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> Chapitre 1 : « I : Le repos des guerriers » - 
| L'histoire | Ce chapitre |
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| Publié : le 25/08/2007 à 12h39 - Mise à jour : le 19/07/2008 à 12h01 - Commentaire(s) : 108 - Lecture(s) : 27826 - Chapitre(s) : 33 - Mots : 180132 - Complet : non - AMR : Tous publics - Favorite de : 38 - Abonnés à l'histoire : 16 | Publié : le 25/08/2007 à 12h39 - Modifié : le 31/01/2008 à 21h16 - Commentaire(s) : 7 - Lecture(s) : 7480 - Mots : 4617 |
Les Survivants
I : Le repos des guerriers
Harry avait proposé à ses amis de manger et de dormir à Poudlard, mais Ron avait secoué la tête et murmuré en évitant le regard des autres :
- Il faut que je rentre à la maison.
Harry se sentit honteux de n'avoir pas pensé que son ami désirerait être en famille suite au deuil qui l'avait frappé.
- Bien sûr, répondit-il précipitamment. Nous venons avec toi.
Quand ils rejoignirent la Grande Salle, les Weasley semblaient avoir disparu, ainsi que la plupart des combattants encore valides. Toute une partie du réfectoire avait été transformé en infirmerie, et le coin opposé disparaissait derrière un paravent géant. D'instinct, Harry devina que cet espace avait été transformé en chambre funéraire.
Ils n'eurent pas le temps de se consulter pour décider de la marche à suivre. De l'endroit où se reposaient les blessés, Horace Slughorn leur fit signe de la main, avant de marcher pesamment vers eux.
- Vous êtes attendus au Terrier, leur apprit-il. Arthur a pu convaincre Molly de ne pas mettre à sac ce qui reste du château, mais la consigne est de vous faire rentrer à la maison.
- Merci Professeur, répondit courtoisement Hermione. Vous avez besoin d'aide, ici ?
- Vous en avez assez fait, sourit le Serpentard. Sainte Mangouste nous a envoyé du monde. Moi-même, je m'apprête à aller me reposer, et le professeur McGonagall vient tout juste de rejoindre ses appartements. Partez vite ! Je n'ai aucune envie de faire face à ta mère, Ralph. Qui aurait cru que la petite Prewett ait autant de style !
- Il s'appelle Ron, précisa Hermione, d'un ton un peu moins aimable.
- Oui, oui, Ron, répéta distraitement le professeur. Vous pouvez prendre cette cheminée, précisa-t-il en désignant le gigantesque âtre de la Grande Salle. On l'a raccordée au réseau pour la journée.
Juste avant de pénétrer dans les flammes vertes, Harry lança au responsable de la maison Serpentard :
- Le corps du professeur Rogue est dans la cabane hurlante, à Pré-au-Lard.
Il songea un instant à expliquer que le véritable rôle joué par l'homme durant la guerre, mais il se sentit tellement épuisé que le courage lui manqua. Il hurla sa destination dans le sombre conduit et fit un pas en avant.
Le Terrier semblait bien calme dans la lueur de cette fin de matinée. Personne dans la cuisine, mais un mot leur étant vraisemblablement adressé était posé sur la table.
Il y a du gâteau dans le garde-manger. Et ensuite : AU LIT !
Ron eut un pauvre sourire et se dirigea d'un pas fatigué vers les escaliers, suivi des deux autres. Hermione quitta les garçons devant la chambre de Ginny. Elle les salua de la main et disparut. Harry dut se retenir de la suivre. Il aurait aimé voir si la plus jeune des Weasley allait bien et comment elle surmontait le deuil qui venait de frapper sa famille. Mais il se contenta de monter à l'étage supérieur sur les traces de Ron. Une fois parvenus à destination, les deux garçons s'effondrèrent tout habillés sur les matelas installés par terre, sans se donner la peine de chasser la goule, qui occupait toujours le lit du benjamin des Weasley.
Il était seize heures quand Harry fut réveillé par Ron qui tentait maladroitement de l'enjamber pour sortir. Il grogna de mécontentement, les membres douloureux, et tenta vainement de replonger dans son rêve. Mais la vision onirique s'effilocha, laissant la réalité s'imposer. Finalement, Harry décida de se lever à son tour, pressé par son estomac qui criait famine.
Quand il pénétra à son tour dans la cuisine, Ron se faisait servir une solide collation par sa mère. Hermione semblait finir la sienne, ainsi que Ginny. Elle semblait pâle, mais elle sourit à Harry comme il entrait, et lui désigna la chaise libre qui se trouvait à ses côtés. Il obtempéra et ils se contemplèrent, simplement heureux de se retrouver. Mrs Weasley déposa devant lui des œufs au bacon. Avec un sourire d'excuse, il se détourna de sa dulcinée pour manger.
- Vous allez faire quoi, maintenant ? demanda alors Ginny.
- Me procurer une nouvelle baguette, grogna Hermione. Pas question de continuer à utiliser celle de cette…
Elle ne prononça pas le mot, mais son regard vers Mrs Weasley rappela à tous le qualificatif dont cette dernière c'était servie envers la Mangemort.
- Ensuite, continua la jeune fille, j'irai rejoindre mes parents en Australie et je les ramènerai ici. Après, j'espère pouvoir retourner à Poudlard pour passer mes ASPIC.
- C'est une très bonne idée, approuva la matriarche des Weasley d'une voix rauque. Il faut penser à votre avenir.
Harry l'observa. Elle avait le teint brouillé et le visage pétrifié, comme s'il lui fallait toute sa volonté pour agir normalement.
- Je n'ai pas l'intention de retourner à Poudlard, indiqua Ron. J'ai dix-huit ans, maintenant, et je pense me trouver du travail.
- Mais il te faut des ASPIC pour cela ! protesta machinalement sa mère.
- Enfin, maman, Fred et George s'en passent très…
Ron s'arrêta net, horrifié. Le visage de Mrs Weasley se crispa et elle ferma les yeux, comme pour endiguer ses émotions. Ginny baissa la tête et les fourchettes de Harry et Hermione restèrent suspendues.
Brisant l'insupportable silence, Hermione demanda timidement :
- Où est George ?
- Il dort encore, murmura Mrs Weasley, la voix cassée. Je lui ai donné une potion, hier.
Elle se détourna vers l'évier, les épaules tremblantes.
- Et toi, Harry ? demanda Ginny, relevant le menton d'un geste volontaire, comme si elle refusait de se laisser abattre.
- Je n'y ai pas encore réfléchi, dit prudemment Harry, qui se sentait tenté par la décision de Ron, mais qui estimait que ce n’était peut-être pas le moment de le révéler.
Soudain, il se rappela qu'il avait, lui aussi, des obligations familiales.
- J'ai quelqu'un à voir aujourd'hui, les informa-t-il.
Ils finissaient de manger quand George arriva dans la cuisine, atone, le visage figé, presque méconnaissable. Sa mère s'élança vers lui et le serra contre elle. Il se laissa faire, et les quatre jeunes préférèrent s'éclipser.
Après avoir pris une douche, Harry s'observa dans le miroir de la salle de bain. Son visage et son corps étaient parsemés d'égratignures et de brûlures à moitié cicatrisées. Il souleva sa frange pour examiner son front. Sa cicatrice était toujours là, mais blanche et fine, dans la moindre trace d'inflammation. Il passa le doigt sur la surface granuleuse, sans ressentir le moindre picotement. Il pensa avec satisfaction qu'elle ne lui ferait plus jamais mal.
Une fois leur toilette terminée, les quatre jeunes gens se retrouvèrent dans le salon. Harry plongea la main dans le pot de poudre de Cheminette et s'agenouilla pour demander la communication. Andromeda répondit immédiatement et accepta très simplement sa proposition de visite.
Quand ils surgirent de l'âtre, elle les attendait, le bébé dans les bras. Harry se dit qu'il ne pourrait plus jamais la confondre avec sa sœur. Ses cheveux s'étaient veinés de gris et la dignité douloureuse de son expression la différenciait irrévocablement de l'exaltation de son aînée.
Il sourit avec gêne, ne sachant comment formuler ses condoléances. Il décida de commencer par le plus facile :
- Nous n'avons pas encore été présenté à Teddy, dit-il.
Avec un sourire triste, elle lui tendit le poupon. Instinctivement, Harry fit un pas en arrière, piétinant les pieds de Ginny. Il n'avait jamais tenu un bébé dans ses bras, et n'avait pas envie que le premier à prendre ce risque soit son filleul. Il perçut le ricanement de Ron et sentit sa petite amie le pousser fermement dans le dos. Comprenant qu'il n'aurait aucune échappatoire, il tendit stoïquement les bras. Quand la grand-mère posa la tête de l'enfant contre son épaule droite, il eut le réflexe de soulever le coude pour l’empêcher de glisser. De sa main libérée, Andromeda disposa correctement les mains de Harry autour du petit corps chaud. Puis, elle recula.
- Je vous en prie, entrez, les invita-t-elle formellement en montrant les fauteuils du salon.
Les deux Weasley et Hermione s'avancèrent en la saluant. Seul Harry resta planté devant la cheminée, sans oser bouger.
- Tu devrais t'asseoir, il tombera de moins haut, lui conseilla ironiquement Hermione.
Lui jetant un regard mauvais, il avança précautionneusement et plia doucement les genoux pour s'installer sur le canapé. Finalement, Hermione avait raison. Il se détendit un peu, sentant le danger couru par l'enfant s'amenuiser. Il en profita pour le dévisager. C'était un bel enfant joufflu, avec une touffe de cheveux améthyste sur le dessus. Le bébé lui rendit son regard. Harry remarqua que ses iris viraient lentement du bleu vers le jaune.
- Ses yeux changent tout le temps de couleur ? demanda-t-il.
- Non, seulement quand il est en pleine découverte ou étonné, précisa la grand-mère.
L'enfant fit des petits bruits en remuant vaguement ses bras et ses jambes
- Enchanté, moi c'est Harry, lui répondit Harry. J'espère que nous aurons souvent l'occasion de nous voir.
En réponse, Teddy eut un gros rot et un peu de lait lui ressortit par la bouche. Harry déglutit et comprit l’utilité du bavoir brodé qui enserrait le cou du bébé. Cela avait absorbé une partie du rejet, pas assez malheureusement pour sauver de l’inondation la manche du jeune homme. La seule bonne nouvelle était que sa robe avait été empruntée à Ron.
- Personne ne veut faire sa connaissance ? demanda pitoyablement l'heureux parrain.
Ginny sembla le prendre en pitié et vint le délester d'une main étonnamment experte. Elle entreprit de bercer le bébé, après lui avoir délicatement essuyé la bouche de son bavoir. Harry se demanda d'où lui venait cette science. Sans doute avait-elle vu officier sa mère avec les enfants de leur connaissance.
Andromeda s'adressa à Harry :
- Je suis heureuse de te voir en bonne santé. Dora et Remus se faisaient beaucoup de souci pour toi.
- Je… Je suis désolé pour…, balbutia Harry, vaguement honteux d'être encore une fois le Survivant.
D'un haussement d'épaule, la femme le dissuada de continuer.
- Nous avons tous donné, fit-elle dignement, en braquant son regard vers les jeunes Weasley. Ce qui compte, c'est que nous avons gagné. Et que mon petit-fils puisse entrer la tête haute à Poudlard, quand le moment sera venu.
Elle regarda en direction de Ginny qui pouponnait toujours. L'enfant, lové dans ses bras, semblait sur le point de s'endormir.
- Il est vraiment adorable, chuchota Hermione.
- Je crois que c’est la première fois que nous nous voyons, remarqua Andromeda à l’adresse de la jeune fille. Mais Dora et mon gendre m’ont tellement parlé de vous que j’ai l’impression de très bien vous connaître tous les quatre. Et maintenant que les choses vont redevenir normales, quels sont vos projets ?
Harry réalisa avec horreur que, les jours suivants, tout le monde allait leur poser cette question. C'était un des rares sujets de conversation à être assez neutre pour pouvoir être abordée en cette période de deuil.
- Nous allons finir notre scolarité à Poudlard, se dévoua Hermione.
- C’est une bonne manière de reprendre le cours normal de votre vie, approuva la mère de Tonks. Et puis cela vous isolera de ceux qui tenteront de profiter de votre notoriété.
Cette remarque éveilla chez Harry un goût inédit pour les études. Vivre dans le château en attendant que les choses se tassent lui parut soudain extrêmement attrayant. Surtout si Ginny y était également.
Ils commentèrent les dernières nouvelles – la nomination de Kingsley Shacklebolt comme ministre provisoire, la libération des nés-Moldus détenus à Azkaban, la pénurie de baguettes magiques. Au bout d'une demi-heure de visite, les jeunes gens prirent congé, et Teddy qui fut transféré avec précaution des bras de Ginny vers ceux de sa grand-mère. Ils repartirent par la cheminée, non sans s’être attendris une dernière fois sur le bébé qui dormait à poings fermés.
Quand ils rentrèrent au Terrier, Molly était en train de préparer le dîner.
- J’espère qu’Arthur et Percy ne rentreront pas trop tard, espéra-t-elle d'une voix inquiète. Mais il est probable qu’ils ne mangent pas avec nous, vu tout ce qu’il y a à faire au ministère. George est dehors avec son ami Lee qui est venu le voir. Un brave garçon, ce Lee. Charlie est à Poudlard. On a entendu à la radio qu’Hagrid demandait du monde pour soigner les créatures blessées pendant le combat. Bill et Fleur passeront peut-être ce soir. Ginny, tu veux bien m’aider pour les légumes ?
Ginny fit une grimace assez laide, mais n’osa pas contrarier sa mère. Par solidarité, Hermione s’avança avec elle vers la table, agrippant le bras de Ron pour l’obliger à s'y mettre également. Harry ne put rien faire de moins que de suivre le mouvement, et les haricots et pomme de terre furent rapidement épluchés. Ils mirent ensuite la table et se trouvèrent désœuvrés le temps que la nourriture cuise. Ils sortirent pour profiter de la douceur de l’air.
Ils restèrent un moment plongés dans leurs pensées, puis Ginny, qui ne semblait pas supporter ce silence, s'écria :
- Regardez dans quel état est le jardin.
En effet, les gnomes avaient profité des mois pendant lesquels les Weasley s’étaient réfugié chez la tante Muriel pour proliférer.
- Le fais pas remarquer à maman, j’ai pas envie de passer la journée à dégnomer demain, grommela distraitement Ron.
- Te plains pas, rétorqua sa sœur. Maman ne t'a pas fait faire grand-chose ces derniers mois
- Cela n’a pas dû être très drôle, ces mois passés chez ta tante Muriel, compatit Hermione.
La jeune fille sauta sur l'occasion pour dire ce qu'elle avait sur le cœur.
- Ah, ne m’en parle pas ! Une véritable horreur. J’aurai préféré retourner à Poudlard, même avec les z’Hideux.
- Les quoi ? s’étonna Harry.
- C’est comme ça qu’on a surnommé les abominables Carrows. Sales, bêtes et méchants ! cracha Ginny. Mais comme tante Muriel est garce, commère et méchante, j’y ai pas gagné au change. Il était temps que cela finisse, Maman et elles commençaient à ne plus se supporter. Dites donc, vous n’auriez pas pu attaquer Poudlard plus tôt ?
- On n’a pas att… commença Harry.
- Hé, oh ! tu crois qu’on s’amusait ? s’emporta Ron, que les jérémiades de sa sœur semblaient agacer.
- Quoique vous ayez fait, j’aurai préféré être avec vous, répliqua sèchement Ginny. Mais c’est vrai, il paraît que j’ai pas l’âge.
La jeune fille avait prononcé ces paroles avec rancœur en regardant vers Harry, qui se sentit soudain très mal à l’aise. Il espéra que Ron répondrait, ce qui détournerait la colère de Ginny, ou qu’Hermione arriverait à calmer le jeu, mais il se retrouva traîtreusement abandonné à son triste sort :
- Viens, allons voir si le potager n’a as été trop dévasté, s’empressa de dire sa soi-disant meilleure amie, en prenant la main de Ron.
Harry les suivit des yeux, mais une fois qu’ils eurent tourné le coin de la maison, il n’eut plus aucune excuse pour esquiver le regard accusateur de Ginny.
- Je tiens à toi et je ne voulais pas que tu sois blessée, plaida-t-il.
- Je n’ai peut-être que seize ans, mais je suis capable de me défendre toute seule. Je pensais te l’avoir déjà prouvé.
- Je sais que tu es très forte, je n’ai jamais dit le contraire. Mais ta mère…
- Ne prends pas ma mère comme prétexte. Si tu l’avais écoutée, tu ne serais pas parti avec Ron et Hermione.
- Ecoute, Ginny. Je sais que cela a été dur et que tu as été très courageuse en prenant part à la résistance de Poudlard et en récupérant l’épée dans le bureau de Rogue. Tu m’as manqué, tu sais. Je pensais souvent à toi et je regardais sur ma carte pour voir où tu étais. J’aurai vraiment aimé que tu sois près de moi, tout ce temps, mais… je ne pouvais pas tout te dire. Dumbledore m’avait recommandé de n’en parler à personne, à part Ron et Hermione.
- Comme c’est pratique ! Et puis tu n’avais pas vraiment l’air content de me voir, hier. Tu es sûr que je t’ai manqué autant ?
- Enfin Ginny, Voldemort arrivait…
- Non, c’est toi qui m’écoutes, Harry. Ne me traite plus jamais comme une gamine qu’on écarte et qu’on protège. Ne me dis plus jamais que tu ne veux pas de moi parce que c’est trop dangereux. Je sais que je ne suis pas le Survivant. Je sais que je n’arrive pas à la cheville d’Hermione. Mais quand tu laisses Ron, Neville ou Luna se battre, ne me rejette pas. Parce que si c’est comme ça, je ne veux même pas être ton amie, Harry.
Ce dernier ouvrit la bouche, mais ne sut que dire, trop étonné par cette sortie enflammée. Il la trouva très belle, les pommettes rougies, les yeux flamboyants, ce qui ne l’aidait pas à retrouver son éloquence, bien au contraire. Il songea vaguement qu'il devait avoir passablement l’air idiot, figé par la surprise et recherchant ses mots. Il entendit avec reconnaissance la voix de Mrs Weasley :
- Les enfants, c’est prêt !
- Allons manger, s’empressa de déclarer Harry.
Il lut la colère et la déception sur le visage de la jeune fille. Ses lèvres se pincèrent et elle se détourna brusquement, pour rentrer dans la maison au pas de charge.
Le bruit des pas de Ginny décroissait dans l’escalier en un staccato rageur quand Harry pénétra à son tour dans la cuisine. Prudemment, il choisit de se laver les mains dans l’évier, plutôt que de risquer de partager le lavabo de la salle de bains avec elle. Il était désarçonné par le brusque changement de sentiment de la jeune fille à son égard. Puis il se rappela que lui-même était soumis à de fréquents changements d'humeur alors qu'il venait de perdre Sirius.
- Dis Harry ! Elles sont propres tes mains, fit la voix de Ron.
Effectivement, tout à sa rêverie, il se savonnait frénétiquement, davantage que ne le requérait l’hygiène de base. Il laissa rapidement la place à ses amis, fuyant le regard inquisiteur d’Hermione.
Alors qu’ils s’installaient — cette fois, Ginny s’arrangea pour se trouver loin de Harry —, George et Lee arrivèrent. Ces derniers s’assirent également.
Durant le repas, Mrs Weasley leur fit part des dernières nouvelles qui avaient été annoncées à la radio dans la journée. Dans la matinée, le nouveau ministre avait aboli toutes les lois sur la pureté du sang. Cette décision avait provoqué un raz-de-marée au ministère, envahi par des centaines de sorciers qui demandaient qu’on leur rende leur baguette. Les chroniqueurs de la RITM avaient relayé les consignes officielles : les demandeurs devaient laisser leur nom et attendre une convocation pour revenir. Tous les cas seraient traités aussi vite que possible.
Ceux qui avaient dû s’enfuir étaient invités à rentrer chez eux et à se présenter dès que possible à leur travail. Il fallait au plus vite rouvrir les magasins et permettre aux services administratifs de retrouver leur activité normale. Les guérisseurs en particulier étaient appelés à se présenter à Ste Mangouste, pour s’occuper des blessés de la bataille de Poudlard et de ceux qui avaient mal supporté leur détention à Azkaban.
- Je dois transmettre toutes ces directives au Potterveille de ce soir, commenta Lee. J’ai déjà lancé un appel à midi. Je vais continuer plusieurs jours, le temps que tous les fugitifs l’entendent.
- On a écouté une de tes émissions, s’enthousiasma Harry. C’est formidable, ce que tu as fait. On a tellement ri. Cela faisait des mois que cela ne nous était pas arrivé.
- C’était notre idée à tous les trois, tempéra modestement Lee en désignant George à ses côtés.
Ce dernier ne semblait pas suivre la conversation. La tête appuyée sur un coude, il triturait sa nourriture du bout de sa fourchette.
- Il faut que tu manges, mon chéri, soupira tristement sa mère. Il faut bien continuer…
Sa voix se brisa.
- Ce soir, je parlerai de Fred, de Lupin et de Tonks, dit Lee d’une voix rauque. Tu viens faire l’émission avec moi, George ?
Ce dernier secoua la tête, sans même lever les yeux.
- Tu ne seras pas obligé de prendre le micro, mais j’aimerais que tu sois là, plaida Lee.
George continua à faire des cercles avec sa fourchette.
- Qui veut du dessert ? demanda Mrs Weasley quand il fut évident que son fils ne répondrait pas.
Lee prenait congé, une demi-heure plus tard, quand la cheminée s’illumina et Mr Weasley, les traits tirés, en sortit.
- Ah, mon chéri, enfin, commenta sa femme. Viens vite t’asseoir, tu sembles épuisé. Ce n’est pas raisonnable de rentrer si tard, tu as à peine pris le temps de dormir, ce matin.
- King ne s’est pas couché du tout, et il est encore là-bas, répondit son mari. Il y a tant à faire.
- Laisse cela aux jeunes, nous avons fait notre part.
- J’ai laissé Percy au ministère avec des heures de travail à effectuer. King n’a pas tant de personnes sur qui il peut compter, expliqua Arthur Weasley. Même moi, je suis incapable de déterminer quels fonctionnaires agissaient par peur ou par conviction.
- Qu’avez-vous fait d’Ombrage ? demanda Hermione.
- Elle et ceux qui ont activement écrit et fait appliquer les lois sur la pureté du sang ont déjà été envoyés à Azkaban. Nous les jugerons dès que possible. Enfin du moins, ceux qui n’ont pas réussi à fuir. Les Rafleurs en particulier seront difficiles à récupérer. Et Merlin sait quels ravages ils sont capables de faire, maintenant que ce sont eux qui sont pourchassés.
- Les Aurors vont les attraper, non ? espéra Ron.
- La moitié des Aurors ont été suspendus, soupira son père. C’est encore un problème supplémentaire. King pense qu’il va faire appel à tous ceux qui sont venus se battre à nos côtés hier. Il va fonder une milice temporaire pour faire régner l’ordre et mettre la main sur les complices du régime de Vous-Savez-qui.
- On peut s’inscrire ? demanda Ron.
- Il n’en est pas question, s’insurgea sa mère. Tu dois te reposer et retourner à Poudlard.
- Il faut avoir au moins vingt-et-un ans pour postuler, précisa son père.
- Pourquoi vingt-et-un ans ? demanda Ron, boudeur.
- C’est l’âge auquel on peut devenir Auror, expliqua Hermione. Trois ans de formation après notre sortie de Poudlard à dix-huit ans.
- Pauvre Ron qui n’a pas la limite d’âge, ironisa Ginny.
- Voulez-vous que je parle de tout cela pendant l’émission de ce soir ? demanda Lee.
- Oui, ce serait une bonne idée. Que les volontaires se présentent directement au Ministère. On va également mettre en place une chaîne de solidarité. Ah ! il faut également signaler que la cérémonie funèbre pour les victimes de la bataille d’hier se tiendra demain à Poudlard à partir de treize heures. Les noms de tous ceux qui sont tombés cette année sous la baguette des Mangemorts et affiliés seront cités.
- D’accord, dit Lee. Il faut vraiment que j’y aille, maintenant. Je suis à l’antenne dans un quart d'heure. Tu viens George ?
L’interpellé refusa une nouvelle fois de la tête.
- Je suppose qu’on se reverra demain à Poudlard, conclut l’animateur. Bonsoir tout le monde. Merci pour le repas, Mrs Weasley. A demain.
- C’est moi qui vous remercie d’être venu, lui répondit la matriarche. A demain.
Quand Lee eut disparu dans la cheminée, George murmura :
- Je vais me coucher.
Et il monta les escaliers d’un pas lourd. Harry réalisa que c’était la première fois qu’il entendait sa voix de la journée. Il vit Mr et Mrs Weasley échanger un regard désolé. Les épaules basses, Mr Weasley se dirigea vers la cuisine.
Sa femme s’empressa de le servir.
- Eh bien les enfants, qu’avez-vous fait aujourd’hui, demanda Arthur. Vous êtes vous bien reposés ?
- Oui, Mr Weasley répondit Harry. Nous avons dormi tard. Ensuite, nous sommes allés voir Andromeda Tonks et Teddy.
- Mon dieu, quelle tragédie, ce pauvre petit, commenta Mrs Weasley. A peine deux mois et déjà orphelin. Et cette pauvre Andromeda qui se retrouve toute seule avec une telle charge.
- Je suis son parrain, précisa Harry. J’espère pouvoir l’aider un peu. Enfin, dans la mesure de mes moyens.
- Je suis certaine que tu seras un excellent parrain, le rassura chaleureusement la mère de Ron.
- Il faut d’abord qu’il apprenne à le tenir sans lui mettre la tête en bas, fit malicieusement remarquer Hermione. Et ne pas le secouer après son biberon. Le pauvre Teddy a tout rejeté sur la manche de Harry.
- C’était pas de ma faute ! protesta le jeune homme outré.
- Elever un enfant, c’est renoncer à garder sa robe propre, énonça sentencieusement Mr Weasley. Mais dis-toi que certaines tâches valent des médailles. Enfin, toi évidemment, ce n’est pas ce qui te manquera. Je ne pense pas que tu puisses éviter l’ordre de Merlin.
- Oh non, gémit Harry.
- Pauvre Harry, ironisa Ron.
- Tu risques d’en recevoir une, toi aussi, lui apprit son père.
- Tu es sérieux ?
- Les médailles pleuvent après les guerres, Ron, tempéra Hermione. On sera loin d’être les seuls.
- Mais peu de personnes pourront se targuer d’avoir, dans la même journée, cambriolé Gringotts, chevauché un dragon, et mené le soulèvement de Poudlard, fit remarquer Mr Weasley.
- Comment savez-vous que nous sommes allé à Gringotts, s'étonna Hermione.
- C'était dans le journal ce matin. Vous n'êtes pas passés inaperçus sur le Chemin de Traverse. Si tu veux le lire, je l'ai laissé dans la poche de ma cape.
- Mais que diable êtes-vous allé chercher à Gringotts ? demanda Molly, pendant qu'Hermione se levait pour aller chercher la Gazette.
- C’est compliqué, éluda Harry, après avoir échangé un regard avec Ron.
- A ce propos, reprit Arthur, Kingsley passera demain vers midi. Il souhaite te parler. Mais ne t’en fais pas, précisa-t-il en voyant la grimace de Harry. Si tu ne veux rien lui dire, il n’insistera pas.
- Je suppose que je pourrai lui en dire davantage qu’à son prédécesseur, admit Harry. Surtout à lui.
- Eh bien nous verrons cela en temps utile, temporisa Mr Weasley. Potterveille va commencer.
Voilà, c'est à vous de commenter.
Ne m'en veuillez pas si je ne réponds pas tout de suite, mais je pars en vacances et je ne sais pas si j'aurais accès à Internet.
A très bientôt
Alixe
25/08/2007 : Mise en ligne
03/09/2007 : nouvelle version
07/11/2007 : nouvelle version
31/10/2007 : nouvelle version
licence non précisée. Contactez Alixe pour plus d'informations.
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