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> Chapitre 1 : « 0 - Un Trop d'Uxions » - 
| L'histoire | Ce chapitre |
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| Publié : le 28/11/2008 à 22h50 - Mise à jour : le 08/05/2009 à 19h40 - Commentaire(s) : 17 - Lecture(s) : 4861 - Chapitre(s) : 17 - Mots : 39135 - Complet : non - AMR : 14 - Favorite de : 1 - Abonnés à l'histoire : 1 | Publié : le 28/11/2008 à 22h50 - Modifié : jamais - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 2107 - Mots : 1350 |
Alors voilà, ça y est. Enfin, après des jours et des nuits de réflexion plus ou moins intense, de délibérations plus ou moins éloquentes (mais souvent tout seul, je vous l'accorde) commence la publication de ce texte...J'en ai parlé durant des jours entiers (ou pas, il est vrai). Déshumanisation...Un mot qui m'aura mobilisé pendant des mois. Un texte qui va probablement me demander une quantité de travail monstre pendant plusieurs semaines (le mot "roman" peine à venir). Une aventure qui, ce soir, ne fait que commencer.
Avec ce texte, j'ai envie de créer une rupture avec ce que j'ai pu faire auparavant, j'ai envie de placer la barre haut, j'ai envie de me révolutionner. C'est peut-être pour ça que ce texte, dans mes "dossiers", a longtemps porté le nom de "Texte Ultime". Dans les deux sens : ce sera peut-être, je l'espère, mon "meilleur" texte (d'un point de vue strictement personnel) et ce sera peut-être aussi le dernier (ou peut-être pas, mais ça, nous verrons en temps voulu).
J'espère que ce nouvel écrit vous plaira !
StocKo.
Déshumanisation
![]() Couverture réalisée par StocKo, intitulée « Deshumanisation Titre » |
| Résumé : Dans un monde en ruines, un jeune homme regarde la nuit tomber sur l'Esplanade Winter délabrée, autrefois place-forte de la vie urbaine. Il se souvient de sa rencontre avec Odessa, qui prit son coeur et l'emporta dans sa tombe. Et d'un pas indécis, il marche vers son futur sans espoir, il court vers sa mort, il vole vers sa déshumanisation. |
0 - Un Trop d'Uxions
« De toute façon, Docteur, c'est toute la société qui tombe en ruines. Ils disaient que ça tiendrait, mais que dalle. Tout le monde le sait. On le voit tous tous les jours. Alors je comprends pas pourquoi personne le dit. Vous savez quoi ? Vous, vous êtes quelqu'un de bien. Vous êtes pas un de ces abrutis sans rien dans le crâne. Pas vrai ? Vous le voyez comme moi je le vois. Vous, vous savez que leur prétendue Coalition des Trois Planètes, c'est que du vent. Des fois, je me dis que vous êtes le seul type bien sur la Terre. »
Le Docteur approuva avec compassion et accepta les compliments. Son patient délirait. Mais au fond, il avait raison : le monde courrait droit dans le mur. Il continua à laver distraitement son bistouri tout en écoutant son patient, qui continuait sa tirade :
« Ouais. Les gens sont tous les mêmes. Ils se disputent tous pour leurs intérêts personnels. Qui est quand même très mince. Comme des chiens. C'est triste. On dirait que tout le monde devient paranoïaque, agoraphobe, méfiant. Tenez : l'Esplanade Winter. J'y suis allé dans la semaine. Eh bien il n'y a plus personne. Les magasins sont fermés, les trottoirs sales, même la station de monorail fait peine à voir. Vraiment, c'est à croire que les gens le font exprès. Ils aident la société à se tirer une balle dans le pied. Ils ne font plus aucun effort. Même nos hommes politiques ! Ils ne sont même pas au courant de ce qu'il se passe dans la capitale. Ils la laisse couler, et tout le pays avec. C'est triste, non ? Y'a dix ans, personne n'aurait pu croire qu'on en arriverait à un stade aussi avancé de notre déchéance. Si on leur avait dit que la nuit, maintenant, seulement un tiers des rues de Loka sont allumées, ils nous auraient rit au nez. Ce qui était inconcevable avant est maintenant bel et bien là, et personne ne s'en rend compte. »
Le Docteur jeta un regard un peu triste à son patient. Celui-ci, allongé sur le fauteuil d'opération, le regard vers le plafond, continuait à déblatérer des propos de plus en plus épars. Le médecin astiqua méticuleusement les aiguilles de l'armada de seringues posé devant lui. Le patient remuait les mains pour illustrer ses propos :
« Vous savez quoi ? Au fond, je pense que même Odessa était comme ça. Je veux dire distante, froide, presque artificielle. On aurait dit qu'elle mimait des sentiments au lieu de les ressentir. Finalement, avec le recul, je me rends compte qu'on aurait mieux fait de rester noyés dans la routine, plutôt que d'essayer de résister. Le courant était plus fort que nous, et il a réussi à nous entraîner. Pourtant, on avait essayé d'inverser la tendance (du moins à notre échelle). Et on a échoué. Je l'aimais Odessa, mais notre amour était comme le reste : il n'existait pas vraiment. On l'avait dénaturé (le monde l'avait dénaturé, comme tout). C'était une vaste comédie, et elle et moi, on était les deux seuls acteurs. Je pense qu'on a tellement essayé de rejeter la société pour être naturels qu'au final, on a oublié de vivre. On valait pas mieux que les autres, mais ce qui nous réveillait le matin, c'était l'impression qu'on avait d'être meilleurs que ceux qui nous entouraient. On avait bien sûr tort. Et si je m'en étais rendu compte plus tôt, je suis persuadé qu'Odessa serait encore vivante, et qu'aujourd'hui, je ne serais pas dans votre cabinet. Ceci dit, je n'ai rien contre vous, Docteur. »
Le Docteur hocha la tête machinalement. C'était la troisième fois qu'il opérait ce patient, et c'était la troisième fois qu'il entendait parler d'Odessa. Apparemment, c'était sa fiancée. Ils devaient se marier au printemps, mais la pauvre fille était morte avant. Sans que personne ne sache pourquoi. Selon le veuf, c'était un assassinat orchestré par le Gouvernement. L'hypothèse était probablement juste, mais il valait mieux ne pas le crier sur tous les toits si l'on tenait à sa vie.
Une laborantine toqua brièvement à la porte et lui apporta les résultats de l'analyse sanguine du patient. Le médecin grommela un « Merde » à peine audible. Puis, à plus haute voix, il s'adressa à son « client » de la journée :
« Monsieur, j'ai une mauvaise nouvelle pour vous. Vous avez un trop d'uxions. Un gramme par litre de sang, c'est énorme ! J'ai peur que l'opération ne soit pas une partie de plaisir. Ni pour vous, ni pour moi. »
Le patient arrêta immédiatement son laïus. Il s'était redressé à grand peine, en s'appuyant sur ses coudes, et il fixait son médecin d'un regard interrogateur et intéressé. Quelques secondes passèrent ainsi, le silence était seulement perturbé par le grésillement d'un vieil éclaireur au xénon. Finalement, le patient s'éclaircit la gorge et demanda :
« Je veux bien vous croire sur parole, Docteur? Mais pourriez-vous tout de même m'apporter quelques précisions sur ces Uxions ?
- C'est quelque chose qui a été découvert très récemment. A vrai dire, c'est apparu au même moment que les greffes neuro-robotiques. Les Uxions sont des molécules qui se créent lors de n'importe quel implant d'un objet métallique et nano-actif dans l'organisme : elles ne sont ni humaines ni robotiques. Le problème, c'est qu'une trop forte concentration en Uxions peut détruire la greffe et votre système nerveux. Aussi, toute greffe neuro-robotique est interdite pour tout taux d'Uxions au dessus d'un gramme par litre de sang.
- Vous voulez donc dire que cette nouvelle greffe est dangereuse pour ma santé ? Allons, Docteur, au point où j'en suis...Je suis tombé si bas que cette opération ne peut pas me faire plus de mal. Je sais que ça relève plus du domaine de l'expérimentation que de la médecine, mais c'est là ce que je souhaite? Or, ne dit-on pas que le « client est roi » ?
- Honnêtement, je vous aime bien. Mais malgré tout, la loi m'interdit formellement cette intervention. Je regrette...
La loi ? Quelle loi ? Vous savez tout aussi bien que moi que le Code Civil Terrestre n'est plus une institution valable, à plus forte raison dans un domaine aussi récent que celui de la neuro-robotique. Je n'ai pas assez d'argent pour vous proposer un pot-de-vin, Docteur, mais je vous assure que cette opération ne me tuera pas. Et imaginez-vous au prochain Congrès des Sciences, dans la base de Carpates, sur la Lune : on vous félicitera d'avoir tenté une greffe aussi complexe. Vous deviendrez un pionnier de la neuro-robotique appliquée, et vous rejoindrez la liste des scientifiques qui ont bravé les lois et les esprits pour faire progresser la science. »
Le médecin finit par acquiescer. Ce n'était pas tant la renommée probable qui le décida, mais plutôt le désir de faire plaisir à son patient. Celui-ci commençait à devenir vraiment pathétique. Il était en piteux état. Ses yeux bougeaient au ralenti, ils étaient constamment à demi-clos, et toute étincelle de joie avait disparu de son regard. Sa voix était monotone, essoufflée, affaiblie ; sa respiration bruyante, irrégulière, sifflante. Rien ne semblait plus aller droit chez ce jeune homme. sa fin était évidemment proche, alors pourquoi s'entêter à vouloir lui refuser ce cadeau ?
Avec un soupir, il se retourna vers sa tablette de seringues. Lentement, il dévissa le flacon de cet anesthésiant surpuissant qu'il affectionnait tant. A la vue de ce seul geste, le patient s'allongea brusquement dans le fauteuil d'opération, la mine visiblement réjouie. Il le remercia. Le médecin lui répondit un vague "De rien" et lui rendit son sourire. Mais sous ce visage radieux, rassurant et bienveillant (propre à chaque représentant de la fonction médicale) se terrait un tumulte de questions. Qu'allait-il advenir de son brave patient ? Et si l'Inspection des Soins découvrait non seulement cette opération frauduleuse, mais aussi les précédentes ? Que ferait-il d'un cadavre sur la conscience si tout tournait mal ? Comment le considèrerait sa femme ? En parlant de sa femme, savait-il au moins ce qu'il allait manger une fois chez lui ?
Il prit son courage à deux main, mit des gants, un bonnet sur ses cheveux rares, un masque et des lunettes de protection. Il porta l'énorme aiguille devant ses yeux, et infligea au corps de la seringue deux faibles pichenettes.
Un dernier sourire à son patient. Il lui agrippa la main, et la lui serra. Ce fût en le regardant dans les yeux qu'il lui prononça ses derniers mots :
"Une dernière chose, Kadin. Évitez de mourir dans mon cabinet."
Voilà donc une petite introduction. La suite devrait probablement paraître ce week-end, si je trouve le temps de la taper.
D'ici-là...
StocKo.
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