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« Manon, la tête dans les étoiles » - chapitre 1 : « Emménagement » — L'Encrier
Vous êtes ici => Accueil > Liste des histoires > « Manon, la tête dans les étoiles », par dans-la-lune - - - > Chapitre 1 : « Emménagement » -
L'histoire Ce chapitre
Publié : le 23/09/2007 à 23h02 - Mise à jour : le 22/04/2008 à 17h32 - Commentaire(s) : 2 - Lecture(s) : 1359 - Chapitre(s) : 11 - Mots : 52986 - Complet : non - AMR : 12 - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 Publié : le 23/09/2007 à 23h02 - Modifié : jamais - Commentaire(s) : 1 - Lecture(s) : 697 - Mots : 2228

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Manon, la tête dans les étoiles

Résumé : Manon, une jeune rêveuse, vient de quitter le foyer familial. Elle s'installe dans un petit studio à Bruxelles afin d'y obtenir son Bac de journalisme. Avant la rentrée universitaire, elle se sent dépaysée, perdue, angoissée. C'est alors qu'elle rencontre Benjamin, un jeune homme avec lequel elle perd sa méfiance. Les changements qui s'opèrent en elle l'effraient et ne passent pas inaperçus auprès de ses amis Mélodie, Stephen et J-F. Comment fera-t-elle face à sa nouvelle vie... ?

Emménagement

 

 

La nuit était noire dans ce nouveau studio. Pas une seule lumière n’aurait dû gêner son sommeil. Pourtant, Manon ne parvenait pas à se rendormir. Elle venait de faire un rêve qui l’avait totalement retournée. La jeune fille se doutait que ses premières soirées dans son tout nouveau logement seraient difficiles mais elle ne s’attendait pas à ça. Elle gémit et repoussa ses draps. Elle posa un pied sur le tapis offert le matin même par sa meilleure amie pour son départ. Il était chaud et doux avec des couleurs claires et un signe chinois dont Manon ignorait la signification. Toute sa chambre d’adolescente était décorée d’objets rappelant cette culture asiatique. Son amie, Mélodie, lui avait fait ce cadeau afin qu’elle se sente moins dépaysée. Elle l’avait également aidée à emménager pendant toute la journée et était repartie il y avait moins de deux heures. Manon avait cherché de quoi s’occuper pour s’empêcher de réfléchir à sa décision mais maintenant qu’elle s’était couchée la demoiselle ne cessait d’y penser. Debout, elle se secoua le crâne comme pour en ôter toutes pensées. Elle attrapa son oreiller et se dirigea vers la porte-fenêtre qui menait à un balcon. Là, se trouvait un siège en rotin muni d’un gros coussin vert. Manon s’y installa confortablement. Sa position lui permettait de contempler les étoiles. Dans sa maison natale, elle avait pris l’habitude d’agir ainsi lorsqu’elle était tourmentée. Ce qui arrivait de plus en plus souvent.
C’était sa première nuit loin des siens. Ses parents l’avaient laissée choisir la jugeant assez mûre pour savoir ce qu’elle avait à faire. Manon en avait voulu à sa famille de la laisser seule pour prendre cette décision. Pourtant, Manon savait depuis longtemps qu’un jour elle devrait voler de ses propres ailes et commencer à vivre sa vie. Mais elle avait fait tout son possible pour reculer l’échéance. Malheureusement, une fois son diplôme en poche, sans jamais avoir doublé ni eu d’énormes difficultés, l’étudiante devait continuer à apprendre afin de « réussir sa vie ».
Dieu qu’elle détestait cette expression ! Réussir. Durant toute son adolescence, Manon avait vécu dans la peur d’échouer. Le moindre échec la faisait se sentir mal, désespérée. Elle manquait cruellement de confiance en elle. La demoiselle ne l’ignorait pas mais n’arrivait pas à y remédier. Comment faire ? Même les félicitations de ses professeurs n’atteignaient pas son esprit. Elle restait persuadée qu’elle était une ratée, une imbécile.
Manon souffrait d’un immense complexe d’infériorité. La jeune femme savait exactement de quand cela datait. Elle n’oublierait jamais le jour où sa mère était revenue toute fière au bras de sa fille aînée qui venait de recevoir la plus grande distinction à l’université de droit de Namur. Sa sœur, Marie, réussissait tout ce qu’elle entreprenait, rien ne lui était impossible. Tout ce qu’elle voulait, Marie l’obtenait. A seulement vingt-trois ans, Marie figurait déjà parmi les meilleures avocates de Belgique. Donc, depuis ce jour tragique, Manon haïssait et admirait sa grande sœur tout à la fois. Elle enviait son caractère de battante et son talent d’organisation. Sa sœur était pourvue d’une sacrée dose de détermination et d’ambition. Elle aussi refusait d’échouer. La différence c’est qu’elle était certaine que cela n’arriverait jamais contrairement à Manon.
Marie était prête à tout. Elle avait même sacrifié son petit ami. Elle l’avait jeté sans aucun scrupule lorsqu’elle avait compris que ses études lui prendraient le plus clair de son temps. Grégory s’était alors tourné vers Manon qui lui avait offert naïvement son cœur en le découvrant si malheureux. Elle avait quinze ans, lui dix-neuf. Pendant sept mois, Grégory s’était servi d’elle. Innocente, Manon n’avait rien vu. Elle lui donnait tous son amour. Mais lui réclamait toujours d’avantage. L’adolescente ne se sentait pas prête pour une relation plus poussée mais Grégory ne cessait de la presser. Quand, au bout de sept mois, elle lui avait offert son corps, il avait profité d’elle puis avait disparu de sa vie la laissant totalement vide.
Le pire était que Marie l’avait prévenue mais Manon n’avait pas voulu la croire s’imaginant que sa sœur était jalouse de son bonheur. Son aînée savait manipuler, elle savait sentir les gens, leurs intentions. Manon, elle, croyait encore aux contes de fées et se montrait gentille avec tous les êtres vivants, chats errants, vieillards dans la rue,…
Comment ses parents, Michelle et Thomas, avaient-ils pu élever deux enfants aussi différentes ? Elles étaient aux antipodes l’une de l’autre. Et pas seulement au point de vue du caractère mais également physiquement. Manon était de taille moyenne et rentrait difficilement dans un jean 40 alors que Marie était svelte à se damner. La première était simplement brune alors que la seconde avait des cheveux d’un blond nuancé qui faisait tourner bien des têtes. Mais surtout, surtout !, Manon enviait le magnifique regard turquoise de son aînée. Sans sa ressemblance avec le petit dernier, Matt, la jeune demoiselle s’interrogerait sur son appartenance à la famille Talisse. Car, en effet, Marie avait hérité son apparence de sa mère et son intelligence de son père alors que Manon cherchait encore ses points communs avec ses géniteurs. L’après-midi fatidique où Mme Talisse avait dévoré sa Marie de ses yeux remplis de fierté, en les voyant l’une à côté de l’autre, Manon avait retenu un cri. Elles passaient presque pour deux sœurs tant sa mère semblait encore jeune malgré ses 41 ans. Pourtant, vingts années les séparaient. Il y avait plus de photos d’elles dans la demeure familiale que de tableaux de Picasso à travers le monde ! En tout cas, c’était l’impression de Manon dont le portrait n’apparaissait qu’une seule et unique fois sur la cheminée du salon.
La jeune femme pensait même que ça arrangeait ses parents qu’elle décide d’emménager dans un endroit bien à elle. Bien sûr, Manon n’avait pas avoué que cette mauvaise situation familiale avait été pour beaucoup dans son choix. Après tout, la jeune étudiante tenait réellement à faire ses études de journalisme à Bruxelles. Et elle savait que quitter le cocon ne serait que bénéfique.
Ce que regrettait le plus Manon, ce sont tous les amis qu’elle avait dû laisser derrière elle. Enfin, seuls deux ou trois comptaient. Beaucoup de ses camarades de classe restaient à Namur ou poursuivaient leurs études à Louvain. Tout d’abord, il y avait Mélodie. Elles ne s’étaient pas quittées depuis l’école primaire. Elles ne se sont jamais disputées, ne se cachent quasiment rien, même pas leurs histoires de mecs, et garderont le contact jusqu’à ce que leurs appareils auditifs les empêchent de se téléphoner.
Jean-François, Alias Jifou, est l’homme le plus important dans la vie de Manon. Cependant, leurs relations n’ont jamais dépassé le stade de l’amitié. Cela dit, Manon cachait difficilement l’attirance et les sentiments que ce play-boy lui inspirait. Ils s’étaient rencontré grâce à Internet et, depuis, une grande complicité les liait. Ce n’est pas une heure de train qui les éloignera. D’ailleurs, il conduit ! Même s’ils ne se voient plus autant qu’avant, ils resteront ensemble. Ils trouveront toujours une soirée de libre pour faire une partie de fléchettes et discuter de musique comme ils l’ont toujours fait.
Manon a également un confident qui est toujours présent lorsqu’elle en a besoin. Quand elle cherche un conseil, une parole réconfortante, un « reboostage », elle saute sur son GSM pour sonner à Stephen. Leur histoire est assez compliquée mais au final, ce sont des amis proches. En fait, Stephen est un garçon fermé comme une huître qui ne s’ouvre que lorsqu’on le manie avec précaution. Manon, sans s’en rendre compte, était parvenue à briser cette carapace et avait atteint le cœur de Stephen. A force de rires, ils étaient devenus presque inséparables. A cette époque, Manon désespérait de trouver un jour le bonheur. Elle venait d’être rejetée après une relation de sept mois alors qu’elle était très amoureuse. Et, même si elle refusait de l’admettre, elle éprouvait des sentiments profonds pour son Jifou qui de son côté n’oubliait pas son amour d’enfance et jouait les Casanova. L’arrivée de Stephen lui était apparue comme une bouée de sauvetage. Quoique peu sûre de l’avenir de leur couple, Manon avait accepté de tenter l’expérience aux grandes joies de Stephen. Au bout de quelques jours, la demoiselle s’était hélas aperçue qu’elle commettait une erreur. Elle brisa donc son premier cœur en même temps qu’une amitié qui aurait pu, elle en était certaine, durer. Elle avait bien cru que Stephen lui en voudrait à vie. Et au lieu de ça, il la surprit en lui offrant oreille et épaule quand il l’avait sue en détresse. Leurs rapports étaient depuis les meilleurs que l’on puisse voir entre un garçon et une fille. Bien que parfois mal à l’aise en sa présence à cause de la douleur qu’elle lui avait causé par le passé, c’était avec Stephen que Manon se sentait le mieux. Elle espérait que la distance qu’elle venait de leur imposer ne les détruirait pas.
En fait, la jeune fille ne le craignait pas vraiment puisque leurs conversations étaient le plus souvent téléphoniques. En effet, Stephen est un garçon occupé puisqu’il passe énormément de temps au garage avec son grand frère. Ils en ont hérité lorsque leur père est mort d’un accident de moto. Privés de soutien paternel, ils étaient devenus complices en s’associant dans cette affaire familiale.
D’ailleurs, Manon s’extirpa de son fauteuil pour aller chercher son téléphone portable. Elle avait besoin de parler et Stephen n’était certainement pas couché. A minuit, il devait à peine revenir de chez sa mère où il soupait chaque samedi. Au bout de deux sonneries, une voix grave à l’accent légèrement américain qu’elle aurait reconnu entre mille se fit entendre à l’autre bout du fil :
- Allô ! , Garage State Brothers’, répondit-il.
- Coucou, Steph !
- Oh ! Manon ! Ça va pas toi ?
- Non, en effet, mais comment le sais-tu ? Je n’ai encore rien dit !
- Si, tu as dit « coucou » ! Tu dis « bonjour », « salut » ou « c’est moi ! » mais jamais « coucou ».
- Ben merde alors ! Vas-y, dis-moi ce qui va pas ?!
- Je dirais que tu as du mal à te faire à ton nouveau studio.
- Gagné ! fit-elle en riant. Il est vraiment spacieux et tout mais…
- Ce n’est pas chez toi. Tu t’y feras, p’tite puce.
- J’aime pas quand tu m’appelles comme ça. Et tu le sais très bien !
- Oui. C’est pour ça que j’utilise ce surnom. Ta réaction me fait toujours rigoler.
- Steph ? Est-ce que j’ai bien fait de partir ? Tu sais, j’étais pas obligée de prendre ce studio j’aurais pu prendre le train pour venir à Bruxelles tous les matins.
- Je t’ai déjà dit ce que je pense. Je te répète que c’est la meilleure décision que tu aies prise depuis ta rupture avec l’autre conna…
- Chut ! On parle pas de lui.
Manon n’avait qu’un seul secret, cette terrible nuit où son premier amour l’avait abandonnée alors qu’elle lui avait tout donné. Elle avait tellement honte qu’elle n’avait jamais avoué que ce n’était pas elle qui avait rompu mais Grégory qui était parti.
- Va de l’avant, puce, tu es faite pour le journalisme. L’écriture, c’est toute ta vie. En plus, tu avais besoin de quitter le nid. Tu y étouffais.
- Oui, je sais. J’avais raison alors ? demanda-t-elle d’une voix innocente
- Ouiiiiiii. Bon sang ! Si tu me poses encore une seule fois cette question, je crois que je te tue à coups de clef anglaise.
- Et si j’arrivais pas à m’intégrer ou que les études universitaires se révélaient trop exigeantes ?
- Au moins tu auras essayé. Qui ne tente rien n’a rien ! En plus, je suis persuadé que tu te feras tellement de nouveaux amis que tu nous oublieras.
- Non, ça c’est pas possible. Je suis trop timide et ennuyeuse et …
- Tu es charmante et gentille. Et tu possèdes un sacré sens de l’humour. Ils t’adoreront tous après seulement une semaine. Ou deux au pire.
Manon soupira. Elle savait qu’elle avait tord de s’inquiéter ainsi mais ça lui faisait tout de même du bien de se l’entendre dire. Décidément, qu’elle était bête !
- Merci, Steph !
- A votre service, ma p’tite dame ! Plaisanta-t-il.
- Bonne nuit
- Bonne nuit… p’tite puce !

Elle raccrocha en grinçant des dents alors que le jeune américain riait à gorge déployée. Maintenant, Manon pouvait retourner sous la couette. Elle dormirait paisiblement. Elle fit donc au revoir aux étoiles de la main, agrippa son oreiller sentant bon l’air frais de la nuit et se faufila à l’intérieur. Elle ne ferait plus de cauchemars où elle se perdait dans les couloirs déserts de ce qu’elle imaginait être l’ULB. Non, Manon rêva d’un matin sur son balcon lisant le journal dans lequel avait été publié son tout premier article sur l’importance des amis sincères.


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