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> Chapitre 1 : « I - Dépression Profonde » - 
| L'histoire | Ce chapitre |
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| Publié : le 01/01/2008 à 21h59 - Mise à jour : le 25/02/2008 à 14h30 - Commentaire(s) : 35 - Lecture(s) : 7989 - Chapitre(s) : 10 - Mots : 16444 - Complet : oui - AMR : 12 - Favorite de : 3 - Abonnés à l'histoire : 0 | Publié : le 01/01/2008 à 21h59 - Modifié : le 03/08/2008 à 12h29 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 3302 - Mots : 755 |
Forget About This World
| Résumé : "Forget About This World" : oublie ce monde...Une phrase à priori innocente, écrite plusieurs centaines de fois par un lycéen suicidaire sur une feuille. Quels secrets cache ce papier ? Pourquoi, mué par une effroyable curiosité, un prof d'histoire va-t-il essayer de les découvrir ? |
I - Dépression Profonde
« Détruire ».
Ces trois verbes hantaient Kim depuis quelques…semaines, déjà. Il n’avait jamais été aussi pessimiste et chiant : il n’avait plus envie de rien faire, ne se levait le matin que par obligation, ne voyait plus ses amis, qu’il avait d’ailleurs perdus. Oui, Kim était étrange. Non, Kim ne s’était pas encore jeté du haut d’un immeuble. Pas encore. Il y réfléchissait.
Mais le temps passait, et plus il passait, plus Kim envisageait la mort. Il fallait juste que son suicide soit spectaculaire et marque les esprits pour qu’il le considère comme étant réussi. Cependant, il ne voulait pas massacrer son lycée avant de pointer le canon de l’arme contre sa tempe. Il était peut-être suicidaire et dépressif mais pas encore cinglé : peut-être qu’il le deviendrait plus tard. Il y réfléchissait.
Kim ne parlait plus. Par contre, il avait découvert une autre forme d’expression qui lui paraissait meilleure : l’écriture. Après avoir posé sur du papier divers poèmes ou nouvelles, il définit un concept littéraire novateur : n’écrire qu’une phrase, une seule, une unique phrase, sur plusieurs pages, sans aérer le texte. On obtenait ainsi très rapidement de ravissants blocs de lettres. Faute de mieux, il baptisa son idée : « La Punition ».
Avec sa fameuse punition, Kim était passé de la théorie à la pratique très rapidement, en l’expérimentant plusieurs fois, chaque fois avec une phrase différente : « Vive Halloween », « J’aime la glace à la fraise » ou encore « Attention je peux mordre » remplirent bientôt à elles seules plusieurs pages. Il écrivait au stylo sur du papier, avec une machine à écrire, sur ordinateur. Le support l’importait peu : il fallait que le résultat soit efficace.
Entre temps, il avait choisi de devenir suicidaire/dépressif/lourd. Il lui fallait une phrase simple, inoubliable, macabre et en anglais de préférence (le monde pourrait ainsi l’apprendre par cœur) pour pouvoir illustrer son nouveau principe de vie. Son esprit fût donc, pendant quelques jours, entièrement porté sur la recherche de ce slogan.
Finalement, il trouva : « Forget About This World ». Et il était tellement heureux, fier même, de ces quatre mots, qu’il les écrivit au stylo puis au crayon à papier sur plusieurs dizaines de pages dans la soirée. A force d’écrire la même chose, il avait fini par l’assimiler : tant et si bien que plus que jamais il voulut oublier ce monde, même si pour cela, il fallait le quitter.
Il voulait surtout être le seul à connaître et comprendre cette courte phrase. Aussi, bien qu’il l’écrivait des centaines de fois sur tout ce qui lui tombait sous la main, il faisait très attention à ce que jamais personne ne découvre « Forget About This World ». C’était en quelques sortes sa manière à lui d’appliquer un droit d’auteur à sa petite perle, qu’il n’avait d’ailleurs pas lui-même inventée : il avait trouvé cette phrase en écoutant une chanson intitulée : « Forget about the world ». Il avait simplement remplacé the par this, car il pensait qu’il n’existait pas qu’un seul monde.
Et oui, Kim était convaincu de l’existence de plusieurs dimensions parallèles et autres créatures extra-terrestres. Son rêve ? Quitter la Terre pour rejoindre un monde meilleur. Bienvenue dans un nouveau monde, Kim. Un monde meilleur.
Pendant quelques temps, le prof en question ne se souciait guère de ce qu’il avait lu au dos du sujet de Kim. Avec ses collègues, ils avaient longtemps discuté à propos de Kim, élève à problème et à l’esprit à priori impénétrable. Lui-même avait recommandé aux parents de Kim d’amener leur fils voir un psychologue : son cas l’inquiétait réellement. Ce ne fût qu’un petit peu plus tard que Monsieur Delcombes, professeur d’histoire géographie, ne s’inquiéta vraiment.
La professeur de français de Kim avait également trouvé « Forget About This World » écrit et réécrit plusieurs fois sur une page de la rédaction qu’elle avait demandée à Kim l’avant-veille. Puis bientôt, toute l’équipe éducative du Lycée connaissait cette phrase, qui était désormais devenue une vraie énigme aux yeux de certaines personnes.
Un prof à l’humour douteux avait jugé drôle d’écrire cette phrase en gros, à raison d’un mot par page A4, et de punaiser les quatre feuilles sur un mur de la grande salle des profs. Maintenant, plus une minute ne passait sans qu’un enseignant n’ait ces quatre mots en tête. Maintenant, ils étaient tous hantés. Forget about this world.
Bertrand Delcombes fut le seul à être assez courageux pour décider de percer lui-même à jour le lourd secret que les quatre mots cachaient. Bertrand Delcombes avait commencé par demander un rendez-vous avec Kim, qui l’avait d’ailleurs légèrement mal pris. Bertrand Delcombes, mué par une curiosité de plus en plus inquiétante et affreuse, passait ses jours et ses nuits à chercher pourquoi. Pourquoi quatre mots. Pourquoi en anglais.
Il considérait sa « mission » comme une course contre la montre.
Quelque chose en lui lui murmurait que Kim voulait mourir.
Et au fil des jours, il commençait à avoir peur d’avoir raison.
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