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- Chapitre unique| L'histoire | Ce chapitre |
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| Publié : le 09/02/2008 à 18h17 - Mise à jour : le 09/02/2008 à 18h17 - Commentaire(s) : 3 - Lecture(s) : 438 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 863 - Complet : oui - AMR : 11 - Favorite de : 1 - Abonnés à l'histoire : 0 | Publié : le 09/02/2008 à 18h17 - Modifié : le 12/02/2008 à 23h13 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 438 - Mots : 862 |
Silences - Bruits ?
Ce fut une impression, un pressentiment qui le sortit de sa torpeur. Une gêne, comme si le monde s'était décalé sans lui au cours de cette inconscience quotidienne que l'on nomme sommeil.
Il regarda son réveil, mais il affichait trois zéros, par intermittence. Pris d'une soudaine soif, il secoua ses draps et sortit. Hors de sa chambre, le silence le surprit. Il passait soudainement d'une pièce peuplée de bruits nocturnes, à un couloir où ceux-ci étaient absents. Nuls grincement de parquet ou bruissement du vent dans le feuillage ne venaient troubler le calme presque surnaturel qui régnait là. Il s'agissait d'une paix saisissante, presque troublante – oppressante, uniquement percée par le murmure de l'eau s'écoulant du robinet. Mais, alors qu'il approchait sa bouche du filet d'eau, il n'eut plus soif – mais faim.
Dans le but de se sustenter, il descendit en bas. Là, deux choses le frappèrent : lui-même ne faisait pas plus de bruit que le reste, ses pieds étant comme enveloppés de ouate, sa respiration comme atténuée. Ensuite, régnait au rez-de-chaussée non seulement le silence le plus total, mais l'obscurité qui va avec. Il n'y voyait rien – mais percevait les murs. Il sut ainsi que les fenêtres étaient ouvertes ; mais que ni les étoiles, ni même la lune ne parvenait à transpercer les nuages qui recouvrait l'endroit.
Pris d'une curiosité irrépressible, il sortit, afin de découvrir ce qu'est une nuit noire. Mais, alors qu'il posait son pied nu sur l'herbe, le chaos bruyant prit la place de l'ordre silencieux. De partout, où que pouvait se tourner l'oreille, mille bruissements, grincements, ou encore craquements lui parvenait. Pris de peur, il rentra au plus vite chez lui – retrouvant le silence. Rassuré, il remonta dans sa chambre, attribuant ses bruits à quelque hallucination. Mais sa chambre fut sans doute épargnée par cette chape de silence tombée sur la maison : à la seconde où il posa le pied sur la première latte de parquet, les bruits revinrent, avec plus de netteté cette fois ; claquements de mandibules, craquement d'articulations usées emplissaient ses oreilles. Obéissant avec bravoure à la croyance puérile faisant du lit une forteresse, il plongea sous ses draps et tenta d'échapper par l'esprit à ses bruits venus de l'enfer. Mais, alors qu'il ouvrait enfin les yeux, et qu'il vit que des ombres à l'aspect menaçant se profilaient sur le mur, le noir l'envahit.
Ce fut un appel, un cri de sa sœur qui le sortit de sa torpeur. Une habitude, un acte machinal et quotidien qui s'était inséré si profondément dans le subconscient commun de la routine qu'il en devenait inutile.
Il regarda son réveil, mais il affichait déjà sept heure et quart. Pas le temps pour gagner quelques minutes de sommeil sous la lumière de la lampe allumée. Il se leva, et sortit faire sa toilette. Le cerveau sans doute trop embrumé, il ne le remarqua pas ; pas plus qu'il ne le remarqua après un petit-déjeuner aussi normal que le reste et pris machinalement qu'il ne s'en rendit compte le reste de cette esquisse de matinée. Lorsqu'il sortit, et s'exclama « au revoir ! » à l'adresse de ses parents, un doute s'insinua dans son esprit. Mais il partit aussi vite qu'il était venu, chassé par quelque recoin de son esprit réfractaire à la raison. Il partit donc, à cheval sur son vélo, vers son collège, flanqué à ses côtés de sa soeur. Là encore, malgré l'étrangeté frappante de la situation, il ne remarqua rien. Pourtant, il semblait parfaitement réveillé.
Ce ne fut qu'arrivé au collège, un certain nombre de minutes plus tard, qu'il se rendit enfin compte de quelque chose. Mais ce n'était qu'une impression sourde, un vague sentiment... Rien de concret ne venait définitivement le destabiliser.
Et puis les cours passèrent, aussi ennuyeux les uns que les autres, sans qu'il ne remarque quoi que ce soit, même si ce doute grandissait lentement, silencieusement. Ce ne fut qu'à la récré qu'il le remarqua, enfin. Ce n'était plus un pressentiment, ni une impression, mais vraiment une constatation. A présent, il s'en rendait compte et avait peur : la cour, les salles de classes... il n'y avait rien. Il était seul. Mais, si le corps avait disparu, la voix restait – les bruits restaient les mêmes qu'à l'accoutumée. Enfin, presque. De sa gauche lui provenaient d'étranges sons, qui ne ressemblaient à rien de se qu'il connaissait. Des bruits de morts, des sons qui lui inspiraient la terreur, qui lui montraient sa seule chance – la fuite...
Et c'est ce qu'il fit. Pour une raison qu'il lui était inconnue, comme le motif de cette disparition de tout autre que lui lui était caché, il courut. Où ? Devant lui.
Il courait, fuyant désespérement des bruits qu'il n'entendait – si, il les entendait. Fluctuant avec sa peur, ils se rapprochaient puis s'éloignaient, jouant de sa terreur comme un chat d'une boule de laine.
Par un itinéraire connu de lui seul et qu'il ne se rendit pas compte d'avoir emprunté, il parvint chez lui. Là, poussé par cette même conviction que celle qui l'avait poussé à fuir, il monta quatre à quatre les escaliers pour parvenir à sa chambre. Là, enfin, la paix. Ces bruits semblaient être partis, volatilisés – non : bloqués. Comme si sa chambre formait un rempart contre... Mais... qu'est-ce que c'était que ce craquement ? Ici, n'était-ce pas un claquement de mandibules ? Là, un bruit de pas...?
Pris de peur par ces bruits revenus, il se réfugia dans son ultime forteresse : son lit.
Mais, alors qu'il ouvrait enfin les yeux, et qu'il vit que des ombres à l'aspect menaçant se profilaient sur le mur, le noir l'envahit.
Ce fut une peur, une frayeur ancestrale qui le tira de sa torpeur. Une terreur, comme s'il avait été conscient au cours de cette inconscience quotidienne que l'on nomme sommeil...
Vous l'aurez sans doute compris, l'idée à la base du texte était une superposition de rêves, relativement semblables les uns les autres. C'est quelque chose d'assez intéressant, cet infini des miroirs, que l'on peut retrouver dans les rêves, où l'on rêve que l'on se réveille - avant de se réveiller, et de croire que l'on rêve.
Par ailleurs, le titre original du texte - auquel je n'exclus pas de rajouter quelques "couches" - était Juxtapositions, un mot illustrant bien l'idée. Mais je lui préféré le titre actuel, reprenant le thème principal : les bruits.
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