| L'histoire | Ce chapitre |
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| Publié : le 19/02/2008 à 09h36 - Mise à jour : le 19/02/2008 à 09h36 - Commentaire(s) : 1 - Lecture(s) : 171 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 1393 - Complet : oui - AMR : 12 - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 | Publié : le 19/02/2008 à 09h36 - Modifié : jamais - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 171 - Mots : 1393 |
Élévation
Le vaisseau semblait immobile, planté là dans le vide froid et austère. Encore loin de la plus proche étoile, ses parois paraissaient ternes, dénuées de couleur. Son séjour prolongé dans les ténèbres épaisses de l’espace avait du déteindre sur son aspect, à moins que cette dépigmentation ait été volontaire. Un mimétisme protecteur faisant office de camouflage.
Une étoile se dégagea rapidement du lot et gagna en intensité. Son rayonnement s’imposait régulièrement, faisant oublier qu’elle n’était pas la seule dans cette galaxie. Elle semblait se rapprocher du vaisseau à vue d’œil, avec la ferme intention de l’engloutir dans son cœur brûlant. Pourtant bien qu’en mouvement permanent, c’était bien le vaisseau qui se rapprochait et non l’étoile, car lui maîtrisait clairement sa trajectoire et ne subissait pas les simples lois de la physique.
Les premiers astéroïdes furent à porté de tir. Leur aspect bosselé, déformé de nombreux cratère, témoignait de leur existence chaotique. Un tentacule jaillit du vaisseau et s’agrippa fermement à l’un d’eux. Il s’étira jusqu’à se rompre, dans un silence imperturbable. L’énorme caillou n’avait pas été choisi au hasard. Il avait permis à l’astronef de ralentir, tout en réajustant sa trajectoire, puisqu’il lui fallait passer au travers du champ d’astéroïde entourant ce système solaire. Cette ceinture gravitant si loin des planètes pouvait paraître inutile, mais il était indispensable à l’arrivée du vaisseau qui avait besoin de freiner énormément, en peu de temps.
Suivant une trajectoire apparemment désordonnée et irréfléchie, les tentacules s’accrochaient par dizaine, se rompant tout en déviant l’engin spatial et les astéroïdes, qui dans son sillage se percutaient entre eux. L’équilibre gravitationnel des ces débris à la dérive était fragile, et s’était façonné au rythme des chocs depuis qu’ils tournaient autour de leur soleil. Cet infime changement dans leur disposition le déréglait déjà beaucoup.
Minutieuse et calculée, la traversée de la ceinture d’astéroïde fut rapide. Mais déjà le vaisseau filait à moins vive allure et s’était orienté plus précisément vers la planète qu’il visait.
Passant au large des géantes gazeuses qui n’avaient aucun intérêt, de larges voiles se déployèrent. Comme s’il s’était agi d’ailes, l’astronef s’appuyait sur le rayonnement émis par l’étoile lui faisant face. En rebondissant, la lumière le freinait de plus en plus efficacement à mesure qu’il s’approchait de sa source.
Une partie des voiles se replia pour que le vaisseau adoptât une trajectoire courbe. Arrivé en orbite, ses ailes avaient regagné leur position d’origine puisqu’elles n’avaient plus d’utilité. Plus bas, les reflets de la planète bleue rappelèrent que l’aller était terminé, il resterait le retour.
L’état déplorable de cette planète nous avait été signalé par un vaisseau d’observation assigné à cette zone de la galaxie. Il y avait tant d’espace à couvrir que la situation aussi critique soit-elle, n’avait pas pu être diagnostiquée plus tôt. Mais notre groupe d’assainissement était coutumier de ce genre d’horreur, une simple purge et le problème serait réglé.
L’analyse avait démontré un développement du vivant d’une rare pauvreté. Proche d’un état végétatif, le potentiel de ses résidants était resté endormi. Une infection répugnante mais bénigne atrophiait leur capacité. S’était désolant de les voir dans un état si primitif, alors que de telles ressources latentes sommeillaient au plus profond d’eux.
Nous étions touchés par la simplicité de ces formes de vie non-éveillées. Dire que nous étions nous aussi passés par là. Ils n’avaient pas conscience de leur modeste condition de vie puisqu’ils avaient vécu dans cet état inconfortable si longtemps qu’ils s’y étaient habitué, s’en accommodant aisément. Mais ils méritaient mieux, et pouvaient aspirer tout comme nous à un degré de vie plus élevé.
L’évolution logique aurait dû les placer au sommet du règne du vivant de cette planète. Cela paraissait évident. Mais leur développement avait été gangrené, rongé au plus profond de leur être par cette maladie insidieuse.
Heureusement nous étions là pour les guérir. La cure que nous allions appliquer à cette planète aurait un effet de rajeunissement flagrant. Celle-ci avait vieilli trop longtemps sur le mauvais chemin. Mais le cours sur lequel nous la dirigerions serait bien plus approprié. Cette même direction que nous avions suivie jadis.
Je marchais au bord de l’eau, grignotant un sandwich peu appétissant : sa salade était fanée. Mais ça n’était pas perdu pour tout le monde, des pigeons se battaient déjà pour savoir qui aurait la plus grosse part de laitue avariée. Me promener sur ce semblant de pelouse pendant ma pause déjeuner suffisait à me distraire un moment. Mais il faut avouer que la tour Eiffel y ajoutait aussi un certain charme.
La musique sur les oreilles, un bruit sortant du lot klaxon-brouhaha retint mon attention. En me retournant, je refis surface brutalement avec le monde réel. Des gens criaient, se bousculaient et de nombreux accidents semblaient avoir eu lieu derrière moi. Une brève déflagration retentit sur les lieux du drame, projetant un nuage de fines particules jusque loin devant moi. Un goût et une odeur étrange me pénétrèrent. C’était irritant et je peinais à garder mes yeux pleins de larmes, ouverts.
Était-ce ma vue troublé ou mon esprit qui divaguait, mais je cru voir la route remuer, se soulever par endroit. Le bitume et l’asphalte semblait être poussé par en dessous. Je me frottai un peu plus les yeux d’incrédulité : des lianes jaillissaient des voitures où avaient eu lieu les accidents. Le métal, le plastique ou même le verre semblait se ramollir tout autour de moi. Se dissolvant et se transformant, il prenait vie, faisant apparaître une végétation luxuriante qui croissait à vue d’œil.
Un grincement métallique me fit tourner la tête. La tour Eiffel penchait dangereusement, ses pieds ramollis se changeaient devant moi en arbres et plantes entremêlés. Le grondement de la végétation dévorante couvrait tout maintenant, telle une forêt rampante. Sa faim démente animait la ville d’une pulsion surnaturelle.
Des lianes couraient dans ma direction, se tordant sur le sol dont le bitume et tout autre matériau artificiel disparaissait à vive allure. Une des boules accrochées à leur extrémité explosa soudain non loin de moi, me projetant dans une grêle douloureuse à quelques mètres de là. Tout mon corps me brûlait. J’avais peine à respirer, et restait figé au sol tant je souffrais. Je parvins à soulever mon bras au dessus de moi, et un dernier élan de panique me fit frémir. De longues tiges d’un vif vert jaillissaient de mon corps, buvant mon sang et ma vie à gorgées avides. Mais la douleur disparaissait déjà, alors qu’une douce langueur engourdissait mes membres … et mon esprit …
Une sphère d’un vert rugueux vint se poser à côté du cadavre dont l’assimilation végétale n’était pas terminée. Elle n’était pas plus grosse que la tête de l’humain d’où naissait de resplendissantes fougères. Un petit essaim de créatures volantes en sorti pour récolter quelques échantillons de « l’infection ». Aussi répugnant que cette chose était, la science végétale ne devait pas occulter cet aspect certes aberrant de la vie.
Puis le petit astronef rejoignit le vaisseau mère qui attendait en orbite.
Nous n’arrivions toujours pas à comprendre comment cette forme de vie aussi dégénérée pouvait naître sur les planètes où nous avions injecté la vie. Il aurait paru logique qu’elle prenne la même voie que pour nous.
Mais le fait le plus étonnant était que ce cancer s’était développé sur plusieurs de nos planètes, dans des variantes plus ou moins proches. Un remède permanent serait peut-être trouvé à l’ensemble de la galaxie. Mais ce devait être un rêve utopique, notre civilisation se basait sur des notions plus réalistes, et une autre planète à purifier nous attendait encore.
Le vaisseau extraterrestre déploya ses ailes pour suivre le courant de lumière partant du Soleil. Il rejoindrait le disséminateur situé non loin de ce système solaire. Celui-ci lui fournirait la poussé nécessaire pour rejoindre la prochaine planète en l’expulsant à travers l’espace.
La planète qu’il laissait derrière lui, s’était teinte de vert plus ou moins prononcé. Les amas de métal et plastique nommés villes, visibles depuis l’espace quelques jours avant avaient totalement disparus. Redirigée, la vie allait suivre son cours.
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