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- Chapitre unique| L'histoire | Ce chapitre |
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| Publié : le 10/12/2007 à 19h26 - Mise à jour : le 10/12/2007 à 19h26 - Commentaire(s) : 1 - Lecture(s) : 323 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 1014 - Complet : oui - AMR : Tous publics - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 | Publié : le 10/12/2007 à 19h26 - Modifié : le 11/12/2007 à 21h29 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 319 - Mots : 1014 |
Rédaction, ou Le Gouffre du Tableau noir
- Merde, je stresse !
- Bof, bon... révisons...
- Bah, on s'en fout !
- Sur quoi ça sera ? Hein ?
- Bon, il arrive ? On a rédac', là !
Dans le couloir du collège, devant la salle de français, vingt-quatre élèves attendaient. Attendaient leur professeur, qui décidément, prenaient tout son temps. Attendaient avec impatience : il y avait cette chose maudite et détestée, la rédaction.
Dans le couloir du collège, le professeur arriva. Les élèves, dispatchés en plusieurs groupes épars, plus éloignés de la porte qu'ils ne le devraient, se regroupant en troupeaux massifs à l'autre bout. Le professeur, las d'une longue journée de travail, fit rentrer ses élèves dans rien leur dire.
Dans la salle de cours du collège, le professeur écrivit le sujet. Alors que tout le monde sortait lentement ses affaires, progressivement, tous les regards convergèrent vers le tableau, et un murmure nerveux emplit la classe.
Depuis maintenant plusieurs heures, la sonnerie avait retentie. Les autres élèves étaient partis, s'interrogeant sur ce qu'il m'arrivait. Mais la Forme, elle, était restée. Et c'était bien le principal, pour moi. D'où venait-elle ? Mystère.
Mais j'écrivais toujous, inlassable, sous la dictée de la Fille. En écoutant cette voix d'une autre langue, en lisant ces mots d'une autre écriture, en regardant cette forme d'un autre monde, je pleurait.
Oui, je pleurais, seul, dans la salle de cours désertée, habitée par quelques silhouettes. Qui ? Qu'en sais-je, je m'en fichais. Pour moi, seule la Forme et le plaisir incommensurable qu'elle me procurait m'importait. Du monde extérieur, j'imaginait mes parents, me regardant avec inquiétude. Des larmes salées dévalaient mes joues, tandis que je les sentais avec une acuité nouvelle. Certaines tombaient directement sur ma feuille et la souillant, d'autre se nichaient dans ma bouche, en ressortant non sans m'avoir laissé leur goût de mer, puis descendaient vers mon menton et chutaient vers mon écriture, claire et lisible, mais vide de sens. La voix dangereuse et tentatrice me consumait peu à peu. Je le savais. Si je continuais à utiliser ce réflexe vieux comme le monde qu'est la respiration, c'était juste pour profiter un peu plus de cette sensation. Elle me dictait des mots sans sens, sans intérêt, et moi, docile et inconscient, je les écrivait. Je n'avais bientôt plus de place – je continuais sur la table, réécrivant par dessus ce que j'avais déjà fait. Je pleure toujours, sur moi-même, conscient mais résigné. Non : heureux. Lentement, inexorablement, l'action pernicieuse et silencieuse de la Forme agissait. Elle sapait mes forces, me détruisait de l'intérieur. Je sentais avec une acuité accrue la douleur. Dans ma main, mon dos, mes pieds – partout. Peut-être vieillisait-je de manière accélérée – qu'en sais-je ? Je sais juste que, jusqu'au bout, je gardais les yeux clos.
J'arrêtai d'écrire, et la Forme sourit.
Je n'ouvris pas les yeux, et la Forme fut heureuse.
Je ne le pourrais pas, et la Forme jubila.
Je meurs, et la Forme part.
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