« La Cour des Ombres - Tome 1 : La Guerre des Âmes » par MayaS

La Cour des Ombres - Tome 1 : La Guerre des Âmes

Chapitre 25 : XXIV

          
   Je jette un œil à l'infirmière, qui attend ma réaction.

- Pourquoi me montres-tu ça, Grâce ?

- J'ai pensé que tu aimerais être au courant : la fille qui est morte appartenait aussi à la Cour des Étoiles.

- Et alors ?

Je feins l'incompréhension, parce que je ne sais pas trop ce qu'elle a en tête. Jar me serre la main discrètement, et Yun hoche la tête.

- Et bien..., hésite-t-elle, Je me suis dis que...

Le garçon roux la coupe brusquement. Il a une voix chaleureuse, qui contraste avec sa fonction de Bourreau. Parce que je me doute bien que mes camarades savent qui il est lui aussi. Tout comme les gens connaissent les attributs de chacun des treize Bourreaux, il est de notoriété publique que le Maître n'envoie jamais Scarlet Dolls sans son terrible amant, Dagger. D'ailleurs, les gens les surnomment Les Amants aux Doigts Rougis.

- Elle a pensé que tu te sentirais moins coupable en voyant que je m'étais également fait à moitié tuer par ce monstre. Donc tu ne pouvais rien faire pour cette fille.

Je baisse les yeux. Bien sûr que j'aurais pu faire quelque chose, mais évidemment, mes amis ne le savent pas. Je jette un œil à la vidéo, qui a sans doute été détruite par les Maîtres... Jar resserre ses doigts sur les miens, et je vois passer une étrange lueur dans les yeux de Jack, qui s'empresse de regarder ailleurs. Interdite, je tourne mon attention vers Grâce, et demande :

- Merci... Je... préfère ne plus y penser. Mais, ce n'est pas pour ça que tu m'as fait venir, pas vrai ?

- Non. C'est vrai. Et je vous ais tous réunis ici pour parler de toi, Maya. Parce que ta vie est en danger.

 

        Je me tais un instant, puis éclate de rire. Mais mon hilarité ne gagne pas les autres, qui observent Grâce avec des yeux ronds. Jar intervient alors :

- Sa vie... en danger ? En quoi est-ce que cela concerne les Bourreaux ?

Il prononce le mot avec un dégoût évident.

- Tout ce qui concerne les Cours concerne aussi les Bourreaux, jeune lord, qui plus est quand il s'agit de la leur. Maya, veux-tu bien cesser de rire, je ne plaisante pas !

Je me calme aussitôt. Jar s’assoit à mes côtés, et les autres prennent des chaises. Grâce commence alors à parler :

- Bien. Comme vous le savez, vous êtes en Sixième Cycles. Sauf vous, évidemment, c'est pourquoi je vous demanderais de garder le silence sur ce qui va suivre, dit-elle en regardant Sara et Akira, qui hoche solennellement la tête.

- En Sixième Cycle, continue-t-elle, le Maître vous confie des missions secrètes, qui ont pour but de vous tester et de vous habituer au terrain.

Nous acquiesçons. C'est vrai. Personne ne sait quand, qui et pourquoi les élèves font ces missions, toujours est-il que quand l'un d'entre nous revient blessé, ou fatigué le matin, nous nous doutons qu'il est partit en mission pour la Cour.

- Certains d'entre vous en font plus que les autres.

Grâce lance un regard appuyé dans notre direction. Peter sourit. En effet, meilleurs sont les élèves, plus ils partent en mission. Ça permet au Maître de jauger nos capacités. Ces missions sont bien pratiques, elles me permettent de justifier mes absences fréquentes. Le Maître nous envoie souvent seuls, parfois avec notre futur partenaire, quand nous sommes sûrs de nos choix, ou encore en duo avec d'autres élèves. Il m'envoie d'ailleurs souvent avec Jack, mais ça, mon partenaire ne le sait pas. Je reporte mon attention sur Grâce. Elle nous fixe tour à tour, puis ajoute :

- Évidemment, certains de vos camarades sont très fatigués à la suite de ces missions, alors il arrive que je doive leur donner quelque chose. En très petite dose, quelques microgrammes, parce que c'est une drogue très dangereuse. Tellement, en fait, que je ne la donne pratiquement qu'aux Bourreaux, qui doivent faire énormément de missions pour le Maître.

Scarlet, Dagger et Jack regardent ailleurs. Je ne vois toujours pas où elle veut en venir, et les autres non plus, apparemment. Mais elle ne nous laisse pas le temps de l'interroger :

- Cependant, il arrive parfois que certains de vos camarades arrivent à subtiliser cette substance, qui augmente vos capacités. En période d'examens par exemple. Vous êtes parmi les meilleurs espions du pays, je ne peux pas vous empêcher d'y toucher. L'un d'entre vous a-t-il déjà vu ceci ?, demande-t-elle.

Elle sort un petit flacon de sa poche gauche. Il est remplis d'un liquide noir, aux reflets argentés. Je frissonne. Rien que l'aspect est peu ragoûtant. Nous secouons tous la tête, sauf les Bourreaux qui acquiesce. Je surprends un regard de Raven vers son partenaire. Étrange... Grâce baisse alors la voix :

- Vraiment pas ? Tant pis... Nous allons procéder autrement. Ce flacon contient du NH4. Quand on consomme cette drogue en trop grande quantité, elle a des effets secondaires. Ils ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Les plus courants sont des sautes d'humeurs, une peau jaunâtre et les yeux striés de sang. Chez certaines personnes, cette drogue entraîne une sensation de nausée, des évanouissements fréquents, ainsi qu'une peau blafarde et un amaigrissement alarmant. De plus, on se blesse plus vite et on saigne plus longtemps.

Avec effroi, je me rends compte que Grâce sait. Jar commence à comprendre, et il tourne lentement les yeux vers moi. Je me rassure en me disant qu'elle n'a aucune preuve, et fait comme si de rien n'était, mais elle ruine tous mes espoirs à la phrase suivante :

- Le signe le plus voyant est la coloration des veines en noir, ainsi que des démangeaisons. Vous ne consommez pas de cette substance, vous ne verrez donc aucun inconvénient à ce que je regarde vos poignets, si ?

Intrigués, les autres remontent leurs manches. Je remarque que Peter reste de marbre, mais je sens tous les regards se fixer sur moi. Avec un soupir résigné, j'enlève les brassards gris qui camouflent mes poignets. Jar retient une exclamation étouffée : mes veines sont aussi noires que le flacon...

 

      Grâce s'approche de moi et attrape mon poignet. Elle me regard avec effarement :

- Maya... Je savais que tu en prenais, mais je ne me doutais pas que c'était à ce point !

Je hausse les épaules, et Jar se recule. Il me lance :

- Tu te drogues ?

- Pas... dans le sens propre du terme., je réponds. Je... Disons que parfois, cette substance m'aide à tenir debout. Quand je reste éveillée plusieurs nuits d'affilées, quand... Et puis le Maître m'envoie souvent en mission, comme toi.

- Je ne me drogue pas pour autant, Maya !, réplique mon partenaire, la colère luisant dans ses yeux.

- Je ne me drogue pas, Jar, je ne suis pas accro... 

Grâce me serre soudain le poignet. Elle sait que le NH4 me sert à bien plus que ça. Seulement, elle sais aussi que je refuse d'en parler devant lui. Jar paraît dubitatif, mais il se rassoit près de moi. L'infirmière demande :

- Combien ?

- Combien quoi ?, dis-je en faisant l'idiote.

Ça ne prend pas. Elle rapproche son visage du mien et réitère :

- Combien de microgrammes, et à quand la dernière dose ?

A quoi bon mentir ? Je réponds franchement :

- Un gramme. Il y a environ une semaine.

Ma réponse jette un léger froid. Les Bourreaux me regardent avec stupeur, et Jar a le visage fermé. Je hausse les épaules et tente de me justifier :

- Bah... J'en ai besoins... pour les missions, et tout... et à plus petites doses, ça ne fait plus effet alors...

- Pourquoi tu ne m'as rien dis ?, souffle Jar.

Je ne dis rien. Je sais qu'il attend quelque chose, une réponse, une réaction... Mais je ne fais rien. Je suis vannée. En soupirant, je me lève et dis :

- Je n'en prendrais plus, d'accord ? Je ne suis pas accro, je vous l'ai dit. T'en fais pas, Grâce. J'en prends uniquement parce que je suis instable.

Les autres froncent les sourcils. Sauf Jack, qui se rembrunit. Grâce hoche la tête, et soupire. Elle comprend.

- Tu aurais du m'en parler, Maya. J'ai d'autre produits pour ce genre de problème. En m'étirant, je réplique :

- De toute façon, je n'en ai plus.

- Quels problèmes ?, demande Jar.

- Magie défaillante (1).

Je lui plante un baiser sur la joue. Ce n'est pas exactement ça, mais c'est tout ce qu'il a besoin de savoir. Je laisse les autres là, et je sors. J'ai besoins de réfléchir, seule. Je passe l'infirmerie encombrée sous les chuchotements de mes camarades, et me dirige à grands pas vers le grenier. Une pression se fait alors ressentir à mon poignet et je m'arrête brutalement au milieu du couloir. Puis fais demi-tour et prends la direction du bureau du Maître.