fermés tout au long du voyage, redoutant ce qui se cachait de l’autre côté. Pour ce qu’il en savait, il pouvait tout autant courir à sa perte. Il pouvait ne jamais en revenir ou en revenir avec encore plus de séquelles qu’il n’en avait déjà. Lorsque le monde sembla cesser de tourner autour de lui et lorsqu’il sembla cesser de manipuler chaque fibre de son corps afin de le faire traverser cette espace, il prit une profonde inspiration, s’obligeant à se faire confiance. Après tout, c’était bien lui qui se trouvait de l’autre côté. C’était bien lui qui s’était attiré dans cette histoire. S’il ne pouvait pas se faire confiance à lui-même, alors là, il ne pourrait jamais faire confiance à personne…

Ses yeux s’ouvrirent, d’abord un puis ensuite l’autre. Sa première pensée fut de s’examiner. Intacte. Son corps semblait être intact. Étrangement, il ne ressentait point plus aucune douleur. Laissant la pointe de soulagement prendre de l’expansion en lui, il en oubliait presqu’il se trouvait dans une autre dimension…

-Alors, tu vas t’observer encore longtemps? Demanda une voix d’un air amusé. Je suis plus beau que toi, ne t’en fais pas…

Le regard d’Etienne quitta rapidement le miroir et vint se poser sur l’autre homme. Perçant. Il ne l’aimait déjà pas. Il n’aimait pas l’arrogance dont il faisait preuve.

-Oh aller, ne sois pas vexé, je suis toi, tu le sais bien…

Il insista dangereusement sur le ‘toi’. Etienne relaxa un peu; il avait presqu’oublié ce fait. Mais n’empêche… L’amusement dans le ton qu’employait son double pour s’adresser à lui n’en restait pas moins frustrant. Il se demanda, l’espace d’un instant, si lui aussi était comme ça lorsqu’il s’adressait aux autres. Leurs ressemblances allaient-elles jusque-là où s’arrêtaient-elles au niveau physique?

-Pourquoi je suis ici? Demanda-t-il de but en blanc, ignorant ses appréhensions.

-C’est toi qui l’a voulu, répondit encore l’autre avec un air mystérieux. Personne ne t’a obligé à traverser le miroir.

-Tu y es apparut, dit encore Etienne. Pourquoi?

-Je ne sais pas… à toi de me le dire!

La frustration qu’il avait éprouvé à son arriver revient foncer sur lui, lourde et fracassante. Il n’aimait pas ce jeu. Il ne l’aimait vraiment pas.

-Qu’est-ce que je fais ici! Grogna-t-il en serrant les poings.

Son corps se projeta vers l’avant, signe de menace, mais ses pieds restèrent bien ancrés au sol. Il n’allait pas vraiment frapper, pas avant d’avoir obtenus des réponses, du moins. Et puis, il se voyait mal abîmer son propre visage. Après tout, l’autre avait raison : ils étaient beaux…

-Je te l’ai dis, c’est à toi de me le dire. Peut-être que tu en avais besoin. Peut-être que tu es en train de te perdre et que je suis là pour t’aider à te retrouver.

C’était même à son double de faire un pas vers l’avant, un véritable pas qui les rapprocha dangereusement. Leurs corps se touchaient presque et Etienne eut bien dut mal à se retenir de ne pas reculer ou le repousser.

Un flash, une bribe de son passé, s’imposa à lui. Surprit, Etienne fut obligé de regarder l’image danser devant ses yeux.

Il était acculé contre le mur, plus paniqué que jamais. Les larmes glissaient sur ses joues rougies, mais il n’arrivait pas à fermer les yeux. Il prenait conscience de ses actes, brutale réalité, qui le dégoûtait de lui-même. Il ne comprenait pas- ne comprenait jamais en fait, c’était le noir chaque fois qu’il ouvrait les yeux- ce qui l’avait poussé à cet acte de cruauté.

Décapité.

La chair et les lambeaux de peau déchiquetés ornaient le sol, entourant la jeune femme à peine consciente. Il n’y avait que ce rôle superficiel pour rappeler qu’elle était toujours en vie. Son visage, jadis si beau, ne représentait plus rien aujourd’hui. Il voyait les os de sa joue et celui de sa mâchoire, juste-là où il l’avait défiguré de la pointe de son couteau. Sanguinolente.

Etienne- non, Ethan, c’était Ethan qui avait encore un sens moral- n’arrivait pas à fermer les yeux. Chaque fois que retombaient ses paupières, recouvrant ses iris, des images dansaient dans la noirceur. Toujours le visage de la jeune femme, encore plus abîmé qu’il ne l’avait fait. Il ne restait plus qu’un crâne, lequel se multipliait par dizaine, hurlant tous en écho à quel point il n’était qu’un monstre.

Il resta longtemps figé dans sa culpabilité, incapable de faire autre chose que de la regarder se vider de son sang et souffrir.

Il ne se souvenait pas, mais il l’avait sauvé, prévenant les services d’urgence, avant qu’il ne replonge dans la noirceur, oubliant ce moment de faiblesse et revêtant cette cape de froideur, qui le rendait malsain…