accueil Accueil Lire Lire Écrire Écrire Fiches de lecture Fiches de lecture Forums Forum
Le site
Accueil Lire Écrire Fiches de lecture
Communauté
Forum Concours Liste des membres Visiteurs (9)
Membre
Connexion Inscription
Recherche
dans :
Recherche avancée
Publicité
Partenaires

« Rédaction, ou Le Gouffre du Tableau noir » — L'Encrier
Vous êtes ici => Accueil > Liste des histoires > « Rédaction, ou Le Gouffre du Tableau noir », par Theirn - - - - Chapitre unique
L'histoire Ce chapitre
Publié : le 10/12/2007 à 19h26 - Mise à jour : le 10/12/2007 à 19h26 - Commentaire(s) : 1 - Lecture(s) : 323 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 1014 - Complet : oui - AMR : Tous publics - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 Publié : le 10/12/2007 à 19h26 - Modifié : le 11/12/2007 à 21h29 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 319 - Mots : 1014


Au départ, ce texte n'était jamais rien d'autres qu'une rédaction. Sans doute la seule que j'apprécie, dont je sois fier. Mais bon. Le sujet était : "Rédigez le début d'un texte fantastique". D'où la séparation en plusieurs parties : la première est un ajout ultérieur, la deuxième la rédaction originelle retravaillée, la troisième la suite, demandée par le professeur.
Pour la petite histoire, j'ai obtenu 20 à cette rédac'. ><

Rédaction, ou Le Gouffre du Tableau noir


- Merde, je stresse !
- Bof, bon... révisons...
- Bah, on s'en fout !
- Sur quoi ça sera ? Hein ?
- Bon, il arrive ? On a rédac', là !
Dans le couloir du collège, devant la salle de français, vingt-quatre élèves attendaient. Attendaient leur professeur, qui décidément, prenaient tout son temps. Attendaient avec impatience : il y avait cette chose maudite et détestée, la rédaction.
Dans le couloir du collège, le professeur arriva. Les élèves, dispatchés en plusieurs groupes épars, plus éloignés de la porte qu'ils ne le devraient, se regroupant en troupeaux massifs à l'autre bout. Le professeur, las d'une longue journée de travail, fit rentrer ses élèves dans rien leur dire.
Dans la salle de cours du collège, le professeur écrivit le sujet. Alors que tout le monde sortait lentement ses affaires, progressivement, tous les regards convergèrent vers le tableau, et un murmure nerveux emplit la classe.

 * * *

Libre. Cinq lettres formant un mot, si simples et claires, dansant devant mes yeux. Me narguant de leur blancheur immaculée, de leurs contours habilement dessinés. Je fermais mes yeux, elles réaparaissant, pâle lueur sur la noirceur de mes pensées. Je rouvrais mes yeux... elle étaient toujours là, maléfiques dans leurs sens terrible. Je baisse les yeux. Ma feuille, blanche. Non : il y a avait la marge rouge, les grosses lignes bleues, accompagnées de leurs soeurs, les lignes bleues. Je relève les yeux, me retourne. Au fond de la salle, le professeur, cette entité vivante et despotique, régnant sans partage sur la jeunesse qui lui fait face, le dos courbé sur ses bureaux. Sans prêter garde à cette foule, il corrige des copies, ignorant des vingt-quatre pauvres qui suent sang et eau pour trouver quoi écrire. Mais il trouvent, eux. Moi, pas. Je les regarde, penché sur leurs copies, le nez frôlant le feuille, le front crispé par la concentration. De leur écriture noire et sinueuse, ils tracent des lignes et des lignes de texte, gâchant par là même, la clarté pure du fin bout de papier. Je reviens à moi-même. Je suis là, assis au premier rang, face au tableau. Je l'évite, regarde par la fenêtre. Des arbres verts, des colombes blanches. Une idée ? Non. Ça ne prend pas sur cette vase sombre, cette terre chaude et sèche qu'est mon esprit. Désert aride parsemé de dunes jaunes et changeantes où rien ne pousse, toujours en mouvement, jamais immobile. Mais mon regard ne peut pas y échapper indéfiniment, et je le regarde. Le Tableau, trois mètres sur un et demi. Le Tableau, ordinairement réceptable du savoir, et outil indispensable de la prise de note, prenait là, avec un simple mot écrit dessus, toute sa tournure maléfique et dérangeante. Libre. Cinq petites lettres dansant sous mon crâne, le rendant douloureux. Etait-ce liber, biler, ou bien relib ? Qu'en sais-je. J'ouvre les yeux, espérant avec ardeur la disparition du mot honni, mais non, il est là. Libre. Normalement, on peut écrire n'importe quoi. Mais moi... contrairement aux autres, à l'inspiration débordante et l'imagination titanesque, qui avaient déjà couvert deux grandes pages d'encre, je n'avais pas d'idée. Rien. Vide, vertige de la feuille blanche. Je dirais plutôt gouffre du tableau noir. Je baisse, puis ferme les yeux. Et là, au lieu des lettres haïes, qui d'ordinaire en cette heure jaillissaient sous mon crâne, je la vis. La Forme. Qui, de minuscule et lointaine, devint grande et accessible. J'ouvre les yeux – rien. Je les referme. Elle est toujours là, grossit, se rapproche. Comme de la vanilline chauffée puis observée au microscope*, mais la comparaison ne tient pas debout. Elle est plus. Pleine de couleur, connues et inconnues, des couleurs que je ne pouvait pas voir, que je ne devrait pas voir. Mais au milieu de cette débauche de milles arc-en-ciels, une forme terne, sombre, presque banale se dessine. Une fille. Qui parle, utilise une langue inconnue qui agit sur moi comme une drogue. J'entends des sons, qui deviennent pour moi des mots, des phrases. Je ne les connais pas, mais les comprends, confusément, comme à travers l'eau qui trouble ce qu'elle contient. J'attrape mon stylo : je sais quoi écrire.
Les yeux fermés, je me laisse emporter, par l'ivresse de l'écriture, volontaire dans ma perte. Les sens poussés à leur paroxysme, emporté par des sensations nouvelles et excitantes, odeurs multiples jusqu'ici ignorées, sons étranges et jadis inaudible, touché rugueux de ma main sur la table. Projeté dans un océan de bonheur, je sentais, je savais que j'étais encore assis à mon bureau, les fesses calées dans ma chaise, le poignet en feu. Je sentais confusément que c'était maléfique et dangereux, mais si agréable ! Bonheur indicible, vague tentatrice. Volonté perdue, plus d'échapatoire.
Je savais que je pouvais tout arrêter.
Il me suffisait d'ouvrir les yeux.


Depuis maintenant plusieurs heures, la sonnerie avait retentie. Les autres élèves étaient partis, s'interrogeant sur ce qu'il m'arrivait. Mais la Forme, elle, était restée. Et c'était bien le principal, pour moi. D'où venait-elle ? Mystère.
Mais j'écrivais toujous, inlassable, sous la dictée de la Fille. En écoutant cette voix d'une autre langue, en lisant ces mots d'une autre écriture, en regardant cette forme d'un autre monde, je pleurait.
Oui, je pleurais, seul, dans la salle de cours désertée, habitée par quelques silhouettes. Qui ? Qu'en sais-je, je m'en fichais. Pour moi, seule la Forme et le plaisir incommensurable qu'elle me procurait m'importait. Du monde extérieur, j'imaginait mes parents, me regardant avec inquiétude. Des larmes salées dévalaient mes joues, tandis que je les sentais avec une acuité nouvelle. Certaines tombaient directement sur ma feuille et la souillant, d'autre se nichaient dans ma bouche, en ressortant non sans m'avoir laissé leur goût de mer, puis descendaient vers mon menton et chutaient vers mon écriture, claire et lisible, mais vide de sens. La voix dangereuse et tentatrice me consumait peu à peu. Je le savais. Si je continuais à utiliser ce réflexe vieux comme le monde qu'est la respiration, c'était juste pour profiter un peu plus de cette sensation. Elle me dictait des mots sans sens, sans intérêt, et moi, docile et inconscient, je les écrivait. Je n'avais bientôt plus de place – je continuais sur la table, réécrivant par dessus ce que j'avais déjà fait. Je pleure toujours, sur moi-même, conscient mais résigné. Non : heureux. Lentement, inexorablement, l'action pernicieuse et silencieuse de la Forme agissait. Elle sapait mes forces, me détruisait de l'intérieur. Je sentais avec une acuité accrue la douleur. Dans ma main, mon dos, mes pieds – partout. Peut-être vieillisait-je de manière accélérée – qu'en sais-je ? Je sais juste que, jusqu'au bout, je gardais les yeux clos.
J'arrêtai d'écrire, et la Forme sourit.
Je n'ouvris pas les yeux, et la Forme fut heureuse.
Je ne le pourrais pas, et la Forme jubila.
Je meurs, et la Forme part.




 * Lorsque l'on chauffe de la vanilline, puis qu'on la regarde aussitôt après au microscope, on voit des sortes de fleurs qui s'ouvrent, toutes en même temps, très colorée. C'est beau, on appelle ça la cristallisation.


© tous droits réservés. Le texte ne peut être reproduit sans le consentement de Theirn

CommentairesFavoris et notificationsCorrections
  • Voir les commentaires (1)
  • Ajouter un commentaire
  • Ajouter l'histoire à vos favoris
  • Ajouter l'auteur à vos favoris
  • Activer la notification pour l'histoire
  • Activer la notification pour l'auteur
  • Signaler orthographe défaillante (0)
ImagesImpressionGestion
  • Voir la galerie (0)
  • Ajouter
  • Version PDF
  • Imprimer le chapitre
  • Imprimer toute l'histoire
Vous ne pouvez pas modifier cette histoire.
un lecteur sur cette histoire : un visiteur non connecté.
SQL : 11 - Exécution : 0.222 s. - Visiteurs : 9
Tous droits réservés sauf mention contraire.
Équipe - Changer de design - Contact - Remonter - Détails - Aide
Partenaires : Art-toon.fr - fanfictions.fr - scribeos.com - bullejapons.fr - Rou & Bou