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> Chapitre 7 : « Retour à la base » - 
| L'histoire | Ce chapitre |
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| Publié : le 21/02/2008 à 11h10 - Mise à jour : le 16/06/2008 à 23h18 - Commentaire(s) : 4 - Lecture(s) : 748 - Chapitre(s) : 10 - Mots : 18028 - Complet : non - AMR : 16 - Favorite de : 1 - Abonnés à l'histoire : 0 | Publié : le 13/05/2008 à 12h31 - Modifié : le 15/05/2008 à 15h48 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 35 - Mots : 1793 |
Retour à la base
J’attendais immobile. J’avais dormi si longtemps, économisant mes forces pour l’instant où je pourrais les déployer dans toute leur puissante sauvagerie. Tant de temps à patienter, jusqu’à ce que cette vibration me tire de mon profond sommeil millénaire.
Des œufs avaient libéré leur pondeur. Des proies avaient donc dû passer à proximité. Mais je ne sentais la présence d’aucuns, j’étais seul dans ce semblant de ruche. Partis ou morts, ils m’avaient abandonné.
Si loin, le jour où je naquis hors de ce tas de chair et d’os. La seule tâche à laquelle je pouvais m’atteler : pondre des œufs. Aucune proie à proximité. Quelle frustration de ne pouvoir étendre l’influence de ma ruche.
Et voilà que cette chose métallique descendait jusqu’à la première rangée de pondeurs endormis. Que voulait cette chose, était-elle vivante ? Je regardais plus précisément. C’était moi, à l’intérieur de mon véhicule inséctoïde, venu récupérer les œufs pour les scientifiques !
Je me réveillai en sursaut. Était-ce un rêve ? Cela m’avait paru si réel, comme si je l’avais vraiment vécu. J’aurais juré que je me trouvais à l’intérieur de cet astronef extraterrestre où j’avais prélevé ces œufs achériens, derrière les yeux de l’un d’eux …
Mais j’avais plus important à faire que de donner un sens à ces absurdités. Ce qui s’était produit sur Mars m’avait laissé un goût amer à la bouche. Mon vaisseau était en vue de la base spatiale de recherche sur les Achériens. Ils allaient avoir quelques explications à me donner.
Me manipuler comme un vulgaire pantin ! Me mettre au même niveau que ces monstres sanguinaires. Ils me demanderaient certainement de massacrer leurs ennemis, à coups de griffes et de mâchoires, comme si j’avais asséné chacun d’eux. Je ne pourrais me réduire au rôle de simple tueur. C’était ça le but de leur expériences sur moi : transformer les Achériens en une arme dévastatrice.
Le sas d’embarcation était déjà ouvert. Ils devaient m’attendre, pressés d’apprendre comment leur nouvelle création génétique avait marchée. Mais je me ferais un plaisir de les décevoir.
Je ressentais la base de recherche différemment, dans son intégralité. Je crus percevoir les scientifiques attendant derrière le sas de mon vaisseau. Jusqu’où avaient-ils été dans leurs modifications sur mon corps !?
La lourde porte métallique glissa vers le haut, leur visage nerveux trahissait leur impatience. Leur expérience avait-elle marchée ?
- Que m’avez-vous fait ? demandai-je d’un air menaçant, tout en restant calme.
Ils s’échangèrent des sourires.
- Ça a marché ? Vous avez tué la reine pondeuse ? s’impatienta l’un d’eux.
- Et les souvenirs ? Vous avez récupéré les souvenirs de ces créatures ? Et…
- Laissez le, il doit se reposer, lança un autre.
Ils se moquaient pas mal de moi, de ce que je ressentais. Je n’étais qu’un moyen pour eux !
- C’est fini ! Vous continuerez vos petites expériences sur la vie sans moi. Je rentre.
Ils se regardèrent étonnés, ne sachant que dire.
- Tu… Mais qu’est ce qui ne va pas ? Grâce à toi ta planète natale a été sauvée. Ce qu’il reste d’Achériens ne posera aucun problème à éliminer …
- Je ne veux plus entendre parler de ces monstres ! le coupai-je. Je prends mes affaires et je m’en vais.
Je m’avançai pour essayer de passer entre eux, mais ils se resserrèrent, l’air grave.
- Tu ne peux pas partir, tu fais pour ainsi dire parti de l’organisation et …
- Ça ne m’intéresse pas, vous ne me retiendrez pas. J’emploierais la manière forte s’il le faut. Maintenant poussez vous ! leur ordonnai-je.
De la terreur se lit alors sur leur visage.
- Tu n’as pas… tu n’en a pas apporté avec toi ? commença l’un d’eux angoissé.
- Non, ces choses me répugnent plus que tout, je vous les laisse.
Cela parut les rassurer, mais ils ne paraissaient pas pour autant vouloir me laisser passer.
- Avant de partir, j’aimerais savoir exactement ce que vous avez fait de moi. Quand m’avez-vous … ?
Je ne terminai pas ma question.
- La dernière injection que nous t’avons faites, censée te faire pousser de nouveaux pouces, était en réalité destinées à te donner la capacité de commander les Achériens par télépathie comme le font leur reine. Tout a dû se déclencher en contact avec elle n’est-ce pas ? Tu es également censé avoir reçu la mémoire génétique de leur espèce. Mais n’espère pas partir, c’est tout bonnement impossible.
- Je ne vois pourtant pas ce qui m’empêche légalement de rentrer chez moi, rétorquai-je.
- Chez toi … Mais tu n’as pas de chez toi. C’est en travaillant avec nous que tu seras à ta place. Pourquoi t’obstines tu autant ? D’où te viennent ces idées ?
- Je vais rentrer sur Mars, c’est là-bas que j’ai vécu, et pas au sein de votre misérable organisation. Vous n’aurez qu’à recommencer vos petites expériences sur un autre que moi.
Ils semblaient tous très contrariés. Ils me cachaient quelque chose, et la manière dont ils se regardaient entre eux montrait qu’ils hésitaient à me la communiquer.
- Phoïbs, tu devrais venir passer un examen de routine, tout se…
- Non, le coupai-je. Plus de manipulations génétiques, je ne serais plus votre jouet !
- Tu ne réalises pas, tout ce que tu désires est inconcevable.
Il fit une pause avant de poursuivre.
- Nous ne voulions pas te l’annoncer ainsi, mais ton obstination ne nous laisse pas le choix… Nous t’avons créé. Tu es un humain artificiel.
Je ne sus d’abord que répondre, tant c’était imprévu.
- Vous mentez. Je… je suis né sur Mars. Je suis fait de chair et d’os comme vous … je…
- Tout as été reproduit pour créer l’illusion. Tout ce qu’un humain peut faire, tu le peux également, sauf donner un enfant à une femme. Tu peux manger, boire, souffrir, saigner, penser, rêver. Mais tous tes souvenirs sont factices. Mars ne te semblait pas étrangère malgré le fait que tu sois né dessus ? Essaye de te rappeler des détails de ta jeunesse. Tous tes souvenirs sont flous je présume ?
En réponse, je fouillai ma mémoire. Mais je ne retrouvai aucun souvenir. C’était comme si mon passé était écrit en résumé dans mon cerveau. En avais-je seulement un, de cerveau ?
- C’est impossible, je …
- Tu rien du tout ! Tu n’es qu’un robot, il faut t’y faire ! Et nous sommes tes créateurs, donc parents légitimes.
Devant mon expression dubitative, ils ne purent s’empêcher d’ajouter :
- Ne trouvais-tu pas ces modifications génétiques trop facilement applicables ? Tu connais la complexité de la biologie. En revanche la robotique est d’une simplicité enfantine. Tu connais beaucoup de personnes qui se sont remises de blessures comme celles que tu as subi ? Et pense au …
Je n’écoutais plus. C’était clair maintenant, leur leçon proprement énoncée m’avait convaincu. J’étais une machine. Toute ma vie avait été un mensonge. Ce que je pensais être n’existais pas. Mon existence n’avait aucun sens, si ce n’est celui d’une expérience scientifique.
Et ils osaient se prétendre mes parents. Que je fus biologique ou robotique m’importait peu. Je me sentais tout aussi vivant. Ils avaient osé jouer avec ma vie !?
Je bouillais. Comment avaient-ils pu ? Pourquoi !? Une soudaine envie de les étriper de mes mains me prit. Plus qu’une pulsion, un besoin impérieux. Bondissant d’un coin sombre de mon vaisseau, un Achérien se rua sur le tas de scientifiques, en tuant plusieurs sur le coup. Les griffes lacéraient, alors que des litres de sang et de boyaux se déversaient au sol. Des cris étouffés de gargouillis s’échappaient des hommes effrayés. La mort toucha chacun de ces êtres faibles en quelques secondes.
Un léger sentiment d’apaisement me parcourut. Étrange, je n’avais pas perçu la présence de cet Achérien. L’avais-je incité à me suivre depuis Mars de façon inconsciente ? De toute façon, ces êtres abjects avaient mérité la plus atroce des morts.
D’un ordre silencieux, mon monstre encore ensanglanté disparut dans un des conduits du plafond. J’avais passé ma vie sur cette base, je savais donc où trouver du renfort, fait de griffes et de crocs. Ils verraient de près de quoi ces créatures étaient capables. Avec mes yeux et mon savoir alliés à la force et la rapidité de ses êtres, j’aurais ma vengeance. J’en frémis de plaisir. Aussitôt de longs cris rauques retentirent dans toute la base, ils allaient goûter à la liberté. Je leur partageais ce que je ressentais ?
Dans un martèlement de pas précipités, une dizaine de militaires se précipita affolée dans le hangar. Que savaient-ils sur moi ? Venaient-ils pour moi, ou pour accueillir mon nouvel animal de compagnie ? Celui-ci était d’ailleurs déjà arrivé au panneau de commande de sécurité que je recherchais. Quelques boutons à presser, quelques codes à saisir, et la liberté fut rendue à chacun de mes nouveaux amis, mis à part la pondeuse qui résistait à mes ordres.
Mes mains tremblaient d’excitation. C’était palpitant en fin de compte. Céder à la sauvagerie était la seule chose à faire, et de loin la plus plaisante réalisais-je maintenant.
Les hommes pointèrent leur arme sur moi. De toute évidence, ils savaient. Un seul ordre, et ils tombèrent tous au sol, plaqué par le vent qui s’était levé. La dépressurisation n’eut aucun effet sur moi. J’étais cette machine si bien conçue après tout. Le savoir m’aidait-il à utiliser tout mon potentiel ? Je me sentais plus fort, plus résistant. Cette humanité inutile ne me servait plus à rien, je pouvais oublier cette part de moi.
Les portes donnant sur l’espace se fermèrent avant que les corps n’allassent se perdre dans le vide. Évanouis, ils ne pouvaient plus rien contre moi, mais morts ils seraient inutiles. Il était plus sage d’utiliser ces corps à bon escient. Déjà ils étaient transportés vers des œufs qui n’attendaient qu’eux pour éclore.
Je pris le temps de réfléchir un moment à la situation. J’étais seul, et serais une cible bientôt très convoitée. Tant de choix s’offraient à moi maintenant que j’avais abandonné tout ce à quoi j’avais cru, à tort. Je venais de renaître, et l’éternité s’étendait devant moi.
J’enclenchai les réacteurs de la base. Cela faisait une petite éternité que les tuyères étaient restées froides. Un brasier à l’agréable bourdonnement s’y alluma. Ce genre de vibration était théoriquement indétectable, plus depuis que moi-même et les Achériens nous étions révélés les uns les autres.
Cette station avait tourné en rond autour de cette planète déserte sans nom depuis trop longtemps. Je voulais voir quelque chose de nouveau, de plus grand que cette piètre humanité fébrile et fragile.
Cela me rappela que nombre d’entre eux m’attendaient, craignant pour leur misérable vie. Pourquoi les faire attendre… ?
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