« Les Manuscrits de l'Apocalypse - Saison 1 » par Evangely

Les Manuscrits de l'Apocalypse - Saison 1

Chapitre 1 : Prologue

« Depuis le jour où elle souleva cette carte magique, depuis l’instant où elle libéra ces forces nouvelles, le destin de Sakura Gauthier s’est scellé. Elle est devenue la Chasseuse de Cartes. Elle devait les récupérer, être jugée puis les convertir à son étoile.

« Et après... ? Pourquoi Clow Reed avait-il prévu l’existence d’un nouveau propriétaire de ses cartes magiques ? Quel mécanisme céleste s’est-il enclenché ce jour-là ? Et si le fléau patientait encore, tapi dans l’ombre ?

« Quand le sceau sera brisé, sur ce monde s’abattra le fléau. »

« Le Cercle, le clan des sorciers auquel appartenait de loin Clow Reed, ne put accepter que le pouvoir de Clow revînt à une inconnue. Le jeune descendant de la famille Li n’ayant réussi dans sa mission, la décision fut prise d’envoyer un autre puissant membre du clan. Mais les plus grands s’étaient déjà réincarnés. Brice StGermain, réincarnation de Yaln Erod le plus fervent adversaire de Clow, fut choisi pour récupérer le livre de ce dernier.

« Le combat dura des mois.

« Le triomphe de Yaln sur Sakura et Anthony était proche mais un fait inexplicable survint : les Cartes de Clow, devenues Cartes de Sakura, se libérèrent de leur emprise magique pour s’élever contre l’envoyé du Cercle, conduisant Sakura à la victoire. Mais dans ce combat acharné que les cartes venaient de mener, elles donnèrent leur vie.

« Là se clôt la prophétie de la chasseuse de cartes. Elle redevint la jeune fille qu’elle aurait dû être...

« Mais pour l’œil clairvoyant, il était évident que le sceau de Clow avait disparu à la mort de ses cartes. En d’autres termes, son sceau était réellement brisé...

« Prophétie générale des manuscrits de l’Apocalypse : l’arrivée du Fléau »


Chapitre 2 : Quatre ans après

1. Le retour

Devant Sakura, le sol se releva doucement puis s’effondra sans prévenir. Elle recula et les cartes s’envolèrent. Les cartes de Clow. Elles virevoltaient lentement autour d’elle. Que se passait-il, d’où venaient-elles ? Sakura oublia un instant le danger qui se rapprochait et tenta d’attraper l’une d’elles. Mais la carte se mit à luire et disparut en poussière. Quand Sakura reprit ses esprits, le sol s’était effondré sous elle et... elle volait ? Elle ne comprit pas tout de suite ce qui lui arrivait, apercevant ses pieds tendus vers le vide obscur. Tout avait disparu. Le sol, le ciel, l’horizon. Les ténèbres l’enveloppaient.

Puis elle se rendit compte qu’on la portait. Deux bras l’avaient retenue. « Mais qui ? » se demanda-t-elle en cherchant à apercevoir son sauveur dans l’obscurité. Une lointaine sonnerie s’intensifiait dans le noir. Elle tenta de se tourner au creux des bras de l’individu mais... cette sonnerie !

- Réveille-toi !! lui cria une épaisse voix caverneuse bien connue.

- Aaah !!! s’écria-t-elle en ouvrant les yeux sur le visage au masque d’argent. Kero !!!

- Je te fais toujours le même effet sous cette forme, sourit celui-ci.

C’était Kero. Il était revenu. Enfin... Sakura se jeta à son cou et le serra contre lui.

- Ca fait si longtemps, Kero...

- Argh... articula-t-il, étranglé. Ca ne fait que quatre ans... Argh !! Laârrrche-moi !

On frappa.

- Sakura ? C’est toi qui cries ?

- Papa...

Kero recula d’un bond et disparut entre les plumes de ses ailes alors que la porte s’ouvrait.

- Ca va ?

- Oui, sourit-elle l’air de rien.

- Tu te lèves ? Ne sois pas en retard pour ce premier jour, l’été se poursuit... à l’école! Ah aussi! Il y a une lettre de Thomas.

- Oui, j‘arrive ! chantonna-t-elle en poussant Kerobero sous son lit, du bout de l’orteil.

Dominique referma la porte et Kero soupira.

- On a eu chaud ! murmura Sakura en se penchant sur le rebord de son lit pour apercevoir son ami.

- Alors, comme ça, ton père ne se souvient plus de rien... ?

- Non. Mais Anthony semblait dire que ça reviendrait. Comme ils possèdent désormais chacun une partie du pouvoir de Clow, papa retrouvera un jour ses souvenirs ! Dis, Kero... Tu viens au lycée avec moi ?

- Tu es sûre ? s’étonna-t-il.

- Je te le demande comme une faveur. Tiffany sera sûrement aussi heureuse que moi de te revoir.

  

Le déjeuner vite avalé, Sakura enfila ses patins et s'élança dans l’allée. Elle tourna à l'angle de la rue et se redonna de l'élan en quelques coups de rollers. Le vent légèrement frais battait les branches des cerisiers de l'allée devant l'ancienne maison de Mathieu et le soleil commençait à pointer ses premiers dards de chaleur. Le temps idéal pour arriver en avance au lycée. Tiffany l'attendrait peut-être.

- Alors ? lança Kero en pointant le museau dans l’ouverture du sac à dos. Qu’as-tu fait durant tout ce temps ?

- Il ne s’est pas passé beaucoup de choses, tu sais. J’ai repris une vie normale. Je vais souvent voir Grand-père. Je crois que ça va mieux entre la mère de Tiffany et Papa. Que dire de plus ?

- Et le morveux ? Il est toujours ici ?

Le regard de Sakura s’assombrit légèrement et elle ne répondit pas tout de suite, laissant le vent battre les sangles du sac.

- Non, fit-elle finalement. Il est parti avant de rentrer au lycée.

- Ah, chuchota Kero, gêné d’avoir rendu son amie un peu triste.

- Et Mathieu ? demanda-t-elle alors. Anthony s’occupe bien de vous depuis tout ce temps ?

- Tu lui manques énormément, avoua Kero. Yue est d’ailleurs beaucoup plus attentionné depuis qu’il a vécu sous la forme de Mathieu et depuis que cette part de ton frère l’habite. Mais il n’est pas très loquace.

- Je me souviens, sourit Sakura.

Elle tourna la tête vers la maison qu’ils longeaient. En apprenant que ses grands-parents n’existaient pas réellement, Mathieu avait souhaité revendre la demeure où il avait vécu avant de quitter le Japon pour l’Angleterre. Cependant, elle n’avait pas encore trouvé d’acheteur. Sakura sourit tendrement en songeant aux doux souvenirs qui la traversèrent.

Le lycée n'était plus très loin.

  

En arrivant devant la grille, elle fut dépassée par une longue Rolls-Royce noire qui s'arrêta un peu plus loin pour déposer Tiffany. Et quand celle-ci aperçut son amie de toujours, elle leva un bras dans sa direction avant de saluer son conducteur. Tiffany accourut.

- Bonjour Sakura, tu es rayonnante !

- Devine qui je transporte dans mon sac, qui a des ailes, une queue et un mauvais caractère?

- Hi hi, sourit tendrement Tiffany. Ca ne peut être que mon petit lionceau préféré.

- Gagné, lança une petite voix du fond de son sac tandis que des élèves passaient le portail.

- Mais toi aussi, tu as le sourire! remarqua Sakura en voyant son amie fouiller son propre sac.

- Tu sais, Sakura, j'ai toutes les raisons d'être heureuse. La société de ma mère vient de terminer un prototype...

- Un proto...

- Et voila! lança-t-elle en brandissant une nouvelle sorte de  caméscope.

- Oh non... soupira Sakura.

Caméra au point, Tiffany fit pivoter l'écran tactile et lança l’enregistrement. Filmant minutieusement la cour de l'école puis son amie qui déjà fuyait vers les casiers.

- Sakura, attends!

Celle-ci éclata de rire.

  

Pour midi les deux adolescentes s'installèrent près des bouleaux, du côté est du parc. Le père de Sakura avait eu le temps de lui préparer un succulent repas avant de partir. Depuis peu, l’université lui avait proposé un poste à temps plein et il y passait souvent la journée et même plus. Un travail de traduction, avait-il expliqué un matin sans pour autant s’étaler dans des détails qui ennuieraient sa fille.

- On va devoir partager, Kero, annonça Sakura. Papa ne savait pas que Super-glouton serait là.

- Je ne suis pas Super-glouton, protesta-t-il.

- Oh mais si ! Rappelle-toi comme tu appréciais la carte du Sucre. Clow a dû bien s’occuper de toi, non ? Tu n’aurais pas un peu grossi ? demanda-t-elle en tâtant son ventre.

- Pas touche ! protesta-t-il en lui mordant l’index.

- Bonjour les filles, les interrompit-on soudain.

Sakura retira son doigt de la bouche de la peluche et Kerobero se figea, bras et jambes écartés. Yvan et Sandrine se regardèrent :

- Tu parles à ta peluche ? s’étonna Sandrine.

- Vous savez qu’il ne faut pas parler à ses jouets, énonça Yvan, car dans certains pays on craint que la nuit ceux-ci reviennent se venger des mauvaises paroles qu’on a pu prononcer devant eux. On raconte par exemple cette histoire du petit garçon qui...

Sandrine lui posa la main sur la bouche et il finit studieusement son histoire en marmonnant entre les doigts de la jeune femme.

- Tu vas arrêter Yvan ?! Tout le monde sait que c’est faux.

- Il n’arrêtera jamais, assura Tiffany. Peut-être plus tard écrira-t-il des livres pour enfants. Il pourrait vivre de son imagination !!

Comme il s’était arrêté, Sandrine retira sa main et secoua la tête.

- Il ne manquerait plus que ça !!

- Ca nous faisait rire, quand nous étions plus jeunes, continua Tiffany. Ca plaira sûrement à d’autres !

Le couple les salua finalement, s’installant un peu plus loin.

- C’est vrai ce qu’il disait ?

- Mais non, Sakura, la rassura son amie.

  

Une fois le repas terminé, Sakura félicita une nouvelle fois le talent de son père. Tiffany s’essuya la bouche et rangea sa serviette :

- Je vous laisse, tous les deux, je dois aller me renseigner pour le concert que nous allons bientôt donner. A plus tard Kero.

- Au revoir, Tiffany.

Il la regarda partir et secoua doucement la tête.

- Elle non plus ne se souvient de rien, je suppose.

- C’est vrai. Mais je ne tiens pas vraiment à ce qu’elle s’en souvienne. C’est mieux ainsi ! conclut-elle avec le sourire. Mais parle-moi plutôt de toi, se tourna-t-elle vers lui. Que faites-vous depuis tout ce temps en Angleterre ? Anthony va bien ?

- Oh oui ! Il n’a pas encore recouvré tous ses pouvoirs d’antan mais il s’entraîne durement.

- Il s’entraîne ? Mais pourquoi ?

Kerobero croisa ses petits bras et ferma les yeux.

- C’est encore Yaln qui va lui lancer un défi. Mais comme Clow Reed a perdu sa puissance magique, Yaln préfère attendre encore avant de lancer le combat.

- Un combat ?! s’étonna Sakura.

- Rien de bien catastrophique. Rassure-toi. Un combat de sorciers, voilà tout. C’est quelque chose qui arrivait souvent par le passé, souviens-toi de ce qu’Anthony t’avait expliquée.

- J’espère qu’il gagnera encore.

La sonnerie retentit et Sakura soupira :

- Et voilà, on y retourne... Tu rentres dans le sac, Kero ?

- Ah non, le coup du sac, ça suffit !

- Que vas-tu faire ?

- Me promener... Les jeux vidéos me manquent. Anthony n’aime pas ça. Yue passe tout son temps seul et Samantha n’arrête pas de sortir. Et je ne supporte pas Gothar. Alors !

- Mais on va te voir !!

- Mais non...

- Bon, il faut que j’y aille. A plus tard, Kero !

Elle s’éloigna, rejoignant Sandrine et Yvan, ainsi que plusieurs amies à elle. Kerobero soupira en reculant vers le buisson duquel il allait s’envoler vers la maison.

« Tu ne m’as toujours pas demandé pourquoi j’étais enfin revenu, Sakura, songea-t-il. Tu ne te doutes encore de rien. Et Clow m’a bien interdit de te dire quoi que ce soit. Ma chère petite Sakura, tu as tellement grandi. Mais est-ce que ce sera suffisant pour ce qui se prépare? »

  

2. L’épreuve

Sakura salua ses amies et s’élança dans la ruelle qui faisait face au lycée. Elle devait faire une course ou deux car elle dînerait seule le soir même. Son père l’avait prévenue en partant le matin. Il travaillerait avec mademoiselle Carmin, la jeune femme qui étudiait aux côtés de Dominique pour devenir archéologue. Il rentrerait tard. La ruelle bifurqua et elle tourna à droite, en posant une main sur le réverbère qui faisait le coin. Elle patina de plus belle et se laissa glisser sur le bitume.

Le parc s’étirait sur sa gauche et elle roulait sans bouger dans l’allée déserte. Kero était assez sérieux pour savoir quel danger il encourait si on l’apercevait. Il avait dû rentrer. Elle leva les yeux au ciel. Voler... Comme un objet perdu qu’on retrouve un jour et qu’on fait marcher d’un seul geste oublié, elle posa sa main sur son cœur et lança une carte invisible. « Carte du Vol », pensa-t-elle très fort. Mais il ne se passa rien. C’était fini, les cartes avaient disparu. Pour sauver leur créateur, Anthony, et leur maîtresse, Sakura. Elle était redevenue Sakura la jeune fille. La simple jeune fille. Tout était fini. Le sceau s’était évanoui et la clef avec. Il ne restait de cette époque que des souvenirs.

Elle plongea sa main dans une de ses poches et en tira la lettre de son frère. Il travaillait désormais en Europe. Lui aussi était parti pour l’Angleterre. Là-bas, Katya s’était occupée de lui trouver un appartement. Puis, les mois passant, il était allé habiter avec elle et Anthony.

«  (...) J’ai préféré les quitter un temps, expliquait-il dans ce courrier. Tu sais, petit monstre, même si je ne ressens plus les choses surnaturelles, je sais qu’il se trame quelque chose ici. Ton ami, Anthony, disparaît des journées entières dans le temple qui jouxte sa demeure. Katya dit qu’il médite. Je ne sais pas si je dois la croire. Il est si calme. Rien à voir avec ton ex !! Je plaisante. Fais attention à toi, promets-le-moi. Thomas »

Elle serra la lettre contre elle et releva le nez vers les jeux d’enfants qu’elle longeait. L’empereur Pingouin trônait en maître sur l’étendue de sable. Elle sourit et rangea la lettre. Puis, elle s’élança de nouveau... contre quelqu’un. Elle heurta violemment l’homme qui s’était mis sur son chemin. Elle fit un demi-tour maladroit sur elle-même et perdit l’équilibre. Mais un bras la retint et une main se plaça sous sa nuque pour la soutenir. Cette étreinte... Elle ne lui était pas inconnue. La feuille glissa au sol et Sakura ne bougea plus. Sa tête tournait et elle ne songea qu’à la lettre de Thomas. Elle l’aperçut, se redressa et roula vers elle pour la rattraper. Puis elle se retourna pour s’excuser.

- Ca va, mademoiselle ? lui demanda le jeune homme. Ca aurait pu être une chute bien dangereuse.

Elle s’approcha doucement. Il dégageait quelque chose de fort... Elle se sentit soudainement heureuse, le cœur léger. Elle s’excusa et le jeune homme éclata de rire.

- Ce n’est rien. Mais vous rouliez trop vite ! C’est un parc pour enfants, vous savez ? la sermonna-t-il gentiment.

- Oui, excusez-moi encore. Je pensais à autre chose. Je suis vraiment désolée.

- Ce n’est rien, répéta-t-il. Il faudra être prudente à l’avenir, lança-t-il en repartant.

Elle le suivit du regard. Quelle était cette impression de déjà-vu ?

Un frisson la parcourut alors. Elle tourna la tête vers le parc. Quelque chose rodait. Quelque chose de petit, de sournois. Comme un petit animal effrayé. Elle chercha du regard en approchant doucement. Peut-être un animal blessé. Elle hésita à poser ses patins dans le sable. Elle s’assit doucement sur la balustrade et sortit ses chaussures de son sac, tout en s’assurant que la sensation de la présence étrange ne fuît pas. Elle se leva enfin et posa un pied sur le sable. Puis deux. Des enfants approchaient sur le chemin ; elle les entendait rire, accompagnée par leur maman, sûrement. Il ne fallait pas qu’ils effraient le petit animal. Elle se pencha vers les balançoires et les pingouins de ciment, alignés autour de leur monarque. Les voix se rapprochaient.

Sakura, sentit l’air s’agiter autour de ses chevilles et le sable sembla enfler autour d’elle, se soulevant par épaisse nappe. Puis, une silhouette se forma et fonça vers elle. Un des enfants cria en voyant le nuage de sable arriver sur lui. Sakura ne savait que faire, la masse la longea, le vent chargé de sable l’étouffait, s’infiltrant de force dans sa gorge, dans ses oreilles et dans ses vêtements. Un lointain souvenir la traversa et elle tendit les mains en avant, paumes face à face, légèrement tournées vers le ciel.

- Clef du sceau sacré, cria-t-elle. Je t’ordonne d’apparaître.

Le sable sembla partir dans toutes les directions, puis le vent se calma, et se figea, maintenant chaque grain en lévitation autour de Sakura. Elle sentit un regard posé sur elle et ne bougea pas. Elle eut l’impression étrange que chaque grain la regardait, l’observait, la fixait, l’étudiait. Puis tout retomba au sol. La mère avait éloigné ses enfants, et Sakura tomba à genoux, en toussant, la gorge asséchée, exténuée. Que s’était-il passé ?

  

Elle referma la porte de sa chambre et détacha la serviette qu’elle avait enroulée autour de ses cheveux.

- J’aurais voulu filmer ça, se plaignit Tiffany à l’autre bout du fil.

- C’était horrible.

Kerobero vola du bureau au lit et s’assit en face d’elle, les bras croisés, songeur.

- On pourrait peut-être retourner cette scène, si on avait la carte du Sable, sourit Tiffany.

- C’est pas drôle. J’ai failli étouffer.

- Je sais, excuse-moi. Allez, bonne nuit, à demain.

- Bonne nuit, Tiffany.

Sakura posa le téléphone à côté d’elle et patienta.

- C’est bizarre, c’est bizarre... confia Kero.

- C’est tout ce que tu trouves à dire ?! remarqua-t-elle en passant la serviette dans ses cheveux. J’ai l’impression que j’en ai encore partout... C’est super désagréable.

Kero ouvrit grand les yeux.

- Quoi ? Tu as une idée ?!! s’intéressa Sakura.

- Je n’avais pas remarqué ! s’exclama-t-il.

- Quoi ?!!! le secoua-t-elle à deux mains.

- Tu as les cheveux longs ?

Elle fit la moue et le laissa s’envoler vers l’étagère des réveils.

- Bien sûr. Je les attache dans la journée.

Kero la dévisagea un long moment, tandis qu’elle inspectait son cuir chevelu du bout des doigts, pour faire la chasse aux grains de sable.

- Tu as vraiment grandi, nota-t-il. C’est surprenant.

- Tu es bête, sourit-elle. Ca doit être pareil pour Anthony.

- Je vis avec lui, c’est différent. Je ne m’en rendais pas compte.

- Oui, bon... se reprit-elle. Et pour ce sable ?

- Il faudra y retourner pour mettre ça au clair.

- Ce n’est tout de même pas une carte ! Les miennes ont disparu. Clow n’a pas pu en recréer... Rassure-moi, il n’y a pas d’autres membres dans sa famille !

- Hm hm, fit-il en secouant la tête. Non. Je ne comprends pas. Allez, il faut dormir.

Sakura s’allongea et Kero ouvrit le tiroir grâce à ses pouvoirs. Sa petite chambre était là, intacte. Sakura l’avait gardée car il lui avait promis de revenir. Et maintenant qu’il était là, il devait lui mentir. Clow Reed ne semblait pas vraiment savoir ce qui se préparait. Alors pourquoi ne pas expliquer le peu qu’il savait ?

- Kero ? l’appela Sakura.

- Tu crois que mon pouvoir magique s’est consumé comme celui de Clow ?

- Sûrement.

- Ah... Bonne nuit.

  

Le lendemain, Sakura retrouva Tiffany devant le portail du lycée.

- Ca va ? s’inquiéta Stéphanie en remarquant la petite mine de son amie.

- Pas tellement. Je n’arrive pas à m’expliquer ce qui est arrivé, hier.

- Et tu n’as rien pu faire, ajouta Tiffany en souvenir de leur discussion la veille au téléphone.

- Non, c’est ça le pire, expliqua Sakura en entrant dans la cour du lycée. Il y avait cette mère et ses deux petits garçons et je ne pouvais rien faire. Je n’ai plus la clef. Et pourtant, je sens que je devrais agir.

Tiffany acquiesça en silence et elles regagnèrent leur classe.

- Bonjour les filles, clama Nadine en les accueillant. Vous êtes toujours d’accord pour tout à l’heure ?

Tiffany et Sakura la saluèrent et Yvan, Sandrine et Sonya les rejoignirent.

- On est tous d’accord donc, conclut Sandrine. Très bien !

- Le cours va commencer, souligna Sonya.

- J’avais une anecdote sur les patins à glace, commença Yvan.

- On n’a pas le temps ! assura Sandrine en le tirant par la manche.

L’homme qui entra dans la salle se dirigea vers son bureau. Plutôt grand, les épaules droites et le dos large, il se tourna vers la classe. Sakura souriait à Yvan, que Sandrine forçait à s’asseoir. Elle secoua la tête et releva le nez vers leur nouveau professeur d’Anglais.

- Bonjour à tous, commença-t-il en se tournant vers le tableau pour écrire son nom. Je m’appelle James Davy. Je remplace Mademoiselle Akano. Comme j’ai pu le constater sur vos emplois du temps, nous nous verrons...

C’était lui. L’homme devant le parc. Quelle coïncidence ! Et pourtant... quelque chose était différent.

- Avez-vous des questions ?

Emilie se leva :

- Au nom de toute notre classe, clama la jeune fille, je vous souhaite la bienvenue.

- Ah, rit-il de bon cœur. Ca se voit tant que ça que je suis nouveau ?

Emilie rougit et se rassit.

- Merci tout de même, mademoiselle, lui souffla-t-il.

Sakura bâilla. Elle avait peu dormi. Peut-être les ronflements de sa chère petite peluche, ou peut-être l’inquiétude face au phénomène dans le parc de l’empereur Pingouin. La surprise de revoir cet homme s’évanouit vite. Chaque année apporte son lot de nouveaux. Il y avait eu Lionel, qui cherchait à regagner les cartes de Clow. Puis Katya Moreau, sous l’égide de la lune... Et enfin Anthony, autrement dit, Clow Reed. Elle haussa les sourcils. Tous trois avaient des pouvoirs. Monsieur... Monsieur Machin en avait peut-être aussi... ?

- Sakura, chuchota Tiffany.

- Sakura ? répéta alors monsieur Davy. Veux-tu commencer à te présenter, puisque tu me sembles un peu tête en l’air... ?

Elle bondit sur sa chaise et :

- Euh oui, excusez-moi. Je m’appelle Sakura Gauthier...

- En anglais voyons, la reprit-il.

- Ah oui...

  

3. La clef

La petite équipe quitta finalement le lycée en direction du grand complexe sportif qui s’était construit deux ans auparavant, à la place d’un vieux terrain de football abandonné. Sandrine, pendue au bras d’Yvan, souffla en observant les travaux.

- Vous vous rendez compte ? demanda-t-elle. On n’aura pas de salle de sport avant tant de temps !

- Ah bon ? s’étonna Sakura.

- Mais si, Sakura, lui rappela Tiffany, c’était écrit sur les tableaux d’affichage.

- C’est à cause des travaux, précisa Nadine. Il y a des problèmes.

- De quel genre ? demanda Sonya.

L’ancien gymnase sur leur droite était entouré d’échafaudages plus vertigineux les uns que les autres, et les adolescents le longèrent distraitement.

- Je ne sais pas vraiment, répondit Nadine.

- Peut-être des problèmes... commença Sandrine, surnaturels ?!

Le sang de Sakura se glaça.

- Qu... quoi, quoi, quoi ?!

- Oui, enfin, pas un fantôme, rectifia Nadine. On dit simplement que les ouvriers n’auraient pas assez de matière première.

- C’est ce que j’ai entendu aussi, affirma Sonya.

- Vous savez, les filles, avança alors Yvan, il existe des lutins mangeurs de pierre dans le parc qui longe le canal.

- Ah oui ? s’étonna Sandrine, sceptique.

- Ah... v... vrai... vraiment ? se retourna Sakura.

Tiffany lui posa une main sur le bras pour la calmer.

- Peut-être dans le passé, dit-elle alors, mais plus maintenant.

- Oh, moi, ajouta Yvan, je ne serais pas si catégorique. Le passé, le présent. Pourquoi une créature du passé ne pourrait-elle pas nous revenir ? Hein ? Il y a pleins de livres qui expliquent que toutes les forces du mal vaincue un jour remontent un jour à la surface. Et vous savez pourquoi ?

Personne ne répondit. Le ton qu’il employait cette fois convainquait tout  le monde, même Sandrine.

- Eh bien parce que le propre de l’homme n’est pas de tuer. De se faire la guerre peut-être pour le terrain, le pouvoir, etc... mais pas de tuer. C'est pourquoi, lors des grands combats contre le mal, celui-ci est simplement enfermé. On dit souvent que c’est parce qu’on ne peut tuer le mal... Eh oui, sans mal, il n’y a pas de bien ! Vous connaissez toutes ce genre de légendes, non ?

Elles cherchèrent instinctivement. Et visiblement toutes leurs idées concordaient : il avait raison.

- Tu es épatant, avoua Sandrine.

- Effrayant, oui !!! se mit à hurler Sakura, tétanisée par les frissons. Ca ne va pas de raconter de telles choses ?

Les autres ne réagirent pas, perplexes. Etait-ce une de ses inventions, cette-fois encore ?

- A ton âge, sourit Tiffany. Tu devrais savoir que les fantômes, les sorcières et la magie n’existent p...

Sakura la foudroya du regard.

- Ah bon, lui fit-elle à voix basse. Et Clow ? Et les Cartes ?!!

- Oui, mais ce n’est pas pareil...

- Qu’est-ce que vous dites ? demanda Sonya.

- Rien. Oubliez, rétorqua Sakura en forçant un large sourire, remarquant que tous avaient essayé d’écouter.

  

- Fermé ?! bondit Sakura devant l’écriteau. Pourquoi c’est fermé ?! Pourquoi ils ont rien dit ?!

- Qu’est-ce qu’il fait lourd, soupira Nadine en ôtant son pull.

Sandrine et Yvan levèrent le nez au ciel ; il était à peine couvert mais le soleil ne chauffait pas tant que ça.

- Qu’est-ce qu’on fait ? demanda Sonya.

- Maintenant qu’on est ici, on reste, rouspéta Sakura. Allons nous chercher des rafraîchissements.

- J’y vais, si vous voulez, proposa Yvan.

On lui donna de la monnaie et il partit vers un camion de boissons qui s’était garé près de l’allée voisine.

- Quelle chaleur étouffante... souffla Nadine.

- Oui, ce n’était pas annoncé, réfléchit Tiffany.

Sakura s’était collée aux portes vitrées de la patinoire et tentait d’apercevoir quelqu’un tandis que les autres s’étaient assises sur le perron sous la devanture. Sakura longea les portes plusieurs fois.

- Il y a quelqu’un ?!

Tiffany tourna la tête vers son amie et sourit. Elle se leva pour la rejoindre. Yvan arrivait au loin.

- Ca ne sert à rien, avoua-t-elle à Sakura.

- J’aurais au moins voulu savoir pourq...

Une violente bourrasque siffla autour d’elle et les deux amies se retournèrent, surprises. Les courants d’air n’étaient pas transparents, transportant des saletés sur la place qui se tenait aux marches du perron.

- Yvan !! s’écria Sandrine. On ne le voit plus.

- Reste là, tenta de la retenir Sonya. Ce n’est pas prudent.

Mais la jeune fille les avait quittées, disparaissant dans le vent presque opaque. Sonya et Nadine s’élancèrent à sa poursuite pour la rattraper. Sakura et Tiffany se serrèrent l’une contre l’autre, et tandis qu’elles cherchaient désespérément à les apercevoir entre les bourrasques, le sol se couvrait peu à peu de sable.

- Ahhhhhhhhhh ! cria-t-on dans le ciel, je vais m’écraseeeeeeeeer !

Une masse jaunâtre sortit du rideau de sable et d’air qui s’était érigé autour du perron et vint s’écraser contre les vitres qui résistèrent de justesse.

Il s’était légèrement assommé.

- Tu as repris ta forme, Kero ?!

- Je n’arrivais pas à voler sinon. Ce vent est terrible. Toute la ville est recouverte.

- Que se passe-t-il ? demanda Tiffany.

- Les forces magiques sont chamboulées, expliqua-t-il en se relevant, rangeant contre lui ses ailes pour ne pas être happé par les vents violents qui les évitaient soigneusement. Tu n’as rien senti, Sakura ?

Elle ouvrit grand les yeux et releva la tête. Il avait raison.

- Regardez, montra Tiffany, le sable monte jusqu’en haut des marches.

- Du sable ?! Kero, est-ce que ça pourrait être une carte ?

- Non. C’est impossible. Les cartes magiques se sont évanouies dans la nature, tu le sais très bien.

- Alors quoi ?

Il fronça les sourcils.

- Ce n’est pas possible autrement. Ce doit être... non...

Tous trois entendirent alors les hurlements de leurs amis. Et bientôt, d’autres voix se mêlèrent tout autour.

- C’est la panique, remarqua Tiffany, alors que le sable rejoignait leurs pieds.

- Il faut que je fasse quelque chose !! s’écria Sakura.

Elle fit deux pas vers les marches qui avaient totalement disparu sous la surface du sable. Elle tendit les mains en avant, paumes face à face, légèrement tournées vers le ciel, et ferma les yeux.

- Clef du sceau sacré, se répéta-t-elle mentalement. Clef du sceau sacré... je t’en prie, réapparaît.

- Ca ne sert à rien, souffla Kero en reculant vers les portes vitrées.

Le vent s’approcha encore et les bras de Sakura disparurent derrière le mur de sable. Tiffany enleva sa veste et s’approcha. Elle déposa le vêtement sur les épaules de son amie :

- Vas-y Sakura, je crois que tu peux y arriver...

- Mais ça ne marche pas, s’écria celle-ci, au bord des larmes.

Le vent lâcha une bourrasque vers Tiffany et elle fut projetée vers Kero.

- Elle n’en peut plus, confia-t-elle au fauve.

- Je sais, souffla-t-il en baissant les yeux.

Sakura sentait l’air fouetter ses poignets et le sable était monté jusqu’à ses genoux. Que devait-elle faire ? Comment retrouver des pouvoirs ? Comment faire ? Qui pouvait l’aider ?

- Personne Sakura, prononça une voix douce et grave dans le creux de son oreille. Cette force est en toi.

Kero releva le museau. Cette voix...

Elle ouvrit les yeux mais le sable l’obligea à les refermer. Qui lui parlait ?

- Tu peux créer ta propre clef, Sakura. Puise dans ton amour. Puise au plus profond de toi. En ce que tu aimes le plus.

- Où ?! s’écria-t-elle.

- Trouve ce point de ton esprit qui brûle. Trouve-le et le sceau terrestre modélisera tes rêves, petite Sakura.

- Kero ? demanda Tiffany. A qui parle-t-elle ?

- Je... Je n’en sais rien, bredouilla-t-il.

Le sol se mit à luire. Tout disparaissait peu à peu. Le sable devenait poussière, la poussière lumière. Et les filaments de lumière rejoignaient Sakura qui avait repris confiance en elle.

- C’est impossible, s’étouffa Kero. C’est impossible !!

La lumière longea les bras de Sakura et vint se loger entre ses mains. Une sphère plus lumineuse encore absorbait ce flot continu tout en tournant sur elle-même. Le vent semblait même moins violent depuis que cette lumière avait envahit le perron. Sakura sourit. Au creux de son cœur, c’était là qu’elle sentait ce feu. Oui. Là. Son amour. Son amour pour elle. « Pour maman »

D’un coup, tout se figea. Le vent, le sable, les cris.

Sakura ouvrit les yeux. Une clef flottait entre ses doigts. Elle plissa les yeux et dans un nouvel élan, elle appela :

- Clef du sceau Terrestre ! Reprends ta forme originelle et accomplis ton devoir. Moi, Sakura, chasseuse de cartes, je te l’ordooone !!

Le sceptre s’allongea devant elle et tournoya vivement avant qu’elle y pose une main, puis l’autre. Brandissant le nouveau sceptre devant elle. Elle le rabattit en arrière et le projeta en avant, l’arrêtant dans le vide.

- Carte du sable, quitte la forme qui est tienne. Deviens Carte. Carte de l’éternel !! cria-t-elle enfin.

Le paysage se vida progressivement, sous les yeux ébahis de Kerobero qui ne comprenait pas ce qui se passait. Tout le sable revint vers la carte et quand tout eut disparut, la carte tournoya et vint se loger dans la main de Sakura. Celle-ci se retourna, le sourire aux lèvres.

- J’ai réussi ! J’ai réussi.

Kerobero la dévisagea longuement.

- Sakura, Sakura !! cria-t-on, au loin.

- Sandrine...

Le sceptre regagna sa forme de clef et Sakura la rangea.

- Ca va ?!! On a eu tellement peur...

Sakura sourit quand Tiffany serra discrètement sa main. Ses pouvoirs étaient revenus. Elle les sentait bouillir en elle.

Plus loin, derrière une fenêtre, quelqu’un avait observé la scène en secret. Et même si, à travers le brouillard de sable, il n’avait rien vu. Il souriait.

« Enfin, le temps est venu. »


Chapitre 3 : Une élève bien silencieuse

1. La nouvelle.

Sakura tarda à se coucher. Assise en tailleur au fond de son lit, son coussin blotti entre ses bras, elle observait cette carte et son sceptre. Le sceptre, dont le bleu variait de bas en haut d’un bleu marine au bleu azur, était orné du soleil et du croissant de lune présents sur le sceau. Deux ailes très dense et irrégulières, bleu pale, s’étendaient de chaque côté du motif étoilé dont un des rayons ondulés s’élevait dans le prolongement du bâton. La carte d’aspect général bleuté, représentait une femme debout, bras tendu vers le ciel, en tenue de soie, flottant légèrement. Ses pieds disparaissaient dans le sable qui semblait s’écouler de tout son corps. Le contour de la carte était un fondu bleu clair, dont les bords étaient faiblement resserrés par un symbole sacré. Au sommet, un soleil aux rayons ondulés éclipsé de moitié par une lune en croissant. A l’opposé, s’étendait le dessin d’un bandeau où le nom de la carte était marqué : « Sand ». Les couleurs bleutées rendaient le tout très paisible. Sakura retourna la carte et observa le sceau. Bien sûr, on pouvait retrouver les traits importants qui composaient le sceau de Clow. Mais le cercle central était remplacé par trois cercles imbriqués les uns dans les autres, surmontés par le soleil éclipsé par la même lune en croissant. Et sous son pouce, qui tenait la carte, elle découvrit un sigle... Un sigle bien connu puisque c’était celui de... Lionel. Le Yin et le Yang ne formant qu’un seul disque bicolore.

Kero qui observait aussi, volant au-dessus du lit, les bras croisés et le regard sombre, s’avança finalement vers son amie et se posa sur son genou droit :

- Si je suis revenu, dit-il. C’est parce que Clow avait un mauvais pressentiment. Il m’a dit clairement de veiller sur toi, car il serait pris par son entraînement spirituel. Mais j’étais loin de me douter que tu éveillerais le sceau terrestre.

- Tu sais ce que c’est ?

- C’est une légende que nous racontait Clow. Et même si je crois qu’il en sait plus qu’il n’en disait, il ne doit pas se douter que cela arrive en ce moment.

- Qu’est-ce que c’est, répéta-t-elle en le poussant d’un doigt.

- Du calme, je vais te le dire. C’est le sceau originel. Le sceau de tous les sceaux. Clow Reed nous racontait que jadis la terre vivait en harmonie avec le sceau terrestre. Et puis les hommes s’en sont éloignés. Je n’ai jamais compris ce terme, souligna Kero. Alors le sceau s’est éteint.

- Il s’est éteint ?! Ca veut dire qu’il était vivant ?

- Oui, bien sûr. Il a une conscience. Et il devait s’éveiller un jour. Mais pourquoi aujourd’hui ?

- En tout cas, c’était bien une carte !! lança Sakura, rayonnante.

- Oui, et demain tu vas encore être en retard si tu ne te couches pas assez tôt !

- Oui, monsieur, rouspéta-t-elle.

Il flotta vers son tiroir et regarda Sakura s’endormir avec sa carte.

« Non, se dit-il à lui-même. Ce n’était pas sensé être une carte. Les cartes, en disparaissant, n’ont pas retrouvé leur liberté comme lorsque tu as ouvert le livre et brisé le sceau sacré. Elles sont... mortes. Il ne devait rien en rester. Et puis, la carte du sable, même libre et énervée, n’aurait pas risqué inconsidérément la vie de tant de milliers de gens ! La Furie même aurait été moins hargneuse. Ce ne sont pas des cartes de Clow. Mais alors qui ? Il n’y a jamais eu personne d‘autre que les magiciens du Cercle pour créer des cartes magiques. Et tous sont moins puissants de Clow. Mais alors qui ? »

Kerobero ne tarda à s’endormir aussi.

  

Sakura se laissa rouler jusqu’au portail du lycée où Tiffany l’attendait. Elle freina et fit un tour autour de son amie.

- Bonjour Tiffany.

- Bonjour Sakura. Encore à l’heure ! C’est grâce à ton petit glouton.

Le sac de Sakura remua et elle faillit perdre l’équilibre.

- C’est fini de m’appeler comme ça, oui ?! cria-t-on du fond du sac.

- Eh ! Espèce de maladroit, fais attention, lui souffla Sakura, retenue par Tiffany, j’ai failli me casser la figure. Il est de mauvais poil, confia-t-elle à Tiffany.

- Je suis pas grognon. C’est toi qui m’as réveillé trop tôt. Et je n’ai rien pu manger.

- C’est surtout ça, sourit Tiffany. J’ai peut-être quelque chose pour toi.

- Ah oui ? entendit-on alors.

- Chhhhut, Kero, le gronda Sakura.

Les deux filles se dirigèrent vers les casiers et Kero continua de gigoter dans le sac.

- Au fait, Sakura. Merci pour hier, j’ai tellement eu peur. Et les autres aussi !

Sakura sourit tendrement à son amie.

- Merci à toi, d’avoir cru en moi, plutôt, rectifia Sakura.

- Mais non, c’est normal, tu es ma meilleure amie.

Après avoir déposé leurs affaires, elles rejoignirent leur classe. Chacune reprit sa place et Nadine et Sandrine se retournèrent, pour la saluer discrètement alors que le professeur d’histoire entrait.

- Bonjour, fit-il en laissant la porte ouverte derrière lui. Aujourd’hui nous accueillons une nouvelle élève.

Tiffany se tourna vers Sakura et :

- Elle a peut-être des pouvoirs, elle aussi.

Sakura secoua la tête et Kero releva le museau, sans finir le morceau de gâteau que Tiffany avait glissé dans le sac. Cette sensation... Un frisson parcourut aussi Sakura. Son visage blêmit et elle chercha autour d’elle. D’où venait cette sensation ?

- Je vous demande de l’accueillir gentiment, car elle vient de quitter son ancien lycée. Je te laisse te présenter ? proposa-t-il.

Mais la fillette garda le silence et baissa la tête. Elle était blonde, les cheveux très longs. Très bien habillée, on ne voyait pas bien son visage, tant elle était courbée sur elle-même.

- Je vais le faire, fit le professeur, embarrassé. Elle s’appelle Alison Gauthier.

Sakura cessa un instant de chercher. Qu’avait-il dit ?

- Il y a une place là-bas, indiqua-t-il.

Elle traversa l’allée et vint s’asseoir derrière Yvan. Kero pointa le bout de son nez et Sakura l’aperçut.

- Qu’y a-t-il ?

- Une grande force. Mais elle vient de disparaître.

- C’est cette fille, non ?

- Non, ça vient de dehors, précisa-t-il en se cachant de nouveau.

Sakura fouilla la cour du regard, mais il n’y avait personne.

Derrière une vitre vite refermée, pourtant, quelqu’un l’avait espionnée, depuis le bâtiment juxtaposé au sien. Mais elle ne le vit pas.

  

A la pause du matin, le petit groupe d’amies et quelques autres élèves vinrent voir la nouvelle. Sakura, elle, patientait un peu en arrière. Tiffany comprit vite que quelque chose la tracassait. Elle s’assit sur le siège libre devant Sakura et posa une main sur la sienne.

- Ca va ? Tu me parais contrariée.

- Je recommence à sentir des forces. Et celle que j’ai sentie était nouvelle. Ni une carte, ni un pouvoir magique.

- Chuis d’accord, s’éleva une petite voix du sac.

- La nouvelle ? demanda Tiffany.

- Non, quelqu’un dans le lycée.

- Chuis d’accord, s’éleva la voix.

- Tu veux venir faire ton enquête, cette nuit ?

- Pourquoi pas. Nous allons reprendre nos sorties nocturnes !! J’en suis tout heureuse, s’extasia Sakura.

- J’aurai mon nouveau caméscope, cette fois-ci.

- Ah, fit Sakura, refroidie.

- Moi, chuis d’accord, releva la voix.

- Et elle, c’est Sakura, lança Nadine en se tournant vers les filles.

Sakura sourit et s’approcha.

- Et vous avez le même nom de famille ! continua Nadine.

Yvan leva un doigt et Sandrine secoua la tête.

- Vous êtes peut-être de la même famille, supposa-t-il.

- Idiot, lui souffla-t-elle.

- Non, non, je ne crois pas, répondit Sakura. Il n’y pas beaucoup d’enfants dans ma famille... Que Tiffany et moi.

Sakura découvrit le visage d’Alison. Elle avait les traits très harmonieux et elle ne souriait pourtant pas. D’une beauté indéniable, elle n’en avait pas moins l’air triste. Et Sakura lui tendit une main de bienvenue, pour la mettre à l’aise. Alison la foudroya du regard et Sakura hésita un instant. Etait-ce l’expression de son visage qui rendait ce regard si perçant ? La jeune fille ne dit rien de plus et lui empoigna la main.

- Nous irons lui faire faire le tour du lycée tout à l’heure. Vous venez, Sakura et Tiffany ?

- Volontiers, répondit cette dernière.

  

Sonya approchait et Sakura rangea la carte qu’elle montrait à Tiffany.

- Les filles, on ne trouve pas Alison. Vous l’avez vue ?

- Non, elle n’a pas mangé avec vous ? demanda Sakura.

- Elle n’a pas voulu et elle est partie de son côté. Et on la cherche pour lui faire visiter le lycée.

Sakura se leva et Tiffany l’imita aussitôt.

- Nous allons vous aider à la chercher.

- Ouhou ! s’écria Yvan en courant vers elles. Sandrine l’a trouvée. Elle était en salle de musique.

- Ouf, j’aime mieux ça, soupira Sonya.

- Elle devait se sentir un peu seule, supposa Tiffany. Allons la voir.

En quelques instants, ils l’avaient rejointe. Elle s’était assise sur le siège devant le piano et elle souriait tristement.

- Ah... Alison, tu nous as fait peur, avoua Nadine en les rejoignant aussi.

- Désolée, articula-t-elle de sa voix toute fine.

- Ce n’est pas grave, s’avança Tiffany. Tu aimes la musique ?

- Tu sais, j’aime chanter aussi.

- Il est un peu tard pour faire le tour des salles, remarqua Sandrine. On peut rester avec toi ?

Elle hocha le menton et se tourna vers Tiffany.

- Tu chantes ? articula-t-elle tout bas.

- Pourquoi pas, sourit Tiffany en voyant Nadine s’installer sur le siège à côté d’Alison.

Nadine plaça ses mains et tout le monde s’installa autour de l’instrument. Ses doigts entamèrent une mélodie douce et alerte sur le clavier qui semblait réagir à toutes sortes d’émotion que lui transmettait la chanson. L’introduction se termina et Tiffany sourit... Elle chanta. Elle éleva majestueusement sa voix et tous l’écoutèrent très attentivement. Kero sourit, dans le sac. En finissant le repas que Sakura avait abandonné pour chercher la nouvelle. Que de souvenirs dans cette mélodie. Il se souvint de l’enregistrement que Sakura avait apporté chez elle, il y a si longtemps, pour les cartes. Et naturellement les souvenirs le traversèrent. Tout d’abord, Sakura. Cette petite fille, devenue grande, qui avait découvert le livre dans cette bibliothèque de son sous-sol.

« Je suis Kerobero, le gardien du sceau.

- Tu dormais ?!

- Eh ! Ca fait longtemps que je le garde...

- Tu t’es endormi ! C’est pour ça que les cartes se sont...

- Naan, d’abord... C’est toi qui as ouvert le livre... Tu étais seule, au fait ?

- Oui. Il y avait de la lumière et...

- Hmmm... Alors, si tu étais seule, je vais faire de toi... »

La sonnerie retentit. Tiffany venait de terminer.

- Il est temps d’aller en cours, lança Yvan.

  

2. Le bruit.

Sakura laissa ses cheveux retomber dans son dos et les brossa assise en tailleur sur le canapé du salon.

- Papa n’est pas là ce soir, soupira-t-elle, le téléphone contre l’oreille.

- Tant mieux, sourit Tiffany, à l’autre bout du fil. Comme tu n’as plus la carte du miroir...

- Oui, oui. A quelle heure se donne-t-on rendez-vous ?

- J’ai une tenue pour toi...

- Oh, non... Tiffany ! J’ai bientôt 17 ans. Tu veux rire ?

- Mais, non. Ca fait partie d’une nouvelle collection rien que pour toi. Tu vas voir, c’est sexy, mais pas trop. C’est très classe, et ça t’ira comme un gant.

- Bon, céda Sakura, tandis que Kero se tordait de rire sur la table du salon. D’accord. A onze heures devant le lycée ?

- D’accord.

Sakura reposa le téléphone et fusilla Kero du regard.

- Ah ah ah ! éclata-t-il de rire. Je te vois bien dans une de ses robes en forme de grosse fraise ou de petit lapin.

- Ca suffit, petit ventre sur patte !! Les tenues de Tiffany sont très jolies.

- Ah ouais, s’allongea Kero, les mains sous la tête. Tu les trouves jolies ?

- Tout à fait, affirma-t-elle en croisant les bras. Bon, je trouve juste un peu trop grand le nombre de tenues qu’elle me confectionne.

- Mouais... s’envola Kero. Je ne suis pas un ventre sur patte.

- Non ! se rapprocha-t-il.

- Si ! avança-t-elle.

Il croisa les bras et la fixa cyniquement :

- Alors qu’est-ce que tu dois penser de Mathieu !! lança-t-il.

- Nan... Euh... C’est pas pareil...

Il s’envola vers la chambre.

- C’est ton chouchou. C’est pas juste. Petit monstre, lança-t-il à voix basse.

- Je t’ai entendu ! Super Glouton !!

- Grrrr... grogna-t-il avant de monter dans la chambre.

  

- Kero n’est pas là ? s’étonna Tiffany.

- Nan, moossieur joue à la console de jeu !

- Hi hi hi, vous vous êtes encore disputés.

- Un peu...

- Je suis sûre que ça vous manquait, souffla Tiffany.

Sakura finit par sourire sans répondre.

- J’en étais sûre. Bon, alors. Par où on rentre ?

- Par le gymnase en travaux, non ?

Bientôt, elle traversèrent la cour et se dirigèrent vers le bâtiment de gauche.

- On va peut-être rencontrer la carte de l’ombre, dit Tiffany.

- Peut-être... Pourtant, je ne crois pas avoir ressenti une carte. C’était plus doux que ça.

- Ah ! C’est le moment de passer ta tenue, pensa Tiffany en tendant à Sakura le sac qu’elle transportait.

Elles se glissèrent dans le bâtiment et Sakura réapparut bientôt dans la tenue aux couleurs jaunâtres et beiges. Légèrement décolletée, décorée de voiles tombant sur ses chaussures hautes, elle s’harmonisait parfaitement avec le teint de la jeune fille.

- C’est une merveille, s’extasia Sakura.

- Ca te plait ?

- Peut-être pas pour aller en cours, mais elle me plaît beaucoup. Merci.

Caméra au point, Tiffany la filma de bas en haut.

- Ca c’était pas nécessaire, par contre...

- Mais si, mais si...

Elles montèrent les étages et en arrivant sur le toit, elles s’avancèrent jusqu’au grillage.

- Je ne sens plus rien, assura Sakura. Etrange.

Dans le lointain, un chien se mit à hurler. Les deux filles haussèrent les sourcils de surprise.

- C’est lugubre, remarqua Sakura.

Un autre lui répondit, aussi lointain. Puis un troisième, beaucoup plus proche. D’autres mêlèrent leur hurlement aux précédents et bientôt plus une bête ne put rester silencieuse. Le long cri qui s’élevait presque en continu glaça le sang de Sakura.

- Les pauvres, souffla Tiffany, que se passe-t-il ?

Le hurlement s’intensifia encore. Comme si chaque animal redoublait de souffrance, hurlant sa peine ou sa douleur, son bien ou son mal. Et cette voix prenait au ventre. Comme un crochet mordant qui transperce un cœur. Une douleur communicative envahit les deux amies.

- C’est monstrueux... grimaça Sakura. Qu’est-ce qui leur arrive ?

Très vite, elles redescendirent en courant dans l’escalier, puis dans la cour. Et le cri leur parut moins sourd, plus aigu, plus fort. Tous ces chiens, des loups peut-être aussi, et d’autres cris s’entrelaçaient sans fin.

- On n’y peut rien, Sakura, lança Tiffany en remarquant l’expression de son visage.

- Tu es... sûre ? C’est tellement douloureux...

- Si c’était une carte, on ne saurait même pas d’où elle agit. Elle semble être partout.

- Mais tous ces animaux vont en devenir fous.

- Viens, il faut rentrer. Je ne me sens pas bien.

Sakura la regarda et acquiesça.

  

Sakura rentra chez elle, avec le souvenir de toutes ces bêtes croisées sur la route, le museau pointé vers le ciel dans un hurlement à l’unisson. Quelle image terrible. Elle monta dans sa chambre et trouva Kero évanoui sur la moquette. Elle se précipita et le posa sur le lit. Puis elle le couvrit, sans savoir quoi faire. Elle se tourna vers la fenêtre et ferma ses volets. Le hurlement sans fin lui faisait froid dans le dos. Et Kero qui ne se réveillait pas...

- Kero. Reviens à toi... Kero...

  

Au petit matin, Sakura s’était endormie contre son ami. Elle fut réveillée par un sifflement strident qui traversait son esprit autant que son corps. Kero se réveilla aussi et regarda Sakura se tourner vers sa fenêtre. Il s’étira, bâilla et battit des ailes pour mieux se réveiller.

- Ca va Sakura ?

- Ah... Tu es réveillé...

- J’ai perdu conscience hier ?

- Et ta chasse, ça a donné quelque chose ?

- C’était horrible, assura-t-elle.

Elle lui raconta ce hurlement général qui avait secoué toute la ville.

- Ce sont des ultrasons, expliqua Kero. Je les ai entendus très faiblement et puis les chiens se sont mis à hurler. Ca m’a tellement étourdi que j’en suis tombé.

- Des ultrasons ? Et ce bruit, là ? demanda-t-elle en sentant le sifflement lui paralyser le cerveau. C’est insupportable !

Elle courut dans sa salle de bain et s’enfonça du coton dans les oreilles. Le bruit s’amoindrit, disparut et elle put enfin savourer le silence. Kero la rejoignit et lui parla. Mais elle ne l’entendit pas. Elle dut ôter un coton :

- Il est l’heure de manger !!

Elle repositionna le coton et fit la moue...

- Parle avec des signes, ok ? lui cria-t-elle sans s’entendre.

  

La matinée fut des plus singulières. Chacun était venu avec des bouts de cotons, des boules Quies ou des cache-oreilles. Et personne ne s’entendait parler. Le premier professeur qu’ils eurent leur interdit de se boucher les oreilles. Mais le bruit qui venait de dehors allait en grossissant. Ou peut-être était-ce l’agacement qui donnait cette impression. Très vite, la femme leur proposa de se boucher les oreilles et de tout écrire au tableau. Le second trouva une autre solution : interrogation écrite. Le troisième était absent. On leur fit faire des exercices.

A midi, ici et là, on s’enferma dans les salles pour feutrer le bruit moins strident mais plus fort. Sakura et Tiffany s’isolèrent dans une salle du troisième étage, peu fréquentée. Sakura sortit la clef qu’elle avait fixée à une chaînette et tendit les mains en avant, paumes face à face, légèrement tournées vers le ciel, et ferma les yeux.

- Clef du sceau Terrestre ! Reprends ta forme originelle et accomplis ton devoir. Moi, Sakura, chasseuse de cartes, je te l’ordooone !!

Le sceptre s’allongea devant elle et tournoya vivement avant qu’elle y pose une main, puis l’autre. Brandissant le nouveau sceptre devant elle. Elle le rabattit en arrière et le projeta en avant, l’arrêtant face à la carte qu’elle avait jetée devant elle.

- Carte du sable protège-nous de ce son atroce !!

Le sable s’écoula rapidement de la carte et envahit la salle, s’élevant contre les vitres et au plafond, formant une barrière plus épaisse encore que les murs. Sakura ôta ses cotons et soupira. Le calme...

- Ce n’est pas prudent... remarqua Tiffany.

- Mais qu’est-ce que c’est agréable !!

- Tu sais, tous mes voisins ont retrouvé leur chien mort de fatigue... c’est atroce !

Sakura la dévisagea sans savoir quoi dire.

- C’est une expression, Sakura. Ils étaient fatigués, alors ils se sont endormis...

- Ah, tu m’as fait peur... Je crois vraiment qu’on doit y faire quelque chose...

- Quelle carte ça peut être ?

- Une carte qui fait du bruit, de toute évidence.

- Si je me souviens bien, répondit Tiffany. Il y a la Voix ou le Chant...

- Le plus dur c’est de savoir d’où vient le bruit.

  

L’heure de reprendre les cours arriva bien vite. Sakura rangea la carte du sable et s’assura qu’il n’en restait plus dans la salle. Puis elles rejoignirent Nadine, Sonya, Sandrine et Yvan, en classe.

- Vous étiez où ?!! demanda Yvan en hurlant près des oreilles de Sakura.

- Par là-bas !! indiqua-t-elle vaguement. Et vous ?!!

- Ici ; on n’entendait presque pas le bruit.

Sakura remarqua qu’Alison les regardait et elle la salua. Dans un doute, elle l’appela, alors qu’elle s’était retournée face au tableau. La jeune fille pivota sur sa chaise sans comprendre pourquoi on l’appelait. Comment avait-elle entendu l’appel de Sakura ? Ne portait-elle pas de coton dans les oreilles ? Sakura ôta les siens pour aller la voir et fut surprise de n’entendre que faiblement le son insoutenable.

- Qu’y a-t-il, Sakura ?

Elle ne répondit pas et se dirigea vers la porte, fit un pas dans le couloir et fronça les sourcils tant le bruit était insupportable. Elle revint dans la salle et soupira. Quelle différence étrange. Le professeur arrivait. Monsieur Davy leur sourit et retira son casque.

- Il y a moins de bruit ici, remarqua-t-il. Bien, nous allons pouvoir faire notre cours normalement.

Quelque chose clochait...

  

3. Deux cartes.

Le soir, les maux de crâne s’étaient multipliés et bon nombre d’élèves séjournèrent à l’infirmerie. Sakura posa une main sur son front en quittant la cour après le ménage. Elle se retourna et jeta un œil à la façade du bâtiment.

- Tu te rends compte ? intervint Tiffany. Six fenêtres ont volé en éclats... et beaucoup sont fendues !

- C’est une carte. Assurément, c’est une carte...

- Mais comment la trouver ? Et ta carte du Sable ne peut protéger tout le monde.

Le téléphone portable de Tiffany sonna et elle décrocha.

- Kero ? Oui... On est devant l’école.

- Que veut-il ?

- Oui, on reste ici... on t’attend, conclut-elle en raccrochant. Il a une idée. Je crois.

  

Kero se tarda pas à arriver. Dans le ciel de cette fin d’après-midi, résonnait encore le bruit entêtant de la journée. Mais plus sourd, plus grave. Plus supportable. La peluche apparut discrètement, une épaisse paire d’écouteurs sur les oreilles qui recouvraient entièrement ses joues, ne laissant apparaître que son museau. Sakura éclata de rire.

- Ca va ! rouspéta-t-il. Je ne supportais pas le coton, c’est tout ce que j’ai trouvé...

Tiffany retint son rire et replaça les écouteurs sur les grandes oreilles du lionceau.

- Transforme-toi, ta tête sera plus grosse, suggéra Sakura.

Il la dévisagea un instant.

- Pourquoi n’y ai-je pas pensé ?

Il disparut un instant entre les plumes de ses ailes et réapparut. Le cache-oreilles lui allait à merveille.

- Alors ? Cette idée ?

- Vous n’avez rien remarqué ? demanda-t-il. Hier, des ultrasons, ce matin, le son était strident, et là, il est plus grave.

- Tu as raison, remarqua Tiffany, il baisse de fréquence au fur et à mesure.

- Les vitres n’ont pas supporté, lança Sakura pour qui tout devenait plus clair. Alors avec un bruit très bas, on va passer dans les infrasons...

- Et après les vitres, ce sont les constructions qui risquent d’être détruites... Rien ne supportera un aussi fort bruit en infrasons !!

Sakura se retourna vers le lycée, qu’elle voyait encore au-dessus du mur où ils s’étaient cachés pour que Kero se transforme. Que faire ?

- Ca ne peut être que la carte de la Voix ou du Chant, expliqua Tiffany. Mais comment l’attraper ?

- Il faut y retourner, murmura Sakura.

- Au lycée ?! demanda Kero. Pourquoi ?

- Notre salle de classe était plus ou moins protégée ; je ne sais par quoi, mais elle l’était.

Kerobero réfléchit. Puis il acquiesça.

- C’est notre seule idée.

  

Kero fit les yeux ronds en voyant Sakura sortir du vestiaire. Puis il la siffla :

- Super canon, la petite chasseuse de cartes !!

- Arrête, t’es bête, rougit-elle.

- C’est vrai, affirma Tiffany, je suis assez contente de cette première création de ma nouvelle collection.

- Quelque chose à dire à Tiffany, Kero, au fait, à ce propos ? lança Sakura à son ami.

- Humm... Allons-y, au lieu de dire des bêtises...

Ils regagnèrent la salle de cours. Les derniers lycéens avaient dû quitter la salle après le ménage. Les couloirs étaient heureusement déserts.

- Elle n’a rien de particulier, cette salle, remarqua Kero en s’y promenant.

- Elle n’a peut-être plus rien de particulier, mais je peux te dire qu’on entendait moins le...

- Oui, j’ai bien compris, souffla Kero. Ca devait être un charme sur le moment. Qui pouvait le jeter ?

- Quoi ?! Ben, euh...  Personne...

- Attendez, les arrêta Tiffany en baissant peu à peu le caméscope.

- Quoi ?!

- Vous entendez ?

Les deux autres tendirent l’oreille et froncèrent ensemble les sourcils.

- Justement ! On n’entend plus rien !! Combien de temps faut-il avant que la plupart des bâtiment entrent en résonance ?

- Bon, alors, tant pis, j’essaie !! s’écria Sakura.

Elle sortit la clef et tendit les mains en avant, paumes face à face, légèrement tournées vers le ciel.

- Clef du sceau Terrestre ! Reprends ta forme originelle et accomplis ton devoir. Moi, Sakura, chasseuse de cartes, je te l’ordooone !!

Les trois disques apparurent sous ses pieds et le vent s’éleva autour d’elle. La clef brilla et s’allongea devant elle, en tournoyant vivement avant qu’elle y pose une main, puis l’autre. Brandissant le nouveau sceptre devant elle, elle le rabattit en arrière et le projeta en avant, l’arrêtant dans le vide :

- Carte du Chant, quitte la forme qui est tienne !! Deviens Carte. Carte de l’éternel, cria-t-elle.

Mais il ne se passa rien.

Le sol se mit à vibrer.

- Sakura, vite, essaie de capturer l’autre !

Brandissant le sceptre, elle le rabattit en arrière et le projeta en avant, l’arrêtant dans le vide :

- Carte de la Voix, quitte la forme qui est tienne !! Deviens Carte. Carte de...

- Aidez-moi, les interrompit-on.

C’était Alison. Elle se retint à un montant de la porte et se laissa glisser au sol. Tiffany la rejoignit et posa son caméscope, pour la relever. Kero dévisagea Sakura et elle ne put répondre à son regard. L’avait-elle vue ?

- Elle s’est évanouie, les rassura Tiffany.

- Alors, capture cette carte, Sakura ! lui cria Kero.

- D’accord...

Elle rabattit son sceptre en arrière et le projeta en avant, l’arrêtant dans le vide :

- Carte de la Voix, quitte la forme qui est tienne !! Deviens C...

- Non, Sakura, attends... l’arrêta Tiffany.

Celle-ci avait posé un pied dans le couloir pour aider Alison et elle sentit les secousses sous ses semelles.

- Quoi ?!

- Le sol tremble dans le couloir mais pas dans la classe. Alison !! C’est Alison qui absorbe le bruit.

- Que dis-tu ? se tourna Kero.

- Je sais que c’est incroyable, mais c’est la seule solution !!

Sakura sourit :

- J’ai compris... et ce qui absorbe le bruit, c’est... Carte du silence, cria-t-elle en se tournant vers Alison. Quitte la forme qui est tienne !! Deviens Carte. Carte de l’éternel.

Une enveloppe lumineuse quitta Alison et rejoignit le sceptre de Sakura où elle forma une carte. Sakura l’attrapa d’une main et la brandit en levant son sceptre :

- Carte du Silence, fais taire cette voix infernale !!

La carte se mit à souffler dans la salle de classe et sortit en traversant les murs. Tout l’immeuble vibrait intensément et craquait ; de longues fissures lézardèrent les murs. Sakura appuya un peu plus son sceptre sur la carte du silence. Bientôt tout cessa. Sakura se retourna vers ses amis et se jeta dans le couloir en courant vers l’escalier qui menait au toit. Elle chercha du regard sur l’horizon. Une bulle noire approchait. Elle leva son sceptre et la sphère sombre vint se poser au sol. Puis la carte du silence explosa en rejoignant sa maîtresse. Un bruit terrible déchira les alentours et le bâtiment vibra plus fort encore.

Brandissant son sceptre devant elle. Elle le rabattit en arrière et le projeta en avant, l’arrêtant dans le vide :

- Carte de la Voix, quitte la forme qui est tienne. Deviens Carte. Carte de l’éternel, cria-t-elle enfin.

Le nuage translucide se débattit et finit par céder, rejoignant le sceptre où il reconstitua une carte qui s’envola bientôt pour retomber entre les doigts de Sakura.

- Et de trois !

Sakura rejoignit ses amis.

« Clap, clap, clap » applaudit quelqu’un qui se tenait dans un des renfoncements du toit. L’homme sourit et acquiesça. « De mieux en mieux. Elle est dotée d’une puissance phénoménale. Très intéressant. Continue comme ça, Sakura. »

  

La semaine suivante, Sakura et Tiffany discutaient en classe ; le lycée avait fermé quelques jours pour constater l’ampleur des dégâts. Alison entra dans la salle et rejoignit Yvan qui proposait encore une abracadabrante solution à ce mystère.

- Elle parle un peu plus et elle s’est bien intégrée, souligna Tiffany.

- Oui. C’est sûrement la carte qui la murait dans le silence. Je ne savais pas qu’une carte pouvait habiter un être humain. C’est très étrange.

- Il reste cette sensation que nous n’avons pas élucidée, rappela Tiffany. Il y avait bien une carte, mais ce n’était pas ce que nous étions venues chercher. Reste à savoir ce qui te provoque cette réaction.

- Oui. Attendons que ça se représente, sourit Sakura. Et merci pour ton aide, souffla-t-elle à son amie. Sans toi...

- C’est toi qui les attrape !

La porte glissa sur le côté et Monsieur Davy entra.

- Bonjour à tous.

On répondit ici et là et le cours commença. Mais Sakura était ailleurs. Vers cette sensation aussi douce qu’étrangère. Non pas celle que Kero avait sentie dans le bâtiment d’en face. Mais celle qui lui avait permis de créer sa nouvelle clef. Cette voix. Ces mains chaudes et réconfortantes... Qui l’avait aidée ? Oui, qui en avait le pouvoir ?

- Tu es avec nous Sakura ?

Elle ne répondit pas.


Chapitre 4 : Sakurassik Parc

1. Le musée

Le car roulait depuis une demi-heure, et les élèves patientaient. Le dôme du muséum d’histoire naturelle leur apparut en contre-bas quand le véhicule sortit de la zone commerciale.

- Vous savez pourquoi ils l’ont construit sous ce dôme de verre ? demanda Yvan.

Sandrine leva les yeux au ciel et sourit :

- Pour faire parler les curieux ?

Il ne l’écouta pas et allait continuer quand monsieur Loren se leva, se tenant au porte-bagages, au plafond.

- Ecoutez-moi, lança-t-il pour avoir l’attention de tous. Nous allons bientôt arriver. Nous n’allons pas entrer tout de suite, car plusieurs autres groupes vont suivre les guides. Je vous rappelle que vous serez libres jusqu’au déjeuner. Ensuite, nous nous retrouverons dans le hall d’entrée pour...

- J’ai hâte d’y être, sautilla Sakura.

- Moi aussi, confia Tiffany, pourvu qu’on ait le droit de filmer.

- Y a-t-il des questions ? Il serait temps d’y penser, avant d’y être.

Personne ne répondit et il hocha le menton.

- Bien, conclut-il en regagnant sa place où l’attendait monsieur Davy et une autre dame.

- Alison, demanda Sonya, il y avait un musée dans la ville où tu vivais auparavant ?

- Non, c’était plus petit, répondit sagement la jeune fille, de sa petite voix. On n’avait pas le métro non plus.

- C’est loin d’ici ?

Alison s’était plutôt bien intégrée. L’épisode du bruit l’avait visiblement libérée d’un poids et elle prenait bien plus facilement la parole. Elle avait pris peur dans le bâtiment de classe et cela avait dû faire fuir la carte qui la hantait. Aussi, elle croulait sous le poids des questions. Beaucoup voulaient savoir comment elle vivait avant, où cela se trouvait, pourquoi elle était venue. Et Alison se prêtait assez volontiers au jeu des questions. Ainsi avait-elle déjà expliqué qu’elle vivait près de la mer et qu’elle avait dû partir car son père venait travailler à l’université. Peut-être connaissait-il le père de Sakura. Justement, celui-ci avait expliqué à sa fille qu’ils se croiseraient peut-être car il se rendait au muséum avec Linda Carmin, son assistante-stagiaire, pour rassembler quelques données sur son travail.

Le bus se gara dans les allées réservées et les premiers élèves se levèrent, impatients.

- J’ai hâte de voir leur salle principale, fit remarquer Nadine. Ils ont réorganisé toutes les scènes de l’ère secondaire. Le Jurassique et le Crétacé, surtout.

- J’en connais un qui doit bien se reposer, soupira discrètement Sakura.

- Il a dit qu’il ferait des recherches, sourit Tiffany.

- Tu parles...

  

- Atchii ! éternua Kero, les yeux plissés de fatigue. Eh bé !! J’ai attrapé froid, moi ?

Il reposa la tête sur le drap et se rendormit aussitôt.

  

La file d’attente ne dura pas longtemps. On les recompta et on leur distribua des autocollants à placer sur leur vêtement pour pouvoir se promener librement dans le bâtiment. Tiffany arrêta une des hôtesses d’accueil et lui demanda si elle pouvait filmer. Mais on lui demanda de déposer son caméscope dans un vestiaire. Elle rejoignit Sakura et les autres, une moue boudeuse aux lèvres.

- Bon, eh bien j’espère qu’il n’arrivera rien, haussa-t-elle les épaules, parce que sinon, je ne pourrai pas te filmer...

- C’était pour moi que tu l’avais emmené ? s’étonna Sakura.

- Ben oui, se mit à rire Tiffany.

- Moi aussi, j’espère que la journée sera calme car dans un tel lieu, il pourrait y avoir de gros dégâts ! Tu te souviens de la carte de l’eau à l’aquarium?!

- Vous venez les filles ? les appela Sandrine. Je voudrais rattraper Yvan avant qu’il n’embête les visiteurs.

Une fois leur petit groupe reconstitué, ils se dirigèrent vers les portes du hall principal. En s’approchant de l’entrée majestueuse, la salle se dévoila peu à peu à leurs yeux. Un large cercle au centre de la salle à deux étages constituait le socle d’une des scènes les plus fabuleuses. Un iguanodon avait été reconstitué en pleine course et pointait une patte vers la sortie, vers le groupe ébahi, fuyant deux gigantesques squelettes de tyrannosaures.  Plusieurs reptiles volants étaient suspendus autour de la scène et semblaient prendre leur envol sous les pattes affolées du pauvre iguanodon pris en chasse.

Quand Sakura réussit à décrocher ses yeux de cette extraordinaire scène de chasse, elle remarqua les autres tableaux qui décoraient la salle circulaire. Quatre sur la gauche et quatre sur la droite. En face, enfin, derrière les deux lézards géants, un escalier se dédoublant pour atteindre les étages de gauche ou de droite où des panneaux indiquaient le nom d’autres salles.

- Ouahou !! s’exclama Sonya.

- Ca fait un peu peur, remarqua Alison.

- C’est effrayant, ajouta Sandrine.

- C’est génial !! se retourna Nadine, les yeux brillants ! Ils ont fait des merveilles. On va par là-bas ? Ce sont les premiers animaux terrestres. Venez, allez !

Tous la suivirent. Ils la savaient intéressée par les reptiles préhistoriques, mais pas à ce point. Même Yvan n’osa pas placer une de ses hypothèses originales. Ils parcoururent ainsi la moitié de la salle, presque sans parler. Arrivée aux escaliers, pourtant, Sandrine proposa à Yvan de monter. Sonya et Alison les suivirent et Nadine continua sa visite de la salle principale.

- Et dire que tous ces animaux nous ont précédés, soupira-t-elle en esquissant un croquis devant le premier tableau.

- S’ils ont disparu, c’est peut-être qu’ils ne méritaient pas de vivre sur terre, proposa Sakura, un grand sourire aux lèvres.

- Mais non, répondit directement Nadine sans la regarder. Qui pourrait bien en décider ?

Sakura leva un doigt vers le ciel et Tiffany sourit en voyant Nadine chercher au plafond de l’immense hall.

- Mais non, la corrigea Sakura. Dieu !

- Ah. Oui, peut-être.

- Mais alors il serait temps qu’il punisse aussi les hommes, fit remarquer Tiffany. Parce qu’on en fait des cochonneries, nous...

- Notre tour viendra, reconnut Nadine. C’est dans l’ordre des choses.

- Vous croyez ? demanda Sakura, sceptique.

- Tout à fait, répondit-on derrière elles.

Sakura sursauta:

- Papa ? Tu es là...

- Bien sûr, sourit-il.

- Je suis avec Tiffany...

- Bonjour monsieur, je suis heureuse de vous revoir.

- Et je te présente Nadine, continua Sakura.

- Bonjour monsieur Gauthier.

- Bonjour les filles. Que pensez-vous du hall ?

- Fantastique !! répondit aussitôt Nadine.

- Je suis content que ça te plaise, Nadine. Ah ! se rappela-t-il. Ton frère rentre après-demain. Il m’a téléphoné ce matin.

- Quoi ? déjà...

Tiffany comprit la peur qui animait cette remarque chez son amie. Peut-être avait-il appris quelque chose de grave... ?

- Ca ne te fais pas pl...

- Si, bien sûr que si !! se rattrapa-t-elle. C’est génial, même !

- Bien, je crois que je me suis suffisamment absenté. Annette va me chercher. Nous nous verrons cet après-midi.

- Oui, d’accord, acquiesça Sakura.

Il les quitta et Sakura vit Nadine s’éloigner. Elle se tourna vers Tiffany et son regard suffit à lui parler.

- J’ai bien compris, oui, murmura Tiffany. C’est inquiétant, ce retour.

- Qu’a-t-il découvert ?

  

Kero remua le museau et ouvrit un œil. Cette force... Là, tout près. Il bondit et vola vers la fenêtre. Puis vers l’autre. La force disparut aussitôt. On avait remarqué qu’il cherchait d’où provenait cette puissance. Qui le pouvait ? Et pourquoi être venu chez Sakura ? Kero fila dans le couloir et descendit jusqu’au rez-de-chaussée. Il parcourut la maison en fouillant le paysage du regard. Personne. Plus aucune trace de cette force.

  

2. Les proies

Monsieur Davy rassembla les élèves après le déjeuner dans une des salles secondaires. Les trois accompagnateurs expliquèrent que quelqu’un viendrait répondre à leurs premières questions. Mais en attendant, chacun devait repérer un animal, un squelette, un schéma ou un tableau et le reproduire pour constituer la frise préhistorique que monsieur Loren avait prévu de monter grâce à leur travail personnel.

Sakura grimaça en parcourant la salle où ils étaient seuls, aucun des autres visiteurs n’y ayant accès pour l’après-midi.

- Tu as trouvé quelque chose que tu aimes ? demanda Tiffany en la voyant passer près d’elle.

- Toi oui ?

En effet, sur le papier, les premiers traits d’un œuf de dinosaure étaient déjà tracés. Devant elles, une mère couvait ses œufs en surveillant les alentours.

- C’est trop difficile pour moi, ça.

- Mais non, essaie ! l’encouragea Tiffany. Commence par l’œuf, comme moi.

- Mouais, grimaça Sakura en laissant filer le crayon sur le papier. On dirait un ballon, moi. Les iguanodons jouaient au foot, à cette époque-là ?

- Aujourd’hui encore, plaisanta Tiffany.

On donna un coup de coude à Sakura et :

- Viens voir, lui souffla Sandrine.

Elle suivit son amie jusqu’à la porte de la salle et aperçut Nadine, appuyée au balcon en granit, couchant sur le papier la scène de chasse, vue du dessus.

- Elle a l’air d’aimer ça.

- S’il vous plaît, les appela-t-on.

- Nadine, tu viens ?

- Oui, oui, répondit celle-ci sans trop y faire attention.

- Voici le professeur Gauthier, commença monsieur Loren.

Sakura s’approcha en souriant mais... quelle surprise ! Ce n’était pas son père.

- Le professeur Gauthier...

- Appelez-moi Maxime, l’interrompit l’homme.

- Si vous voulez. Maxime se tient à votre disposition pour tous renseignements sur les œuvres que vous aurez choisies. Je vous rappelle que le dessin ne suffit pas, bien évidemment.

- Et moi, s’inséra monsieur Davy, je vous aiderai pour certaines traductions des légendes.

Le père d’Alison ? Mais oui, Gauthier ! C’était le père de leur nouvelle amie. Sakura rejoignit discrètement la jeune fille et patienta un instant à ses côtés.

- C’est ton père ? lui demanda-t-elle alors.

- Oui, répondit-elle simplement.

- Il travaille ici, lui aussi ?

- Pourquoi lui aussi ? s’interrogea-t-elle.

- Vous avez des questions ? demanda Maxime Gauthier.

- Mon père aussi, souffla Sakura.

Les bras se levèrent et l’homme en blouse entrouverte sourit. A ne pas en douter, la beauté de la fille venait de son père. Sa blondeur surtout. Le professeur faisait bien plus jeune que monsieur Davy ! Sakura chercha tout de même une trace de son père et aperçut au lieu de ça Tiffany qui sortait, rejoignant Nadine, toujours au balcon.

En approchant, Tiffany aperçut un papier aux pieds de la jeune fille.

- Nadine, se pencha-t-elle pour le ramasser, tu as fait tomber ça...

- Hein ? Pardon ? s’étonna-t-elle en jetant un œil au morceau de papier jaunâtre. Non, ce n’est pas à moi.

- Ah bon ?

Tiffany le reprit et l’amena devant ses yeux. L’écriture semblait ancienne, en effet, et ne pouvait appartenir à Nadine.

- Von Cagourat exitae Nominii. Cum Pax Terae, lut-elle. On dirait du latin... mais ça ne veut rien dire !

Nadine releva la tête en fronçant les sourcils.

- J’ai rêvé, là ? se demanda-t-elle à haute voix.

- Pardon, lui sourit Tiffany. Que dis-tu ?

La respiration de Nadine s’accéléra et elle fit un pas en arrière, sans lâcher le balcon. Sakura entrevit sa réaction et sentit un frisson lui parcourir la peau. Qu’arrivait-il ?

- Quoi, Nadine ? lui demanda Tiffany.

- Je rêve... Je rêve, tentait-elle de se convaincre. Il est plus haut...

Sakura arriva et se pencha sur le rebord. Plusieurs élèves s’étaient retournés dans la salle, intrigués par les paroles de leur amie.

- Non, je ne rêve pas. Regardez !

Sakura et Tiffany cherchèrent en bas. Et se mirent à frissonner en voyant la colonne vertébrale d’un des tyrannosaures se redresser. Le monstre tourna la tête à gauche et à droite, et une femme hurla au rez-de-chaussée. Puis le crâne gigantesque se tourna vers les trois filles.

- C’est... c’est une animation du musée, non ?

- Mon caméscope, murmura Tiffany.

Mais déjà la foule se précipitait dehors. Les deux pattes énormes se soulevèrent l’une après l’autre et l’énorme reptile se secoua. Tout-à-coup, des muscles recouvrirent son corps et sa peau enveloppa toute son anatomie. Déjà l’autre bougeait. Tiffany et Nadine reculèrent tandis que les élèves approchaient.

- Il faut sortir !! Vite, s’écria Nadine.

- Sa peau... bredouilla Sakura. Pshiout ! articula-t-elle abasourdie.

Un terrible hurlement caverneux s’empara du hall et le monstre se mit à tourner sur lui-même.

Sans trop chercher à comprendre, les accompagnateurs rassemblèrent les élèves dans le fond de la salle dont la seule issue était l’étage dans le hall. Tiffany approcha de Sakura et celle-ci acquiesça.

- Oui, je sais, murmura Sakura, on ne peut plus sortir.

- Une carte ?

- Oui, mais comment l’attraper ? la Création sûrement. Il ne faut pas qu’elle...

D’autres squelettes s’étaient animés et les tyrannosaures traquèrent l’iguanodon ressuscité et le coincèrent dans un coin. L’un d’eux y planta ses dents et déchira tout son dos. L’autre se pencha pour avoir sa part du butin. Le sang avait entaché les colonnes de marbre qui habillaient l’entrée principale et la foule du rez-de-chaussée avait heureusement réussi à fuir. Mais tout comme eux, des visiteurs se retrouvaient coincés à l’étage. Que faire ? Surtout pas utiliser la clef...

- Sakura, ils vont s’échapper, fit remarquer Tiffany.

James Davy, posté à l’entrée de la salle, près de Sakura et Tiffany, semblait chercher une solution.

- Je crois qu’il faudrait les distraire, suggéra-t-il, au moins pour faire sortir tous ces gens.

- Comment... ? demanda Sakura. Que voulez-vous faire ?

- Il faudrait inspecter les deux portes, là-bas, indiqua-t-il. Je vois que vous avez moins peur, voulez-vous m’aider ?

- Bien sûr, affirma Sakura.

- Ok... Je vais courir jusqu’à la seconde, allez à la première et cherchez une sortie.

Il fixait Sakura et il chercha ses mots.

- Ou tout ce qui peut nous aider, conclut-il. Allez !

Ils se mirent tous trois à courir vers les deux portes et Sakura et Tiffany se glissèrent dans la première. Et refermèrent. Un cagibi...

- C’est le moment de faire diversion avec tes cartes, lança Tiffany.

- Oui... La carte de la Voix, va les attirer ailleurs.

- Non, souviens-toi de l’écriteau, ils sont sourds... Ils ne se repèrent qu’aux mouvements.

- Alors le sable ? Je ne peux tout de même pas appeler la carte d’ici...

- Pour les chasser, alors.

Les chasser, c’était leur ouvrir la porte au reste de la ville... Mais il fallait sauver tous ces gens.

Sakura sortit sa chaînette et s’empara de sa clef. Elle réfléchit encore, puis tendit les mains en avant, paumes face à face, légèrement tournées vers le ciel, et ferma les yeux.

- Clef du sceau Terrestre ! dit-elle en camouflant sa voix. Reprends ta forme originelle et accomplit ton devoir. Moi, Sakura, chasseuse de cartes, je te l’ordooone !!

Le sceptre s’allongea devant elle et tournoya vivement avant qu’elle y pose une main, puis l’autre. Elle sortit une carte de sa veste et la lança. Elle rabattit le sceptre en arrière et le projeta en avant, l’arrêtant contre la carte.

- Carte du Sable, expulse ces animaux d’ici !!

Le sable apparut et tournoya à leurs pieds. La porte s’ouvrit soudain :

- Vous avez trouv... Sakura ?! Que fais-t...

Monsieur Davy reçut tout le sable dans la figure. Traversé par la nuée de grains de sable, il tomba au sol. Sakura jeta un œil à Tiffany, qui haussa les épaules. Elles sortirent à leur tour et tirèrent leur professeur jusqu’à la salle où les autres élèves attendaient, terrorisés. Dans le hall, les deux bêtes se battaient avec de l’air. L’une des deux se mit à hurler et heurta le mur d’enceinte. Dans un grand fracas, celui-ci vola en éclats et les deux reptiles s’échappèrent.

- Vite, on peut sortir, annonça monsieur Loren.

  

Quand tout le monde fut dehors, l’horreur les paralysa. Les tyrannosaures s’en prenaient à tout ce qui leur passait sous le nez.

- Ils ne font rien aux gens, remarqua Nadine, avant d’être amenée vers le car.

Sakura savait pertinemment qu’il ne fallait pas partir et laisser ces deux monstres ravager le quartier. La terreur atteignit son paroxysme quand plusieurs autres dinosaures jaillirent du muséum. Le troupeau incohérent s’éparpilla dans la jungle urbaine...

- Sakura, monte... lui ordonna monsieur Loren.

- Je... chercha-t-elle... je n’ai pas vu mon père, lança-t-elle. Il faut que j’aille voir si il est là.

- J’y vais, la coupa monsieur Davy.

- Non, je veux venir ! insista-t-elle.

Tiffany l’observait et priait pour qu’il l’accepte. Etrangement, il leva les yeux vers elle et elle lui fit signe d’accepter.

- Bien... D’accord. Nous ne serons pas longs, lança-t-il au chauffeur. Viens Sakura.

Ils partirent en courant vers le bâtiment dont l’entrée était en ruines. Sakura songea qu’elle n’avait pas encore rappelé la carte du sable. Elle la sortit et laissa son professeur entrer.

- Préviens-moi si jamais ils reviennent, lui cria-t-il en parcourant les salles.

- Carte du Sable, bloque les issues du bâtiment !!

Le sable envahit alors l’entrée et s’éleva autour des morceaux de marbre.

Sakura devait les rappeler à elle.

  

- Eh bien ! souffla Nadine dans le car, prêt à partir. Quelle histoire...

Tiffany acquiesça sans la regarder. Comment tout le monde allait accepter ceci ?

- J’ai bien cru que c’était toi, ajouta Nadine, qui les avais réveillés... Avec cette phrase bizarre !

- Quelle phrase ?

Le mot trouvé par terre... Elle le sortit et le relut à haute voix. Et si...

  

3. Rêve ou réalité

Kerobero bâilla et poussa son tiroir. Sakura se tenait assise sur le rebord de son lit, les cheveux en bataille et les yeux dans le vague.

- Tu es déjà réveillée ? s’étonna-t-il.

- J’ai mal dormi.

Son père l’appela dans la cage d’escalier, la prévenant que le petit déjeuner l’attendait dans la cuisine. Elle se leva mollement et inspira profondément, ce qui la fit bâiller. Elle ouvrit sa porte et descendit deux marches. Dominique passait devant l’escalier et se pencha vers sa fille :

- Tu m’as l’air complètement endormie.

- Tu te répètes, papa, bâilla encore Sakura. Tu me l’as déjà dit hier...

- Peut-être, fit-il en se dirigeant vers la cuisine en enfilant sa veste. On se verra peut-être aujourd’hui.

- Encore ? articula-t-elle en arrivant en bas des marches.

- Ca va, ma puce ? s’inquiéta-t-il en quittant la cuisine. On se voit au musée, non ? Tu ne m’as pas dit que le père de ton amie y travaillait ?

- Ben... demeura-t-elle perplexe.

- Bon, alors je te le répète, lança-t-il de l’entrée en enfilant ses chaussures. Moi, j’y serai avec Linda Carmin, tu sais, la stagiaire.

- Quoi ? se réveilla-t-elle.

Un court silence s’en suivit et il repassa la tête dans le couloir pour la regarder fixement :

- Tu es sûre que ça va ? Bon, à plus tard. Je file.

- Au revoir, murmura-t-elle sans comprendre.

Le four sonna et elle se leva. Kero descendit alors derrière elle en s’assurant que Dominique avait quitté la maison.

- C’est quoi, ça ? Tu attrapes des cartes, sans me le dire ? C’est sympa !! Dis aussi que je suis un fardeau !!

Kero se posa sur la table et laissa glisser la carte en respirant l’odeur sucrée des beignets.

- Une carte ?!

- Hmm... fit-il en découpant une part, la cuillère entre les bras.

La carte... Une femme masquée tenait à deux mains un éventail gigantesque qui semait dans le fond du paysage des parterres de fleurs multicolores, une forêt et un château dans le lointain. « Dream » était marqué en bas.

- J’ai capturé la carte dans mon sommeil ?!

Sakura s’assit. Tout ceci n’était qu’un rêve ?

- Moué, che te le dis, affirma Kero, la bouche pleine. Chétais bien un rêve. Quand tu  rêves, tu ronfles.

Elle le poussa du revers de la main et il tomba au sol, la cuillère dans la bouche.

Il fit un bond et remonta sur la table. Sakura se servait une grosse part de beignet.

- Eh ! Mange pas tout, on est deux !

- Petit glouton, tu viens d’avaler trois des cinq beignets ! Je me sers !

- Tu sais bien que j’ai besoin de manger ! Comme Yue, siffla-t-il. Mais lui, c’est pas grave, hein ?

Elle prit le dernier morceau et le mangea.

- Au lieu de borler, il fallait monger, sourit-elle, la bouche pleine.

- Méchante ! Je vais le dire à ton père !

- Essaie donc, sourit-elle.

- Et ben d’abord, je vais pas te dire que quelqu’un t’observait cette nuit.

- Ah bon, tu ne me le diras pas ? s’approcha-t-elle.

Il fronça les sourcils et croisa les bras.

- Nan... Fallait pas tout manger !

- Tant pis, se releva-t-elle.

  

Tiffany n’en croyait pas ses oreilles.

- Tu es sûre que tu l’as capturée dans ton rêve ?

- Oui, assura Sakura, en rangeant ses patins dans son casier. Bon, je ne me souviens pas , mais la preuve est là ! clama-t-elle en montrant la carte.

- Moi, ça ne me convient pas.

- Tu sais, Tiffany, c’est bien assez difficile d’attraper ces nouvelles cartes, alors je ne vais pas me plaindre quand l’une d’elle est plus simple à avoir !

- Trop simple, Sakura. Il faut se méfier, tu le sais. Et d’abord pourquoi un rêve prémonitoire ? Pourquoi ne pas avoir rêvé tout bêtement d’un château et d’une forêt, expliqua-t-elle en observant la carte du Rêve.

- Justement parce qu’elles sont plus puissantes que les anciennes cartes...

- Tu ne me convaincras pas comme ça, murmura Tiffany.

Elle rendit la carte à Sakura et toutes deux se dirigèrent vers la classe de math, où elles suivraient le seul cours de la matinée, puisque à neuf heures, le groupe quittait le lycée pour le muséum. Sakura rangea la carte et prit place. Des tyrannosaures, sourit-elle. C’était un rêve suffisamment effrayant pour être l’œuvre d’une de ces cartes ! Pourquoi Tiffany en doutait-elle ?

  

Le car roulait depuis une demi-heure, et les élèves patientaient. Le dôme du muséum d’histoire naturelle leur apparut en contre-bas quand le véhicule sortit de la zone commerciale.

- Vous savez pourquoi ils l’ont construit sous ce dôme de verre ? demanda Yvan.

Sandrine leva les yeux au ciel et sourit :

- Pour faire parler les curieux ? la devança Sakura.

Tous la dévisagèrent et monsieur Loren se leva.

- Ecoutez-moi, lança-t-il pour avoir l’attention de tous...

- Tiffany, chuchota Sakura. Tout est à l’identique... Vraiment tout. Mes rêves sont flous, vagues, d’ordinaire...

- Il faut se méfier. Tu m’as bien dit qu’il y avait des tyrannosaures, c’est ça ?

- Oui. Il faudra aussi poser ton caméscope à l’entrée...

- Oh non ! grimaça-t-elle. Bon, attendons...

  

En s’approchant de l’entrée majestueuse, la salle se dévoila peu à peu à leurs yeux. Un iguanodon avait été reconstitué sur une scène centrale, en pleine course, et pointait une patte vers la sortie, vers le groupe ébahi, fuyant deux gigantesques squelettes de tyrannosaures.  Plusieurs reptiles volants étaient suspendus autour de la scène et semblait prendre leur envol sous les pattes affolées du pauvre iguanodon pris en chasse.

Sakura prit son amie à part et commença à s’agiter :

- D’ici deux à trois heures, ils vont s’animer... Ils vont tout détruire, expliqua Sakura.

- Attends calme-toi, Sakura. Ecoute, ce n’est pas encore le cas...

- La carte du Temps, se dit Sakura. Et si c’était...

Elle sentit à travers sa veste les autres cartes.

- Il faut essayer.

- Quoi ? Sakura, qu’y a-t-il ?

Sakura la dévisagea gravement. Puis elle se précipita vers les toilettes. Elle ne pouvait pas se permettre de laisser les choses aller comme c’était écrit. L’ordre des choses, entendit-elle encore Nadine lui dire, dans son rêve. Non, l’ordre des choses n’est rien... Elle gagna les toilettes et s’y enferma. Comme elle était seule, elle condamna la porte avec un balai appuyé contre le mur, et sortit sa chaîne. Il fallait agir de face, prendre la carte de vitesse.

- Clef du sceau Terrestre ! s’écria-t-elle. Reprends ta forme originelle et accomplit ton devoir. Moi, Sakura, chasseuse de cartes, je te l’ordooone !!

Elle empoigna le sceptre, sortit une carte de sa veste et la lança. Elle rabattit le sceptre en arrière et le projeta en avant, l’arrêtant contre la carte.

- Carte du Rêve, si tu es une carte de l’éternel, envoûte toutes les personnes qui se trouvent ici... Que toute magie leur soit invisible !!

Un halo de lumière s’écoula de la carte et se répandit dans tout le musée. Le silence envahit un instant les lieux. Sakura quitta les toilettes et regagna le hall. Rien ne semblait avoir changé. Tiffany et Nadine s’approchèrent, se dirigeant vers là d’où elle venait. Elles la frôlèrent sans la voir. Sakura sourit, se plaça devant les deux squelettes et inspira profondément. Quelle force devait-elle capturer ? Le Temps ? La Création ? Elle brandit le sceptre devant elle, le rabattit en arrière et le projeta en avant, l’arrêtant dans le vide.

- Carte de la Création, quitte la forme qui est tienne. Deviens Carte. Carte de l’éternel, cria-t-elle enfin.

Un léger vent souffla dans la salle, mais personne ne s’en soucia. Sakura, ne vit rien. Mais une force s’élevait vers l’étage.

- Carte de la Création... Redeviens Carte de l’éternel !! hurla-t-elle, alors que des enfants s’arrêtaient près d’elle pour regarder le pauvre Iguanodon...

Soudain, une silhouette se dessina à ses côtés.

- Que fais-tu Sakura ?

- Lio... Lionel ?

Il était là ?! Depuis quand ? Il lui tendit les bras et elle jeta un œil vers le plafond où se concentrait la lueur.

- Sakura, répéta Lionel. Tu ne veux plus de moi ?

- Tu n’es pas...

Tiffany arriva des toilettes en courant. Sakura la vit chercher dans la salle. Elle conseilla à Nadine de chercher de son côté et approcha doucement.

- Bien sûr que non, je ne suis pas là, affirma Lionel. Mais j’ai réussi ce contact car... Je... t’aime, Sakura !

Elle sentit ses mains trembler.

- Sakura ! s’écria Tiffany, provoquant un effet de surprise dans le hall. Sakura, où que tu sois, concentre-toi sur la carte !!

- Sakura ! l’appela Lionel. Je vais repartir... Serre-moi dans tes bras.

Les larmes envahirent ses yeux. Les monstres ou son amour ? La foule ou elle ?

- Sakura, murmura encore Tiffany, comme si elle avait deviné où son amie se trouvait.

Elle ferma les yeux et secoua la tête. Elle avait décidé. Ses mains se resserrèrent sur le sceptre :

- Carte de la Création, hurla-t-elle à pleins poumons, quitte la forme qui est tienne !! Deviens Carte ! Carte de l’éternel !!

La lueur vacilla et l’image de Lionel disparut. Le flot mystérieux regagna la carte et Sakura tomba à genoux au sol. Elle attrapa entre le pouce et l’index la carte qui arrivait vers elle. Le charme et la carte du Rêve s’évanouirent. Sakura apparut devant Tiffany. Personne ne l’avait vue. Tiffany se jeta à son cou.

- Tu es géniale, Sakura.

- Merci... s’effondra celle-ci.

Une silhouette s’accouda au balcon et récupéra un bout de papier inutile laissé à terre.

« Tu es rusée et déterminée, Sakura. C’est bien. Mais Tiffany t’a grandement aidée et elle ne sera pas toujours à tes côtés. Alors, prends garde ! »


Chapitre 5 : Les deux hommes que j'aime

1. Mensonges

La récréation battait son plein et Sakura s’était appuyée au mur d’entrée de leur bâtiment. Tiffany soupira :

-  Je n’aime pas quand tu fais cette tête, Sakura.

- Je suis désolée, Tiffany, j’ai du mal à oublier l’image de Lionel, je continue à me demander si c’était réellement la carte de la Création qui tentait de me faire céder. C’était tellement vrai...

- En fait, c’est ce que tu voulais, non ?

- Le revoir ? Ben sûr, mais il ne donne aucune nouvelle ! Je ne sais même pas s’il pense à moi.

Tiffany se mordilla la lèvre et :

- Moi j’en ai eu, des nouvelles, affirma-t-elle en guettant la réaction de Sakura.

Celle-ci releva le nez et ne réagit pas immédiatement.

- Que veux-tu dire ? Il t’a écrit ?

- Eh bien oui. Enfin, non. Il n’avait pas le temps.

- Ce n’est pas une blague ? se réveilla Sakura. Il... Il...

- Il m’a téléphoné, oui.

Sakura ne put rien articuler et sa bouche se mut dans le silence. Puis elle se redressa et haussa les sourcils.

- Et tu ne m’as rien dit ?

- Selon sa volonté, tu sais ? Il s’est passé des choses très étranges chez lui. Et il a dû défendre sa famille en l'absence de sa mère. Il a mis du temps, mais il a appris à Stéphanie à lancer des sorts et à protéger leur maison.

- Des sorts ?! releva Sakura.

- Oui, ce sont des forces magiques qui s’en sont prises à eux. Il a donc appris à Stéphanie à protéger seule la maison de sa famille et tous leurs biens ancestraux. Et ils ont lutté à deux.

Sakura secoua lentement la tête.

- Mais pourquoi ne pas me l’avoir dit... Que veut-il me cacher ?

- Il ne savait pas quoi te dire. Avec ce que tu lui as dit avant qu’il parte... Sakura, je t’en prie, ne me fais pas la tête...

- Mais non... Mais... Enfin, tu sais ce que je ressens, Tiffany ! Et tu m’as menti.

Tiffany acquiesça. Malgré tout son amour pour Sakura, elle se savait coupable. Elle lui avait menti et... elle lui mentait encore !

- Mais s’il te l’a demandé, sourit finalement Sakura, je ne peux pas t’en vouloir. Tu as tenu ta parole jusqu’à aujourd’hui. Mais je suis heureuse que tu me le dises.

La sonnerie les rappela et Sakura serra son amie contre elle.

- Je ne voudrais pas te perdre, Tiffany.

  

On sourit sur le trottoir, dans la rue qui longeait le lycée.

«  Alors, comme ça c’est Tiffany, ton point faible ? Si tu t’en rends compte, Sakura, tu deviendras bien plus forte ! »

  

Dès la fin des cours, Sandrine emmena ses amies dans une boutique qu’elle voulait leur présenter. Dans une ruelle, sombre et sale, elles trouvèrent l’entrée du magasin.

- C’est pas très sécurisant, remarqua Sonya.

- Ca ne risque rien, rétorqua Sandrine. Je viens souvent, et il n’y a jamais personne de louche.

- Tu es bien courageuse, tout de même.

La boutique était en fait un bric-à-brac. Une salle tout en longueur les accueillit, leur proposant d’entrée un étal où des peluches se chamaillaient l’espace du cageot qui les contenait. Derrière, deux rayons s’étendaient sur plusieurs mètres, divisant le magasin en trois longs couloirs garnis de toutes sortes de souvenirs, de babioles et autres petits objets insignifiants. Une femme rousse aux cheveux courts brossés en arrière les dévisagea d’un œil à leur entrée. Elle lisait un magazine, appuyée à son comptoir en bout de salle.

- Gab ? l’appela Sandrine en la saluant. Je suis venue avec des copines.

- Ouais, ouais, répondit la jeune femme. J’ai vu. Servez-vous.

- C’est là que tu viens après les cours, depuis quelque temps ? demanda Nadine.

- Cherchez un peu, conseilla Sandrine, et vous trouverez à coup sûr.

Et elle disparut entre les rayons du milieu.

  

Après quelques longues minutes, Sakura croisa Nadine et Sonya qui haussèrent les épaules en passant à côté d’elle. Visiblement, elles ne trouvaient rien digne d’intérêt dans ce bazar.

- Ca ! la fit sursauter Tiffany.

- Hein ?! se retourna-t-elle.

Son amie lui présentait un objet plutôt allongé duquel pendaient deux chaînes.

- Et c’est... ?

- Un bracelet ! Regarde !

Les deux chaînes étaient reliées entre elles sous le morceau de cuir où, en relief incrusté, s’alignaient quelques lettres.

- Tu n’es pas obligée, sourit maladroitement Sakura.

- Ce n’est pas pour toi, se mit à rire Tiffany. C’est pour ton frère... C’est une gourmette à son nom !

- Ah... soupira Sakura, soulagée.

- Et toi tu as trouvé quelque chose ?

Tiffany observa les mains de Sakura crispées sur une boule anti-stress... en forme de cœur. Elle inspira profondément et attira son amie vers la caisse. Elles payèrent et sortirent pour attendre les autres.

- Qu’y a-t-il Sakura ?

- Ca n’a pas changé, souffla-t-elle. Aujourd’hui, Lionel me manque. Si j’avais la carte des Rêves, j’aurais pu m’en confectionner un joli, tout rose, tout chou...

- Un Lionel ?

- Non, un rêve ! Avec Lionel...

- Mais tu ne l’as pas, nota Tiffany.

- Non, la carte m’a échappé après la capture de la Création.

- Et si c’était la Création qui t’avait donnée cette carte ?

Sakura ne répondit pas immédiatement. Elle jeta un œil à son cœur en mousse et le cala dans une de ses poches.

- Non, j’y ai réfléchi. C’est la carte du Rêve qui m’a aidée à attraper l’autre. Alors je ne peux pas croire que la Création m’ait procurée une carte pour la capturer...

- Elle est peut-être maso !

- Tiffany !

Elles éclatèrent de rire.

  

Elles rentrèrent et Sakura raccompagna Tiffany jusque devant chez elle. Les lourdes grilles s’entrouvrirent à leur arrivée. Sakura la rattrapa sur le chemin de graviers pour la serrer contre elle :

- Je ne t’en veux pas, Tiffany. Je ne t’en veux vraiment pas.

- Merci de me comprendre.

- Tu es mon amie, souffla Sakura.

- Toi aussi.

  

Sakura repartit et Tiffany soupira.

Elle rangea ses affaires dans l’entrée et salua le majordome qui patientait dans le couloir.

- Bonjour mademoiselle.

- Bonjour. Où est-il ?

- Dans le salon, mademoiselle.

- Ah, fit-elle. Il nous a vues ? lui demanda-t-elle à voix basse.

Il acquiesça. Elle quitta l’homme en uniforme et se dirigea vers le salon.

- C’était Sakura ? demanda-t-il sans se retourner en connaissant la réponse. On voit mal ton entrée d’ici.

- Oui, répondit Tiffany alors qu’on leur servait du thé. Tu vas encore te cacher longtemps ?

Lionel la dévisagea sévèrement.

- Je ne sais pas. Les écrits ne sont pas clairs. Mais tant que je ne saurais pas ce qui se trame ici, je préfère rester.

- Je lui ai parlé de toi, avoua-t-elle en s’asseyant dans le fauteuil.

- Ah, fit-il simplement.

- Tu lui manques. Enormément. Tu t’en rends compte ?

Il inspira longuement et la rejoignit.

- Je sais. Et plus j’attends, plus c’est dur.

Elle l’observa et sourit tendrement.

- Je ne comprends pas vraiment contre quoi tu luttes, Lionel. Mais pour votre bien à tous les deux, vous devez mettre les choses au clair.

- Elle n’a plus besoin de moi, lança-t-il en prenant sa tasse. Tu ne te souviens pas de ce qu’elle m’a dit, il y a trois ans ?

- Et que n’aurait-elle pas dit pour te faire réagir, pour... te retenir !

- Me retenir ?!

Tiffany soupira :

- Fais ce que tu sens être le mieux pour vous. En tout cas, elle n’a pas la carte du Rêve. Celle-ci a disparu.

Il but plusieurs gorgées de thé et reposa sa tasse.

- Il y a ça, aussi, souffla-t-il. Ce nouveau sceau. Depuis mon arrivée... Qu’arrive-t-il, bon sang ?! Que veulent dire les écrits ?! Tout ça était chez nous depuis tant d’années sans qu’on en comprenne le sens, et tout est devenu plus clair après mon départ. C’est de Sakura dont il est question, je le sens. Et son pouvoir est tellement gigantesque ! Je ne suis plus vraiment à la hauteur...

- Tss, tss, tss, fit Tiffany en secouant la tête. Tu es bête.

  

2. L’aéroport

La voiture de Tiffany se gara le long du trottoir de l’aéroport et la portière s’ouvrit. Tiffany salua Sakura, qui patientait avec son père, un peu plus loin, et celui-ci lui souffla quelques mots avant de rentrer par les portes coulissantes.

- Tiffany ? appela la jeune fille en voyant son amie discuter avec quelqu’un dans la voiture.

Elle lui faisait signe et Sakura ne distingua que la silhouette de l’individu dans la vitre teintée de la lunette arrière. Tiffany semblait insister. Sakura hésita. Devait-elle la rejoindre ?

- Allez !

- Non, répondit-on à voix basse.

Une main tira finalement la portière et la referma au nez de Tiffany. Celle-ci frappa du point sur la vitre et secoua la tête :

- Andouille, crut entendre Sakura, de plus en plus curieuse.

La voiture s’éloigna. Tiffany approchait.

- Qui était avec toi ?

- Rien de bien important, répondit Tiffany en préparant son caméscope.

- Vraiment ? Tu semblais vouloir le (ou la) faire sortir de la voiture.

Elle secoua une main à la hauteur de son visage :

- Non, non. Tant pis. Et hop ! fit-elle en poussant du pouce l’écran à cristaux liquides. Ton père est entré ?

- Oui, l’avion de Thomas a pris un peu de retard à leur escale. Il arrive d’ici une heure.

- Bien ! Nous allons pouvoir filmer tout l’aéroport à la tombée de la nuit ! s’extasia Tiffany.

- Si tu y tiens !

  

Sakura revint du distributeur avec les deux chocolats chauds, en essayant de ne rien renverser. Tiffany l’attendait sur un siège en discutant avec un garçon en uniforme. De taille moyenne, un peu grassouillet, le blondinet se passa la main dans les cheveux en éclatant de rire et remit ses lunettes.

- Non, non, attends, la voici, lança Tiffany en le tournant d’une main vers Sakura.

- J’arrive à point ?

- Sakura, je te présente Maxime. Il travaille ici.

Elle posa les deux verres brûlants et lui serra la main.

- Maxime... Sakura, ma meilleure amie, termina-t-elle les présentations.

- Voici enfin LA meilleure amie de Tiffany ! sourit-il.

- Ah... remarqua Sakura. Il me connaît, se pencha-t-elle discrètement vers Tiffany, et pas moi ?

Elle sourit largement.

- Je dois vous quitter, on m’attend, je pense. L’avion anglais doit arriver.

- Maxime travaille dans la tour de contrôle, expliqua Tiffany.

- Ah... !

Il réfléchit un instant et :

- Vous voulez monter ? Vous verrez mieux l’atterrissage, de là-haut.

- Oh, oui !! sautilla Tiffany.

- Moi, je te suis, confia Sakura.

Il les emmena au fond du hall et elles empruntèrent une porte d’accès privé. Un homme longeait le couloir en sens inverse et salua Maxime, qui prenait un peu d’avance.

- Qui c’est ? demanda Sakura.

- Le fils d’une amie de ma mère. Dans son entreprise... Il a 26 ans. On ne s’était pas vus depuis... chercha-t-elle. Je ne sais plus.

- Il est plutôt joli garçon, dis-moi, plaisanta Sakura. Tu en caches encore beaucoup ?

Tiffany lui répondit par un sourire et il les arrêta quand ils arrivèrent de l’autre côté d’une salle où ils surplombaient, de leur passerelle, les bagages qui circulaient sur plusieurs tapis roulants.

- Mettez ces badges, expliqua-t-il en les leur tendant. Tout est informatisé et protégé. Tiff, il faudra laisser ta caméra à l’entrée. Et sûrement la cassette.

- Oh, non...

- Peut-être. Tu verras ça avec notre gardien.

- Tiff ? se pencha Sakura. Il t’appelle Tiff ?

- Chh ! rétorqua Tiffany.

La porte s’ouvrit et elles durent présenter le badge à un viseur optique qui reconnut les deux badges factices qui servaient à d’autres visites plus importantes d’ordinaire. Après avoir répondu aux questions du gardien, ils montèrent un escalier en colimaçon et aboutirent à la large plate-forme circulaire dont les vitres offraient un paysage à trois cent soixantes degrés. Sous les vitres, de nombreux écrans. Et devant chaque écran un homme ou une femme, affairé à repérer des coordonnées, calculer, taper des résultats et transmettre à l’ordinateur. Trois hommes se tenaient debout et Maxime alla leur parler.

- Et dire qu’ils ont gardé mon caméscope ! C’est si chouette...

- Regarde, remarqua Sakura, on voit les lumières du parc d’attraction dans la brume au fond. C’est loin, non ?

- Il y a dix kilomètres, répondit Maxime qui les avait rejointes.

- Et l’avion de mon frère, il est où ?

- Il est en approche, expliqua l’homme en désignant un de ses collègues de la main. Sur cet écran, on peut voir des points lumineux. Julien, fit-il une main sur l’épaule du jeune homme, est au radar ; si la brume devient trop gênante, pour les avoir en visuel, il peut être nos yeux et faire atterrir tout de même des avions en urgence. Et celui de ton frère, c’est... Julien, le 715 AC ?

- Là, répondit Sakura en apercevant le point.

- Oui, c’est ça. Il arrive, on devrait mieux percevoir ces signaux rouge et vert dans quelques courts instants, chercha-t-il. Là !

Il pointait son bras vers le ciel et elles distinguèrent les deux points lumineux.

- La piste est déjà dégagée, expliqua-t-il. Alors il pourra se poser dès qu’il aura la bonne inclinaison. Pour ça, il va nous survoler et tourner là-haut pour s’aligner avec la piste. Et vous le verrez se poser.

- Ouah, s’exclama Sakura.

Dans la tour, on s’affairait à tout vérifier. Et les ordres pleuvaient autour des filles. On s’échangeait des informations, on se dictait des nouvelles procédures, pour tel disfonctionnement momentané. Un message enfin leur parvint de l’avion. L’autorisation d’atterrissage fut lancé et l’appareil les survola.

- Que se passe-t-il, tour de contrôle. Et la piste ?!

Maxime fronça les sourcils, s’approcha de Julien et s’appuya sur le bureau pour apercevoir le sol, en contre-bas.

- Pas d’éclairage, clama-t-il.

- Aucune panne signalée. Tout le système fonctionne !

- Re-vérifiez. Et passez sur le second réseau.

Un temps se passa et :

- Alors ?! demanda-t-il.

- On est sur le second réseau.

- Il n’y a rien ! protesta Maxime.

- Ah... souffla-t-on dans le haut-parleur. Merci tour de contrôle, j’ai cru que je devrais rentrer chez moi, sans passer vous faire la bise. Atterrissage imminent.

- Non, l’arrêta un homme. On n’a pas de lumière au sol !

- Vous rigolez ?

Maxime vérifia et aperçut deux traînées de spots.

- Non, ne vous posez pas !!

Tiffany serra la main de Sakura et Maxime revint vers les trois autres :

- Il y a en effet des lumières mais... alignées sur nous, souffla-t-il finalement. Comme si quelqu’un les avait déplacées.

- Impossible, jura l’un d’eux.

- Tour de contrôle ? Je n’ai pas ravitaillé à l’escale, moi. Je dois me poser dans les vingt minutes.

- Nous corrigeons nos erreurs, lança un des trois hommes.

- Il serait temps ! rétorqua-t-on dans l’émetteur.

Maxime laissa ses supérieurs réfléchir et revint près des deux amies.

- Je crois qu’il faudrait maintenant que vous redescendiez...

- Mais que se passe-t-il ?

- Quelqu’un a placé une seconde ligne d’atterrissage, mais si l’avion l’emprunte, il nous foncera dedans... Il ne voit pas bien les distances dans le noir et cette piste...

- Mais alors...

- On peut sûrement l’aiguiller vers un autre aéroport où il se posera, tenta-t-il de les rassurer.

- C’est vrai ? demanda Sakura.

- Bien sûr. Redescendez... S’il vous plaît.

Elles acquiescèrent et quittèrent la salle en ébullition.

  

3. Le choix de Sakura

Arrivées à la porte, le gardien rendit son appareil et sa sacoche à Tiffany. Elle récupéra même sa cassette. Elles se trouvaient dans la salle au-dessus des tapis roulants quand une explosion résonna dans le conduit du colimaçon. Elles furent stoppée dans leur avancée par le fracas gigantesque qui résonna encore plus dans la salle au plafond très haut.

- Maxime... se retourna Tiffany.

Elles revinrent sur leurs pas mais trouvèrent la porte coulissante fermée. Leur badge n’y faisait rien... Derrière, d’autres explosions secondaires faisaient vibrer les murs.

- Il faut enfoncer la porte, Sakura !

- Non, j’ai mieux...

Sakura chercha dans son col sa chaînette et la sortit, laissant pendre la clef du sceau.

- C’est ce que je voulais dire, fit remarquer Tiffany. Le sable !!

- Non, sourit Sakura, fière de son idée.

Elle tendit les mains en avant, paumes face à face et légèrement tournées vers le plafond, et ferma les yeux. La clef flottait entre ses doigts. Elle plissa les yeux et dans un nouvel élan, elle appela :

- Clef du sceau Terrestre ! Reprends ta forme originelle et accomplis ton devoir. Moi, Sakura, chasseuse de cartes, je te l’ordooone !!

Le sceptre s’allongea devant elle et tournoya vivement avant qu’elle y pose une main, puis l’autre. Elle prit une de ses cartes, puis rabattit le sceptre en arrière et le projeta en avant, l’arrêtant contre la carte.

- Carte de la Création, crée un passage à travers cette porte !!

Le flot de lumière s’écoula de la carte et un trou se perça dans la métal. Le gardien, sûrement appuyé contre la paroi, évanoui, tomba de leur côté et elles le tirèrent hors du conduit. Elles se hissèrent en haut des marches. La fumée avait envahi la salle et quelques flammes dansaient sur les moniteurs. Sakura choisit une autre carte et la frappa de son sceptre :

- Carte du sable ! Eteins ce feu !!

Tiffany s’avança parmi les corps étendus au sol.

- Il...  reste peu... temps... qu’un... entend ? cracha l’émetteur.

Tiffany se dirigea vers le micro et :

- Oui. Mais il y a eu un problème.

- Il y a... qu’un ?... Foudre ...bée sur... our de contrô...

- Ils sont évanouis... enfin j’espère, se tourna-t-elle vers Sakura qui cherchait du regard l’ami de Tiffany.

Un frisson la parcourut. Elle se retourna brusquement. Une silhouette la contemplait, debout sur les moniteurs ensablés.

La Foudre ! Sakura leva son sceptre mais la Foudre se volatilisa, se répandant dans le sol. Toutes les lumières se coupèrent subitement dans l’aéroport.

- Que... asse-t-il ? Plus de lumières...

- Il faudrait aller vers un autre site, expliquait Tiffany. Personne ici ne peut vous aider !

Sakura rejoignit Tiffany en fouillant la pièce du regard. Là, tout près...

Tiffany se mit à hurler et tomba à la renverse, parcourue par un éclair.

- Nan !!! s’écria Sakura en se penchant vers elle.

Mais Tiffany leva une main vers elle.

- N’approche pas ! lui ordonna Tiffany.

- On doit se poser... mais pourqu... piste change sans arrêt ?! ...diquez-nous ! cracha l’émetteur.

- Je vais continuer, Sakura, se releva Tiffany. Tu dois arrêter cette foudre.

- Mais je...

- Ca ira. Redescends et va dehors. Ces lumières sont la principale gêne, il faut arrêter celui qui joue avec l’éclairage. Peut être est-ce...

Un nouvel éclair la traversa et elle serra les mâchoires et leva de nouveau la main vers Sakura.

- Vite... Sinon, tu vas perdre ton frère.

Sakura recula... La Foudre circulait dans la pièce et la dévisageait cyniquement. Elle descendit pourtant l’escalier et brûla de douleur en entendant un nouveau hurlement... Elle s’approcha du garde-fou et observa les tapis roulants. Elle ne réfléchit pas et sauta. Puis, elle courut vers les sorties, s’y glissa et sentit une force étrangement calme sur le sol... C’était une carte ! Elle courut vers la piste et leva son sceptre. Mais les lueurs disparurent et la vraie piste apparut.

Où se cachait désormais la force ?

Sakura avança doucement, le sceptre prêt à frapper. Un courant de lumière lui passa entre les jambes et s’éleva derrière elle. Quand elle fit volte-face, les particules de lumière étaient entrées dans le bâtiment.

- Mince !!

Elle refit le chemin inverse et longea les tapis. Puis, elle grimpa sur la passerelle où dormait toujours le garde. La porte en face s’ouvrit et Sakura leva les yeux sur celui qui...

- Dieux du tonnerre, hurla Lionel en courant vers le trou dans la paroi, l’épée à la main, faites fuir cette force !

Leur regard se croisa et il la dépassa. Puis il s’arrêta dans le passage de la carte de la Création.

- Lionel... articula Sakura.

Les éclairs traversèrent soudain la salle et se dirigèrent vers le grand hall de l’aéroport.

- Vite, l’aida-t-il d’une main, viens, il faut l’arrêter.

- Et Tiffany ?

- On ne peut pas lutter seuls contre la force de la Foudre. Alors viens, ou reste avec ton amie, lança-t-il en courant vers le hall.

Elle fronça les sourcils, et récupéra les cartes du Sable et de la Création, au cas où.

  

Dans le hall, tout le monde s’était allongé au sol, surpris par les claquement soudain de la Foudre. Celle-ci fit exploser les néons et les distributeurs de boissons. Sakura rejoignit Lionel à l’entrée qu’elle avait empruntée pour aller dans la tour de contrôle.

- Que doit-on faire ?

- Cette force est sauvage. On ne peut pas simplement l’attraper, fit-il sèchement remarquer.

Sakura hésita à parler... Tant de choses l’envahissaient. Tant d’émotions, depuis si longtemps absentes...

- Tu m’en veux Lionel ?

- Attention !! cria-t-il en la poussant sur le côté.

Un éclair frappa le mur et disparut aussi vite. Elle se releva et chercha son père du regard, pour penser à autre chose qu’à Lionel. Mais elle le ne le vit pas..

- Il y a un moyen de l’attraper, la rejoignit Lionel.

Elle le dévisagea, les larmes aux yeux. Elle hésita encore. C’était si dur...

- Tu m’en veux, bien sûr, nota-t-elle. Mais je m’en veux tellement aussi. Je ne pensais pas ce que j’ai dit. Et ça fait si longtemps...

Il la dévisagea à son tour. Les lueurs flottaient dans la salle. Et la Foudre continuait de tout détruire.

- Oui, je t’en veux, baissa-t-il les yeux.

Elle posa sa main sur sa joue et approcha sensiblement son visage du sien.

- Lionel... Je suis désolée...

Elle ferma les yeux et il fronça les sourcils. Il la repoussa et secoua la tête.

- Non, Sakura. Pas si vite...

- Pourquoi ?!

La Foudre arrivait. Il écarta les bras devant elle et reçut l’éclair en plein dos.

A cet instant, il se recroquevilla et :

- Je la retiens... Sakura, capture-la...

Elle vit les arcs électriques tenter de quitter le corps du jeune homme et elle fit un pas en arrière.

- Sakura... Vite... Je ne tiendrai pas...

Elle leva son sceptre et l’abattit contre Lionel :

- Carte de la Foudre, hurla-t-elle en pleurant.

Elle l’avait senti...

-  Quitte la forme qui est tienne.

Elle l’avait senti : elle l’avait détruit...

- Deviens Carte.

Elle avait détruit l’amour qu’il avait en lui. Tout ça... pour ça.

- Carte de l’éternel !

Les éclairs s’allongèrent vers le plafond et elle se concentra sur le corps de son ami, au bout du sceptre. La Foudre retomba sur la carte. Bientôt, tout s’était calmé. Les particules de lumière s’approchèrent et flottèrent autour de Sakura et du corps inanimé de Lionel. Elle les suivit des yeux et l’une d’elles se posa sur le front du jeune homme. Elles s’éparpillèrent alors, et disparurent. Lionel ouvrit les yeux et se redressa lentement. Sakura le prit dans ses bras et il tarda à poser ses mains contre son dos. Puis, il la serra contre lui.

Tiffany, à son tour, ouvrit les yeux, surprise de ne ressentir aucune douleur. Et un à un, les hommes de la salle de contrôle se relevèrent, sans aucune blessure.

  

Les premiers voyageurs entrèrent alors que les lumières revenaient peu à peu. Lionel avait préféré partir. Probablement pour de bon cette fois. Tiffany sourit en voyant Sakura se jeter au cou de son frère. Elle serra son cadeau dans sa poche et s’assura au toucher qu’il était intact. Elle approcha et quand le père eut embrassé son fils, elle le lui tendit. Il la remercia et demanda à Sakura de le lâcher et de redescendre. Bien accrochée à ses épaules, elle sourit :

- Tu peux toujours courir ! Je reste là, comme ça tu ne partiras plus jamais !

- Courir... Voyons ça, souffla-t-il en se mettant à parcourir le hall, en secouant sa sœur dans tous les sens.

- Thomas, arrête ! je vais vomir !!

- Alors descends...

- Nan !...

Tiffany se tourna vers l’entrée. Lionel était revenu. Et tout devait recommencer entre eux... Elle croisa les doigts et fit un vœux.


Chapitre 6 : Livré à elle-même

1. Mal-être

Devant Sakura, le sol se releva doucement puis s’effondra sans prévenir. Elle recula et des cartes s’envolèrent. Les cartes de Clow ? Elles virevoltaient lentement autour d’elle. Que se passait-il, d’où venaient-elles ? Sakura oublia un instant le danger qui se rapprochait et tenta d’attraper l’une d’elles. Elle aperçut un reflet bleu sur la carte avant que celle-ci se mît à luire et disparût en poussière. Les cartes du nouveau sceau ! Quand Sakura reprit ses esprits, le sol s’était effondré sous elle et... Elle volait. Tout avait disparu autour d’elle : le sol, le ciel, l’horizon. Les ténèbres l’enveloppaient.

Puis elle sentit une pression contre son ventre : on la portait... « Mais qui ? » se demanda-t-elle en cherchant à apercevoir son sauveur dans l’obscurité. Elle ne le vit pas, ne discernant que les contours de son visage. « Sakura... Qui est Kero ? Qui est-il vraiment pour toi? »

La voix douce et chaude glissa dans son cou comme une caresse et elle ne répondit pas.

- Qui est... Kéro ? Sakura ! Qui est Kero ?!

Elle sursauta dans son lit et aperçut son père dans l’entrebâillement de la porte.

- Tu rêvais, Sakura... C’est qui ce Kero, dont tu répétais le nom ?

Elle sortit aussitôt de ses rêves et ouvrit grand les yeux :

- Un... un ami.

- Ah. Je m’en vais. Bonne journée.

- Ouais, souffla-t-elle en reposant la tête sur son oreiller.

Elle se rendormit aussitôt.

Thomas s’était installé dans sa chambre comme s’il n’avait jamais quitté la maison. Il retrouva vite ses marques et, bien que fatigué par le décalage horaire, il partit tôt faire un jogging. Sakura l’apprit à son second réveil : Kero s’était levé avant elle et l’avait croisé dans la maison. Elle s’étira dans son lit et se dirigea vers la salle de bain.

- Tu vas voir Tiffany, aujourd’hui ? demanda Kerobero, en branchant la console de jeux.

- Bien sûr, répondit-elle de la salle voisine.

- Tu pourrais lui demander des anciens film de moi ?

- Des quoi ?

- Des films qu’elle avait faits de moi. J’ai envie de voir si j’ai un peu changé ou pas.

Sakura passe la tête par la porte de sa chambre.

- Ch’est une blague ? demanda-t-elle, sa brosse à dent dans la bouche.

- Non, s’envola-t-il jusqu’au lit, pour se regarder dans le miroir de l’armoire. Je veux juste être sûr de ne pas trop grossir. Avec tout ce que tu me donnes à manger, précisa-t-il à voix basse, en prenant diverses poses.

- Mais c’est bien toi qui manges tout ce qu’on te donne, tout ce que tu trouves, devrais-je dire... !

- C’est parce que ton papa cuisine comme un chef.

- Fais attention, Kero, lança Sakura en attrapant son uniforme dans la penderie. Si tu continues à te plaindre, c’est moi qui te cuisinerai tes plats.

Il se figea.

- Je crois, tout compte fait... que j’ai maigri.

- Mouais...

Elle descendit au rez-de-chaussée et avala deux boulettes de riz, son œuf et un morceau de salade.

- Moi, j’y vais. Tu viens ?

- Non, non... Je dois faire de l’exercice, répondit-il de la chambre.

- Ah... Alors, bonne sieste !

  

Sakura s’élança sur le bitume et tourna à l’angle de la rue. La maison de Mathieu n’était pas encore vendue... Elle aperçut son frère, appuyé contre un arbre, face à la bâtisse. Elle passa devait lui en lui faisant signe mais il ne répondit pas. Elle fit alors demi-tour et revint près de lui.

- Thomas ? Ca va ?

Il se redressa et s’échauffa de nouveau.

- Je te suis jusqu’à ton école, petit monstre.

Elle voulut lancer un poing en avant mais le retint finalement.

- Si tu veux.

Il se mit à courir et elle lui emboîta le pas.

- Tu pensais à quoi, devant la maison de Mathieu ? demanda-t-elle.

- A Mathieu, justement.

- Je me disais... commença-t-elle. Je me disais que ça devait être dur de le quitter ainsi.

- Oui, mais je me suis habitué à son absence. Yue ne laisse presque plus Mathieu redevenir lui-même.

- Mais Thomas, Yue est Mathieu.

- Tu as très bien compris ce que je voulais dire.

- Tu l’as dit à Yue ?

- Non. Ils sont tous très préoccupés. Et Yue leur est utile. Et puis, je crois que Yue... Enfin, laisse tomber.

Sakura se tourna vers lui mais ne posa pas sa question.

- Je suis revenu et je suis content de vous avoir revus, avoua-t-il en passant sa main dans le dos de sa sœur.

- Moi aussi.

Il accéléra légèrement et elle le laissa partir.

- A ce soir, lui cria-t-il.

Elle le vit bifurquer sur la gauche et elle jeta un œil à l’allée dans laquelle il s’était engouffré en la dépassant. Il courait. Pour combien de temps était-il ici ? Et pour quelle raison ? Mais elle préférait le laisser se confier, plutôt que lui poser trop de questions. Elle était heureuse de le revoir en vie. Après ce qui aurait pu arriver à l’atterrissage ! Et il n’en avait pas conscience. Il ne sentait plus ces choses qui l’avaient rapproché d’elle, des années auparavant.

Tiffany attendait Sakura à l’entrée du Lycée. Elle filma même son arrivée.

- Bonjour Sakura.

- Bonjour. Ca va mieux ? Tu t’es bien remise ?

- Oh oui. Je ne sais pas trop comment, mais je suis indemne. J’en oublie presque la douleur, sourit la jeune fille.

- En tout cas, tu as été très courageuse.

- C’est toi qui m’as appris à l’être. J’ai une bonne maîtresse, tu sais ?

- Arrête de me retourner tous mes compliments, la gronda gentiment Sakura. Je vais rougir...

  

Une autre semaine, la quatrième depuis l’arrivée de Kero, s’écoula sans qu’elle ne reçût de nouvelles de Lionel. Tiffany lui avait expliqué ne plus l’avoir vu depuis leurs retrouvailles. Seul Pierre, son majordome, était passé en coup de vent chez Tiffany pour l’avertir qu’ils habiteraient en ville. Et depuis, plus rien. Mais l’incident de l’aéroport avait rouvert une blessure mal cicatrisée. Et rien ne pourrait la refermer, sinon le dialogue, le pardon. Et le temps peut-être. Tout avait si vite dégénéré, trois ans auparavant. Pourquoi en étaient-ils arrivés là, tous les deux ? A cause de quoi ?

Assise sur sa chaise à roulette, entre la fenêtre et son lit, elle cherchait. Elle cherchait une solution, une réponse, un conseil. Une aide. Mais qui pourrait comprendre ? Elle roula vers son bureau et fit pivoter le cadre qui contenait une des seules photos qu’elle avait de Lionel. Que faire ? Que dire ? Pour recoller les morceaux. Pour s’excuser.

Elle attrapa d’une main le nounours qu’il avait confectionné pour elle et le serra contre elle en s’appuyant sur le dossier de son fauteuil. La lune était déjà haute sur l’horizon.

- Téléphone pour toi, petit monstre !! l’appela Thomas. Alison.

- Alison ?! J’arrive.

Elle accourut et glissa en arrivant en bas.

- Tête de linotte, commenta simplement son frère, le nez dans le journal, dans le canapé.

- Grrrr...

Elle se releva et prit l’appareil :

- Allô ? Alison ?

- Bonjour Sakura. Excuse-moi de te déranger, comme ça en soirée, mais... J’ai quelque chose à toi là...

- Pardon ?

- Je crois que c’est à toi parce qu’il y a ton nom dedans.

- Je l’ai oublié en classe ? Qu’est-ce que c’est ? se demanda Sakura.

On parla derrière Alison et celle-ci répondit vaguement à la personne.

- Allô ? appela Sakura. Tu es là ?

- Non, en fait... je l’ai trouvé dans ma boîte aux lettres. C’est... une sorte de livre. Avec un trou.

- Un livre avec un trou ?!

Kero volait avec un morceau de cake et s’arrêta net dans le couloir. Sakura fronça les sourcils en apercevant le gâteau et il le lâcha, la bouche ouverte, figé.

- Sakura, tu es là ?

- Euh, oui... Attend ! Kero ? souffla-t-elle en cachant le haut-parleur. Ta part de gâteau !! Cochon.

Il flotta dans l’air en battant des ailes de façon incohérente et se posa à côté du téléphone.

- Tu te sens bien ?

- Le livre de Clow... C’est le livre de Clow.

Sakura se figea à son tour.

- Alison. J’arrive !

- Attends, je te donne mon adresse...

  

2. Les gardiens

- Il existe encore, répéta Kero, le museau au bord du sac. Il existe encore.

Elle freina en arrivant au passage à niveau dont les barrières étaient baissées.

- Tu ne peux pas changer de refrain ? Qu’y a-t-il de si extraordinaire ?!

Il sortit son petit bras et la frappa sur la nuque.

- Réfléchis un peu ! Quand vous avez affronté Yaln, tes cartes ont décidé de vous protéger toi et Anthony. Au prix de leur existence... Elles se sont évanouies les unes après les autres.

- J’étais là, je te rappelle, murmura-t-elle à son sac alors que le train passait.

- Les cartes formaient une unité, un tout. Et elles étaient associées à... ?

- C’est une question ?

- Ouiii !

- A des pouvoirs magiques... Au sceau ! se rappela-t-elle. Elles étaient les cartes du sceau sacré de Clow Reed. Et il avait créé un réceptacle pour les garder. Le livre !

- Exact. Et aussi les deux gardiens.

- Yue et toi ?

Les barrières se levèrent et Sakura traversa les rails et s’élança sur la route.

- Evidemment... souffla-t-il. En disparaissant, les cartes ont anéanti toute la magie que Clow avait utilisé. Donc plus de cartes...

- ...Plus de livre, donc plus de gardiens, répondit-elle studieusement.

- Or je suis là. Et Yue aussi.

- Attends, l’arrêta-t-elle un instant. Tu veux dire que les cartes existent peut-être encore ?

- Non, enfin, oui.. peut-être... rahhh ! J’en sais rien ! se tordit-il en deux, dans le sac, les mains sur la tête.

- Mais alors, ce sont peut-être les cartes de Clow libérées que je combats !

- Ah ! Ca, non... bondit-il. Ces forces qui attaquent sont sauvages. Elles sont bien plus puissantes aussi.

- Sauvages, se répéta Sakura en repensant aux paroles de Lionel...

- Oui, sauvages. Mais l’existence du livre de Clow répond déjà à bon nombre de mes questions. Je sais pourquoi je suis encore en vie, notamment.

- Je croyais que vous viviez selon mes pouvoirs. D’ailleurs, Yue en avait souffert, rappelle-toi.

- Pour vivre, répondit-il, il nous faut du sang et un cœur. Ton pouvoir est notre sang, et le livre des cartes notre cœur...

- Et ton estomac ?

Il la cogna encore et elle éclata de rire.

  

L’appartement indiqué sur les notes qu’elle avait prises au téléphone se trouvait au deuxième étage de l’immeuble qui les surplombait.

- C’est là-haut. Kero, je ne veux plus t’entendre, l’avertit Sakura.

- Mais, oui, je sais me tenir...

Elle ôta ses rollers et enfila une paire de chaussures. Elle grimpa les escaliers extérieurs et atteignit ainsi le palier du second étage. Elle chercha sur les sonneries le nom de son amie. Enfin, à l’avant dernière porte, elle trouva.

- Sakura ! l’accueillit Alison. Si je m’attendais.

- J’ai été si rapide ? sourit Sakura.

- Je ne comprends pas...

- Je suis venue dès que j’ai pu.

Alison ne comprenait réellement pas et Sakura hésita un instant. Etait-ce une blague ? La voix était pourtant bien celle d’Alison.

- Entre, je t’en prie, nous en discuterons à l’intérieur.

Sakura soupira et accepta.

La salle qu’elle parcourut rapidement du regard semblait être la plus grande de l’appartement, les trois portes cachant sûrement une salle de bain et une chambre ou deux. Le coin cuisine avait été nettoyé et la vaisselle patientait sagement dans l’évier. Alison sourit quand elle comprit qu’elle était découverte.

- Oui, je n’ai pas fini de laver les couverts.

- Tu as déjà mangé ?

- On mange tôt, car Papa aime aller sur le toit regarder les étoiles. Le soleil va se coucher, et il m’a dit qu’il voulait observait des planètes bien particulières... je n’y connais pas grand chose.

- Il est sur le toit, là ?

- Et oui, murmura Alison de sa petite voix. Tu veux du café, du thé ?

- Une tisane, si tu as.

- Oui, chercha-t-elle avant de se retourner. Je n’ai que cette marque.

- Très bien.

- Assieds-toi. Fais comme chez toi. Papa m’a préparé un quatre-quart, sur la table, sers-toi. Il est délicieux.

Sakura sentit son ami gigoter dans le sac et le calma d’une tape sur le nez.

- Donne un morceau... chuchota-t-il.

- De quoi je vais avoir l’air, si elle me voit fourrer une part dans mon sac ?

- Egoïste !

Alison ne tarda pas à la rejoindre avec les tasses.

- Qu’est-ce qui t’amène ici ? demanda-t-elle en servant deux parts de gâteau.

Sakura vit son sac glisser sur le sol et posa la main dessus. Elle fronça les sourcils, prit le sac et le lança doucement vers l’entrée.

- Il sera mieux là-bas, sourit-elle. En fait, commença-t-elle, j’ai reçu un appel. Quelqu’un qui s’est fait passer pour toi.

- Ah bon ? Et de quoi était-il question ?

- De quelque chose que j’ai perdu.

Kero ouvrit grand les yeux. Une légère aura le fit frissonner de plaisir. Une aura connue. Un pouvoir affaibli mais bien présent.

- Alors, c’est à toi... mais oui ! se frappa-t-elle soudain le front. Gauthier... Que j’ai été bête.

Elle se leva et Sakura la regarda pousser la porte contre laquelle elle avait fait glisser Kero. Alison s’accroupit et avança dans le placard.

- Il doit être là.

- Tu sais de quoi je parle ? s’étonna Sakura en se levant.

- Quand on est arrivé, le facteur a déposé un colis chez nous, destiné à mademoiselle Gauthier. Evidemment, je n’ai pas compris.

- Quelqu’un l’a envoyé par courrier... répéta Sakura, abasourdie.

Quelqu’un avait voulu le lui faire parvenir !

- En fait, je ne l’ai pas ouvert. J’étais loin d’imaginer que ce colis t’était dest... là ! le voilà...

La porte du placard se referma violemment sur elle.

- Sakura ?! Sakura, c’est toi qui a fermé la porte ?

Celle-ci se leva et tenta d’ouvrir le battant coulissant.

- Ca a l’air coincé, dit-elle après plusieurs essais infructueux...

- Oh non... soupira Alison.

Kero sortit de sa cachette et se tapota le nez avec sa patte.

- Tu as senti quelque chose ? lui demanda Sakura.

- Pardon ? demanda Alison.

Sakura comprit aussitôt. C’était une de ces forces...

- Alison... ouvre le paquet. Et dis-moi ce que c’est.

- Il fait noir, tu sais, et ça ne m’aidera pas... Va chercher papa, plutôt.

- Non, non, je crois savoir comment faire, mais...

Kero lui fit signe de ne pas utiliser sa clef devant la jeune fille.

- Si tu veux, céda Alison. C’est un... oh, c’est magnifique. C’est un livre. Ah non, pardon, il n’y pas de pages. C’est un petit coffret, en fait ! C’est magnifique...

Sakura s’agenouilla et glissa une main dans les interstices de la portes. Elle savait que si elle récupérait le livre, la carte se montrerait... ne serait-ce que pour fuir.

- Pourrais-tu me le donner ?

- A travers la porte ? Il ne passera pas...

- Donne, s’il te plaît.

Alison doutait mais elle consentit à tendre l’épais livre à Sakura. Ses doigts effleurèrent la couverture et une forte lumière illumina le placard. Un vent magique s’écoulait par tous les espaces libres et envahit le salon. Une silhouette se matérialisa devant Sakura et elle aperçut un relief dans l’ombre de lumière. Elle sortit sa clef et la serra contre elle en avançant sa main vers la lueur... Sous ses doigts une poignée qu’elle saisit fermement. La lumière se rassembla au centre de l’appartement et reconstitua le Bouclier. Celui-ci enveloppa le bras de la jeune fille et elle sentit le sceptre grandir dans sa main. Elle approcha simplement l’extrémité de son sceptre de l’enveloppe matérielle et la carte se reconstitua.

Alison sortit et tendit le livre à Sakura.

- Elle se coince souvent, cette porte. Merci de l’avoir décoincée.

- De rien, sourit Sakura en voyant Kero revenir dans son sac. C’est moi qui te remercie... J’y tenais vraiment. Et je le retrouve...

- Eh bien, je suis heureuse pour toi, conclut Alison de sa fine voix.

  

3. Le piège du livre

Kero virevolta au-dessus de la couverture épaisse et se posa près du pot de crayons de couleurs, songeur :

« Mais pourquoi diable ce livre n’a pas disparu ? Il n’y a aucune logique là-dedans. Clow avait clamé haut et fort avant de disparaître que les cartes, le sceau, le livre et nous deux, désignés à vie gardiens, étions liés par le sort magique du sceau de Clow... Ce sceau n’est plus. Et pourtant Yue et moi vivons. Est-il possible que le sort nous ait uniquement liés à la détentrice du pouvoir de contrôle des cartes ? Est-ce que notre vie ne dépendrait dès lors que de la vie de notre maîtresse ? »

Sakura poussa la porte d’un coup de hanche et entra avec un plateau-repas.

- Pousse-toi un peu, souffla-t-elle en approchant.

Il fit un bond sur le côté et tira le livre avec lui.

- Sakura, ce serait bien que tu t’occupes un peu de ça ! ronchonna-t-il.

- J’y viens. Mais j’ai préparé un petit repas. Tu ne veux pas manger ?

- Tu ne manges pas avec ton père et Thomas ?

- Non, ils sont sortis. Ils ont mangé pendant notre petite promenade.

- Où sont-ils allés à cette heure tardive ?

- Qu’est-ce que j’en sais, moi ?! Viens manger, c’est bien chaud. Soirée pâtisserie, annonça-t-elle.

Kero sauta du bureau et s’assit en face de Sakura.

- Je te remercie pour ce repas qui a l’air trop bon !

Elle haussa les sourcils en le voyant se servir très modérément.

- Toi, tu as fait une bêtise...

- Mais non ! prononça-t-il alors, avalant d’un coup un énorme morceau de pancake.

- Qu’as-tu fait, encore ? demanda-t-elle en cherchant tout autour d’elle.

- Beux pas Borler... indiqua-t-il, la bouche pleine.

- Non, Kero, c’est pas sérieux... s’emporta-t-elle alors, craignant le pire.

Elle se leva et jeta un coup d’œil autour d’eux. Il avala et s’envola.

- C’est sûrement pas grand chose, commença-t-il. Mais... je n’arrive pas à sortir les cartes du livre.

Elle recula et attrapa le volume d’une main.

- Il y avait des cartes dedans ?

Elle l’ouvrit et fronça les sourcils.

- Les tiennes, précisa-t-il.

- Il n’y a rien, remarqua-t-elle en tournant le livre vers lui.

- Hein ?! s’étonna-t-il.

Mais les paroles de la peluche lui parvinrent et elle fit pivoter le livre vers elle.

- MES cartes ?!!

- Je voulais juste voir si elles rentraient... mais... Où sont-elles ?

- Kero !! enragea-t-elle. Tu es impossible. Mes cartes !!

- Elles ne doivent pas être loin, elles étaient coincées dans le fond.

Elle s’assit sur le lit et le fusilla du regard :

- Eh bien, cherche ! Car je vais t’étrangler...

Il se mit à voler dans tous les sens et chercha dans tous les recoins... Il souleva le bureau, les peluches qui bordaient la fenêtre, fouilla l’armoire.

- Oui ! Et le frigo tant que tu y es...

- Tu crois ? sourit-il.

- NON !!! Et dire que tu es le gardien de ce livre !

- Oh, ça va ! Elles sont là, je suis sûr, tout près...

- Quand tu ne dors pas en laissant les cartes s’échapper, tu les perds !

- C’est pas drôle... lança-t-il.

- Tu crois que je suis en train de me tordre de rire ?

Elle le fixa et il s’arrêta au milieu de la chambre.

- Je trouve pas... conclut-il.

Sakura prit le livre et le lui lança. La couverture se referma et Kero le prit en pleine figure, tombant avec le livre dans les peluches, sous la fenêtre. Elle attendait qu’il se relevât, mais plus rien ne bougeait entre le pingouin et la girafe qui tirait la langue. Plus un mouvement. Sakura se leva et l’appela. Puis un doute s’empara d’elle et elle se jeta dans ses poupées, les écartant sans retenue. Elle trouva le livre... Mais Kero avait disparu.

- C’est pas drôle, articula-t-elle sans trop y croire. Allez, montre-toi... Kero.

Elle fit glisser le livre de Clow sur son bureau et chercha une potentielle cachette.

Un détail. Un détail nouveau. Elle chercha au fond d’elle. Ce n’était pas comme ça, avant. La couverture du livre avait changé... La couverture du livre représentait désormais Kerobero. Le gardien des cartes avait retrouvé sa place au centre de la couverture épaisse, resserrant ses deux ailes autour d’un croissant de lune, enchaîné à un soleil radieux aux rayons ondulés. Kero... Sakura se mit à paniquer. Le livre aurait-il avalé ses cartes et son ami ? Elle eut l’idée soudaine de sortir sa clef pour vérifier qu’elle rentrait dans la serrure du cadenas magique incorporé au livre. Au bout de sa chaînette, le petit objet tournoyait et elle la décrocha. Se pourrait-il que ça libère... son... ami ?

Le téléphone sonna. Qui pouvait appeler à neuf heures et demi ?

Sakura céda aux nombreuses sonneries, posa son livre et remit sa chaîne et sa clef, pour courir vers l’entrée.

  

Un homme, dehors, sous la fenêtre frappa le mur de rage.

« Encore Tiffany qui te sauve, Sakura. Maudite sois-tu. Mes chances étaient minces cette fois et tu t’en sors encore... Ce n’est pas fini, je te le jure. »

Il releva son col et disparut dans l’ombre de la nuit.

  

- Bien sûr que ça va, sourit Sakura au téléphone.

- J’ai eu un doute et j’ai préféré appeler.

- Un doute ?

- Non, ce n’est rien, si tu vas bien alors c’est le principal.

- Mais ça tombe bien que tu appelles, finalement. Car Kero a disparu et j’aurais voulu avoir l’avis de Lionel... Tu ne sais pas où il peut être ?

- Non, Sakura, il ne m’a pas retéléphoné. Mais si ça arrive, je lui dirai que tu le cherches. Kero a fugué ?

- Non, je crois que c’est très sérieux, cette fois. Et c’est un peu ma faute.

- Tu veux que je vienne ? Nous le chercherons ensemble...

- Il est tard, Tiffany... Nous chercherons Lionel demain.

  

Sakura et Tiffany se retrouvèrent devant le temple. Elles reprirent leur souffle, toutes deux éreintées par la course à travers la ville.

- Nous avons cherché partout, réfléchit Tiffany. Où pourrait-il habiter ?

- Je ne comprends pas non plus... souffla Sakura en faisant des ronds avec ses patins.

Où se cachait-il ? Pourquoi tout ce mystère... ?

- Bonjour les filles...

Thomas les avait rejointes, en survêtement, dans son jogging quotidien.

- Tu cours le soir, maintenant ? nota Sakura.

- C’est pour garder la forme, souffla-t-il. Et ainsi j’élimine quelques kilos superflus... Ca te dirait pas ?

Elle lui asséna un coup de coude dans le ventre et il sourit, dans la douleur. Il se tordit cependant en deux mais se releva assez vite, tandis que Sakura se tournait vers le temple où elle avait rencontré Katya Moreau. Tiffany, elle, avait aperçu la douleur vive qui avait paralysé Thomas l’espace d’une seconde. Elle voulut lui parler mais il lui fit un signe de la tête.

- Et toi, Sakura, approcha-t-il. Que fais-tu là ? Tu ne devais pas faire les courses ?

- Je... bredouilla-t-elle. Je voulais revoir ce temple. Mademoiselle Moreau me manque.

- Ah, fit-il, peu convaincu. Elle me manque beaucoup aussi. Si elle ne veillait pas sur Anthony, elle serait revenue avec moi.

- C’est pour ça qu’elle n’écrit plus ?

Il sourit et posa une main sur son épaule en orientant son regard vers l’allée du temple.

- Ce n’est pas parce qu’ils sont loin, expliqua-t-il, que ceux qu’on aime nous ont oubliés. La distance permet au contraire de comprendre les liens qui nous unissent.

- Tu... tu parles de...

- De toi, dit-il. Entre autres.

Tiffany sourit.

- Katya est loin, cependant je ne crois pas qu’elle t’ait oubliée. Elle a pris conscience de ce qu’elle ressentait pour toi et elle considère que tu es toujours dans son cœur, à défaut d’être dans son présent.

Il recula et salua Tiffany.

- Elle répétait souvent que lorsque la lune n’est plus visible, personne n’ose penser qu’elle n’existe plus.

Et il reprit sa course.

- Je crois que je comprends, sourit Sakura.

- Moi, je me demande si le pouvoir de ton frère est si mort que ça.

- Pourquoi tu dis ça ?

- Intuition féminine... ou bon sens, murmura-t-elle.


Chapitre 7 : Les Gardiens de mon coeur

1. Le second gardien

- Allô ? Anthony ?!

- Non, c’est Samantha. C’est Sakura ?! bondit-on de joie au téléphone. Ahhhh !! cria-t-elle alors. Comment va Thomas ?! Il est là ? Je peux lui parler ? Je suis contente de te parler. Ton frère est là ?

- Oui, mais je voudrais parler à Anthony. C’est assez urgent en fait.

Tiffany acquiesça, en face de Sakura, et servit deux verres de jus d’orange.

- Bon, fit Samantha, un peu triste, je vais voir... Et après tu me passes Thomas ?!

Tiffany éclata de rire et Sakura secoua la tête. Silence au bout du fil.

- Elle n’a pas changé, confia Tiffany.

- Oui. J’espère qu’Anthony aura des réponses à nos questions.

- Ce qui est étrange c’est que Kero apparaisse sur la couverture, continua Tiffany. Avant que tu ne le libères, lui et les cartes aussi, au tout début, il les gardait depuis cette place. Mais depuis, il n’y était jamais retourné.

- Non. Enfin, je crois... hésita Sakura. Non, je ne pense pas.

- Alors pourquoi maintenant ? Et il y a une autre question qui me vient, ajouta Tiffany...

- Laquelle ?

- Ne pourrait-on pas penser qu’avant que tu le libères, Kero était...

- Allô ?

- Anthony ? demanda Sakura en interrompant son amie.

- Non, c’est encore Samantha. Il est au temple avec Katya, mais j’ai quelqu’un qui est là et qui veut te parler...

Sakura patienta au téléphone et finit par entendre une conversation agitée de l’autre côté...

- Non !! Hors de question.

- Moi, répondit-on, je ne lui parlerai pas pour toi. Il serait temps que tu penses à vivre dans notre monde !

- Mais je ne sais pas utiliser ça, moi.

- Débrouille-toi ! cria-t-on avant que le son d’un claquement de porte résonne dans l’appareil.

Sakura fronça les sourcils et :

- Euh... fit-on dans l’écouteur. Allô ?

- Mathieu ? demanda Sakura.

- C’est... euh, non... il faut prendre ça dans la main... Allô ? Bonjour Sakura. C’est Yue.

Elle éclata de rire, en imaginant son ami-gardien-ailé penché au-dessus du combiné de téléphone.

- Que se passe-t-il ? demanda-t-il alors.

- J’ai un... problème, lança-t-elle en calmant son rire.

- Je t’écoute.

Le simple son de sa voix la fit recouvrer la gravité qui accompagnait son appel.

- Kero a disparu. Et je voulais que Anthony, enfin Clow, me conseille.

- Kero a disparu... Etrange.

- Oui... en fait, commença-t-elle. J’ai retrouvé le livre de Clow. Et Kero s’est fait... comment dire ? « avaler » par lui.

Le silence au bout du fil.

- Clow médite. Mais il ne serait pas d’accord pour que je te laisse continuer avec cet obstacle majeur.

- Comment ça « continuer »? Tu sais quelque chose ? un obstacle à... quoi ?

- C’est trop grave pour ne rien faire, Sakura. J’arrive.

- Yue ?! appela Sakura quand elle n’entendit plus sa voix.

- Oui, je suis encore là. Je ne sais pas où on repose cet objet.

- Ah ah ah...

  

Deux jours plus tard, le vendredi, Sakura n’avait encore eu aucune nouvelle. Elle avait laissé à Thomas son téléphone portable et elles avaient apporté celui de Tiffany à la patinoire. Depuis l’apparition de la carte du Sable, ils n’y étaient pas retournés et Sandrine avait trouvé judicieux d’y passer cette fin d’après-midi pluvieux. En arrivant sous le perron, Sakura et Tiffany ôtèrent leur imperméable et se regardèrent. Elles avaient eu la même idée : Sakura plongea la main dans sa poche et sortit le portable.

- Pas de messages, annonça-t-elle.

- Bon, alors amusons-nous ! proposa Tiffany.

Elle entraîna son amie à l’intérieur et très vite, elles se changèrent. C’est Yvan qui vint les accueillir près de la glace. Il se laissa glisser et freina devant elles.

- Bonjour toutes les deux !

Sandrine et Sonya le rejoignirent et saluèrent à leur tour les nouvelles arrivées.

- C’est bien d’être venues ! On va vraiment s’amuser ! lança Sonya.

- Tu as l’air d’aller un peu mieux Sakura, nota Sandrine.

- Comment ça ?

- Je m’inquiétais. Tu étais toute patraque depuis deux jours.

- Tu avais... remarqué ?

- Bien sûr !

Tiffany sourit et serra la main de Sakura.

- Je ne sais pas ce qui te tracasse mais j’espère que tu peux faire une trêve aujourd’hui, sourit Sandrine.

- Je sais ! s’exclama Yvan. Tu laisses tes sentiments en dehors de la glace. On arrête le temps pour l’après-midi.

- C’est une bonne idée, reconnut Sandrine. Elle est de toi ?

- D’accord, souffla Sakura. J’oublie tout pour cet après-midi.

- Très bien !

Elle posa un pied sur la glace et passa entre eux en se laissant glisser dans le mouvement général.

- Tu viens ? demanda Yvan à Tiffany qui longeait la bordure en bois, côté ciment.

Elle brandit son caméscope et lui sourit.

- Je vais d’abord vous filmer !

- Ah ! fit-il en s’éloignant.

Tiffany s’accouda à la rambarde et laissa errer son objectif sur la piste de glace. Le mouvement souple de la foule sur patins glissait à merveille sur le film et elle profita des passages de Sakura et de ses amies pour les filmer de profil. Elle longea ainsi la circonférence de la patinoire et saisit sur sa bande tout ce qui ferait de merveilleux souvenirs... Sonya qui volait presque sur la glace. Sandrine, accrochée au bras d’Yvan, son regard tendrement posé sur lui, souriant, pour le laisser raconter encore une de ses histoires, avant de secouer la tête et de se laisser glisser sur le côté. Et Nadine, pendue à un inconnue qui l’aidait à se relever. Et cet enfant qui la frôla, la catapultant dans un groupe de jeunes. Sakura arrivait et prit aussitôt sa défense, leur tirant effrontément la langue. Et voir Alison qui...

- Tiens, s’éloigna un temps Tiffany de son écran. Alison est là.

Celle-ci rejoignit Sakura et glissa à ses côtés. Elles se saluèrent et discutèrent un peu. Tiffany baissa son objectif et regarda longuement son amie patiner. Cette amie qu’elle connaissait depuis tant de temps, maintenant. Une véritable amie qui lui avait pardonné si facilement le mensonge... Une amie qui ne l’oubliait jamais et dont les attentions ne manquaient pas. Une amie... Sa meilleure amie. Elle sourit.

Elle reprit son caméscope et filma les deux jeunes filles qui filaient sur la surface glacée. Elles allaient plutôt vite. Et Alison lança visiblement un pari à Sakura. Elles se serrèrent la main et se lancèrent dans la masse, filant comme le vent entre les groupes, elles se faufilaient sans heurts et sans ralentir. Tiffany n’en crut pas ses yeux. Sakura glissa sur le côté et redonna plusieurs coups de patin pour accélérer encore plus. De l’autre côté, Alison, venait d’agir de la même façon. Sakura levant le bras et redoublant d’effort. Mêmes gestes d’Alison. Les coudes, ensembles... Les genoux, la posture, le visage et l’allure... identiques.

La sonnerie retentit alors et la foule quitta assez rapidement la piste tandis qu’Alison et Sakura se rejoignaient au centre pour se serrer la main. La machine à lisser la glace sortit de son garage et se dirigea sur la piste. Quelle impression étrange...

  

2. Identiques

- Identiques, tu dis ? sourit Sakura en saluant Alison qui se dirigeait vers la cafétéria de la patinoire.

- Oui, c’en était troublant, tu sais. Vous avez négocié les courbes de votre course de la même manière. Avec cette foule !

- Oh, je crois que nous nous débrouillons bien, voilà tout, sourit malicieusement Sakura. Ca m’a fait tellement de bien !

- Et j’ai tout filmé ! annonça Tiffany.

- Je sais, j’ai vu. Tu as vu quand je t’ai fait coucou ?

- Oui, oui.

- Kero aurait peut-être aimé venir, dit-elle alors.

Ses propres paroles lui revinrent comme un écho et elle se rendit compte de ce qu’elle avait dit.

- Kero, murmura-t-elle. J’avais oublié qu’il...

- Personne n’a appelé, la rassura Tiffany. Alors amuse-toi. C’est bien de décompresser !

- Oui, tu dois avoir raison.

La sonnerie retentit et le haut parleur appela les meilleurs patineurs à se présenter sur la piste pour la roder.

- C’est à toi ! lui souffla Tiffany.

Alison entra un peu plus loin et elles se firent signe. Tiffany attendait près des autres et Sonya souffla :

- Moi, je n’aime pas ce moment-là.

- Pourtant tu patines bien ! remarqua Yvan.

- Mais ce sont des fous !

Les premiers tours furent calmes et soudain Alison et Sakura s’élancèrent. Filant sur la glace, elles traçaient de larges sillages derrière elles et elles rattrapèrent en un rien de temps le groupe des meilleurs. Elles les traversèrent sans les toucher et reprirent leur course. Tous étaient cloués sur place. Tiffany ne put s’empêcher de remarquer les mouvements parfaitement coordonnés des deux amies. Les mêmes mouvements de bras, de hanches et à la seconde près les pas s’enchaînaient parfaitement.

- Ne me dites pas qu’elles ne se sont pas... préparées ! souffla Sandrine.

Mais la question ne se posait pas. Elles se découvraient l’une l’autre aujourd’hui. Et leur course devint plus ardue encore lorsque Sakura, sourire aux lèvres, frôla de près la barrière, soufflant ses amies au passages. Alison, poussée contre le mur, revint à la charge et déjà un autre tour se finissait. Elles volaient littéralement l’une autour de l’autre et la foule s’était arrêtée, muette. Tous encourageaient désormais les deux filles extraordinaires. On applaudit puis une voix demanda dans l’émetteur de libérer la glace. On hua l’homme et la foule s’enflamma pour les deux patineuses, qui frôlaient le rebord en se coupant la route à tour de rôle.

- Quelqu’un trouve ça anormal, lui aussi ? demanda Yvan.

Les trois amies levèrent la main, bouche bée.

Tiffany filmait. Sakura avait toujours été extraordinaire. Mais là...

Elles ralentirent finalement et se retrouvèrent au centre de la patinoire pour se congratuler. C’est une salve d’applaudissements qui les accueillit alors. Elles revinrent vers le bord et les gens entrèrent à leur tour, en les saluant.

- Que se passe-t-il ? s’étonna Sakura, en arrivant près de ses amis, toujours figés de surprise...

- Vous êtes... surprenantes ! bafouilla Nadine.

- Je n’aurais pas dit mieux, lança-t-on devant le groupe.

Le jeune homme leur sourit en s’appuyant à la rambarde.

- Lionel ?! C’est bien toi ? s’écrièrent-ils tous. Ca va ? Tu es revenu quand ?! Sakura ne nous avait rien dit ! C’est chouette ! Tu vas rester ? Stéphanie est là ? Tu es arrivé quand ? C’est vraiment chouette !

Sakura le dévorait des yeux. Il fit la bise aux autres et s’arrêta face à elle.

- Bonjour Sakura, murmura-t-il, le sourire large. Belle démonstration...

- Lionel ? l’appela une voix plus volontaire et impatiente.

Tous s’attendaient à voir Stéphanie.

- Oui, Coréane, répondit-il. On m’attend, siffla-t-il. A plus tard !

Il s’éloigna et Sakura s’avança contre le rebord sans avoir le courage de l’appeler. Tiffany dévisagea les autres et un simple hochement de tête leur indiqua de ne pas trop poser de questions. Ils les quittèrent et rejoignirent la glace.

- Tiffany, tu la connais ? Tu crois que...

- Je ne sais pas.

On venait de poignarder Sakura en plein bonheur. Pourquoi était-il là ? Pourquoi avec cette fille ? Et pourquoi se vide se creusait-il en elle alors qu’elle l’avait cherché désespérément ces derniers jours ? Il était désormais si près d’elle et si loin à la fois. Elle sentit son cœur se serrer et il passa non loin sans les regarder. Tiffany prit Sakura dans ses bras :

- Ca va aller ?

- Je ne sais plus... je ne sais plus ce que je ressens, Tiffany.

- Tu l’aimes ? demanda-t-elle en suivant l’objet de cette tristesse du regard.

- Je ne sais plus. Je l’ai si violemment repoussé. Je l’ai brisé. Je l’ai détruit. Et il est parti... Tiffany, c’est moi la fautive...

Tiffany sentit que Sakura pleurait. Elle passa un bras dans son dos et vit passer Lionel, une main sur les hanches de cette fille.

Puis Sakura recula rapidement.

- Je suis bête, Tiffany, fit-elle en passant deux doigts sous ses paupières.

- Pourquoi ?

- Parce que je sais que c’est fini entre nous. Je le sais... et je m’entête.

- Ne sois pas si sévère. Des choses se sont passées et...

- Oui, c’est... du passé, se retourna-t-elle vers la piste.

Elle posa un pied sur la glace et inspira profondément... Mais non... La douleur était encore bien là. Son retour n’était qu’un fil de sa cicatrice qui s’ouvrait. Et cela la décourageait. Elle ferma les yeux et sentit son cœur se vider. Et les larmes coulèrent. Eclairant ses yeux, humidifiant ses paupières, sinuant sur ses joues, perlant sur son menton, et filant vers la glace, s’écrasant mollement dans le gel. Elle recula finalement, se mordillant la lèvre inférieure, et secoua la tête avant de se diriger vers la terrasse. Tiffany fronça les sourcils.

Lionel arrivait et ralentit en passant devant Tiffany. Il s’arrêta plus loin et se retourna. Puis il glissa vers la jeune fille.

- Où est Sakura ?

Tiffany fit un pas en avant et le gifla sèchement. Il se recula, déstabilisé et elle le fusilla du regard.

- Je t’ai vu en faire des bêtises. Mais tu as dépassé les bornes. Tu lui mets cette fille sous le nez pour la faire souffrir.

- Je l’avoue, souffla-t-il froidement. Pourquoi te le cacher ?

- Tu es odieux. Ou alors... tu n’es pas sincère, Lionel. Tu peux très bien me mentir, lui lança-t-elle, mais épargne Sakura.

- C’est mon affaire, pivota-t-il sur ses patins.

- C’est aussi la mienne, si tout ça a un sens plus profond...

Il ouvrit grand les yeux sans la regarder.

- Je le savais... chuchota-t-elle.

- Mêle-toi de tes affaires, Tiffany.

Il s’éloigna et elle rejoignit Sakura, sur la terrasse.

  

La nuit tomba. Quelque part dans le froid, dans un recoin, une effervescence... Dans la pénombre et le froid, une bulle, puis deux. Trois. Et bientôt une nuée. La tache salée sur la glace fumait légèrement. La larme avait réveillé une force...

« La larme de Sakura... songea l’homme qui patientait devant les portes closes. Une simple larme. »

  

Son père souriait devant son écran de télévision lorsque Sakura se leva. Elle passa dans la cuisine et se servit dans la corbeille de beignets.

- Tu n’es pas au travail ?

- Non, j’ai donné son week-end à Linda. Elle travaille très assidûment depuis le début et nous avions besoin de repos tous les deux.

- Elle est comment, au fait ?

- Studieuse. Sérieuse et active. C’est une très bonne stagiaire et je ne doute pas qu’elle ira loin.

- Je te crois, s’installa-t-elle à côté de lui. Si tu le dis ! Tu sais si bien comprendre et deviner les gens qui t’entourent, sourit-elle malicieusement.

Il prit la télécommande et haussa le son. A l’écran, un quartier de la ville. Une journaliste prit place dans la petite lucarne :

- Comme vous le voyez, il est très difficile de stopper la progression de cette marée de mousse qui semble se déverser en flot continu depuis le complexe sportif...

Sakura se redressa en voyant la patinoire, au second plan, débordant par toutes les ouvertures de vagues de mousse blanche épaisse et molle.

- Personne n’a seulement pu pénétrer cette mousse qui, semble-t-il, serait plus compacte à l’intérieur. Le risque dès lors se situe dans la résistance des murs du complexe. Et quel phénomène est à l’origine de cette incongrue marée savonneuse ? Toutes les arrivées d’eau ayant été coupées autour de la patinoire, personne ne s’explique dès lors la progression de la mousse. On peut néanmoins déjà penser que c’est là l’œuvre de vandales.

- Eh bien, ils ne savent plus quoi inventer ! sourit Dominique en se levant. Je vais faire des courses pour demain.

- Non... Je vais y aller... intervint Sakura. Je m’habille et... j’y vais... Ca me... ça me réveillera !

- Si tu veux, je te prépare la liste.

  

Sakura poussa un peu plus sur ses rollers et accéléra en longeant le parc.

- Tu n’es pas au courant ? demanda-t-elle à Tiffany, au téléphone.

- Non... C’est une carte ?

- C’est la carte des Bulles... c’est certain... Mais je n’ai aucune carte pour l’attraper ! Je m’y rends. C’est à la patinoire.

- A la patinoire ? J’arrive. Etrange tout de même, nous y étions hier !!

- Oui, oui, nous verrons ça, je t’y attends.

Elle raccrocha et bifurqua vers l’avenue principale.

  

3. La capture impossible

Quand la Rolls-Royce arriva en vue de l’avenue concernée, la circulation était interrompue. Le chauffeur se retourna vers elle et la femme haussa les épaules.

- Je vais y aller à pieds !

- Bien, mademoiselle. Soyez prudente.

Tiffany quitta la voiture, emportant son caméscope et le sachet qui contenait la nouvelle tenue. Le téléphone sonna.

- Tiffany ? Monte dans ce bâtiment, je suis au sommet, tu me vois ?

Elle fit un signe à son amie et entra dans l’immeuble. L’ascenseur la hissa vers le toit et elle finit à pieds dans un escalier de secours. Quand elle déboucha sur la terrasse, ce fut la surprise : les bulles atteignaient le sommet de la patinoire de l’autre côté de l’avenue et elles progressaient toujours plus vite...

  

Mathieu sourit à la petite fille qui était tombée près de lui et qu’il avait aidée à se relever dans l’allée de l’avion.

- Merci monsieur.

- Rejoins vite tes parents.

Elle se remit à courir et il se tourna vers le hublot de son voisin.

- Nous arrivons, lui lança celui-ci en voyant la ville sous eux. Oh ! regardez !! C’est quoi cette tâche blanche, là-bas ?!

Mathieu se pencha et sentit un malaise l’envahir... Il aperçut ses mains devenir pâles et les cacha subitement. Sakura... L’être qui l’habitait sentait le danger. Et voulait se réveiller. Il se leva et se dirigea vers les toilettes.

  

Sakura leva les yeux vers le bruit qui les survolait de loin. Cette force...

- Qu’y a-t-il ? demanda Tiffany. Mathieu ?!

- Oui. Mais j’aimerais qu’il se dépêche...

Elle sortit sa clef.

- Il faut essayer avant que ça ne paralyse tout le centre.

Elle tendit les mains en avant, paumes face à face, légèrement tournées vers le ciel, et ferma les yeux.

- Attends ! l’arrêta Tiffany. J’ai ce qu’il te faut !

- Une tenue ?!

  

Quand Sakura se fut changée, elle reparut devant son amie qui s’émerveilla une nouvelle fois. Couture fine et près du corps. Un ensemble de soie avec pour motif d’innombrables bulles. Plusieurs voiles se détachant majestueusement de sa taille pour épouser la forme de ses jambes.

- Je peux y aller ?

Caméra au poing, Tiffany sourit :

- Action ! cria-t-elle.

Les trois cercles apparurent alors sous les pieds de Sakura et un vent magique se mit à tournoyer.

- Clef du sceau Terrestre ! s’écria-t-elle, la clef entre les paumes. Reprends ta forme originelle et accomplis ton devoir. Moi, Sakura, chasseuse de cartes, je te l’ordooone !!

La clef s’allongea au creux de ses mains et tournoya vivement. Brandissant le sceptre devant elle, elle le rabattit en arrière et le projeta en avant, l’arrêtant dans le vide :

- Carte des Bulles, quitte la forme qui est tienne. Deviens Carte. Carte de l’éternel !!

Des bulles s’élevèrent de la masse et s’éparpillèrent dans les rues voisines, répandant plus rapidement encore leur masse.

- Carte des B... cria de nouveau Sakura.

 - Non ! attends... l’arrêta Tiffany, ça les multiplie !

  

Mathieu se glissa dans l’étroit escalier en colimaçon et se dirigea vers la porte de la soute. Puisque l’avion ne se poserait pas assez vite... Il tomba contre la paroi et de gigantesques ailes l’enveloppèrent. Yue jaillit alors et concentra sa force sur la paroi de la soute. D’un seul coup, il se retrouva de l’autre côté, et le souffle des moteurs le propulsa dans l’air brûlant. Il se freina et se maintint finalement au-dessus de la ville. Direction, Sakura !

  

- Dieux de la foudre ! cria-t-on sur un toit plus loin. Détruisez ces bulles !!

Sakura et Tiffany firent volte-face et aperçurent Lionel, en tenue. Le ciel clair se couvrit et la foudre fondit dans les bulles.

- Tu es fou ?! lui hurla Sakura. Et s’il y a des gens dans la mousse ?!

Il inspira profondément, les yeux braqués vers le sol.

  

Yue traversa la soudaine épaisseur de nuages et aperçut Sakura.

Elle le sentit arriver et Lionel haussa les sourcils en voyant le gardien se poser de l’autre côté de la rue. Il sortit un autre sort et brandit son épée.

- Dieux du vent, dispersez ce nuage de mousse !!

- Non, cria Tiffany, ça la répand !

Le vent souleva en nappes le lit de bulles et les rues voisines s’emplirent de mousse.

- C’est malin, murmura Sakura.

- Tu n’as plus de cartes ? demanda Yue.

- Non, les forces que j’ai capturées ont disparu dans le livre de Clow.

Yue concentra son pouvoir dans une de ses mains et de fins cristaux apparurent. Ils foncèrent sur l’épaisse nuée de bulles et la traversèrent.

- Je crois que c’est Lionel qui a la solution. Comme vous n’avez rien, ni l’un ni l’autre. Il faut désassembler chaque bulle.

- Grâce à l’électricité, s’avança Tiffany.

- Alors, reconnut Sakura, je ne peux rien faire.

- Dieux du Tonnerre, s’écria Lionel. Immobilisez ces bulles !!

Les éclairs parcoururent les quelques rues, lézardant les vitres, soulevant les voitures, électrifiant tout le quartier. Bientôt, tout le puissant courant fut attiré par l’eau des bulles.

- Dieux du Tonnerre, s’époumona-t-il. Foudroyez ce nuage !

La masse des bulles désépaissit soudain et le niveau baissa peu à peu. Bientôt la rue réapparut. Et la patinoire aussi.

Yue demeurait sceptique et fouillait le sol de son regard perçant.

- La force s’est retirée, conclut-il. Mais elle reviendra.

Sakura lui sauta au cou.

- Je suis tellement heureuse de te revoir, Yue !

Tiffany aperçut Lionel tourné vers eux qui s’en allait. Elle lui fit signe et il sourit.

- Tu veux que je me transforme en Mathieu ?

- Non, je veux être d’abord un peu avec toi, souffla-t-elle en le serrant plus fort encore.

Il esquissa un sourire et posa une main dans les cheveux de Sakura.

  

En arrivant à la maison, Thomas se jeta dans les bras de Mathieu. Dominique le salua discrètement.

- Tu aurais pu prévenir !! le gronda Mathieu.

- C’est ta sœur qui en a eu l’idée.

- Je suis si heureux de te revoir...

- On s’est quittés il y a à peine deux semaines, sourit Mathieu.

- Et c’est énooorme !!

- C’est vrai.

- Entrez, les garçons. Ne restez pas à la porte.

- J’ai les courses, Papa !! s’exclama Sakura.

- C’est donc pour ça que tu as voulu y aller à ma place, murmura Dominique en débarrassant sa fille.

- Ca tombe bien que tu sois là Mathieu, lança Dominique depuis la cuisine. Tu réussiras peut-être à convaincre Thomas de nous accompagner demain.

- Où ça, papa ? demanda Sakura.

- Papa à promis à son amie du travail, expliqua Thomas, de l’emmener demain près du lac de Tukayuno.

- Ca te dit Sakura ? demanda la père.

- Oh oui ! Je peux téléphoner à Tiffany ?

- Préviens-là dès ce soir, alors ! Et toi Mathieu ?

Thomas le supplia du regard de se taire.

- Oui, volontiers, monsieur Gauthier. Ca me ferait vraiment plaisir.

- Vendu, soupira Thomas. Tu me revaudras ça !


Chapitre 8 : Un Dimanche au bord de l'eau

1. Nos discussions

Sakura se pencha à la fenêtre de sa portière et regarda son frère passer en moto avec Mathieu accroché à lui, tandis qu’ils quittaient la maison.

- Ne roulez pas trop vite ! leur cria-t-elle.

- On peut avoir confiance en ton frère, sourit Tiffany.

- Oui, je sais, mais...

- Tiffany a raison, ajouta Dominique. Thomas est quelqu’un de sérieux. Vous êtes prêtes, toutes les deux ?

- Oui, oui, répondit Sakura.

- Ce n’est pas trop tôt pour toi, Tiffany ? demanda Dominique en démarrant.

- Non, non, monsieur Gauthier, j’aime bien dormir un peu le matin, mais pas quand je sais quelle merveilleuse journée je peux passer avec mes amis.

Il sourit et s’avança sur la ruelle.

- Tant mieux. Pour Sakura, ça a été un dur réveil... éclata-t-il de rire.

- Papa... tu ne vas pas t’y mettre aussi ! Thomas n’arrête pas de m’embêter. J’ai mal dormi, expliqua-t-elle aussitôt à Tiffany.

- Je comprends.

- Nous passons chercher Linda et la journée pourra bel et bien commencer, annonça le père.

  

Linda les attendait devant la haute haie de son jardin. Elle habitait en colocation avec une étudiante étrangère et elle avait été réveillée très tôt le matin, à cause des amis de cette dernière. La route défilait depuis bientôt une heure et la discussion allait bon train. Linda n’était pas avare de paroles. Elle leur avait expliqué, à Sakura et à Tiffany, qu’elle comptait bien poursuivre des recherches sur des antiquités européennes qui l’avaient séduite lors d’une visite à Paris alors qu’elle n’avait qu’une dizaine d’années. Elle avait quitté sa famille pour venir étudier au Japon. Linda était française.

- C’est joli la France ?

- Oui. Ce qui est passionnant, c’est de comparer nos habitudes si différentes. Ne serait-ce que l’école, remarqua-t-elle. Le système japonais me plaît beaucoup. La France est le pays de mon enfance, de mes amis, de mes racines. Mais c’est ici, au japon que je me sens pleinement vivre. Comme si quelque chose m’appelait, expliqua-t-elle, perdue dans ses pensées.

Quand elle revint à elle, elle remarqua que Dominique souriait et que les deux jeunes filles la dévisageaient.

- Oh, excusez-moi. C’est un peu bête.

- Pas du tout, répondit Tiffany. C’est très romantique.

- Merci, souffla-t-elle toute rouge.

- Ta mère aussi, Sakura, aimait ce pays. En fait, je crois qu’elle aimait tous les pays. Elle croquait la vie à pleines dents, expliqua-t-il pour Linda. Son seul sourire illuminait mes journées. J’ai même l’impression, après tant d’années, que les photos d’elle continuent à dégager cette aura si particulière. Comme si ce qui lui appartenait s’était imprégné de ses sentiments.

- Je comprends très bien, souligna Linda. J’ai perdu mon père très tôt.

Elle ouvrit un peu la vitre et ses cheveux soyeux s’envolèrent légèrement. La campagne de cette région ne semblait pas être touchée par les premières couleurs de l’automne qui approchait. De larges étendues verdoyantes entrecoupées de cultures rejoignaient le pied des monts Isemu et Saki.

- Il respirait l’autorité et l’amour à la fois. Il n’est jamais vraiment mort pour ma mère. Il vivait en chacun de nous. Dans notre région, un cidre porte son nom. C’est mon père qui a réussi à relancer la production, il y a des années.

- Un cidre ? demanda Sakura.

- C’est un alcool très doux. A base de pommes.

- Je crois que nous arrivons, lança Dominique en désignant du menton le vaste lac qui s’allongeait en contre-bas.

- C’est beau !! s’extasia Sakura. Ouhaou !

Elle se retourna vers Tiffany et tomba nez à nez avec son caméscope.

- Un joli sourire, Sakura...

- Tiffany... ronchonna-t-elle amicalement. Filme plutôt ce lac !

- Mais le lac plus toi, c’est divin !

  

Le repas de midi se termina dans la bonne humeur. Tiffany, Sakura et Mathieu s’étaient approchés de l’eau et Tiffany choisit un meilleur angle pour les filmer. Sakura jeta un œil vers Thomas, près de la voiture, vérifiant la mécanique de sa moto. Linda et Dominique s’étaient installés plus loin et discutaient de leur travail à venir. Mathieu tourna la tête vers la voiture puis sourit à Sakura :

- A quoi tu penses ? demanda-t-il.

- A mon frère. Pourquoi est-il comme ça ?

- Tu veux dire... distant ?

Il haussa les épaules et se tourna vers l’étendue calme.

- Il m’en veut, je crois. Enfin, pas à moi...

- A qui alors ? Je ne comprends pas.

- A cet être qui m’habite.

- Yue ? Thomas en veut à Yue ?

- Je ne sais pas encore beaucoup de choses, mais ce Yue aide ton ami anglais et je perds très facilement conscience là-bas.

- Anthony médite, il paraît.

- Je ne sais pas. Mais Thomas le vit assez mal, je crois.

Il fixait le lointain et Sakura prit sa main.

- Vous avez tellement changé, tous les deux, fit-elle. Tu étais plein de vie, avant. Tu me procurais la force de continuer même lorsque c’était difficile. Tu m’avais expliqué que je ressentais un amour fraternel pour toi.

- Je me souviens.

- Mais je crois que tu te trompais. Et je t’ai toujours aimé, Mathieu.

Il ne dit rien.

- Et je ne comprends pas ce qui vous a autant transformés...

- Le destin, souffla-t-il.

- Comment ça ?

- Nous n’étions peut-être pas faits pour rester ensembles. Nous nous sommes connus parce que Yue devait t’approcher, mais quand tout fut fini, je...

Elle lui mit une main sur la bouche.

- Tu... hésita-t-elle. Tu te rends compte de ce que tu dis ? Jamais le Mathieu d’avant n’aurait parlé comme ça.

Il ôta sa main.

- Je sais.

- Va lui parler. S’il te plaît. Vous êtes amis.

- Il m’a sauvé la vie, si j’ai bien tout compris, lança Mathieu, pensif. Et moi, je ne peux rien faire...

- Si. Va lui parler. Retrouvez ce qui vous liait. C’est tout ce qui importe. Ce qui vous liait.

Il tourna la tête vers Thomas. Celui-ci avait levé le nez et se redressa, un chiffon à la main.

- Tu dois avoir raison.

Il déposa une bise sur son front et la quitta. Tiffany revint, caméra au point.

- Tu es incroyable Sakura.

- Il est si malheureux...

- Maintenant, il faudrait que tu sois capable d’écouter tes propres conseils !

Sakura ouvrit grand les yeux.

- Comment ça ?

- Je ne dirai rien de plus, sourit Tiffany. On va faire un tour ?

  

Le ciel se couvrait peu à peu depuis le milieu de l’après-midi. Le soleil descendait sur l’horizon quand Dominique descendit au bord de l’eau où Sakura et Tiffany discutaient.

- Sakura ? Tu peux aller prévenir Mathieu et ton frère qu’on ne va pas tarder. Ces nuages sont menaçants, expliqua-t-il en pointant le nez vers le ciel.

- Oui, bien sûr, répondit-elle.

Elle se leva et aida Tiffany à ranger les quelques fleurs qu’elles avaient cueillies et étalée pour les arranger sur un carré de tissu. Elle confièrent le bouquet à Dominique et cherchèrent tout d’abord du regard pour les apercevoir. Mais Thomas et Mathieu s’étaient éloignés depuis bientôt deux heures et Tiffany proposa de ne pas tarder, pour éviter la pluie menaçante.

- Avec Linda, nous allons ranger les affaires. Ne tardez pas, il fera bientôt nuit.

- D’accord Papa.

Il les quitta et elles empruntèrent le chemin qui longeait le lac, serpentant plus loin dans la prairie entre les bosquet et les cultures.

- C’était une si belle journée, souffla Sakura, et voilà qu’il va peut-être pleuvoir.

Tiffany rangea son caméscope dans son sac et aperçut le livre que Sakura lui avait confié. Elle l’attrapa et passa le bras dans une des sangles.

- Quand je pense que Kero est coincé là-dedans...

Sakura acquiesça.

- Mais que peut-on faire ? Il faudra que j’en parle à Yue. Il n’est pas très bavard pour le moment, et il laisse souvent la place à Mathieu. Plus en tout cas que ce que disait Thomas.

- Justement, parce que là-bas on avait besoin de lui. Mine de rien, Yue n’est plus aussi froid et solitaire : il pense à ton frère, car il sait que celui-ci a sacrifié ses pouvoirs pour le sauver.

Elles avaient parcouru une bonne distance, et longeaient un des bras du lac, dont le relief des rives les cachait du parking où les deux adultes patientaient. Une forêt clairsemée habillait ce versant de colline et les deux jeunes filles s’arrêtèrent près d’un chemin qui pénétrait le bois.

- Tu crois qu’ils sont entrés ? demanda Sakura.

- Pour en être sûres, toi tu suis ce chemin et moi je continue autour du lac.

- D’accord, à tout à l’heure.

Sakura sortit du chemin et s’enfonça dans le bois.

  

2. La rage

Sakura avait bien entendu un cri. Elle se mit à courir à travers bois et déboucha de l’autre côté de la forêt. Thomas était au sol et Yue apparaissait, décroisant les plumes de ses ailes. Flottant à quelques centimètres du sol, il les dévisagea, Sakura s’étant accroupie pour soutenir son frère.

- Thomas, ça va ? lui demanda-t-elle.

- Oui, oui. Arrête de t’inquiéter pour moi, lui rétorqua-t-il en se relevant. Yue, cracha-t-il alors, tu n’as pas le droit de le monopoliser ainsi. Mathieu n’est pas ton jouet.

Yue se crispa soudain et posa un pied au sol. Le visage de Mathieu revint l’instant d’un flash et Yue abaissa un genou.

- Je ne suis pas Mathieu ! Quand vas-tu le comprendre ? Il n’est qu’une apparence. Il n’est rien d’autre !

- Que se passe-t-il ?! s’écria Sakura.

- Ton ami, siffla Thomas, se croit plus important que le mien.

- Mon quoi ?

Yue se concentra et devint plus lumineux. Il se remit à flotter au-dessus de l’herbe balayée par le courant d’air généré par son pouvoir.

- Yue ? demanda-t-elle en se tournant vers lui. Qu’est-ce que tu as ?

Mais sa lumière faiblit encore et elle délaissa son frère pour l’approcher. Il ouvrit un œil et la suivit du regard.

- Que fais-tu ? articula-t-il.

- Yue, calme-toi. Que t’arrive-t-il ?

Elle voulut poser une main sur son épaule et il la projeta en l’air. Thomas sauta sur le côté et l’attrapa au vol. Il roula dans l’herbe et s’allongea, fatigué.

- Tu as osé, souffla-t-il pourtant... toucher à ma sœur...

Thomas eut du mal à se relever, mais il s’appuya sur une main et fixa Yue :

- Ose simplement dire que ce personnage que tu as créé n’avait pas sa propre volonté, sa propre conscience, ses goûts, ses humeurs... Ses propres sentiments.

- Mathieu est une part de moi qui demandait à s’extérioriser, murmura Yue, à la limite de l’énervement, contenant ses émotions. Mais il n’est en rien tout ce que vous lui attribuez. Il n’était pas quelqu’un... Il était quelque chose.

- Non, réfléchit Sakura. Tu as tort.

- Arrêtez. Ca suffit...

Il s’envola et les survola sans les regarder. Puis il disparut entre les arbres.

- Quelque chose n’est pas clair, Sakura, lança Thomas. Rattrape-le, il n’est plus lui-même.

- Comment... tu le sais ?

- Je le sens.

Il transpirait à grosses gouttes et s’essouffla vite.

- Je ne peux plus courir. J’ai mal partout.

- Pourquoi ?! Que se passe-t-il ?! Tu es malade ?

Thomas ne répondit pas et réfléchit.

- Va le chercher, souffla-t-il. Je vais essayer de rentrer... à la voiture.

Elle hocha le menton et se leva. Puis elle se mit à courir entre les arbres, dévalant les reliefs à grandes enjambées et escaladant d’un bond les troncs renversés. Elle sentait la grande force de Yue ralentir peu à peu. Elle le rattraperait sûrement avant de sortir du bois. Aussi, elle accéléra en retrouvant le chemin de feuilles. Elle courait à perdre haleine, elle ne sentait plus aucune autre force que la magie douce et réconfortante de la lune. Cette aura propre à Yue. Le gardien et juge. Mais que lui arrivait-il ? Pourquoi cette violence ? Pourquoi là, alors qu’elle avait tant besoin de lui ?

Il volait vers le lac qui apparaissait entre les troncs fins et elle l’appela. Il se retourna subitement et la dévisagea.

- Yue, s’il te plaît... Attend.

Il l'observa sans émotion et croisa les bras.

- Yue... Explique-toi.

- Je n’aurais pas dû revenir, depuis que je suis là, je...

Entre ses paumes, une lueurs grisâtre apparut. Il allait attaquer ?!

Une perle de lumière vint voler entre eux. Puis deux. D’autres tombèrent peu à peu en pluie douce et magique du haut des arbres, peignant l’allée et tout le bois d’une averse lente de lucioles luminescentes. Sakura leva la tête et sourit. La carte de la Lueur. Comme...

La lumière qui émergeait des mains de Yue s’apaisa sensiblement avant de disparaître. Il observait la chute monotone et reposante des grains de lumière. Cela réveillait en lui un sentiment de bien-être qu’il ne comprenait pas. D’où provenait cette sensation?

Sakura se mit à rire.

- Qu’y a-t-il ? demanda-t-il sèchement.

- Tu ne te souviens pas ?! Le festival... il y a si longtemps...

Yue se mit à luire puis son enveloppe se déchira et s’évanouit en poussière. Mathieu releva le front et observa ses mains et tout son corps.

- Sakura ? interrogea-t-il en l’apercevant devant elle.

Elle ne comprit pas mais approcha.

- Tu te souviens de cette neige ? demanda Sakura en prenant sa main.

- Oui. Parfaitement. C’est vraiment comme si j’y étais encore. Je nous revois encore dans le parc du temple. Thomas et Lionel qui courent pour nous offrir ce magnifique lapin, qui ne m’a plus quitté, d’ailleurs.

Elle sourit tendrement et il lâcha ses mains, reculant d’un pas. La lumière l’enveloppa et deux puissantes ailes se refermèrent sur lui. Yue réapparut et se déchaîna sur tout ce qui se trouvait à portée de main. Il avait perdu la tête.

- C’est Thomas... C’est Thomas qui me hante !! se mit-il à hurler.

- Thomas ?

- Je ne veux plus... de son pouvoir !! Il y a tant... d’amour dans ce sentiment....

- Yue ?!! intervint une voix derrière lui.

Tiffany était revenue sur ses pas.

- Tiffany, ne reste pas là !! lui cria Sakura.

Mais Déjà Yue s’envolait au-dessus d’elle et se posait dans son dos, la maintenant fermement par les épaules.

- Ecoute-moi, Sakura, avança-t-il cyniquement, le regard enragé. Voici ton point faible.

- Quoi ? demanda-t-elle.

- Cette fille, c’est ton point faible !! Et ce point faible te perdra si tu n’en prends pas conscience.

Tout devenait plus clair. Sakura se relâcha et soupira.

- Tu penses que... Mon frère est ton point faible, c’est ça ?!

- Que dis-tu ?! s’énerva-t-il alors, resserrant ses doigts sur les épaules de Tiffany.

- Je crois comprendre, Yue.

- Non... Tu ne comprends rien. Ce ne sont pas mes sentiments ! Je n’aime pas ton frère. Celui que vous avez créé, oui.

- Mathieu ? Pourquoi dis-tu que nous l’avons créé ?

Tiffany plongea la main dans son sac.

- Parce que c’est à votre contact qu’il s’est libéré de moi. Et vous l’avez façonné. Tu as créé un être faible, en moi, Sakura. Tu m’as affaibli ! Tu ne t’es jamais demandé pourquoi j’avais failli mourir ?!

- Eh bien...

- Parce que j’étais faible ! Pas à cause de ton pouvoir... tu ne te rendais pas compte à quel point il était déjà grand. Mais à cause de tes sentiments !

Tiffany brandit le livre et voulut le frapper avec pour l’éloigner mais Yue disparut au contact du livre et elle frappa le vide, basculant dans l’herbe.

- Yue ? appela Sakura. Yue ?!

Tiffany retourna le livre, tombé sur le dos.

- Il est... dans le livre... murmura-t-elle en apercevant la lune ailée sur le dos de la couverture. Je l’ai enfermé dans le livre ?!

  

3. Nouveau départ

Sakura ne s’y attendait pas. Qu’avait-il dit ?! Mathieu lui avait échappé ? Et ils l’avaient façonné... Que voulait-il dire ? Elle s’approcha de Tiffany qui lui tendit le livre de Clow. Sakura prit d’abord sa main et l’aida à se relever.

- Yue est devenu fou ? demanda Tiffany. Il m’a presque fait mal. Mais je ne pense pas que c’était ce qu’il voulait.

- Je ne saisis pas... Il...

Elle posa sa main sur le livre et un puissant vent souffla sous elle et autour des deux amies. Le livre s’ouvrit et l’inscription à l’intérieur se modifia dans une lueur bleutée qui colora tout le sentier du bois. Prises dans le courant d’air, les deux jeunes filles se regardèrent sans comprendre. Tout volait sur le chemin et le livre s’envola entre elles. Il se referma et la couverture se modifia à son tour. Les ailes largement écartées du gardien-guide s’allongeaient dans la largeur du volume et il apparaissait de dessus, prêt à passer à l’attaque, gueule ouverte et aura de lumière étincelante. La teinte de fond vira du rouge au violet et du violet au bleu. Puis la couleur glissa vers l’arrière du volume. Le symbole de Clow se mit à tourner et se multiplia, faisant naître du sceau sacré, le sceau terrestre et ses trois cercles d’inscriptions. Puis la lune ailée s’allongea et les ailes s’élevèrent dans toute la longueur du livre pour mieux lover le sceau.

« Sakura... » lui souffla une voix chaude et réconfortante.

Elle reconnut parfaitement la voix qui l’avait aidée à créer la clef...

Tiffany n’entendit rien et recula doucement, sortant du tourbillon magique. Lorsqu’elle fut en dehors du cercle, tout disparut. Seule la puissante lumière bleutée s’élevait haut vers la cime des arbres, crevant le plafond de verdure et pointant vers le ciel couvert et sombre.

  

- Dominique, avait murmuré Linda en se levant... Il y a une lueur dans le bois.

Il haussa les sourcils et chercha du regard en souriant.

- En effet, je me demande ce que ça peut-être.

- Mais les filles sont parties par là-bas, non ?

- Oui, oui, retourna-t-il ranger leurs affaires. Mais il n’y a rien à craindre.

- Ah... fit-elle simplement.

  

«  Sakura, La magie de Clow s’éteint enfin définitivement » lui expliqua la voix.

- La magie de Clow ?

« La magie de Clow existait encore par ce livre et ses deux gardiens. Le temps de la protection est terminé. Son rôle est fini. »

- Qui Clow protégeait-il ? Qui êtes-vous ?

« Bientôt la vérité viendra, Sakura. Mais il te faudra le courage et l’amour qui t’appartiennent pour vaincre le fléau. »

- Le fléau ?!

« Le Fléau de la légende, Sakura. Mais pour l’instant, récupère tes cartes et tes amis. »

Elle acquiesça et attrapa sa clef. Elle tendit les mains en avant, paumes face à face, légèrement tournées vers le ciel, et ferma les yeux, tandis que les cercles du sceau apparaissaient sous elle. Tiffany avait sorti sa caméra et aperçut soudain Sakura, au creux de son propre tourbillon magique. Thomas arrivait derrière, boitant, faible et fatigué. Elle le rejoignit et lui proposa de s’appuyer sur elle.

- Que se passe-t-il ? interrogea-t-il.

- Je ne sais pas...

- Clef du sceau Terrestre ! s’écria Sakura. Reprends ta forme originelle et accomplis ton devoir.

Thomas ouvrit les yeux. Il ne l’avait jamais vue faire appel à sa clef. Il sourit timidement et sentit sa très grande force envahir le bois.

- Moi, Sakura, chasseuse de cartes, je te l’ordooone !!

Le sceptre s’allongea devant elle et tournoya vivement avant qu’elle y pose une main, puis l’autre. Elle le brandit alors devant elle, le rabattit en arrière et le projeta en avant, l’arrêtant contre son livre :

- Livre du Sceau des sceaux, libère ta puissance. Libère les cartes et offre à mon pouvoir un guide et un juge !!

Les six cartes magiques s’envolèrent et vinrent flotter autour d’elle. Puis de la couverture s’éleva le Guide : Kerobero, luisant, étincelant dans le soir. Et enfin Yue, le Juge, prit son envol et se posa près de l’autre gardien. Le masque de Kero avait changé de couleur et de forme. Et Yue tenait un long sceptre orné des mêmes décorations qui encerclaient un des disques du sceau.

Ils baissèrent la tête et Thomas en resta béat.

- C’est... C’est ma petite sœur, ça ?!

- Alors tu as retrouvé des pouvoirs, toi aussi ? lui souffla malicieusement Tiffany.

- Un peu. Je sens qu’ils renaissent. Elle... Elle est formidable !

Sakura se jeta au cou de ses deux gardiens et éclata de rire de bonheur.

- Vraiment formidable, souffla-t-il. A croire que...

Tiffany tourna la tête vers lui mais il se tut, toussant de plus belle.

- Bon, se recula Sakura, c’est pas tout...

Kero haussa un sourcil. La jeune fille amena son sceptre au-dessus d’elle et les trois cercles réapparurent à ses pieds, en rotation lente.

- Carte des Nuages, quitte la forme qui est tienne. Deviens Carte. Carte de l’éternel !

Le ciel s’effilocha et les étoiles réapparurent au fur et à mesure que la carte se créait devant Sakura. Bientôt, la voûte céleste brillait de mille feux et Tiffany annonça, abaissant son objectif :

- Coupez ! C’était génial !

- Je n’avais même pas senti la carte, bredouilla Kero à l’attention de Yue.

Celui-ci observait son sceptre et haussa les épaules.

- Et moi, j’ai le droit à un sceptre ?! poursuivit Kero. Pourquoi ton chouchou, il en a un et pas moi ?!

Yue le dévisagea simplement.

- Parce que tu te tiens sur quatre pattes, lui expliqua-t-elle. Comment voulais-tu le tenir ?!

Puis Yue lança un regard vers les deux humains qui les observaient. Et tandis que Kero tentait de se tenir sur ses deux pattes arrières, s’écroulant à maintes reprises, Yue sourit tendrement sans comprendre pourquoi ce sentiment était présent en lui. Il fit signe à Thomas.

- C’est le même Yue ? demanda Tiffany.

- Non. Je crois qu’il a oublié ce qu’il était devenu... Je me demande pourquoi il s’est comporté ainsi...

Yue posa une main sur son cœur et souleva son sceptre. Un flot de poussières luminescentes s’éleva et glissa lentement vers Thomas. Tiffany s’éloigna de lui et il inspira profondément.

« Reprends ton pouvoir, murmura Yue en pensée. Mais je garde tes sentiments... »

Une force nouvelle envahit Thomas et les douleurs disparurent peu à peu.

«  Ce pouvoir était un bien trop précieux pour que tu puisses vivre sans. Tu te sacrifiais jour après jour pour cette partie de moi que j’ai appelée Mathieu. Je ne le comprends que maintenant. Sakura m’a ouvert les yeux, Thomas. Il faut que tu vives, alors reprends ce pouvoir qui t’appartient, puisqu’il assure ta survie. »

Tout s’éveilla autour de lui : Thomas sourit en sentant plus précisément toutes les choses qui lui avaient échappé jusque là. Une foule de sensations qui ne le traversaient plus. Des besoins qu’il avait accepté de perdre et qui lui revenaient...

Yue posa son sceptre et Sakura abandonna Kero à ses pitreries :

- Papa va nous chercher, annonça-t-elle.

Le groupe ne tarda pas à reprendre la route vers le parking. Thomas sentit une main posée sur son épaule et se retourna. A l’entrée de la forêt, une silhouette leur faisait signe. Mais il était le seul à la voir, les cheveux volant au vent, le sourire éclatant de fraîcheur.. Elle avait veillé sur eux dans le silence et le secret. Elle était là. Et il sourit.

« Veille sur Sakura, Thomas, lui chuchota la silhouette translucide à l’oreille. Je vous aime... »

- Oui, maman. Bien sûr.

  

- Tu rentres papa ? demanda Sakura en le voyant s’attarder un instant contre le capot de leur voiture. A quoi tu penses ?

- A ta mère... souffla-t-il tandis que Linda s’installait sur son siège. Je n’étais pas revenu ici depuis...

Sakura tourna la tête vers le lac qui reflétait l’infini du ciel profond.

- C’est ici qu’elle a voulu venir avant de mourir. Elle aimait cet endroit.

- Je la comprends, sourit Sakura. C’est... magique.

Thomas baissa la visière de son casque et fit ronfler son moteur.

- Nous, on y va !!

Dominique soupira, le cœur léger. Sakura ne le voyait pas souvent dans cet état-là et cela la touchait, sans qu’elle sache pourtant quoi faire. Elle s’assit au fond de son siège et Tiffany lui prit la main :

- Heureusement que Yue n’a pas agi comme ça en plein centre-ville, souffla Tiffany. On ne l’aurait jamais arrêté !

- Oui, ici, c’est calme, vaste et pas très fréquenté. Papa a eu une bonne idée, et il ne le sait même pas.

Tiffany sourit et acquiesça.

  

Dominique ralentit en longeant les premières habitations, un embouteillage s’étendant sur toute la longueur de la rue.

- Que se passe-t-il ? souffla-t-il.

- Ce n’est pas votre fils là-bas, Dominique ? demanda Linda en apercevant une moto non loin d’eux.

- Si, répondit Sakura, c’est la veste Mathieu. J’y vais, lança-t-elle en ouvrant sa portière.

- Tiffany, accompagne-la, tu veux ?

- Bien sûr, monsieur Gauthier.

Elle rejoignit donc Sakura. Thomas enrageait de plus belle.

Un homme à sa gauche ouvrit la vitre et se pencha pour chercher quelque chose.

- C’est bloqué jusqu’au centre, le renseigna Thomas.

- Je cherche justement un autre chemin pour rejoindre ma maison.

- Monsieur Davy ?! le reconnut Sakura.

Elle avait senti une aura bienfaisante et elle l’aperçut au volant de sa voiture. Le cœur léger, elle lui sourit.

- Sakura Gauthier ? Et Tiffany... Comment allez-vous ?

- Bien ! Monsieur Davy, je vous présente mon frère, Thomas, et Mathieu, un ami.

- Enchanté, sourit l’homme.

Thomas le dévisagea un instant sans relever sa visière. Puis il força un sourire et serra la main que lui tendait l’homme au volant.

- A la radio, ils disent que le problème a recommencé dans le centre ; vous savez, cette mousse. Des ouvriers vérifiaient toute la tuyauterie de la patinoire, et voilà que ça remet ça !!

Sakura prit le bras de son frère.

Il acquiesça sans même la regarder.

- Allez, monte, petit monstre ! Tu m’excuses, Mathieu ? Un colis à livrer !!

- Bien sûr !

Elle frappa son frère dans le dos :

- Arrête un peu d’être méchant avec moi !!

- On y va ! s’écria-t-il en faisant rugir son moteur. Ils montèrent sur le trottoir et Dominique sortit de sa voiture pour les retenir, mais il était trop tard.

- Sur le trottoir, souffla-t-il. Ils exagèrent...

- Où vont-ils ? demanda Linda.

Il inspira profondément sans répondre. Il les regarda simplement filer vers le centre.

  

Un mur de mousse se glissait de rue en rue à une vitesse considérable et Thomas leva le menton vers son invitée.

- Je connais la rue, elle va tout droit. Alors on fonce !

- Je m’accroche, cria-t-elle derrière lui.

Ils frôlèrent plusieurs voitures qui tentaient de reculer pour ne pas disparaître sous la mousse blanche. Sakura attrapa sa clef et serra son frère contre elle. La paroi du monstre de bulles approchait et ils y plongèrent dans un bruit sourd, étouffé.

- Clef du sceau Terrestre !!

Les trois cercles du sceau des Sceaux se mirent à tournoyer sous les roues de la moto et illuminèrent les bulles qui s’écartaient mollement devant eux.

- Reprends ta forme originelle et accomplis ton devoir. Moi, Sakura, chasseuse de cartes, je te l’ordooone !!

La clef s’allongea dans le creux de sa main et un souffle plus fort encore fit voler la mousse. Elle le fit tourner au-dessus d’elle et le tendit à bout de bras dans la masse :

- Carte des Bulles, quitte la forme qui est tienne !! Deviens Carte. Carte de l’éternel...

Une à une les bulles éclatèrent en grains de lumière et la mousse stoppa sa progression. Thomas freina sa moto et dérapa sur le côté, pour s’arrêter devant l’entrée d’un des nombreux hôtels. La mousse disparut finalement entièrement et la ville réapparut, propre comme un sou neuf. Quelques véhicules s’avancèrent sur le bitume et le sceptre de Sakura redevint clef. La carte des Bulles tournoya vers eux. Elle l’attrapa entre le pouce et l’index.

- Oui !! On l’a eue !

Thomas sourit. Sa sœur l’étonnait de plus en plus. Autant de bonheur et d’enfance pour un rôle si lourd à porter. Il en mesurait de mieux en mieux les conséquences. Elle aurait besoin de tous les soutiens possibles. Et le sien parmi les autres.

- Merci, soupira-t-elle en se serrant dans son dos. Merci, Thomas.

- Grande nouvelle !! Godzilla est de retour !!

Elle sourit. Elle n’avait pas envie de répondre. Juste se sentir bien. Juste ça.


Chapitre 9 : Une pièce de Fernando Cipucci

1. Le concert

Sakura et Sandrine patientaient dans la file d’attente devant la salle de concert. Sandrine chercha les places dans ses poches et trouva les deux invitations. Sakura, elle, s’était tournée vers une affiche placardée partout dans le hall de la salle de concert. Tiffany s’y tenait droite, le visage incliné. Elle chantait ce soir. Un récital écrit par Fernando Cipucci, le grand compositeur italien qui terminait ce soir-là sa tournée au japon. La chorale de Tiffany avait été sélectionnée parmi une trentaine et la voix de Tiffany avait été choisie pour le solo du dernier mouvement.

- Elle a de la chance de faire ce qu’elle aime, remarqua Sandrine.

Devant, un bourdonnement collectif de satisfaction leur indiqua que les premiers spectateurs entraient. Elles s’avancèrent et Sakura aperçut les jeunes gens qui prenaient leur ticket.

- Mais que fait Thomas ? Il avait dit qu’il viendrait et qu’il filmerait toute la représentation...

- Yvan a pris avec lui son appareil et ne devrait pas tarder.

- J’espère bien que mon frère ne va pas me faire ça !! Il avait promis.

  

Mathieu sourit et tendit le casque à Thomas.

- Heureusement que tu es passé à la maison. J’avais oublié le concert de Tiffany.

Mathieu le vit grimper sur sa moto et enfiler son casque. Les sangles pendants dans son cou, il défit sa béquille et démarra. Mathieu le rejoignit et secoua la tête. Il attrapa les sangles et les lui fixa.

- Ce serait bête d’avoir un accident, sourit-il.

- Allez, file, sinon, elle va t’en vouloir.

Il sortit de l’allée à grande vitesse et se précipita sur la route.

- Bonjour, Mathieu, le salua Dominique en rentrant en marche arrière. C’était Thomas, en moto ?

- Bonjour, monsieur Gauthier. Il avait oublié le concert de l’amie de Sakura.

- Et toi, tu n’y vas pas ? demanda le père en descendant de la voiture.

- Non. Avec Thomas nous avons prévu de nous trouver un peu de travail ici.

- Il reste ? s’étonna Dominique.

- Oui, et moi aussi.

- Evidemment, sourit malicieusement Dominique en se dirigeant vers la porte-fenêtre du salon. Euh... C’est à toi ce sac, à la porte ?! Mais... ce ne serait pas la caméra de Tiffany ?

- Vous avez raison ! reconnut Mathieu. Je vais... lui apporter.

Dominique le dévisagea curieusement, puis chercha autour d’eux.

- Comment ?

- Je vais courir, sourit simplement le jeune homme.

- Courir... murmura Dominique en le voyant partir en petites foulées.

Dominique secoua la tête et rentra. « Courir... »

  

En arrivant à l’angle, de larges ailes s’étendirent dans son dos et Yue prit possession de son corps, les ailes prêtes à bondir. Avant de s’envoler, il réfléchit un instant à ce qui venait de lui arriver. Il avait retrouvé son apparence en un clin d’œil ! Il secoua la tête et rabattit son sceptre vers le ciel. « Puissance de la lune, conduis-moi vers le Sceau des sceaux... » Il disparut aussitôt et les premières feuilles mortes de l’automne s’envolèrent un court instant, happées par sa disparition...

  

On patientait bruyamment dans la salle quand Yue apparut au-dessus de la foule. Il serra le poing sur son sceptre en sentant des regards se hisser vers lui. La salle se figea dans le silence et Sakura chercha autour d’elle l’explication de cet arrêt soudain. Toute la salle était paralysée. Plus un mouvement, plus un bruit.

- Mince alors !! s’écria Yue.

Elle leva les yeux au plafond et l’aperçut.

- Yue ?! C’est toi qui as fait ça ?!

Il se posa près d’un rideau et le sceptre disparut de sa main. Le brouhaha reprit dans la salle de spectacle. Et Sakura chercha son ami du regard. Mathieu sortit de derrière le rideau et sembla perdu. Sakura le héla, une main levée et il la rejoignit.

- Ton frère est arrivé, Sakura ?

- Que fais-tu là ?!

- Je ne sais pas.

- Bonjour, tu es Mathieu, je crois ?

- Euh, oui, bafouilla Sakura, Mathieu ? Voici Sandrine.

- Enchanté.

- Ben.. euh, assieds-toi.

- J’ai amené la caméra, sourit-il en la lui tendant.

Elle n’y comprenait rien. Il venait de figer la salle avec... le Temps ?!

Yvan arrivait, il approcha et s’installa :

- Il y a encore beaucoup de queue dehors. Au fait, j’ai vu ton frère, Sakura.

- Thomas ?

- Oui, il attends devant le bâtiment parce qu’il n’a pas d’entrée. Et il m’a dit qu’il avait oublié la caméra.

Sakura n’y comprenait vraiment rien. Elle les quitta et demanda à sortir un instant.

Elle trouva Thomas assis sur les marches de granit, les coudes posés sur ses cuisses.

- Thomas ?! Ca va ?

- Ah, c’est toi... Non, j’ai oublié ta caméra.

- Sakura ! l’appela Sandrine en courant vers eux. J’ai la place de Nadine, tu sais, elle ne peut pas venir !

- Eh bien, tu vois ? sourit Sakura, tu vas pouvoir venir avec nous. Il y a Mathieu.

- Je sais, souffla-t-il. Mais la musique classique et moi... enfin !

Ils entrèrent finalement et le concert débuta peu après.

  

Alors que le second tableau se concluait, un jeune homme entra en scène, vêtu de branches et de feuilles, s’harmonisant à merveille avec les notes fluettes et rapides qui accompagnaient son mouvement désordonné.

- C’est lui, Bianka Koursikov ? demanda Yvan.

- Ohh... oui, fondit Sandrine. Il est mignon...

- Si tu veux, je peux porter plus souvent ce genre de branchages ! remarqua Yvan. Il suffit d’aller traîner dans un marais !!

- Tu es bête...

- D’ailleurs en parlant de marais...

- Non, chut...

- Mais... souffla-t-il, déterminé à parler.

Elle l’attrapa par le col et l’embrassa.

- Ecœurant, souffla Thomas en se penchant vers Sakura... Rassure-moi, vous n’en êtes pas là, avec l’autre teigne ?

Elle leva le pied et écrasa celui de son frère qui dut contenir sa douleur.

- C’est fini entre nous, andouille de grand frère !

- Ah ? Est-ce que je t’avais dit que je ne l’aimais pas trop ?!

Elle lui ratatina les orteils et le fusilla du regard.

- Sujet épineux, souligna silencieusement Mathieu en réorientant la caméra vers le centre de la scène.

- Douloureux, je dirais.

Le mouvement se termina sur la mort de l’enfant de la nature, et Bianka tomba au sol.

- Il est incroyable, sourit Sakura alors que la foule applaudissait fortement.

- Il est très moyen, souffla Thomas. J’étais dix fois plus belle en douce Cendrillon !

- Tu n’y comprends vraiment rien... capitula-t-elle. Tu es navrant.

Sandrine lâcha Yvan qui retomba sur sa chaise en bégayant.

- S... S... Sandrine ?

- Je t’aime aussi quand tu ne parles pas, sourit-elle en prenant sa main.

La foule se leva pour profiter de l’entracte.

  

2. La scène de fin

- Excusez-moi, se pencha une jolie demoiselle, alors que les gens regagnaient leur place.

Sakura haussa les sourcils en réponse à son sourire.

- Vous êtes Sakura Gauthier ?

- Je viens de la part de Tiffany, elle vous demande.

Sakura pivota machinalement vers Thomas mais celui-ci haussa les épaules.

- Je vous suis, accepta-t-elle finalement.

Mathieu vérifiait la quantité restante de film et sourit.

- Elle te demande ton avis désormais ? Vous devenez très proches. Je me trompe ?

- N’importe quoi, se renfrogna Thomas.

- Allez, ne me dis pas de bêtises. Tu n’a pas senti de danger alors elle est partie l’esprit tranquille.

- Elle... Elle... Enfin, je... Tu es sûr d’avoir assez de film ?

- Mais oui. Au fait, Thomas. Yue me ressemble beaucoup ?

Thomas se redressa sur son siège et chercha autour d’eux pour voir si quelqu’un l’avait entendu.

- Yue ? Comment sais-tu ?

- Je l’ai vu en rêve, cette nuit. Il est très mystique et je crois que je pourrais bien l’aimer.

- Ah oui ? Tu aimes le mystique, toi ?

Mathieu sourit encore et se pencha sur le caméscope qu’il avait fini de préparer.

- Tu l’apprécies, toi ? demanda-t-il alors.

- Qui ça ? L’espèce d’Autruche avec ses grands foulards ?! Mais... qu’est-ce que tu... Enfin, Mathieu... Enfin, je...

- Ah ah ah... Je te taquine.

  

La jeune femme qui conduisait Sakura s’arrêta près d’une porte et frappa. On entrouvrit et elle se pencha dans l’espace étroit.

- L’amie de Tiffany est là...

- Ah. Tiffany ?! appela-t-on. Ton amie est là...

- J’arrive, j’arrive, juste cette couture et j’arrive, répondit Tiffany d’une voix lointaine.

La demoiselle referma la porte et pria Sakura de patienter. Puis elle la quitta. Une branche effleura Sakura et la griffa.

- Aïeu !!

Le garçon se retourna et la dévisagea.

- Je vous ai accrochée ?

Sakura avait posé sa main sur son bras et la retira doucement. Une tache de sang couvrait ses doigts...

- C’est sérieux, fit-il. Je suis vraiment désolé... Il faut vite nettoyer ça.

Il ausculta les coulisses et ne vit personne.

- Je vais me débrouiller, sourit Sakura. Indiquez-moi où se trouvent les toilettes.

Il réfléchit un court instant et la prit par les épaules.

- Non, je ne peux pas vous laisser comme ça. Venez dans ma loge. C’est juste à côté. Venez, appuyez-vous sur moi, conseilla-t-il.

Sakura sentait la douleur se répandre dans son bras et elle fronça les sourcils quand il attrapa son coude pour l’installer derrière sa nuque.

- Vous êtes allergique à quelque chose ? demanda-t-il en l’amenant vers sa loge.

- Je... je ne crois pas. Les maths, ça compte ?

Son visage avait blêmi.

- Mais qu’ont-ils mis comme produit sur mon costume pour que ça vous fasse cet effet ? Mademoiselle ?! appela-t-il une fois qu’il l’eût installée sur le fauteuil de maquillage.

Elle ferma les yeux... La douleur disparaissait peu à peu.

  

- Quelle foule aux toilettes !! soupira Sandrine en s’asseyant.

Thomas releva le nez.

- Un problème ? demanda Yvan.

- Sakura ? souffla Mathieu.

- Où est-elle au fait ? s’interrogea Sandrine.

Thomas se leva et se dirigea vers les coulisses. En arrivant au fond de la salle, on lui interdit de continuer.

- L’accès est interdit, voyons, monsieur.

Les premiers membres de la chorale quittaient leur vestiaire et Tiffany se précipita dehors pour chercher Sakura.

- Tiffany ! appela Thomas. Je suis là, as-tu vu Sakura ?

Elle approcha et demanda à ce qu’on le laissât passer.

- Non, elle devait m’attendre juste là...

- Quelqu’un a vu Bianka ? demanda-t-on dans les coulisses. Il doit être sur la scène avant le lever de rideau.

  

Bianka nettoya la fine plaie qui avait cessé de saigner. Il posa un pansement et redescendit la manche de Sakura.

- Je dois y aller, souffla-t-il. Vous n’avez qu’à vous reposer ici.

Il inspecta aussi sa tenue et essuya quelques gouttes de sang qui perlaient sur les épines de ses manches. Puis il sortit.

- Ah, Bianka... En scène vite !

- Oui, mais il y a là...

Thomas se tourna vers le jeune comédien.

- Lui, fit-il à Tiffany. Il sent Sakura...

- Bianka ?! s’étonna-t-elle.

- Eh, Bianka ! l’interpella Thomas. Tu n’aurais...

- Chuuut ! lui souffla-t-on alors que le garçon entrait en scène.

- Et Sakura, demanda Tiffany, tu la sens ?

Thomas secoua la tête. Comment se pouvait-il qu’il ne pût sentir le pouvoir de sa sœur ?

- Tiffany, l’appela-t-on à son tour. Il faut se mettre en place pour le final.

Le rideau s’ouvrait et les applaudissements arrivèrent jusqu’à Thomas, impuissant.

  

Sakura se sentait flotter dans un air tiède et suave. Comme une caresse sans fin sur son corps et son esprit, elle sentait le souffle délicat et discret qui la soulevait. Elle ouvrit doucement les yeux et la lumière l’éblouit. Une vaste vallée semblait se fondre à l’infini avec le ciel azur. Une prairie chatoyante où les massifs de fleurs remuaient lentement dans le vent. Une étendue de vie et de plénitude. Elle posa un pied dans l’herbe douce et fraîche. Puis le second. Quel calme et quel bien-être...

  

Bianka tournoya sur lui-même et bondit vers l’avant de la scène. La renaissance de l’enfant-nature serait bientôt célébrée par le chœur des voix de la nature. Le voile se leva dans l’arrière scène et au son des trompettes et des violons, une rangée d’enfants angéliques apparut. Puis, une seconde. Ils élevèrent leur voix en une seule et Bianka s’arrêta face à eux, comme pour s’abreuver de cette force. Il leva les bras au ciel et les enfants l’accompagnèrent.

Tandis que Mathieu filmait, assis à côté de Yvan, Thomas cherchait désespérément sa sœur.

Tiffany fit un pas en avant et le chef d’orchestre leva un bras vers les flûtes. Le final commençait...

  

Une racine jaillit de la terre et s’enroula au cou de Sakura. Que se passait-il ? Elle tomba à genoux et quand elle voulut desserrer l’emprise avec ses mains, des épines jaillirent des tiges. L’air avait de plus en plus de mal à passer et Sakura se sentait partir.

  

Thomas continuait de tourner dans les coulisses. Quelque chose se passait. Il longea une nouvelle fois le couloir des loges et hésita à toutes les visiter. Il était seul. Qui le verrait ?

- Thomas ? l’appela-t-on dans son dos.

Il sursauta et fit volte face.

- Qui... Kero ?!

- On est seuls, soupira Kero. Mince alors, articula-t-il... J’ai senti l’aura d’une carte dans le quartier et je suis apparu ici !

- Je ne trouve pas Sakura. Elle court un grave danger !!

Kero bondit dans le couloir et reprit instantanément sa forme la plus discrète. Il vola de porte en porte et s’arrêta net. Thomas le rejoignit en courant.

- Pas étonnant que je ne t’ai jamais découvert avant... Si tu te changes à cette vitesse, souffla-t-il en entrant.

« Se changer à cette vitesse » se répéta Kero. Il s’aperçut que son corps était redevenu peluche, parce qu’il l’avait voulu. Aussi simplement que ça. Quelle puissance lui avait conféré Sakura... ?

Thomas trouva sa sœur effondrée sur une chaise, le bras pansé.

- Sakura !! appela-t-il pour la réveiller en la recroquevillant contre lui. Sakura, reviens à toi.

  

La voix de Thomas résonna dans l’air chaud. Tandis qu’une autre racine s’élevait et plongeait vers elle. Elle n’en pouvait plus.

  

- Je sens à peine son pouls, s’exclama Thomas.

Kero voletait autour d’eux sans savoir quoi faire.

Sur la scène, la voix de Tiffany s’éleva encore et Bianka s’agenouilla devant elle. Soudain, un bouton de rose surgit d’une de ses branches. Un, puis deux, trois, tout un lot. Les feuilles jaunies et sèches se coloraient. Les branchages s’allongeaient. Les racines les plus épaisses se plantèrent dans le sol de la scène et Bianka commença à être étranglé. Dans la salle, on ne savait comment réagir.

  

-Thomas... articula Sakura, à la limite de l’évanouissement, perdue sous une montagne de verdure.

Tout son pouvoir la quittait, bu par les racines de ces plantes...

  

- Elle a parlé, s’écria Thomas.

Il la leva et la serra contre lui.

- Bloque la porte, qu’on ne nous dérange pas, ordonna-t-il.

Kero hocha le museau et la porte se figea derrière le halo presque invisible du... Bouclier.

Thomas se concentra et fit brûler son énergie, répandant dans la pièce une multitude d’ondes. Il serrait sa sœur dans ses bras et celle-ci respirait difficilement. Il fit progressivement le vide et accumula tout son pouvoir au creux de ses bras.

  

Une main de lumière se tendit à travers le mur de végétation. Sakura ne chercha pas à comprendre et saisit cette aide inattendue.

  

Sur scène, Bianka s’était écroulé, suffoquant et la chorale s’arrêta. On se leva, on s’approcha. On tenta de l’aider.

  

- La musique s’est arrêtée, remarqua Kero.

- Sakura, revient !!

Elle toussa et il sourit sans perdre sa concentration. Une lueur quitta son bras, transperçant le pansement et rampa sur le sol vers la sortie.

- Qu’est-ce que c’est que ça ?! cria Kero.

Le sang s’évapora et un morceau de papier jauni se consuma aussitôt.

- Un sort ?! C’était un sort...

- Allez, bon sang, reviens à toi...

Elle ouvrit aussitôt les yeux. Thomas la lâcha, épuisé, et c’est elle qui le retint et le poussa sur la chaise. Il s’endormit aussitôt.

- Kero ?!

- On t’a jeté un sort... C’est sorti de ton bras.

- Bianka...

- Quoi... ?

- Il y a une carte sur la scène, il est en danger ! se précipita-t-elle vers la porte.

« On a voulu me tuer... » ruminait-elle en faisant voler d’un geste de la main la protection que Kero avait installé sur la porte. On avait voulu la tuer, et ce n’était pas une carte, mais un sort. Elle courut vers l’arrière-scène et vérifia qu’elle était seule. Elle sortit alors sa clef.

  

Tout alla très vite. Le Sable pour pénétrer les racines et les arrêter. Le réveil de la force. Sa capture. Carte des Fleurs. Une de plus !

  

3. Bianka

- Je n’en reviens toujours pas, répéta Sakura en parcourant le couloir de l’hôpital. Une de ces cartes a réellement attaqué !

- C’était atroce de voir ce danseur recouvert de plantes... expliqua Tiffany. Heureusement personne n’est gravement blessé.

Elles arrivèrent devant la porte et frappèrent.

- Oui, entrez, souffla-t-on dans la chambre.

- Bonjour, sourit Sakura en entrant avec son bouquet.

- Ah, bonjour. Je ne pensais pas te revoir si tôt.

Sakura regarda son amie et haussa les sourcils.

- Tu me connais ? se retourna-t-elle vers le malade.

- On peut dire ça, sourit-il. Tu as apporté des fleurs, c’est vraiment gentil.

- Je ne savais pas ce qui te ferait le plus plaisir.

- Des fleurs, c’est très bien.

- Oh !! se rappela Sakura, je te présente Tiffany ! Ma meilleure amie.

- La superbe voix qui donnait la réplique à mon jeu sur scène ; celle qui a été choisie parmi tant ! J’ai entendu parler de ta voix, expliqua-t-il, et je suis enchanté.

Tiffany rougit et Sakura se mit à rire.

- On ne te dérange pas, au moins ?

- Non, bien sûr que non. Il y a deux chaises, là-bas. Prenez-les donc. Vous restez un peu ?

- Si tu veux. Tes blessures guérissent bien ?

- Sans aucun problème. Vous savez, je guéris vite en général. Ce ne sont que des griffures et j’ai une côte froissée, ou quelque chose dans ce genre.

- Ce doit être douloureux, nota Tiffany.

- Quand j’inspire trop profondément, et quand je ris. Alors, s’il vous plaît, ne soyez pas trop drôles !

Il sourit en les voyant se concentrer pour ne pas paraître trop souriantes. Il se mit à rire et s’arrêta aussitôt, pris de douleur.

- Si tu te fais rire, tout seul... ! remarqua Sakura.

  

Le temps passa et les trois jeunes discutèrent longuement de leur vie. Bianka venait de Moscou, mais même si ses parents adoptifs y étaient nés, lui ne savait presque rien de lui avec précision. Enfant trouvé, on avait choisi pour lui une date de naissance. Sakura et Tiffany furent très touchée par l’histoire de ce garçon qui se réfugia dans la danse classique tout d’abord puis dans les ballets contemporains.

  

En bas, un homme quittait l’hôpital.

« Si ce n‘est pas Tiffany qui t’aide, c’est ton frère. Tu es vraiment bien entourée, Sakura. Mais une prophétie est une prophétie. Et tu devras perdre... Le Fléau n’est plus très loin. »

Il s’éloigna.

  

- Et tu as appris le japonais à quel âge ?

- Il y a quelques années. Je me passionnais pour un livre qu’on m’avait lu et traduit en partie. J’ai alors appris à lire et à parler la langue pour terminer l’ouvrage.

- Mais pourquoi ne te l’a-t-on pas traduit entièrement ? s’étonna Sakura.

- La dame est décédée entre temps...

- Ah, désolée, baissa-t-elle les yeux.

- Non, ne t’excuse pas. Ca remonte à loin. J’ai fait mon deuil, depuis. Elle était un peu comme ma mère adoptive.

- Ma mère aussi est décédée, avoua Sakura. J’avais trois ans.

Il sourit mais ne dit rien.

- Il commence à être tard, fit remarquer Tiffany. Demain nous devons être en avance à l’école : nous sommes de ménage !

- J’avais oublié, confia Sakura.

- Je suis heureux que vous soyez venues me voir. Peut-être nous recroiserons-nous.

- Oui, peut-être, le salua Tiffany. C’était un plaisir. Au revoir.

Sakura prit sa main et la serra.

- On se reverra, je pense.

- Bien sûr.

Elle s’éloigna et avant qu’elle ne passât la porte, il l’appela. Elle s’arrêta et le dévisagea.

- Fais confiance à tes sentiments, Sakura. Ils te guideront.

Elle acquiesça sans réagir et sortit.

  

Dans la chambre de Sakura, Kero se transforma encore... Et encore. Il redevint peluche et sourit :

- C’est génial... Même plus besoin de se concentrer !! Il suffit de le vouloir !! Ces pouvoirs sont... lança-t-il en grandissant de nouveau... gigantesques !

Yue acquiesça, debout, face au lit de Sakura.

- Etonnant en effet.

Kero se mit sur deux pattes et lui fit signe de se pousser. Yue fit un pas sur le côté et Kero put se regarder dans le miroir.

- Je me suis toujours préféré comme ça ! Quelle classe. Quel maintien... Tu trouves pas ?

- Ta forme est superficiel, Kerobero. Ce n’est qu’une apparence.

- Tu n’es pas drôle, Yue. Tu as un fabuleux nouveau pouvoir et tu ne sembles pas heureux... Tu vas peut-être pouvoir commencer à draguer, sourit malicieusement Kero. A ton âge ! Prends exemple sur moi, clama-t-il en reprenant une position d’Apollon.

Yue était cependant perplexe. Les mains sur son sceptre, il réfléchissait.

- Tu crois que Sakura est plus puissante que Clow désormais ?

Kero se reposa sur ses quatre pattes et fronça les sourcils. La question méritait un peu de sérieux en effet.

- Tu le crois, toi ? demanda-t-il.

- Nos pouvoirs sont phénoménaux... Avec Clow, c’était les mêmes mais il me semble que je les utilise avec plus de facilité.

- Et moi hier, j’ai utilisé la carte du Bouclier que Sakura possède, d’un seul regard, expliqua-t-il en s’asseyant en face de Yue. Et elle n’était pas là...

- Tu te trompes, souffla Yue. Nous pouvons utiliser bien plus que les cartes de Sakura.

Il souleva légèrement son sceptre et l’obscurité envahit la pièce. Un noir opaque et profond. Kero secoua la tête et d’un seul geste de patte chassa les Ténèbres par sa Lumière. Il ouvrit grand les yeux.

- Nous utilisons les forces qui nous sont affiliées, précisa Yue. Pas seulement les forces qu’elle a capturées ! C’est comme si elle possédait les cartes de Clow.

- Tu veux insinuer qu’elles n’ont pas disparu ?!

- Je constate simplement qu’à l’instant où elles moururent, nous aurions dû disparaître avec elle ; et ça, tu le sais.

Kero le dévisagea et Yue croisa les bras.

- Il y a quelque chose derrière tout ça que je ne comprends pas. Clow nous a créé, donné le pouvoir des cartes, demandé de veiller sur celui qui briserait son sceau, de le juger, de s’offrir alors à lui. Mais désormais quand je sens cette puissance qui coule en moi, je me demande si c’est tout.

- Quoi d’autre, réfléchit Kero.

- Oui, c’est la question...


Chapitre 10 : Le Combat de l'amitié

1. Une aide inattendue

Sakura sortit sa clef en fonçant sur ses patins dans l’allée recouverte de feuilles et tendit les mains en avant, paumes face à face, légèrement tournées vers le ciel. Un trait de lumière fonçait sur elle et Tiffany suivit de son objectif le faisceau qui filait vers son amie.

- Elle t’a presque rattrapée, cria Tiffany en réglant le léger flou sur son écran à cristaux liquides.

Les trois cercles du sceau apparurent sous les pieds de Sakura et de grandes gerbes de pouvoir se mirent à tournoyer.

- Clef du sceau Terrestre ! Reprends ta forme originelle et accomplis ton devoir. Moi, Sakura, chasseuse de cartes, je te l’ordooone !!

Le sceptre s’allongea devant elle et tournoya vivement avant qu’elle y posât une main, puis l’autre.

- Plus qu’un mètre ou deux ! la prévint Tiffany.

Sakura zigzaguait entre les arbres et freina au niveau du dernier, pivotant sur elle-même, pour continuer à rouler en arrière. Elle brandit le sceptre devant elle contre la carte qu’elle avait jetée:

- Carte du Bouclier, immobilise cette force !!

Un écran s’éleva entre Sakura et le trait de lumière qui y rebondit violemment, cherchant par à-coups à perforer la protection. Sakura sourit, freina et lança son sceptre vers le ciel tandis que Tiffany approchait, caméra au poing :

- Referme-toi sur cette force !

L’écran de protection s’arrondit et enveloppa d’un coup le trait de lumière.

- Transformer une carte de défense en piège, commenta Tiffany, excellente idée...

Sakura lança une autre carte :

- Carte de la Foudre !!

Un puissant éclair pénétra la sphère et les deux forces bataillèrent quelques secondes. Quand l’éclair s’immobilisa finalement, Sakura rappela ses deux cartes et leva son sceptre.

- Carte de l’Epée, quitte la forme qui est tienne. Deviens Carte. Carte de l’éternel !!

Des chaînes de lumière s’élevèrent et retombèrent dans la carte qui se créait.

- Et une autre !! s’exclama Sakura. C’est ma dixième !

  

- Et une autre !! répétait Sakura sur l’écran de télévision. C’est ma...

- Et tu dis qu’elle t’a attaquée, toi ?! réfléchit Kero.

- Oui, oui.

- C’est vrai Kero, ajouta Tiffany. J’ai même pu filmer sans crainte : elle m’a frôlée sans même s’occuper de moi.

- Etrange comme réaction, souffla-t-il. Ca peut vouloir dire que quelqu’un les dirige ou alors qu’elles communiquent entre elles.

- Ce sont des bien cartes, selon toi ?!

- Non, impossible, bredouilla-t-il en volant vers le bureau.

- Donc c’est quelqu’un ? demanda Tiffany.

- Après tout, expliqua Sakura. Tu as bien dit que quelqu’un m’observait, non ? Et cette histoire de sort au concert de Tiffany, la semaine dernière ? Ca se tient.

Il croisa les bras et rentra la tête entre les épaules.

- Quelque chose ne me plaît pas.

- Quel pessimiste ! souffla Sakura. Allons manger, Tiffany ! Papa va bientôt rentrer et c’est moi qui prépare le dîner.

- Tu es sûre que je ne vous dérange pas ? sourit Tiffany.

- Mais non. Allons-y. On te ramène une part ? lança Sakura avant de fermer la porte.

Mais Kero ne répondit pas. Elle haussa les épaules et referma.

« Vraiment quelque chose clochait. Mais quoi ?! »

  

Sakura et Tiffany s’installèrent à leur place dans la classe et leurs amis les saluèrent.

- Vous êtes d’accord pour demain soir ? A partir de dix-huit heures, le temple Tsukimine organise la fête annuelle de l’été.

- C’est un peu tard, cette année, expliqua Yvan, parce que le temple n’était pas libre avant.

- Comment ça ? interrogea Tiffany.

- Des esprits le hantaient. Des esprits malins qui cherchaient une âme. On dit aussi que cette âme fut une des victimes d’un grand malheur et qu’elle serait venue à Tokyo pour retrouver la paix dans le temple Tsukimine. Mais elle se serait égarée.

Sakura sentit un frisson se répandre dans son dos.

- Mais le hic, c’est que les prêtres du temple n’ont pas réussi à la libérer car une autre âme cherche à la posséder.

- Un esprit qui s’en prend à un esprit, s’intéressa Sonya.

- C’est courant dans l’outre monde, expliqua Yvan. Les âmes gardent en elles les rancœurs de leur vie et si elles se retrouvent, elles continuent à se pourchasser. Et quand une âme s’est emparée d’une autre, elle la détruit et est libérée. Dans de nombreuses régions du Japon et même du monde entier, quand un silence s’installe dans une salle bondée de gens, on dit que l’une de ces âmes passent et que tous l’ont senti et se sont arrêtés pour la laisser circuler.

Tiffany éclata de rire alors que les autres s’étaient figés entre le doute et l’émerveillement.

- Ce qu’on dit surtout, précisa-t-elle. C’est que le temple a été inondé dernièrement.

- C’est vrai ? demanda Sakura.

- Reste à savoir d’où vient l’inondation, souligna Yvan. Une âme perdue... ?

- Bonjour à tous, les salua leur professeur en entrant. J’espère que vous avez passé un excellent week-end.

On répondit ici et là et il écrivit au tableau : « Festival des arts ».

- Monsieur, c’est un peu tôt, non ? demanda Emilie, la déléguée.

- En fait, nous n’allons pas vraiment préparer nos activité du festival dès à présent. Mais...

Il s’arrêta et ouvrit la porte.

- Je tenais à vous présenter ce jeune homme prometteur et déjà talentueux.

- Bianka ?! se leva Sakura en l’apercevant à l’entrée de la classe.

Le professeur haussa les sourcils et Sakura se rendit compte que tous la regardaient.

- Bonjour Sakura, sourit Bianka. Nous nous connaissons, expliqua-t-il à leur professeur.

- Tu connais Bianka ?! souffla-t-on tout autour. Ah bon ?!

Elle se sentit gênée et s’assit.

- Pour les autres, je vous présente Bianka Koursikov. Il a terminé sa tournée par le japon avec le grand compositeur italien Fernando Cipucci et il s’est gentiment proposé de nous aider à mettre en place notre spectacle pour le festival.

Un gloussement de surprise s’éleva et de courts échanges entre élèves brisèrent le silence.

- Oui, s’avança Bianka, on m’a expliqué que vous organisiez tout un spectacle en vous répartissant les tâches. Et j’ai trouvé l’idée intéressante. De plus, monsieur Corentin m’a expliqué que votre classe préparait cette année une galerie de tableaux sur le thème de la danse.

On s’étonna ici et là et le professeur grimaça :

- Ils n’étaient pas encore au courant, expliqua-t-il à Bianka.

- Monsieur ? intervint Sandrine. Pourquoi se préparer dès le début du mois de novembre ?

- Bon, soupira celui-ci. Autant vous en faire part, désormais. Quand on a attribué à votre classe la galerie de tableaux, j’ai pensé que plutôt que de dessiner, vous préféreriez présenter une comédie musicale de votre cru. Ainsi, continua-t-il alors qu’on s’exclamait dans tous les coins de la salle, vous pourrez travailler des textes en plusieurs langues. La conception des décors et des chorégraphies trouvera sa place dans notre cours de mathématique. Et en sport, vous travaillerez ainsi votre rythme et votre endurance, votre forme physique en général.

- Et moi, je vous aiderai à coordonner le tout, ajouta Bianka.

- On filmera, cette année ? demanda Tiffany.

- Je pense qu’il le faut : ce sera un merveilleux souvenir. Mais je pense que les préparatifs même en valent la peine. Je suppose que tu veux bien t’en charger, Tiffany ?

- Vouii... répondit-elle, aux anges.

On levait la main un peu partout et l’homme calma rapidement les ardeurs.

- Nous n’en sommes pas là, lança-t-il. Et aujourd’hui, je vous avais promis un devoir !!

   

2. Au temple

A la récréation, un groupe rejoignit Sakura :

- Tu le connais comment, Bianka ? Il est sympa ? Il a une copine ? Tu me le présenteras ?! Vous êtes intimes ? Il t’a déjà parlée ? Tu sais ce qu’il aime ? Il a une copine ?

Sakura leur répondit tant bien que mal et elle finit par s’en débarrasser. Elle soupira et Tiffany lui sourit.

- Tu avais déjà du succès, ma chère Sakura. Te voilà la coqueluche des fans de Bianka !!

- Oh là, là ! soupira Sakura.

Elle releva brutalement le nez.

- Une force...

Tiffany chercha autour d’elle sans savoir quoi chercher.

- Tu sens quoi ?

- Une grande puissance. C’est bien une de ces cartes ! Mais je ne parviens pas à la situer. On dirait qu’elle est partout.

- Sakura ! appela-t-on derrière les deux filles.

De l’autre côté du feuillage, Bianka leur fit signe. Elles s’approchèrent et il inspira profondément.

- Tu fuis tes groupies ?! plaisanta Tiffany.

- Rien que le temps que ma présence devienne une habitude. C’est toujours ainsi.

- C’est la rançon de la gloire, songea-t-elle.

- Oui, c’est ce que je me dis ! Est-ce que je pourrais te parler, Sakura ?

Elle haussa les épaules :

- Je n’ai pas de secret pour Tiffany, tu sais.

Il sourit en inspectant discrètement les alentours :

- Je le savais. Alors elle sait que tu chasses les cartes ?

Les deux amies se figèrent.

- Ce n’est rien, ne fais pas cette tête. Je me suis renseigné, c’est tout.

Sakura approcha de lui :

- Comment l’as-tu appris ? Enfin, je veux dire... on parle de moi quelque part ?

- C’est une longue histoire que je te raconterai à l’occasion... Pour le moment, j’ai bien vu que tu étais perdue, là à l’instant. Tu l’as sentie, cette carte ?

La cloche sonna et il se tut.

- Continue...

- Non, nous en reparlerons, Sakura.

- Attends !

Il recula et s’approcha du haut grillage du lycée et le franchit d’un bond. Avant de les quitter, il lui fit signe :

- Reste sur tes gardes. Et sache que même affaiblie, une âme qui a tout perdu peut contre-attaquer !

- Sakura, il faut y aller ! la réveilla Tiffany.

  

La journée passa tranquillement et plus personne ne parla du festival. Bianka même ne se montra plus. Et le lendemain soir Tiffany rejoignit Sakura chez elle, où l’attendaient aussi Thomas et Mathieu. Ils partirent dès son arrivée et marchèrent jusqu’au temple.

- Dommage que Katya ne soit pas là, remarqua Sakura en apercevant l’allée de stands.

- Elle est occupée, souffla Thomas. Elle ne peut pas être partout.

Sakura fut surprise par le ton de ses paroles et elle dévisagea son frère sans comprendre.

- En tout cas, tu es radieuse, Sakura, lui confia Tiffany en la considérant des pieds à la tête.

- Tiffany a raison, sourit Mathieu. Ce kimono te va à merveille. Je dirais presque qu’il a été fait pour toi.

Thomas secoua la tête et Mathieu hésita.

- Qu’il est bête, fit-il en écartant les bras. C’est Tiffany qui l’a fait !

Celle-ci aperçut la gourmette qu’elle lui avait offert à son retour et rougit.

- Tu l’as fait rougir, souffla Mathieu. Tu as pensé à te lancer dans la création de mode, Tiffany ?

- C’est une idée qui m’a traversée, expliqua-t-elle tandis qu’ils arrivaient. Mais c’est Sakura mon modèle préféré, c’est elle qui m’inspire tout ce que je crée. Alors je ne sais pas vraiment si je...

- Si on doute de soi, alors on n’avance pas ! la gronda gentiment Mathieu. Tu devrais y songer.

- Nous y sommes ! chantonna Sakura.

Ils s’avancèrent dans l’allée pavée et atteignirent les premiers stands.

- Oh !! s’écria Sakura. Des petits poissons rouges ! Thomas, tu m’en attrapes un, dis... ?

Elle l’entraîna et Tiffany les observa à côté de Mathieu.

- Ils s’aiment vraiment ces deux-là ! confia Tiffany.

- Oui, Sakura manquait énormément à Thomas en Angleterre. Il n’en parle pas beaucoup.

- Même avec toi ?

- Même avec moi, répondit-il.

  

Kero croisa les bras et grogna tout seul.

« Ils partent se promener et qui se charge de garder la maison encore une fois ?!! C’est tonton Kero. Kero-bonniche ! C’est invivable cette maison... se mit-il à crier. J’en ai marre !! Ils vont m’entendre quand ils vont rentrer !! Ou alors, un jour je partirai... Sans rien dire... Mais pour l’instant... »

Il s’envola et se posa sur le bureau. Au centre, un flan au caramel. A côté de lui, trois tours de cinq pancakes arrosés de caramel fumant. Près des photos, un gâteau au caramel et au chocolat, saupoudré de pépites. Et enfin, une assiette de cookies. Il ouvrit grand la bouche et avala la moitié d’un pancake.

« Enfin... Ils savent se faire pardonner », sourit-il en avalant l’énorme bouchée de gâteau.

Il se laissa rouler sur le dos et croisa les pattes derrière la tête en mâchant tranquillement sa pâtisserie.

  

- Oui ! On a gagné le lapin, sourit Tiffany.

Sakura reposa les cerceaux restant et l’homme du stand leur tendit la peluche.

- Et un autre attrape-poussière ! nota Thomas.

Elle lui écrasa le pied, Thomas en toussa de douleur et Mathieu sourit.

- Il est presque aussi mignon que sa nouvelle maîtresse, murmura ce dernier.

- Il ne font pas gagner des peluches de King Kong, par hasard ? ironisa Thomas.

Un grand fracas les fit sursauter. Comme une peur commune, le silence envahit les allées du temple et tous retenaient leur souffle. Ce bruit... Une explosion ?! Le résonnement avait tout arrêté et un pleur d’enfant rompit cette halte de surprise. Des cris leur parvinrent finalement et quelqu’un arriva de l’étang en courant.

- Le pont qui rejoint l’île de l’étang est cassé ! Des filles sont coincées de l’autre côté...

Plusieurs hommes y allèrent sans hésiter et tous les quatre suivirent la foule qui s’approchaient. Sakura sentit une main se resserrer contre son kimono dans la foule et elle se retourna. Thomas la tenait fermement et son regard suffit à le convaincre de lâcher. Ses doigts de décrispèrent et Sakura partit en avant.

Soudain un bruit siffla dans le ciel et quelque chose heurta le sol, au beau milieu de la foule. Sakura se protégea instinctivement le visage, le sol vibra sous le choc. Les gens s’étaient écartés et Sakura ouvrit progressivement les yeux. Elle baissa les bras et aperçut le sol éventré à ses pieds. Elle leva aussitôt la tête pour voir d’où le projectile provenait.

Les filles appelaient, de l’autre côté, et une explosion dans l’eau les arrosa, comme pour les faire taire.

- Sakura... la rejoignit Tiffany avec son caméscope.

- C’est une carte, expliqua-t-elle tout bas à son amie. Je la sens, mais je ne la vois pas...

- Quelle carte peut projeter des bombes ?!

Sakura ouvrit grand les yeux... Mais oui ! ce n’était pas des bombes !

- C’est Power, la Puissance !! Elle agit comme au zoo quand je l’ai capturée. On ne la voit que par les traces qu’elle laisse dans le sol !

- Que veut-elle ?

Sakura chercha autour d’elle un endroit discret. Tiffany comprit aussitôt et sourit en la tirant par la main.

- Par là-bas... On va pouvoir essayer ma nouvelle tenue !

- Tu as apporté une...

- Tu la portes déjà ! Viens !

  

Quelque minutes après, Tiffany admirait son œuvre.

- Juste quelques voiles ici et là, et ton kimono devient une tenue de chasseuse de cartes ! J’ai même pensé à une capuche qui couvrira ton visage. Il y a du monde.

- Tu veux que j’agisse à découvert ?!

- Comment faire autrement, la Puissance t’attend, toi, non ?

Sakura se tourna vers l’étang et frissonna. Une bourrasque soudaine balaya l’étendue d’eau et sembla s’envoler vers les arbres les plus hauts... « Non, songea Sakura. Pas deux cartes !! »

- Un problème ? demanda Tiffany.

- Un doute... Bon, se résonna-t-elle. Il faudrait d’abord libérer ces filles sur l’île. Le pont étant détruit...

Tiffany sourit et lui souffla la solution à l’oreille.

- Tu es un génie !

  

- Elle ne va tout de même pas agir devant cette foule ? lança Thomas en reculant par rapport à la masse qui tentaient de trouver une solution pour aller chercher les enfants coincées au centre de l’étang.

- On peut lui faire confiance, sourit Mathieu. Pour ce qui est de cacher des choses, vous êtes forts dans la famille...

Thomas secoua la tête.

- Tu as raison... Elle ne va...

- Carte des Fleurs, entendit-il hurler sur le côté. Recouvre cet étang !!

- Elle l’a fait !

  

La carte libéra des germes qui plongèrent dans l’eau. Bientôt un tapis de nénuphars géants recouvrit toute l’étendue. Sakura salua son amie et s’avança sur les végétaux, à la surprise de tous. Elle vérifia que son capuchon était bien assez baissé et elle se tourna vers les enfants :

- Allez, venez !! N’ayez crainte !

La carte de la Puissance approchait et frappa à côté de Sakura. Un des nénuphars vola en morceaux mais se reconstitua aussitôt. Sakura s’avança vers les filles et sortit une carte.

- Carte du Bouclier ! cria-t-elle en abaissant son sceptre vers ladite carte.

Une bulle les enveloppa et l’une d’elles posa le pied sur la première plante devant elles.

Une nouvelle bourrasque souleva plusieurs fleurs mais se calma aussitôt. «  N’attaque pas tout de suite » pria Sakura.

La Puissance passa à l’attaque mais le Bouclier la projeta dans les feuillages qui bordaient l’étang, à l’opposé de la foule.

- Ma sœur est complètement folle, souffla Thomas, une main en travers de la figure.

  

3. Dur combat

Tandis que les enfants suivaient Sakura à travers l’étendue de nénuphars, la Puissance enrageait et Thomas soupirait.

Seulement, quelque chose attira son attention.

- Qu’y a-t-il ? demanda Mathieu.

Thomas ne répondit pas et retourna vers les stands. Une aura nouvelle... Rien à voir avec celle de Katya ou celle de Yue. Ce n’était pas non plus comme sa sœur. Une force nouvelle, tout simplement.

L’homme qui s’adossait contre la toile d’un des emplacements avala sa salive. Il se mit à courir dans la direction inverse pour éviter d’être découvert. Quand Thomas contourna le stand, il ne trouva personne. Seulement un peu de pouvoir déposé par un contact sur les toiles et les buissons. « Il » s’était échappé.

Celui-ci s’arrêta finalement près d’un arbre et reprit son souffle. « C’était juste... »

- Et comment que c’était juste, murmura-t-on derrière lui.

Il se retourna et s’adossa au tronc.

- Bonjour, sourit le nouveau venu. Vous ne devriez pas les approcher d’aussi près ! Ils sont malins !

- Bianka ? Vous êtes Bianka Koursikov...

- C’est moi, oui.

- Vous... Tu as lu mes pensées ?!

- C’est vrai. Et j’y ai découvert de drôles de choses... Jonas.

L’homme haussa les sourcils et se reprit.

- Que veux-tu ?

- Rien. Te mettre en garde. La chasseuse de cartes n’est plus ce que vous aviez prévu ! Elle a recréé un jeu. Le pouvoir de Clow est définitivement mort.

- Mais... Non, c’est impossible, bafouilla l’homme. La prophétie disait que...

- Ce ne sont que des histoires écrites par Clow. Il n’était pas un maître du Cercle pour rien.

- Mais alors...

Bianka croisa les bras et sourit.

- Si. Continuez. Mais plus prudemment. Elle est devenue une créatrice. Ne l’oubliez pas.

Bianka disparut alors et l’homme le chercha aux alentours, avant de partir à son tour.

  

- Qui êtes-vous ? demanda-t-on à Sakura, quand les enfants regagnèrent la berge.

Elle ne sut quoi dire et revint au centre de l’étang.

La carte de la Puissance bondit des fourrés et se posa sur l’île. La bourrasque de vent leur tourna autour et la foule s’éloigna peu à peu, poussée par l’air glacial et violent qui soufflait soudain. Sakura comprit qu’elle était protégée des regards indiscrets.

- Tu veux un duel !! cria-t-elle.

Le petit bonhomme vêtu de rouge et de vert, couvert de pompons bicolores ne bougea pas.

- Il faut que je choisisse intelligemment.

Elle se creusa la tête pour trouver une épreuve qu’elle pourrait gagner. Elle aperçut Tiffany qui filmait en se tenant à un panneau d’interdiction de baignade. Malgré le vent, son amie filmait... Sakura sourit et se tourna vers la Puissance.

- Je sais ! Si tu veux me combattre, alors battons-nous ! Mon défi sera... l’amitié !!!

La carte décroisa les bras et haussa un sourcil. Elle semblait surprise mais accepta. Elle explosa aussitôt en poussière et Sakura chercha autour d’elle. Plus rien... Avait-elle déjà gagné ?! Le vent se calma aussitôt et Sakura chercha encore un instant un signe de son adversaire. Elle regagna la rive et trouva Thomas et Mathieu, seuls.

- Tu es malade !! la sermonna Thomas. Tu te rends compte : la foule t’a vue !!

- Tiffany avait pensé à tout, expliqua Sakura, regarde ce vêtement me cachait totalement !

- Je ne veux même pas le savoir !

Tiffany arrivait en courant :

- Sakura ! C’est toi qui a provoqué ce vent ?!

- Non... En fait, je pense que...

- Je n’ai rien pu filmer à cause du vent ! l’interrompit Tiffany, contrariée. Ce n’est pas la première fois, je commence à trouver ça agaçant !

- Je suis désolée, Tiffany.

- Et tu l’as au moins ? demanda Mathieu.

Thomas s’éloigna.

- Bon, moi je rentre.

- Mais... Attends ! tenta de le retenir Sakura.

- Moi aussi, Sakura, intervint Tiffany. Si je ne peux rien filmer, autant rentrer...

- Non, Tiffany...

- Tu l’as attrapée ?! redemanda Mathieu.

- Non... Elle a disparu ! Elle était juste là et puis...

- Tu ne l’as pas attrapée ? C’est triste, fit-il en secouant la tête. Tu me déçois.

- Mais...

- Bon, Mathieu ?! cria Thomas. Tu viens ?!! Cette bonne à rien restera là tant que la carte sera en liberté !

- Désolé, lui sourit Mathieu, je suis d’accord avec lui ! Tu as quand même gâché cette soirée...

Et il s’éloigna.

Ils partaient tous... Ils l’abandonnaient... Et cette méchanceté...

Des pas s’approchèrent. Sakura tourna la tête.

- Tiens !? s’étonna-t-il.  Salut, pourquoi tout le monde a fui, c’est à cause d’une carte ?!

- Lio.. Lionel ?!

- Qu’est-ce que tu attends, si c’est bien ça ? Va l’attraper ! Il me semblait avoir compris que tu en étais tout à fait capable !!

Thomas frissonna et s’arrêta net, l’esprit embrouillé. Il fit demi-tour et :

- Je t’ai déjà dit de pas approcher ma sœur !

- Faut pas t’énerver, le vieux ! J’en veux pas de ta sœur... Enfin, C’est elle qui ne veut pas de moi, plutôt !!

- Mais qu’est-ce qui vous prend, tous les deux ?! s’époumona Sakura, au bord des larmes.

- Moi ? rien... lui répondirent sèchement Lionel et Thomas. C’est lui qui m’énerve !

Elle recula. Que se passait-il... Pourquoi étaient-ils tous si... Quelle idiote elle faisait ! Quelle idiote. Elle fit un pas en arrière et courut vers l’étang. Un peu plus et elle cédait à la panique. Mais la solution, la Puissance elle-même venait de la lui donner. Elle sortit ses cartes et leva son sceptre :

- Carte de la Puissance, tu as gagné ! Je ne supporte pas de voir mes amis me haïr... Alors tu as gagné.

Thomas et Lionel la fixèrent, surpris. Ils accoururent pour l’en empêcher mais elle jeta ses cartes au-dessus de l’eau et d’un geste de sceptre les libéra.

- Forces du Sable, du Silence, de la Voix, de la Création, de la Foudre, des Nuages, des Bulles, des Fleurs et de l’Epée, je vous libèèèère !!!

Mathieu disparut sous les traits de Yue et celui-ci vola vers Sakura.

- Arrête !!! Toutes ces forces au même endroit, elles vont tout détruire !!!

Sakura leva une main et un mur de lumière s’éleva entre elle et eux.

- Arrête, Sakura ! lui cria Lionel, en frappant la paroi magique. Elle est folle ta sœur ! souffla-t-il.

- SI elle ne t’avait pas fréquenté... !!

- Eh bien tant pis, cracha Lionel en reculant, si elle veut agir comme ça, qu’elle le fasse! De toute façon, je n’y peux rien... Je ne sais pas ce que vous avez, aujourd’hui, lança-t-il en s’éloignant.

Yue dévisagea Thomas et acquiesça lentement en y réfléchissant.

- Il a raison ! Un sort t’a envoûté... expliqua-t-il en posant une main sur la joue du jeune homme.

Thomas reprit aussitôt ses esprits.

Les cartes s’envolèrent les unes après les autres vers le ciel et rejoignirent la Puissance qui avait repris sa forme sauvage.

- Je n’avais pas réfléchi, souffla Yue. Si Sakura peut nous tenir à distance, c’est grâce à ça, indiqua-t-il en montrant du menton la main de la jeune fille.

- Une carte ?

- Le Bouclier. Elle a une idée.

La Puissance sourit et écarta les bras. Sakura la fixa :

- Que vas-tu faire, maintenant ? Me tuer ? Tu en as le droit. Tu as gagné. Mais après ?!

Les forces libérées la dévisagèrent. Un doute planait là-haut. Bubble redescendit peu à peu, suivie de Flower. Les autres, déterminée par le choix des deux premières, s’avancèrent aussi vers elle.

- Les cartes savent où est leur intérêt, expliqua Yue.

- Elles sont fidèles à Sakura ?

- Elles lui doivent leur vie. Le fait d’exister.

La Puissance lança un poing vers Sakura, mais le Bouclier s’échappa de sa main et la protégea.

- Alors, Power ? Quelle amitié est la plus forte ? Celle que tu as pu maîtriser ou celle qu’on ne peut provoquer en duel ?!

Les forces redevinrent spontanément Cartes de l’éternel et flottèrent autour de Sakura. La Puissance ne tarda pas à s’avouer vaincue. Sakura leva son sceptre, le sceau terrestre apparut sous elle et elle frappa dans le vide :

- Carte de la Puissance ! Quitte la forme qui est tienne. Deviens Carte. Carte de l’éternel...

Le petit bonhomme rouge et vert se laissa aspirer vers la carte que Sakura captura d’une main.

La bourrasque se leva alors. Et une silhouette gigantesque se posa sur l’île.

- C’était donc bien toi que j’avais sentie, Windy...

La femme ouvrit les bras et l’air leur fouetta le visage. Sakura reçut le message et Yue sourit. Il redevint Mathieu et Thomas sursauta.

- Eh !! Eh !! arrivait Tiffany. Pourquoi je suis partie ? J’ai loupé quelque chose ?!

Windy s’envola et disparut dans l’air.

- Tu ne l’attrapes pas ? interrogea Tiffany, caméra au point.

- Je crois qu’elle voulait seulement m’observer, expliqua Sakura. Je l’ai senti.

- En tout cas, tu es resplendissante ! Je suis encore fière de te voir porter une de mes créations...

- Et avec tous ces voiles, avança Thomas, on ne voit pas ses kilos en trop !!

- Mais tu arrêtes ? Méchant !

Sa clef reprit sa forme et elle la rangea.

- Devant toi, chuchota Thomas à son ami, elle est si gentille, tu devrais voir le monstre au réveil !!

- Je t’ai entendu, Thomas !!

Tiffany filma les environs, déserts.

- Pas étonnant que tout le monde ait fui le temple, avec les histoires qui circulaient sur des combats d’esprits !

« Même affaiblie, une âme qui a tout perdu peut contre-attaquer... » avait dit Bianka. Et si elle avait été cette âme ? Ca aussi, Bianka le savait ! Ca aussi...


Chapitre 11 : Du duel au duo

1. Le mystérieux sauveur

- J’ai raté quelque chose ? s’envola Kero pour se poser sur le lit.

Sakura sortit de la salle de bain et le dévisagea.

- Tu sais que tu es dans la chambre d’une fille, au fait ?!

- Ca ne t’a jamais gênée, avant... réfléchit-il.

- J’ai seize ans ! Et à seize ans, il y a des trucs... commença-t-elle en sortant et en descendant l’escalier.

- Elle pourrait répondre ! grogna-t-il.

  

Sakura trouva la cuisine vide. La télévision était allumée dans le salon et Dominique et Thomas semblaient happés par les images.

Dans l’obscurité de l’écran, on discerna soudain une silhouette qui courait avec des enfants... Sakura avala sa salive en réalisant ce qu’elle était en train de regarder. Thomas se retourna discrètement, la dévisagea avec son air de « C’est franchement pas malin !!! ».

- Etonnant, souffla Dominique, sa tasse de café à la main. Ce jeune garçon a sauvé ces petites filles.

- Ce garçon... ? s’approcha Sakura. De quoi... de quoi ça parle ?

- Tu sais, lui lança son frère, le « garçon » qui a sauvé les filles au temple, avant-hier soir...

- Ah... ? feignit-elle. Il y avait des caméras ?! Ah...

- Tout de même, il lui fallait un sacré courage, ajouta Dominique. Regardez, il s’approche de la caméra. Ah non, il repart...

L’objectif se tourna vers la foule pour suivre les enfants et l’image vacilla.

- C’est à ce moment-là, expliqua Thomas que le vent s’est levé !

L’image se coupa enfin et un reporter apparut à l’écran...

- Voilà quelqu’un de bien, sourit Dominique. Il n’a pas l’air de rechercher la gloire, puisqu’il ne s’est pas éternisé...

- Euh... oui... répondit Sakura, mal à l’aise.

  

- Et papa n’a pas arrêté de complimenter le jeune garçon courageux, confia Sakura à Tiffany en arrivant dans la salle.

- En tout cas, ta tenue passait très bien à la télé... J’ai même réussi à enregistrer les images !

- Tiffany... Je te parle de...

- Sakura ! l’appela-t-on. Ohé !

Sandrine lui fit signe d’approcher et Tiffany et elle s’avancèrent vers sa table.

- Vous avez entendu ça ?! On raconte qu’un esprit a envahi le temple avant-hier.

- En fait, ce n’était pas un esprit, sourit Tiffany, c’était Sak...

Celle-ci la bouscula et les autres la regardèrent.

- Ce qu’elle veut dire, c’est que ce n’est pas un fantôme, mais bien quelqu’un de réel, expliqua Sakura.

- Vous l’avez vu ?!

- On était trop loin !

- Oh ! C’est dommage...

- On raconte que ce serait un garçon de notre âge, assura Nadine.

- Oui, c’est moi ! sourit Yvan.

Elles éclatèrent de rire, mais il garda son sérieux.

- Non, non, je vous assure. Certaines personnes ont cette particularité de posséder en elle une seconde personnalité. Et la mienne ne sort que la nuit. Vous l’ignoriez ?

- Mais bien sûr, Yvan ! rétorqua Sandrine.

- Et pourquoi pas Bianka ? se retourna Alison. Après tout...

Sandrine et Nadine se jetèrent le même regard.

- Ce garçon aurait toutes les qualités, alors... remarqua Nadine. On en trouve peu, des comme lui.

- Hum ! toussa Yvan pour signaler sa présence.

- Mais bien sûr, souffla Sandrine en lui donnant une petite tape sur la joue, mais bien sûr !

Le professeur entra et leur demanda d’aller s’asseoir.

- Tu vois, tu es protégée, Sakura. Tous croient que c’est un garçon !!

- Mouais, rouspéta-t-elle pour elle-même. Comme si une fille n’en était pas capable !

  

Le lendemain, l’affaire offrait un nouveau rebondissement : une photo plus claire. Tiffany était aux anges, car on remarquait la minutie de son travail !! Elle acheta même plusieurs journaux pour s’en assurer. Les deux amies se retrouvèrent chez cette dernière :

- Comme tu es belle, sur celle-là aussi...

- C’est la même.

- Justement !

Elle montra une énième fois l’image à Sakura et celle-ci soupira.

Pourtant un détail sur la page...

« Les vandales s’en sont pris cette fois aux vitres du centre commercial Lejoyau et les ont toutes brisées sans exception, sans rien dévaliser. La police recherche toujours le groupe qui frappe depuis maintenant une semaine dans le centre commercial. Et à l’heure où les autres magasins se demandent quel sera le prochain, la police n’a encore aucune piste sérieuse. »

- Que regardes-tu ?

- Cet article sur la bande des « vandales »... Je ne sais pas pourquoi, mais...

- Mademoiselle, les interrompit-on. Quelqu’un demande à vous voir.

- Lionel, se leva Sakura.

- Tu crois ?

- Je ressens son pouvoir.

Tiffany fit un signe à son majordome et Lionel ne tarda pas à entrer.

- Bonjour, le salua Tiffany.

- Ah... Tu es là, Sakura. Tant mieux à la rigueur.

- Si je te gêne, je peux partir.

- Non, c’est moi qui ne reste pas longtemps.

- Oh, oh, oh ! les arrêta Tiffany. Vous êtes chez moi. Et vous êtes tous les deux mes amis. Alors pas d’agressivité !

- Il faudra dire ça à miss « j’me-débrouille » qui n’est pas capable de sentir une carte en ville.

- Une carte ?

- Tu as entendu parler du groupe, « les Vandales », j’espère?

- On lisait justement l’article, montra Tiffany.

- Moi, ça fait plusieurs jours que je suis dessus. Il est clair que c’est une carte.

- Et... ? attendit Sakura.

- Et je venais demander à Tiffany ce que tu faisais... Je me demande si la sauvegarde du calme et de l’ordre des choses t’inquiète encore !

- Mais je...

- Il y a une carte en ville, alors fais ton travail, lui asséna-t-il en les quittant. Au revoir, Tiffany.

- Il... il... s’énerva Sakura. Il m’énerve !!!!

Tiffany secoua la tête et s’assit.

- Tu te rends compte où vous en êtes arrivés ?

- Oui, je me rends compte : il me hait à un tel point qu’il vient me narguer chez ma meilleure amie...

- Ce n’est pas ce que je voulais dire, soupira Tiffany.

- Ce soir, je sors !

- Le héros mystérieux part à la chasse ? demanda Tiffany en recouvrant son sourire.

- Ouep ! Tu aurais une autre tenue de camouflage ?! s’excita Sakura. Je sors...

  

2. Sur les toits

Sakura tourna brusquement la tête vers le trottoir d’en face. Un groupe de personnes s’était arrêté et se mit à rire aux éclats.

- Ceux-là ne sont pas en état pour se souvenir de moi demain, sourit-elle.

Un bruit sourd devant eux et une force bondissant vers l’immeuble qui la surplombait. Plusieurs vitres volèrent en éclat et Sakura se protégea quand les morceaux l’arrosèrent en pluie fine. La force mystérieuse venait de se relancer dans le vide vers un autre bâtiment.

- Le Saut, évidemment.

Elle jeta une carte devant elle :

- Carte du sable, hisse-moi jusqu’au toit.

Une colonne de sable jaillit sous elle et la transporta vers le sommet d’un bloc de commerces. Elle se posa et chercha le Saut. Il fonçait vers le centre ville et elle se mit à courir, son téléphone à la main.

- C’est bien une carte, souffla-t-elle. Je la suis.

- Et tu sais comment l’arrêter ? demanda Tiffany.

- Pas du tout. J’improviserai !

- Tu es où, que je te rejoigne avec Kero... ?

- Je n’arrête pas de changer. Mais en fait... Attends, il revient vers le centre. Le centre !

  

Lionel bondit du toit de la maison et se laissa planer jusqu’au toit lointain.

- Dieux du vent, rattrapez-moi ! cria-t-il, deux doigts contre la lame de son épée.

Le souffle le souleva et le déposa entre les épaisses cheminées du vertigineux hôtel. La force gigantesque le narguait... Elle revint vers lui, le survola, et descendit à pic, contre la surface vitrée du gratte-ciel.

- Tu crois que ça m’impressionne ? lui cria-t-il en courant vers le bord du toit et en se jetant dans le vide.

Il dirigea son épée et suivit des yeux la silhouette qui remontait vers la tour d’en face. Un courant d’air magique le porta un peu plus en avant et il tenta de heurter la carte du talon. Celle-ci accéléra et il se rattrapa à un volet. En enrageant, il fit appel au vent et se laissa porter jusqu’au toit du bloc de commerces où les toitures se trouvaient toutes à peu près au même niveau.

  

Sakura courait sur les tuiles et se laissa glisser vers la gouttière de la maison car le Saut venait de s’éclipser dans la ruelle. Sakura se laissa tomber au sol et chercha une trace de la force. Elle se mit à courir vers l’avenue principale et déboucha dans la lumière des phares d’une Roll Royce qui la frôla avant de s’arrêter.

- Merci bien, lança Tiffany. Je rentrerai seule.

La voiture repartit aussitôt.

- Ce que tu es chou, Sakura !! s’écria-t-elle en admirant sa création.

Sakura était haletante et n’avait pas le cœur à la plaisanterie mais elle sourit.

- Toujours rien ?

- Non. Et je ne peux rien faire d’autre que me laisser conduire. Elle est en train de jouer avec moi !! Et ça m’éneeeerve !! cria-t-elle.

- Je crois que tu dois réfléchir, il doit bien y avoir...

La force atterrit derrière Sakura et celle-ci sentit la puissance de la carte. Elle fit volte-face et l’animal étrange aux très longues oreilles coudées se lécha une patte puis la dévisagea.

- Il me... naaargue ?! hurla Sakura en lui sautant dessus.

La bestiole fit un bond en arrière et, le museau enfoncé entre ses menues épaules, il la dévisageait, près à bondir.

- Sakura, appela Tiffany. Je crois que...

- Yaaaah !! s’écria Sakura en repartant à la chasse.

Tiffany inclina la tête en entendant son amie grimper à la gouttière et repartir sur les toits.

- La nuit va être très longue, soupira-t-elle.

  

Une heure plus tard, Sakura perdit une nouvelle fois la trace du Saut. Elle s’arrêta au bord d’un toit. Les rues étaient désertes. Les derniers passants avaient regagné leur domicile. Le silence régnait sur la ville. Sakura soupira en reprenant son souffle.

- Ahhh !! cria-t-on au-dessus d’elle. Pousse-toi !!!

Mais Lionel appela les vents trop tard et tomba contre Sakura. Ils roulèrent sur plusieurs mètres et heurtèrent le bord du toit.

- Lionel ?! Mais tu es fou ?!

- Je fais mon boulot.

- Le mien, tu veux dire...

- Si tu ne le fais pas, qui le fera ? se releva-t-il.

- Et là, tu crois que je chasse les papillons ?! s’énerva-t-elle en lui montrant sa tenue.

Il inspira profondément ; l’immense force qu’il pourchassait les survola.

- C’est le Vol ?! s’étonna Sakura.

- Bien sûr...

- Moi, je chasse le Saut, clama-t-elle en le voyant s’éloigner.

Il s’arrêta et tourna la tête :

- Il y a deux cartes ?!

- Oui, sourit Sakura en y réfléchissant. Et c’est tant mieux : on capture le Saut et on pourra avoir le Vol !

- Dis plutôt que si on capture le Vol, alors on aura facilement le Saut !

- Non, non, je t’assure... Je sais ce que je fais !!

- Mais c’est plus  logique d’attraper le Vol !! On pourra suivre le Saut à travers les rues !

- Avec le saut, un seul bond suffira à bondir sur le Vol et le capturer !!

- N’importe quoi ! Et bien bonne chance ! souffla-t-il en repartant.

- Grrr... Il m’énerve !!

  

Kero se posa à côté de Tiffany, posté sur un toit plus haut que les autres et patienta en silence.

- Toujours rien... soupira-t-elle.

- Pas étonnant. Le Saut était une carte sournoise. Alors dans cette forme mystérieuse et plus puissante, ce n’est pas gagné !

- Carte ou pas, alors ?

- Pour moi, ce n’en sont pas, assura-t-il, de sa voix grave.

Sakura leur passa devant en appelant la carte de la création et disparut en face.

- Les Cartes sont l’œuvre de Clow. Et toute sa magie a disparu, confia Kerobero. Mon apparence et mes pouvoirs en sont la preuve. Le livre de Clow a forcé Sakura à nous recréer. Elle croit nous avoir libérés mais elle ne se rend pas compte que son pouvoir est aujourd’hui colossal. Elle s’est créée deux gardiens. Yue et moi.

- C’est étonnant. Pourquoi ne le sait-elle pas ?

- Elle n’a jamais senti son pouvoir. Vous les humains en avez tous un peu qui n’attend que d’être travaillé, mais vous l’ignorez.

Lionel atterrit sur le toit et décolla aussitôt.

- Tiens, Lionel ? s’étonna Tiffany.

- Katya Moreau a travaillé son pouvoir, expliqua Kero. Et Clow aussi, d’ailleurs.

Les deux chasseurs se heurtèrent violemment en face des deux observateurs, se crièrent dessus et repartirent.

- Kero, je me pose une question... murmura Tiffany.

- Pose ! On verra.

- Sur le livre de Sakura... Tu es représenté entouré d’une chaîne.

- C’est vrai.

- Je me suis toujours demandé si tu dormais vraiment quand les cartes se sont échappées, la première fois.

- Eh oui, baissa-t-il la tête. Même les beaux diables comme moi ont leur faiblesse, sourit-il. Pourquoi ?

- Ne serait-ce pas plus juste de dire que tu étais... enfermé, prisonnier... impuissant ?

Kero ne bougea pas.

- Yue a quitté le livre quand il le voulait. Toi, tu n’es sorti que lorsque Sakura t’a soi-disant « réveillé ». Ne t’aurait-elle pas simplement libéré ?!

Il ne réagit pas. La question l’inquiétait et il ne sut quoi répondre.

- Je ne sais pas... souffla-t-il finalement.

Puis il leva les yeux vers Sakura et Lionel qui s’étaient de nouveau heurtés et qui se relevèrent pour se disputer de plus belle.

- Ces deux-là, souffla-t-il. Oh !! appela-t-il. Les cartes vous attendent !

- S’il te plaît, l’arrêta Sakura. Tu vois pas qu’on parle ?!

- Les cartes... murmura Kero en observant les deux forces penchées au bord d’un toit plus haut.

Mais ils ne l’écoutaient pas, perdus dans leurs propos :

- Parce que tu avais besoin de moi, peut-être ?! demanda Lionel.

- C’est toi qui as tout compris de travers. Je te signale que tu étais jaloux de Brice.

- Bon sang, mais il te draguait ouvertement !! Et tu ne réagissais pas.

- Mais tu ne comprends rien : il voulait m’amadouer pour me reprendre les cartes !!

- Traite-moi donc d’imbécile, vas-y !!

- Arrête un peu !! Brice était la réincarnation de Yaln Erod. Tu sais ce qu’il voulait, non ?

- Il voulait peut-être plus !! Toi en tout cas tu ne réagissais pas.

- Mais tu voulais quoi ? que je lui dise « attention, sinon, mon copain va pas être content » ?! Je ne craignais rien de lui. C’est toi qui as eu peur. Et ça t’a amené à vouloir partir !! Et me quitter...

- Et ça non plus, ça ne t’a rien fait.

- Je... bafouilla-t-elle alors. Je t’interdis de dire ça.

- Ah ouais, et tant qu’on en est aux adieux difficiles. Je l’ai encore là, précisa-t-il en plaçant son index sous sa gorge, ton « si tu pars, c’est que t’as rien compris »

- Et toi alors ?! Tu me demandais de choisir entre toi et mes amis ?!!

- Mais tu n’étais plus libre pour moi, reconnais-le !! Depuis que Yaln était réapparu, c’était Tiffany par-ci, Tiffany par-là. Elle, elle pouvait t’aider, et pas moi, c’est ça ?!! Comment je devais le prendre, ça ?

- C’est pour ça que tu lui as téléphoné à elle ?!! Tu préférais peut-être sa compagnie ?! Est-ce que tu m’aimais vraiment d’ailleurs ?!!! lui hurla-t-elle.

Il leva la main et sentit sa colère exploser. Le déclic. La peur et la douleur...  Son bras partit et elle eut juste le temps de fermer les yeux.

Il s’arrêta net. Qu’avait-il fait ?! Qu’allait-il faire ?!! La gifler ?

Il recula, tituba et elle ouvrit les yeux.

- Lionel...

Il avait failli la gifler. Gifler Sakura... LUI !

Il fit encore un pas en arrière et s’enfuit. Elle ne bougea pas. Tiffany et Kero étaient paralysés par la surprise.

Sakura tendit difficilement une main vers lui mais ne parvint pas à articuler un mot.

- Sakura, l’appela finalement Kero. Les cartes...

Celles-ci s’envolèrent et piquèrent vers la chasseuse de cartes. Kero bondit.

  

3. La troisième carte

- Stop ! l’arrêta-t-on dans sa course.

Lionel leva les yeux vers le personnage ailé qui l’avait arrêté.

- Yue... Que veux-tu ? lui hurla Lionel, envahi par la haine.

- Où vas-tu ?!

Le vide l’envahit d’un coup, comme si sa rage n’était que superficielle. Il réfléchit et voulut se tourner vers le lieu qu’il quittait mais il serra les poings.

- Loin ! Loin d’elle. Je veux... J’ai... bafouilla-t-il, les larmes aux yeux. J’ai voulu...

Yue approcha et le prit dans ses bras.

- J’ai failli la gifler, se mit-il à pleurer. J’ai failli gifler Sakura... se débattit-il un instant.

- Je sais, souffla Yue.

- Et elle ne comprend rien... se calma finalement Lionel tandis que Yue passait une main dans ses cheveux.

Pour la première fois de sa vie, Lionel se laissait aller. Pour la première fois, ces larmes. Pour la première fois le chagrin s’échappait de la carapace épaisse qu’il avait réussie à construire autour de lui. Pour la première fois, il pleurait et sentait la douleur se hisser dans son ventre et le déchirer à chaque sanglot. Comme si tout ceci devait s’arrêter. Comme si le poids du mal avait brisé tout son être. L’homme de la maison. C’était ce qu’on lui avait demandé d’être chez lui. Avec sa mère et ses sœurs, comment aurait-il pu en être autrement ?

Et ce soir, tout ceci fuyait. Toute sa peine.

- Je crois que tu possèdes en toi la solution. Mais veux-tu la voir ?!

Lionel leva le visage vers lui et secoua la tête.

- Quelle solution ? Elle me hait. Je le sens...

- Qu’est-ce qui compte le plus pour toi ? Ton amour propre ou ton amour pour elle ?

Lionel recula et se tourna vers le bâtiment derrière lui.

Yue s’envola, rejoignant Thomas qui patientait, appuyé contre un arbre de l’avenue parallèle.

- Alors ?

- Tu avais raison. Il l’aime plus que tout.

- C’est bien  ma veine, sourit pensivement Thomas. Allez, rentrons. Je dois finir ma nuit, moi !!

  

Le Vol réussit à repousser Kero, d’un battement d’aile. Le gardien frappa violemment le sol et Tiffany approcha. Le Saut s’apprêtait à attaquer. Kero ouvrit un œil et vit Sakura se préparer. Elle n’avait plus toute sa tête depuis la dispute.

- Elle ne tiendra pas, souffla-t-il.

Puis il perdit connaissance. Tiffany le couvrit et observa son amie subir les attaques de la bestiole aux longues oreilles. Le Vol s’éleva très haut et fondit sur elle en vrille. Elle retint son souffle...

- Dieux du Feu, écartez cette force !!

Lionel atterrit derrière le Saut et celui-ci lui jeta un regard de travers. Le Vol tourbillonnait vers la rue, une aile en flammes et s’écrasa lourdement sur le sol en contrebas.

- Lionel... bafouilla Sakura.

- On verra ça plus tard. Il faut nous battre, lança-t-il sèchement.

Elle acquiesça et se redressa. Le Saut en profita pour la heurter de plein fouet, la poussant en dehors du toit, et rebondir vers Lionel qui l’évita. Celui-ci courut vers le rebord et attrapa la main de Sakura alors que elle allait lâcher prise, pendue dans le vide. Elle le dévisagea et scruta le sol...

- Mon sceptre, il est tombé...

Le Vol passa près d’eux et reprit de l’altitude, en battant puissamment des ailes. Déjà le Saut bondissait sur le dos de Lionel et y sautait à cœur joie, frappant toujours un peu plus fort sur sa colonne vertébrale. Lionel ferma les yeux et lança son épée en avant :

- Dieu du vent, chassez cette force !!

Le souffle projeta le Saut à distance.

- A une main, tu ne peux rien... souffla Sakura. Lâche-moi, je vais m’attraper à ce balcon.

- Tais-toi ! Je te tiens...

  

Bianka sourit dans son coin, au fond d’une ruelle. Il ouvrit les yeux et releva le menton : « C’est bon, ils vont comprendre... ».

Il s’enfonça dans l’obscurité et disparut.

  

Le Vol fonça sur le dos du jeune homme, qui hurla de douleur, et s’envola de nouveau. Le Saut, à son tour, lui bondit sur la tête et sur tout le dos.

- Dieux du... vent... souffla Lionel, à bout de force.

- Lionel, je te dis que tu vas... laisse-moi tomber, j’appellerai une carte pour bien retomber...

- Sans ton sceptre ? souffla-t-il, épuisé.

La main de Sakura glissa entre ses doigts et il l’attrapa à deux mains.

- Lâche-moi, je te dis. Il faut que l’un de nous...

- Tais-toi !!! lui hurla-t-il. Tu es la chasseuse de cartes. C’est à toi de les capturer. Tu as la puissance nécessaire...

- Mais...

- Tais-toi donc, murmura-t-il. Moi vivant, tu ne mourras pas, Sakura.

Elle le dévisagea au bout de son bras. Elle ne savait que penser. Une chaleur naissante irradia alors la rue et Sakura ferma les yeux. Une sensation de bien-être l’envahissait, s’écoulant du corps de son sauveur. Tiffany fouilla à tâtons dans son sac, sortit et alluma son caméscope. Toute la rue brillait puissamment d’une lumière jaunâtre et blanche.

Lionel fronça les sourcils et le Saut et le Vol attaquèrent ensemble.

Les deux cartes volèrent dans le décor avant même de le toucher. Il ne comprit pas et Kero ouvrit le yeux. Ses forces lui revenaient.

- Quelle puissance extraordinaire...chuchota-t-il, encore étourdi. Mais qu’est-ce que c’est ?!

Le sceptre s’envola soudain pour rejoindre la main libre de Sakura. De nouveau, la sensation qui lui avait permis de créer sa clef l’enveloppa. Et toute la lumière rejoignit son sceptre en une fraction de seconde. Sakura n’en croyait pas ces yeux... Au bout de son sceptre, une carte...

Kero sauta dans le vide et la soutint. Il la ramena sur le bord du toit et elle sourit.

- Sakura, ça va ? s’inquiéta-t-il.

- Oui, oui.

Lionel, roula sur le côté et elle aperçut son uniforme déchiré sur tout le dos. Elle s’agenouilla près de lui et une carte passa à l’attaque. Elle leva les yeux vers cette dernière et lança son bâton en l’air...

- Carte du Vol, murmura-t-elle en redressant Lionel. Redeviens Carte, Carte de l’éternel.

Le sceptre se bloqua en l’air au creux du plumage magique de l’oiseau gigantesque et le Vol devint instantanément carte.

Kero ouvrit les yeux et sentit sa mâchoire se relâcher

- Elle... elle l’a attrapée...

- Lionel ? lança Sakura. J’ai besoin de toi pour la seconde...

- Bien sûr, se releva-t-il, affaibli.

Le sceptre retomba dans sa main et elle le fit tourner au-dessus de sa tête avant de l’abattre contre la carte qu’elle avait jetée.

- Carte du Vol, cria-t-elle tandis que le Saut s’enfuyait. Donne-moi ton pouvoir !!

De grandes ailes se déployèrent dans son dos. Elle fixa Lionel qui prit son épée à deux mains.

- Je te la ramène, lança-t-elle en s’envolant.

  

Elle retrouva la force du Saut dans une ruelle étroite. Elle lui fonça dessus et celle-ci bondit d’un mur à l’autre pour se hisser toujours plus haut. Sakura s’envola vers le sommet des tours et accueillit le Saut, bras tendus et sourire aux lèvres.

- Alors ? Mal à l’aise ?

Le Saut bondit en arrière et se laissa tomber le long du bâtiment.

- Carte de la Foudre, s’écria Sakura en rabattant la force traquée vers Lionel.

Tiffany se préparait, caméra au poing. Le Saut planait dans son dernier bond vers lui et l’aperçut trop tard.

_Dieux du tonnerre ! cria Lionel.

Pris entre les deux salves, il se trouva bloqué dans une gerbe d’éclairs et Sakura s’approcha pour le capturer.

- Carte du Saut, quitte la forme qui est tienne !! Deviens Carte. Carte de l’éternel !!

L’animal aux longues oreilles la dévisagea d’un œil et se laissa aspirer par la carte qui se créait. Cette dernière s’envola et retomba entre Sakura et Lionel. Ils l’attrapèrent dans un seul geste et se dévisagèrent.

- Merci, souffla-t-elle.

- Je... Je n’ai pas oublié ce que j’ai voulu te faire, Sakura.

- Mais ce n’est rien... J’ai... enfin, on...

- Non. Je crois qu’il me faut encore un peu de temps... pour me pardonner

Elle sourit tendrement.

- Je te comprends, confia-t-elle.

Il récupéra sa coiffe et salua Tiffany. Celle-ci filma son départ et approcha.

- Les choses s’arrangent ?

Sakura avait baissé les yeux sur la carte qui était née de cette chaleur qui les avait unis un court instant...

- C’est donc bien possible que ces forces magiques habitent des corps humains...

- C’est la carte de l’Amour ? demanda Tiffany en attendant qu’elle la montrât à l’objectif.

- Oui, elle était en nous... En nous deux...

Sakura se tourna vers le coin de la rue où avait disparu Lionel ; cela voulait-il dire qu’il ne la haïssait pas ? Peut-être.

Sûrement...


Chapitre 12 : Le Cube

1. L’entrée

La femme claqua dans ses mains pour attirer l’attention des élèves.

- Allez, est-ce que tout le monde a compris ? demanda le professeur de sport.

Un long « oui » s’éleva de la foule.

- On n’est pas souvent avec les garçons en sport, fit remarquer Sandrine.

- C’est pour la répétition de notre spectacle... précisa Sonya.

Bianka les observait assis sur les marches qui bordaient le stade, les séparant d’une allée du lycée. Sakura lui fit signe et il sourit.

- Allez, regroupez-vous. Nous allons écouter la chanson que nous propose Bianka.

Le jeune homme arriva.

- C’est un groupe anglais, expliqua-t-il, mais je me débrouillerai pour avoir la traduction. Je suis sûr que ça vous inspirera...

- Qu’est-ce que ça raconte ? demanda Emilie.

- C’est l’histoire d’un homme qui veille au bonheur d’une demoiselle. Mais elle n’en a pas conscience.

- Un ange-gardien ? demanda-t-on.

- On pourrait dire ça, oui, sourit-il en se perdant dans ses idées.

- Allez, allez, faisons une pause, intervint Sally, leur professeur. Asseyez-vous. Bianka va vous expliquer pendant la musique quels vont être les mouvements.

Sally Humbert lui laissa donc sa place et fit démarrer le CD.

L’intro afficha immédiatement les ambitions du danseur professionnel et tous se regardèrent, inquiets. Les basses Dance ralentirent et les violons enchaînèrent. Comme dans un soupir général, l’assemblée qui le dévisageait se relâcha.

- Là, vous entrerez. Il me faudra des danseurs solo. Ils rejoindront le centre et...

Le rythme reprit et il suivit les ondulations musicales avec les mains.

- Là, le groupe s’unira. C’est le refrain. Et à chaque refrain on mettra en avant celle qu’on aura choisie comme représentante de la mélodie. Car il nous faudra choisir des personnes pour le rôle de la jeune fille, pour celui de son petit-ami, et pour... l’ange-gardien , sourit-il. Et le personnage final ne sera pas représenté. C’est une ombre, un sentiment, seulement. C’est une voix, une émotion. J’ai pensé à des rubans et des pétales. Ca va salir la salle mais ce sera du plus bel effet.

Toute la classe écoutait et certains devinaient les paroles. Tous restèrent attentifs jusqu’à la fin du cours.

  

- Bianka !! l’arrêtèrent Sakura et ses amies. Tu crois qu’on sera capables de faire ça ?

- J’ai confiance en vous. Certaines ont même un potentiel très impressionnant, confia-t-il.

Elles se dévisagèrent et froncèrent les sourcils.

- Tu ne nous as même pas vues danser, nota Nadine.

- Je sens ces choses-là, sourit-il. A demain.

- Il est fantastique, soupira Sandrine.

- Mouais, murmura Yvan. Vous savez ce qu’on dit des danseurs de ballet ?

- Tu dis une seule chose sur Bianka et je t’étrangle, souffla Sandrine.

Il secoua la tête et partit vers les vestiaires.

- Tu vas le rendre jaloux, Sandrine.

- Voui... Mais qu’est-ce qu’il est gentil en contrepartie !

Elles éclatèrent de rire et Sakura sentit faiblement une aura connue sur le toit de leur bâtiment.

- Allez, allez, approcha Sally Humbert. Au vestiaire, les filles !

  

Sakura ouvrit la porte et aperçut Yue, debout devant les grilles qui encerclaient toute la surface du toit.

- Yue ? s’avança-t-elle.

Il ne bougea pas.

- Bonjour Sakura, articula-t-il. Je vous ai vus dehors tout à l’heure.

- Ah. C’est le spectacle qu’on prépare pour le festival des arts. Tu te rappelles peut-être la pièce que Thomas et Mathieu avaient joué il y a quelques années.

- Oui, oui.

- Je peux te demander ce que tu fais là ?

- Je veille sur toi.

Il écarta un bras et appuya son sceptre au sol.

- Merci, c’est gentil, sourit Sakura en se tournant vers le paysage.

- Sakura, je me pose beaucoup de questions.

- A propos de quoi ?

- De moi, de Kero, de Clow... Enfin... de tout ce qui m’a créé et qui fait partie de moi. Quand j’ai généré l’apparence humaine que vous aimez tant, je voulais simplement te surveiller. J’ai découvert une foule de choses. Je pense même y avoir pris goût.

- Ce sentiment que tu as pour moi... Pas pour Mathieu, pour moi. Il est tellement plus fort que ce que je ressentais chez Clow. Je pensais que Clow nous aimait. Et moi particulièrement. Mais l’amour des hommes est différent de celui de Clow.

- Clow était humain, lui aussi, non ?

- Bien sûr, mais ses pouvoirs l’élevaient à un rang supérieur... Comme toi.

- Moi ? Mais je ne me sens pas supérieure.

- Voici encore un très bel exemple de vos différences, soupira-t-il.

Elle ne comprenait pas vraiment où il voulait en venir mais elle prit sa main.

- Je commence à voire des choses, la nuit, continua-t-il.

- Des rêves ?

- Je crois... Je vois Clow. Non, en fait, j’ai plus l’impression que ce sont des souvenirs qui remontent. Des instants oubliés. Juste avant la mort de Clow. Avant qu’il ne s’enferme dans sa salle de méditation... Il dit des choses que je ne comprends pas encore...

- Ne t’inquiète pas. Je suis sûr que ça viendra, avec le temps... Tu comprendras.

Il hocha le menton et inspira profondément.

- Je pense aussi. Je vais y aller. Fais bien attention à toi.

- Evidemment... sourit-elle.

Il leva son sceptre et le temps se figea. Il battit des ailes et s’envola vers la ville.

Quand tout redevint normal, Elle réalisa qu’elle n’avait pas été prise par le pouvoir sur le temps... Yue utilisait des cartes qu’elle n’avait pas capturées ?! Il faudrait lui demander, à l’occasion.

  

Sakura roulait tranquillement à côté de Tiffany et tentait de répéter les premiers mouvements que Bianka leur avait montré. Tiffany applaudit et sourit :

- Tu es vraiment faite pour ce rôle, Sakura.

- Pardon ?

- Oui, la jeune fille sur laquelle veille un ange-gardien... Sauf que toi tu en as deux !

- Oui, enfin, je...

L’aura de Lionel ! Sakura poussa sur ses rollers et arriva devant le parc de l’Empereur pingouin. Lionel était là, à l’instant. Il n’avait pas pu s’envoler...

- Un problème, Sakura ?

- Je... je ne sais pas encore, souffla-t-elle, inquiète.

  

Mathieu posa le sac de course dans l’entrée et Thomas secoua la tête :

- Tu es sûr que tu ne veux pas dormir à la maison ?

- Non, non... Celui qui m’habite passe ses nuits dehors. Alors je n’ai pas besoin d’un lit ou quoi que ce soit !

- Mouais...

- C’est plutôt économique, non ? sourit largement Mathieu.

Thomas sentit une douleur dans sa cage thoracique. Il y posa le poing et fronça les sourcils.

- Ca ne va pas ?!

- Non... C’est Sakura. En général, je ressens une légère douleur mais là... c’est...

L’enveloppe charnelle de Mathieu s’effilocha  et Yue apparut pour soutenir Thomas :

- Il faut qu’on y aille, je l’ai aussi sentie.

  

Sakura et Tiffany s’avancèrent au centre du parc et regardèrent le groupe d’enfants s’amuser sur le toboggan du bec de l’Empereur. Derrière, un assemblage de barres de métal formait une cage qu’un petit garçon fixait étrangement. Sakura approcha.

- Bonjour, toi.

- Vous voulez me croire, vous ?

- Quoi ? Pourquoi ? demanda Tiffany.

- Il y avait un garçon et une fille, là... et ils ont disparu. Je mens pas !! Je le jure, mes copains ils ne veulent pas me croire.

- Lionel... murmura Sakura en s’avançant vers la construction.

Elle approcha une main.

- C’est prudent, tu crois ? interrogea Tiffany en demandant au petit bonhomme de rejoindre ses amis de l’autre côté du parc, où il ne les verrait pas agir.

Sakura appela sa clef, serra son sceptre et posa la main sur la cage de métal.

  

- Noooon !!! s’écria Thomas en courant vers le Parc... Yue, porte-moi ! C’est arrivé... !!!

Le gardien se posa à côté de lui et enroula un bras autour de son torse. Il bondit et accéléra.

  

2. Le lien

- Lionel ?! s’écria-t-elle quand les images qui défilaient autour d’elle s’arrêtèrent enfin.

Elle se jeta à son cou et il sourit. Une demoiselle patientait à ses côtés, les bras croisés, une moue boudeuse déformant sa petite bouche.

- Je ne te présente pas Coréane, souffla-t-il en repoussant légèrement Sakura.

Celle-ci reconnut sans mal la fille de la patinoire, et une impression de déjà-vu s’empara d’elle plus forte que le simple souvenir de la patinoire. Elle sourit tout de même et lui tendit une main :

- Enchantée. Je m’appelle...

- Tu es Sakura, évidemment ! Comment je pouvais t’oublier ? Malgré ce que tu as fait à Lionel, il n’arrête pas de parler de toi ! clama-t-elle, amère.

- Ah bon ? se retourna Sakura.

- Hum, hum... toussa-t-il en virant au rouge brique. Il faudrait nous concentrer sur cet endroit...

L’infini les entourait. Ils se trouvaient debout au centre de l’univers, sous un ciel sans étoile, cernés par les galaxies. Au-dessus de leur tête, sous leurs pieds, autour d’eux, l’obscurité de l’infini... Lionel baissa les yeux et frappa du pied.

- Il y a un sol sous nos pieds. Donc, ce ne doit être qu’une image...

Il s’avança dans la pièce et heurta une paroi invisible qu’il longea. Sakura fit de même et Coréane secoua la tête, incrédule. Bientôt, les deux chasseurs se retrouvèrent l’un en face de l’autre.

- Le sol, les parois... reste le ciel, dit Sakura, en levant son...

Son sceptre, elle ne l’avait plus !!!!

Coréane sentit la gêne s’installer et ouvrit finalement la bouche :

- Si ça peut te soulager, je sais que tu es la CardCaptor... Tu ne te souviens pas de moi ? Je vais me vexer... En tout cas, ne sois pas gênée.

- Mais, euh... bafouilla Sakura.

Coréane éclata de rire :

- J’ai un peu changé, mais quand même... Enfin, tu vas bien trouver !

Lionel haussa les épaules et soupira.

Une trappe s’ouvrit dans l’invisible au-dessus d’eux.

- Eh bien, voilà la sortie, remarqua Coréane.

Mais d’un coup, un torrent de sable se mit à couler de l’ouverture lumineuse. Et à grande vitesse celui-ci se répandit sur le sol et rendit visibles les murs qui freinaient sa progression. Le niveau montait.

  

Thomas ramassa le sceptre et le fixa un instant. Yue réfléchissait de son côté et Kero arrivait.

Tiffany s’assura que les enfants avaient quitté leur parc.

- Ca fait du monde, sourit-elle.

- Je vais faire comme elle, souffla Thomas. Elle a simplement posé sa main là ?!

- Non, non, non, l’arrêta Kero. C’est stupide. Et si tu te fais prendre, toi aussi ?! On ne sait pas si elle a fait tomber son sceptre ou s’il n’a pas pu rentrer... rejeté par cette magie !

- Quelqu’un a une autre idée ?! cracha-t-il. De toute évidence, non.

Il inspira profondément et posa sa main sur une des barres de fer.

Rien. Il recula le main et tenta de nouveau. Mais il ne se passait rien.

- A croire, souffla Yue, que cet objet n’aspire que ceux qui ont un puissant pouvoir...

Une sensation traversa cependant Thomas, parcourant son bras crispé sur une des barres de la cage, et il se raidit. Yue voulut l’aider mais il le retint d’un geste.

- Je ressens ma sœur... Je sens sa présence. Ils sont trois... La mort est proche... Pourquoi ? Pourquoi... ?! Je n’arrive pas à sentir pourquoi ...

Une main délicate se posa doucement sur son épaule.

- Je peux t’aider, lui souffla une voix agréable et mélodieuse à l’oreille. Concentre-toi sur la chaleur qui te lit à ta sœur, Thomas...

- Maman... ?

- Concentre-toi, mon garçon... Et tu verras.

Il ne savait que chercher. Le chaleur qui le liait à Sakura ? La chaleur qui... C’était... L’image lui apparut plus clairement. Yue, Kero et Tiffany reculèrent. Le sceau Terrestre venait d’apparaître sous les pieds du jeune homme.

- Le sable ! s’écria Thomas. Ils vont être ensevelis... Il faudrait les aider !

Yue posa un pied dans le cercle et avança son sceptre vers la cage.

- Que l’Eau les élève plus vite que le Sable !!

  

Sakura vit le débit du sable se tarir alors qu’ils se noyaient dans la masse molle qui les absorbait peu à peu.

- C’est fini, le sable ne coule plus !! cria-t-elle à Lionel qui soutenait Coréane, la tête au-dessus de la surface. Mais il faudrait nous hisser jusqu’au plafond...

- Si j’appelle les dieux du vent, on va être asphyxié !

- Moi, je n’ai pas mon sceptre...

- Ahhh ! hurla Coréane.

S’enfonçant de plus en plus, elle avait senti quelque chose sous ses pieds.

- De l’eau ? lança Sakura. L’eau monte, dans le sable !!

Bientôt, le niveau du liquide s’éleva au-dessus du sable et ils se dirigèrent à la nage vers la trappe.

  

- Ils s’en sont sortis, articula Thomas. Mais...

- Quoi ? demanda Kero.

  

L’insigne du soleil était représenté partout dans la nouvelle salle. Sol, plafond et murs. Le soleil du sceau les observait de tous les côtés. Coréane se séchait, tordant sa veste entre ses poings, et Sakura approcha d’un des murs.

- Il y a une petite ouverture, au milieu de ce mur, s’écria-t-elle.

- Et une là, répondit Lionel, au milieu de celui-ci. Il a des poignées, la tienne ?

- OK, alors chacun ouvre le sien et on choisira ensuite.

Les deux chasseurs posèrent les mains sur le métal et commencèrent à tirer. Coréane leva les yeux au plafond et remarqua une autre trappe.

- Il y en a une là-haut, fit-elle remarquer.

- On est occupés ! cria Lionel en donnant tout ce qu’il avait pour ouvrir la trappe devant lui.

- C’est chaud, ou c’est moi qui rêve?! lança Sakura.

D’un coup, ils lâchèrent les poignées et reculèrent.

- Eh ben ? demanda Coréane. Vous abandonnez ?

- Ca brûle !! lui rétorqua Lionel.

- On va pouvoir sécher comme, ça ! sourit-elle.

La chaleur augmentait progressivement et les poignées fondirent sous leurs yeux.

  

- Il faut faire redescendre la température, lança Thomas, la main sur la cage.

Yue réfléchit puis posa de nouveau son sceptre sur le métal.

- Je dirige la carte du Gel, sourit-il. Gel ! Contre le feu.

  

Les trappes fictives avaient fondues et Lionel en aperçut une ailleurs encore qui avait libéré un chemin. Les murs refroidirent d’un coup, se recouvrant d’une épaisse couche de glace. Lionel ausculta la salle et secoua la tête nerveusement :

- Ca n’est pas normal... Pourquoi le sable s’est-il arrêté ? Et maintenant la chaleur...

- On ne va pas se plaindre, souligna  Coréane en pointant un doigt vers l’issue bloquée par la glace. Ton épée !! Allez !

De l’autre côté, les attendaient une autre salle cubique.

  

- La lune ?!! La lune est dessinée sur les murs...

- La lune ? s’étonna Kero. Mais enfin, si c’est bien la carte du Labyrinthe, comme on le pense, elle ne devrait pas être ainsi ornée de symboles !!

- C’est vrai, ajouta Yue. Maze était une carte de jeu. Une carte amicale. Sous cette nouvelle forme, il en est peut-être de même...

- Elle veut donc nous dire quelque chose, souligna Tiffany.

- Je crois qu’il faut envisager cette possibilité...

- Attendez, les arrêta Thomas. Je ne vois plus rien !

  

L’obscurité totale avait envahi le cube. Et aucun ne parvint à trouver les parois de la salle. Pour ne pas se perdre, ils restaient collés les uns aux autres. Sakura commença très rapidement à paniquer. Lionel tenta de lancer un éclair dans la salle mais la lumière ne perça l’obscurité qu’un court laps de temps. Après plusieurs essais, ils s’assirent les uns contre les autres. Peut-être cette-fois encore, la salle les épargnerait...

- Brr, grelotta Sakura. Ce n’est pas rassurant !

- C’est parce qu’on n’y voit rien, précisa Coréane.

- Je sais bien... Mais je n’ai jamais été à l’aise dans le noir.

- Tu as horreur des fantômes ? sourit Coréane.

- Ben oui, c’est comme ça.

- Ouhouuuuu ! murmura la jeune femme..

- C’est pas drôle, souffla Sakura.

Lionel lança un coup de coude à sa voisine et fronça les sourcils dans le noir. Elle se tut.

- Je cherche, lança Sakura, mais je ne me souviens pas... Vous... hésita-t-elle, vous vous êtes connus comment tous les deux? Non, non, se reprit-elle, ça ne me regarde pas. Je suis désolée.

- Il n’y a rien de secret, Sakura, expliqua Lionel. Coréane est ma...

- Fiancée, souffla celle-ci.

- Mais non ! Tais-toi un peu, Coréane! C’est ma sœur, corrigea-t-il immédiatement, tu ne la reconnais pas ? Bon elle s ‘est assagie depuis qu’elle a un fiancé... C’est une de mes grandes sœurs...

- Ahh. Mais ouiii, sourit Sakura.

- Tu croyais qu’on était ensemble ? éclata de rire la jeune fille. Tu pensais que je pourrais me mettre en couple avec ce crétin ?!! Ah ah ah ! Qui le pourrait ?! Ah ah ah...

Lionel la frappa de nouveau du coude et elle se calma.

- Ah oui, fit-elle. J’oubliais que tous les deux... Ahh, soupira-t-elle, vous êtes bien bêtes.

Personne ne releva et le silence vint s’ajouter à la noirceur de la salle.

- Quand j’y pense, lança Sakura, ça me fait penser à la pièce de théâtre...

- Pourquoi la pièce ? demanda Lionel.

- Quelle pièce ? demanda Coréane. Ah ! Celle où vous vous êtes presque embrassés ?!

Tout deux virèrent au rouge, mais ne le virent pas.

- Lionel m’a raconté, sourit-elle. J’aurais aimé être là...

- Humm, toussa Sakura. La carte des Ténèbres avait envahi la scène et plus rien n’avait de borne, je ne trouvais plus les limites de la salle. Je courais, je courais et je ne trouvais rien... On dirait que cette salle agit comme cette carte.

Lionel manipulait son épée en réfléchissant à cette idée soudaine.

- Dans la salle de l’univers, l’eau nous a sauvé du sable... Dans la salle du soleil le gel a lutté contre le feu, annonça-t-il. Je me demande réellement si...

  

Thomas sourit.

- Elle est sacrément futée, ma sœur, songea-t-il. L’un de vous maîtrise-t-il la Lumière ?

- Moi, rayonna Kero.

Il baissa le museau et de son casque émergea une puissante lumière qui enroba la cage.

  

La lumière illumina la salle et Lionel se releva et aida son amie et sa sœur.

- Et maintenant, la lumière nous éclaire.

- Il y a peut-être une minuterie, proposa Coréane.

La trappe s’ouvrit en face d’eux.

- Mais qui nous aide ainsi ?! s’écria Lionel.

- J’ai l’impression depuis le début de sentir mon frère... murmura Sakura. Mais je n’en suis pas sûre.

- Allons-y !

   

3. L’autre pouvoir

La salle d’à côté...

Thomas fit un pas en arrière, la main sur le cœur.

- Qu’y a-t-il ?! s’inquiéta Tiffany.

- J’ai senti le pouvoir de Sakura... au centuple ! C’est douloureux, quand on ne s’y attend pas.

- Au centuple ?!!

  

- Des miroirs maintenant ? souffla Coréane. Tu m’en diras tant !

Lionel et Sakura sentaient quelque chose de différent. Comme si chaque image était vivante et déployait les mêmes efforts pour sortir elle aussi de sa salle-image. Le mal qui en résultait était très douloureux. Prenant, déchirant.

  

Thomas reposa la main sur le métal et fronça les sourcils en tombant à genoux.

- Rahhh... c’est dingue cette sensation... J’ai l’impression d’étouffer...

- Que vois-tu ?!

- Des Sakura... Des Lionel... Pleins, partout... Je les vois par centaines, par milliers peut-être. Rahha.... hurla-t-il.

Kero et Yue l’éloignèrent de la cage. Que pouvaient-ils utiliser comme pouvoir contre le Miroir ?

- L’Illusion, suggéra Tiffany. C’est une carte qui fait apparaître ce qu’on veut voir. Si Sakura et Lionel se rendent compte qu’on les aide, ils vont peut-être y penser...

- Mais c’est risqué... précisa Yue. L’Illusion et le Miroir sont issus de la même famille. Il se peut que les forces agissent ensemble...

- On ne peut rien faire d’autre !

Kero se figea devant la cage :

- D’accord ! Pouvoir de l’Illusion... !! Pouvoir de l’Illusion, réessaya-t-il. Illusion...

- Es-tu sûr que ce pouvoir t’a été affilié ? demanda Yue.

Ce dernier leva son sceptre et l’abaissa sur la cage...

- Ca ne sert à rien... les interrompit-on. Aucun de vous n’a reçu ce pouvoir.

Tous se retournèrent, suffoqués.

- Je pensais qu’avec les années vous vous en apercevriez...

Un être ailé, vêtu de vert et de turquoise s’avançait sur le sable du parc. Les cheveux en bataille, courts, s’élevaient vers le ciel, battus par un courant d’air qui enveloppait le nouveau venu. Les yeux très clairs et le teint pâle, il ressemblait beaucoup à Yue. Mais son très long sceptre était différent. Thomas remarqua qu’il dégageait une sensation différente des deux autres.

- Qui... qui es-tu ? demanda Yue, surpris d’être découvert sous cette forme.

L’homme leva son sceptre et ouvrit ses ailes.

- Illusion, donne le pouvoir à ces enfants de quitter leur prison !

Une lueur quitta son long sceptre et rejoignit la construction de métal.

- Voilà. Mon rôle est terminé.

- Qui es-tu ?! lui cria Kero.

L’être éclata de rire en s’éloignant, devint transparent puis disparut totalement.

Thomas se tourna vers la cage.

- Vous croyez qu’ils les a aidés ?

  

Sakura et Lionel tombèrent à genoux et Coréane les regarda, impuissante.

- Que vous arrive-t-il ?

- C’est comme un bourdonnement... expliqua Sakura.

- Toutes ces images sont vivantes et nous envahissent... ajouta Lionel. Mon dieu, c’est douloureux !!!

- Essayez de vous concentrer sur autre chose ! leur cria-t-elle.

Mais ils ne bougeaient plus. Elle se précipita vers l’épée de son frère et la leva vers le premier miroir.

- Noon ! l’arrêta Lionel. Il ne faut pas... Ces images sont d’autres nous et les détruire nous tuerait peut-être...

  

- Bon sang, Sakura, réagit !! hurla Thomas en posant de nouveau une main sur la cage.

Assourdi lui aussi par le pouvoir qui se dégageait, il retomba en arrière, inconscient.

  

Sakura pourtant avait senti sa présence.

- Lionel... Et si c’était Yue et Kero, depuis le parc ?!

- Comment feraient-ils ?!

Le bourdonnement se mit à vibrer en chacun d’eux.

- Ils nous aident ! J’ai compris ce matin que Yue utilise le pouvoir de ses cartes.

- Il a des cartes...

Elle n’avait pas le temps de lui expliquer. Le goût du sang envahit sa bouche et elle se laissa tomber au sol. Lionel ne résista pas plus longtemps et s’écroula à côté d’elle.  Coréane s’approcha.

- Cor... articula Sakura. Connais-tu... toutes les cartes ?

- Oui. Qu’est-ce que je peux faire ?

- Trouve la bonne... Trouve celle qui peut...

- J’ai compris, se releva-t-elle.

Elle se mit à tourner en rond. Elle parcourait dans sa tête les cartes qu’elle avait aperçut dans les nombreuses notes que sa famille avait récemment découvertes de leur ancêtre, le grand magicien Clow...

- Pas celle-ci... Pas celle-ci, énumérait-elle. Dark ?! non... Shadow ? non... il n’y a rien pour contrer l’illusion de Mirror !

- L’Illusion, sourit Sakura.

Elle glissa une main vers Lionel et il ouvrit un œil.

- Ils auront utilisé l’Illusion. Pense à quelque chose...

Une peluche apparut au-dessus d’eux et Sakura reconnut l’ours qu’il avait confectionné pour elle avant de partir. Autour d’eux apparut une montagne de glaces de parfum différents. Coréane haussa les épaules en souriant.

- La sortie !!! cria Sakura pour orienter leurs idées dans la même direction.. La sortie...

Le plafond se creusa et un large cercle se répandit difficilement au plafond. Au-dessus de leur tête, le ciel... Et tandis que le bourdonnement cessait, l’image sembla s’écouler autour d’eux. Bientôt les parois de la salle disparurent sous leurs pieds. Ils étaient dans la cage en métal, pris entre les barres de fer.

- Coucou, sourit Tiffany en les filmant. On dirait un panier de crabes !

Yue et Kero, auprès de Thomas tournèrent la tête vers eux, en soupirant. La carte volait en tourbillonnant et glissa entre les doigts de Sakura : Maze, la labyrinthe.

    

- D’accord Tiffany, à demain.

Sakura raccrocha et revint près de Mathieu et de Dominique. Il avait fallu transporter Thomas à l’hôpital, tant il était faible.

- Mais comment a-t-il fait ça ? se demanda Dominique.

- Il a sûrement trop couru, se força à sourire Sakura.

- Oui, sûrement,  la dévisagea-t-il. Il se rendrait malade pour toi... Je vais chercher à boire en attendant l’avis du médecin, je serai à côté. Prévenez-moi.

- Bien sûr, monsieur Gauthier, assura Mathieu.

Sakura se tourna vers son sac et Kero pointa le bout de son nez.

- Il y avait un autre gardien. Je suis sûr que c’est autre gardien !!

- Mais Clow vous l’aurait dit, supposa-t-elle. S’il avait créé plus de deux gardiens, vous l’auriez su !

- Non, assura Mathieu. Yue n’en est pas sûr non plus.

- Ah...  Bon, fit-elle. Nous éclaircirons tout ça plus tard. Je vais rester un peu avec papa.

- Je vais aller préparer le repas, si tu veux, proposa Mathieu en soulevant le sac.

- Je le dirai à papa. A ce soir, les salua-t-elle.

  

Kero se posa sur la table et Mathieu se retourna, un chou à la main. Yue reprit son apparence, posa le légume et le couteau et lança un regard interrogatif vers le lionceau :

- Tu crois vraiment qu’un autre gardien pourrait exister ?

Kero croisa les pattes et rentra sa tête dans les épaules :

- Il n’apparaît pas sur le livre. Mais moi, j’y étais enchaîné et toi sous la forme d’une lune. Pourquoi pas un autre gardien invisible ?!

- Ce qui est sûr, c’est que les pouvoirs des cartes de Clow ont été divisés. Tu maîtrises ceux qui sont affiliés au soleil et moi ceux qui sont affiliés à la lune. Mais il a toujours été question que tu diriges les cartes du feu et de la terre et moi celles de l’eau et de l’air !

- C’est quoi ce micmac ?!! s’énerva Kero... Pourquoi Clow n’a-t-il rien dit ? A moi, je comprends... mais que toi tu ne sois pas au courant, c’est absurde, il ne te cachait rien !! Et on ne s’est aperçu de rien depuis le départ...

- Nous n’utilisons que très rarement les cartes pour livrer bataille, ajouta Yue.

- Mais pourquoi Clow ne nous a-t-il pas prévenu... ?

Yue baissa la tête et ferma les yeux.

- Rassure-moi, Yue, tu n’es pas au courant... ?

- Des bribes de souvenir me traversent. Je crois que j’ai la solution en moi, mais qu’elle y a été protégée par un sort qui s’évanouit peu à peu...

- Et moi qui était prisonnier du livre... ! Clow ne nous a pas tout dit, conclut Kero, tu seras d’accord avec moi ? Il nous cachait quelque chose... Mais quoi ?

- J’espère que ma mémoire reviendra vite...

- Il ne nous reste plus qu’à attendre. Anthony n’est sûrement au courant de rien...

- Ca... ce n’est pas si sûr, lança Yue.

- Pourquoi ?

- Il médite dans l’ancienne chapelle de Clow. Toute sa bibliothèque de notes y est... toute la mémoire de Clow... Toute celle qu’il n’a pas transmise à sa descendance.

- Oui, siffla Kero. J’ai l’impression que les choses s’éclaircissent déjà un peu... Yaln n’aurait-il été qu’un prétexte ?

- Possible...