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« Mauvaise rencontre » — L'Encrier
Vous êtes ici => Accueil > Liste des histoires > « Mauvaise rencontre », par reveanne - - - - Chapitre unique
L'histoire Ce chapitre
Publié : le 27/06/2010 à 01h13 - Mise à jour : le 27/06/2010 à 01h13 - Commentaire(s) : 2 - Lecture(s) : 515 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 1789 - Complet : oui - AMR : Tous publics - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 Publié : le 27/06/2010 à 01h13 - Modifié : jamais - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 515 - Mots : 1789


Je pense que certains ici connaissent une autre version de cette histoire mais qu'ils prennent quand même le temps de découvrir cette nouvelle version revue et modifiée.  

rappel: Les "** **" ne sont là que pour éviter aux lignes ne comportant qu'un ou deux mots de disparaître dans les limbes du site lors de la publication.


Mauvaise rencontre

Il faisait froid, pas très froid, mais froid quand même. Mais surtout, il faisait sombre, très sombre, très très sombre même. Néanmoins, c'est souvent comme ça dans les pièces qui semble n'avoir aucune ouverture. Enfin bref, il faisait aussi noir que dans un four mais ce n'était pas un four car il faisait froid.


Spipy s'immobilisa. Elle réfléchit. Où pouvait-elle bien être ? En tous cas, elle était sur le sol de quelque part, la gravité l'attirait vers le bas. Si elle avait été sur un mur, elle aurait été attirée d'un côté et elle avait été au plafond elle aurait été attirée vers le haut.


Donc elle était sur le sol.


Mais le sol de où ? Bonne question ! Elle n'en avait pas la moindre idée. Elle essaya de voir ce qu'il y avait autour d'elle mais il faisait trop sombre, elle ne voyait rien de rien. A quoi cela pouvait-il bien lui servir d'avoir huit yeux dans une obscurité pareil ?


Spipy ferma ses yeux et se concentra. Du bout de ses quatre paires de pattes elle essaya de ressentir la moindre vibration du sol. Elle ne perçut rien de particulier. La sol n'émettait qu'une infime vibration, vibration sans doute due à quelque chose de très très loin, ou de très très petit. Quoiqu'il faut dire qu'elle n'était pas très doué pour détecter avec précision les sources des vibrations avec ses pattes, surtout si c'était loin. Elle ne l'avait jamais été, c'était d'ailleurs un problème mais comme elle avait toujours su faire les meilleurs toiles dans l'ouest de la maison, et qu'elle était une sprinteuse née, ce manque de sensibilité tarsique ne l'avait jamais encore beaucoup gêné.


Bon ce n'était pas tout ça mais il fallait qu'elle arrive à déterminer où elle était. Elle examina soigneusement le sol avec ses pédipalpes.


Les pédipalpes, sortes de petites pattes avant qui ne sont pas des pattes, pouvaient détecter avec précision toutes sortes de choses comme les odeurs, les vibrations, les textures, très sensible mais migraine assurer si on se concentrait dessus trop longtemps… en plus ce n'était pas à ça que ça servait, c'était un outil manipuler les proies.


Enfin bref. ** **


Spipy s'avança un peu pour tâter le terrain et finit par conclure qu'elle était absolument et irrémédiablement perdue.


Encore. ** **


Mais bon, se perdre était le lot de toute bonne araignée qui se respecte, après tout, elles étaient les seuls animaux de la création à dérouler en permanence, derrière elles, un fil d'Ariane en soie pour être capable de retrouver leur chemin. Les araignées n'avaient aucun sens de l'orientation.


Spipy donna quelques tapes sur le sol du bout de sa première patte ambulatoire gauche. La vibration produisit un léger écho qu'elle ressentit avec ses pédipalpes. Elle se trouvait dans un endroit clos, relativement grand (mais beaucoup de choses semblent grandes quand on ne fait qu'un centimètre et demie de long… enfin un peu plus si on compte les pattes, mais minuscule quand même par rapport à une maison) Mais ce n'était pas immense.


La petite araignée nommée Spipy inspecta le sol autour d'elle. Ses chémorécepteurs étaient formels, des humains étaient venus ici récemment C'était une bonne et une mauvaise nouvelle. Bonne car cela signifiait qu'elle n'était peut-être pas aussi perdue qu'elle le pensait car si des humains avaient pu entrer ici, il devait y avoir un passage suffisamment grand pour cela, donc une sortie autre que le minuscule trou par où elle était arrivée. Et mauvaise car s'ils étaient venus, ils pouvaient revenir et malgré le fait qu'elle soit une grande araignée Spipy ne faisait pas le poids devant des humains.


Spipy continua à inspecter le sol jusqu'à ce qu'elle sente une étrange vibration faire trembler le sol. C'était assez loin et très étouffé, comme par plusieurs épaisseurs de mur, on aurait dit qu'on venait d'ouvrir une porte dans une pièce voisine.


Une très fine bande lumineuse apparut au ras du sol sur sa gauche.


Oui, on devait avoir ouvert une passage dans une pièce voisine.


Spipy, grâce à la fine bande lumineuse, avait pu localiser l'emplacement exacte de la sortie de l'endroit où elle se trouvait, elle se dirigea vers celle-ci sans se presser. Elle s'immobilisa en sentant toute une série de vibrations. Des coups réguliers sur le sol. Avec l'expérience, Spipy reconnut ces vibrations pour être celle que produisent les humains quand ils se déplacent. Les pédipalpes plaquées sur le sol pour surveiller ces vibrations, elle écouta. Enfin écouter n'est pas le bon mot car les araignées sont sourdes, elles sentent les vibrations, c'est tout Cela venait de la pièce d'à côté. Il n’y avait qu’un seul humain.


Il y eut une brève accalmie dans ces vibrations là, l’humain se tenait immobile. Puis il y eut une seconde sorte de vibration, très différente des premières. Spipy reconnut les vibrations que les humains produisent avec leur bouche pour communiquer entre eux. Les autres vibrations reprirent.


Il y eut une nouvelle accalmie. L’humain ne bougeait plus, et Spipy n'osait plus bouger les pattes, elle aussi. Seule vibration vraiment importante qui venait de l'humain de la pièce voisine était une étrange vibration comme celle d'un animal sur le point de mourir… Chic alors ! Qui disait animal mort disait cadavre, et avec les cadavres venaient les mouches. Ha, les bonnes grosses mouches…


Spipy se rendit compte qu'elle avait faim.


De nouvelles vibrations de déplacement apparurent dans la pièce d'a côté. L’humain semblait avancer. Spipy réalisa trop tard que les vibrations étaient de plus en plus fortes et que, donc, l’humain se rapprochait d'elle.


Là où se trouvait la fente de lumière, un grand carré de lumière éblouit brutalement l'araignée (ha, le désavantage d'avoir huit yeux). Une tête énorme apparut.


Spipy réagit au centième de seconde, virevolta sur elle-même et courut aussi vite qu'elle put pour se mettre à l'abri. Droit devant. Elle escalada un monticule d’on ne sait pas quoi et se cacha dans un gros trou qui de trouvait au milieu.


Un de ces trucs immenses que les humains ont au bout des pattes avant apparut entre Spipy et le plafond et se referma sur l’objet où s’était caché la petit araignée. Le sol trembla. Le plafond bougea. Une vive lumière inonda tout, éblouissant complètement le pauvre bête.


Quand elle retrouva la vue, ce n’était plus le bout d’une patte d’humain qui la séparait du plafond, mais une tête d’humain avec deux horribles yeux. Par chance, l’humain ne la regardait pas. Spipy tenta le tout pour le tout. Elle y alla pourtant avec une très grande prudence, gardant ses forces pour fuir en cas de danger mortel immédiat.


Les yeux de l’humain bougèrent.


Une longue et puissante vibration fit trembler sol, mur, plafond. Déchirant l’air et paralysant de terreur Spipy. Elle reconnue la vibration caractéristique que produisaient les humains avec leur bouche juste avant de d’écraser beaucoup plus petit qu’eux.


Spipy se souvenait de sa mère aplatit par une patte arrière d’humain.


L’araignée n’eut pas le temps de réagir pour essayer de sauver sa vie que le sol et le plafond échangèrent de place plusieurs fois très rapidement avant d’exploser. Etourdie mais vivante et en un seul morceau Spipy s’extirpa d’un tas de gravas. L’objet où elle avait trouvé plus tôt refuge était brisé en mille morceaux.


Pourquoi l’humain l’avait-il jeter aussi violemment à travers la pièce ?


D’ailleurs l’air continuait à vibrer, douloureusement, Spipy en avait mal aux pédipalpes. Elle chercha l’origine de cet insupportable son. Elle le trouva.


L’humain était debout sur un objet qui avait quatre longues pattes en métal et que les humains utilisaient pour se reposer quand ils étaient fatiguée. Jusqu’à présent, Spipy n’avait encore jamais vu d’humain se tenir debout dessus. Intriguée et curieuse la petit araignée s’approcha de l’humain. (Restant sur le qui-vive à cas il lui faudrait fuir à toutes pattes pour sauver sa vie.)


Les vibrations produites par l’humain doublèrent de violence tandis qu’il se mettait à danse d’une jambe sur l’autre, comme s’il essayait de grimper au plafond. Intriguée, Spipy s’immobilisa et l’observa. Elle n’avait encore jamais vu d’humain grimper au plafond, cela pouvait être intéressant à voir. Cependant l’araignée ne comprenait pas très bien comment l’humain allait faire. Elle fit le tour des pattes de métal en essayant de comprendre.


L’humain ne montait pas, même pas d’un poil de patte, et continuait à faire de vibrations douloureuses avec sa bouche.


Soudain, Spipy détecta une autre présence. Un deuxième humain s’approchait. Le petite bête s’arrêta de tourner autour du premier humain pour s’inquiéter du deuxième.


L'araignée les regarda tous les deux. Elle agita ses pédipalpes dans l'air pour capter quelques odeurs. Cela confirma ce qu'elle pensait. Il y avait un mâle et une femelle.


Spipy les observa un peu plus tandis que le deuxième humain s’approchait. Mâle et femelle… Chacun émettait des molécules typiques, donc une odeur caractéristique mais l'araignée était incapable de dire qui était quoi. En haut du meuble l’humain était petit, maigre avec des longs poils presque blanc et les bout des pattes peint en rouge. L’humain qui venait d’arriver était grand, devait être deux fois plus gros que l’autre et avait plein de poils noirs sur la tête, même autour de la bouche.


Spipy était complètement incapable de dire qui était quoi. Elle réfléchit au problème.


Chez les araignées, les filles sont toujours plus grosse et plus grande que les garçons, elles peuvent même être deux ou trois fois plus grandes que ceux-ci. Donc par analogie et en toute logique, les humains les plus grands devant être les femelles et les plus petits les mâles.


Donc l'humain en haut du meuble était un mâle et celui qui venait d’arriver était une femelle.


La femelle s’approcha.


Spipy sentit le danger. Elle fonça droit devant elle. Un pied se posa juste devant elle. L’araignée prit un virage serré sur sa gauche. Elle se retrouva face à un autre pied et dut changer une nouvelle fois de direction. Elle s'élança de toute la rapidité dont elle était capable à l'assaut du mur le plus près… Sa seul chance était de se réfugier sur le plafond car elle n'avait encore jamais vu les humain grimper au plafond. (même si l’humain mâle essayait toujours)


En montant, elle évita de justesse un objet.. puis un autre… et encore un autre… et elle dut s'arrêter. Incapable de bouger. En effet, comme toutes bonnes araignées, elle pouvait piquer des démarrages à une vitesse hallucinante mais elle ne pouvait pas garder cette vitesse très longtemps.


Un coup dans la cloison à dix centimètres d'elle lui rappela qu'elle était en danger d'écrabouillage si elle décampait pas vite fait d'où elle était. Elle rassembla ses dernières forces et redémarra. Direction le plafond.


L’humain femelle s'immobilisa. Spipy, au bord de l'épuisement, en fit autant. Elle n'avait pas atteint le plafond mais elle était trop fatiguée pour continuer à courir s'il n'y avait pas de danger immédiat à rester où elle était.


Spipy remarqua alors que la femelle était en train de la regarder. La petite bête lui fit des clins d'œil comme c'était la mode parmi les araignées du grenier, c'est à dire en clignant successive tous les yeux en commençant par l'œil le plus à droite et finissant par celui le plus à gauche. On aurait dit la holà des paupières.


L'humaine qui se trouvait devant l'araignée changea de couleur de peau et devint blanc comme de la craie. Spipy avait entendu parler de ce phénomène mais n'avait jamais eu l'occasion d'y assister. Décidément les humains étaient fascinants.


Comme l'humain (l'humaine ?) la regardait toujours, Spipy lui fit un petit signe avec sa première patte ambulatoire droite.


« Bonjour, Mademoiselle ! » ** **


L'humaine ouvrit des yeux gigantesques. Spipy, encouragée par ce semblant de communication, s'avança, histoire d'être à la même hauteur pour continuer ce début de conversation.


L’humaine leva une de ses pattes avant avec laquelle elle tenait un rouleau de papier.


Comprenant sa méprise, Spipy essaya de fuir. Décidément les humains avaient une notion très écrasante de ce qu'ils devaient faire des araignées. Hélas, doublement hélas, Spipy n'avait pas encore récupéré de sa course folle.


Un grand coup tomba juste à côté de Spipy. Elle fut brutalement projetée sur le sol. Elle fit un roulé-boulé. Elle se remit sur pattes à la vitesse de l'éclair. Elle voulut se mettre à courir aussi vite qu'elle le pourrait pour sauver sa peau. Mais elle s'était foulée le tarse de la troisième patte ambulatoire du côté droit et devait s'être brisée le coxa de la quatrième patte droite. De plus les trochanters des première et deuxième pattes droites étaient bloqués.


C'est donc dans la plus totale incapacité à se déplacer que la pauvre petite araignée vit l'humaine lever un pied immense. L'ombre de ce pied engloutit le monde de Spipy.


Le pied s'abaissa. ** **


Ainsi mourut Spipy, la petite araignée, lâchement assassinée par les humains.


Prions pour l'âme de Spipy.


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