« Limonade  » par Ma

Limonade

Chapitre 1 : Chapitre 1

Adrien pose sa tête sur ses bras croisés, laissant ses cheveux bruns un peu longs tombés comme un rideau devant son visage. Il coince une mèche derrière son oreille, de façon à pouvoir continuer de les observer. Assis seul dans une des rangées du haut, il a une vue d'ensemble sur les six cents élèves présents. Avec un soupir, il attrape un stylo dans sa trousse et le plante dans le tas de feuilles étalées sur la table avant de commencer à la noircir sans esquisser la moindre forme. Les voies recommencent à murmurer dans sa tête. Il gribouille plus vite, multipliant les aller-retour sur la feuille à carreaux afin de faire taire leur chuchotement. Ils te haïssent. Tu es tout seul. Personne ne t’aime. Tu n’aurais pas du venir au monde. Tu n’es qu’un erreur. Tu n’es pas assez et ne le sera jamais. Ils te rejettent car ils voient à quel point tu es fou. Personne ne veut de toi. Tu n’as pas ta place sur Terre. Il connait le refrain par cœur. Il sait bien tout ça et ça lui fait un mal de chien. Alors il ferme les yeux. Il a choisi pour aujourd’hui. Tous ces bruits l’oppressent. Il a besoin d’air, d’espace.

Il n’y a que quatre issus. Si quelqu’un déclenchait un incendie à l’intérieur de l’amphithéâtre, le nombre de mort serait important.

Les flammes provoquent une peur incontrôlable chez la plupart des êtres vivants. Elles les poussent à fuir par tous les moyens possibles, perdant leur humanité en tachant de sauver leur vie. La fille aux cheveux bleus se ferait surement piétiner par le colosse à côté d’elle qui lui caresse les épaules depuis le début du cours. Pour sûr qu’il considère que sa vie vaut plus que celle de la jeune femme.

En se propageant, l’incendie brulerait le plastique composant bureaux et chaises, diffusant un nuage de produits hautement toxiques : cyanure, monoxyde de carbone. Les étudiants tomberaient comme endormis mais pourrait s’asphyxier avant que les pompiers ne les évacuent.

Les murs résonneraient de leur cri d’horreur, de souffrance. Certains sangloteraient surement à leurs parents chéris de venir à leur rescousse. Peut-être qu’un ou deux prendraient un plaisir malsain à vivre une pareille catastrophe, à survivre à un incident qui les rendraient célèbres pour quelques temps ; où alors, la simple vue de tant de souffrance feraient frétiller leurs cerveaux reptiliens.

Adrien laissa sa tête tomber contre sa table. Plus de trois cents élèves auraient de graves brulures. Plusieurs succomberaient dans les premières vingt-quatre heures.

Et avec un peu de chance, il ferait partie de ceux-là.