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« Toulouse, Suède » — L'Encrier
Vous êtes ici => Accueil > Liste des histoires > « Toulouse, Suède », par StocKo - - - - Chapitre unique
L'histoire Ce chapitre
Publié : le 13/04/2008 à 11h30 - Mise à jour : le 13/04/2008 à 11h30 - Commentaire(s) : 6 - Lecture(s) : 248 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 3338 - Complet : oui - AMR : Tous publics - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 Publié : le 13/04/2008 à 11h30 - Modifié : le 23/04/2008 à 22h28 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 248 - Mots : 2878


    Cette histoire a été celle sur laquelle j'ai passé le plus de temps à l'écriture. Trois semaines, si ce n'est plus, de travail "acharné" afin de pouvoir publier, en ce jour, ce texte, qui, je l'espère, saura être accepté par les visiteurs de l'Encrier : je ne me leurre pas, c'est un texte assez expérimental (vous verrez bien par vous même, mais c'est ce que moi j'en pense), et tout le monde n'aimera certainement pas. C'est un texte qui déstabilisera mes lecteurs les plus assidus, également, puisque je change radicalement de thème, de style (ce sont encore une fois mes propres impressions). Je quitte mes propres sentiers battus pour m'aventurer sur quelque chose que je n'avais jamais fait : quelque chose de simple, de beau, et même de simplement beau.

    C'est une camarade de classe qui m'avait fait remarqué que tous mes textes se focalisaient sur la mort ou la destruction, et j'ai été forcément obligé de le reconnaître. Alors là, c'est simple, j'ai décidé de faire autre chose. Un texte uniquement plaisant à lire, dont on pourrait se remémorer quelques passages, comme ça, des bribes, en se disant : "C'était trop beau" (notez que je suis aussi dans une période trucs-trop-beaux-et-trop-sensuels). J'espère avoir réussi dans ma tentative de changement radical !

    Pour respecter cette politique de choses pures et plaisantes, j'ai décidé d'ajouter au texte un accompagnement musical. Il est, comme ce texte, sous une licence Creative Commons : j'ai donc légalement le droit de l'utiliser à cet effet d'accompagnement. Notez que je connaissais cette musique auparavant : elle est donc, je pense, à sa place, en mesure avec le texte, et je vous conseille fortement de l'écouter. C'est un petit morceau d'électro, que j'ai trouvé excellent. Bref : pour une expérience optimale, essayez la musique !

    Je vous souhaite d'apprécier ce texte, différent. Mais que serait la littérature (même amateur) si on faisait toujours les mêmes choses ?

StocKo.

Toulouse, Suède

Résumé : Dans une ville, quelque part, un adolescent, seul dans des rues désertes, monte dans l'unique bus en circulation. Autour d'eux, tout semble s'arrêter...Et tout s'arrêtera. Parce qu'ils sont Hors. Hors du Temps, pour eux.
Accompagnement musical proposé par StocKo : « Waltz Into The Moonlight » par T r y ^ d :
ALLER : TOULOUSE, SUÈDE…

 Je revois ton pavé, ô ma cité gasconne
Ton trottoir éventré sur les tuyaux du gaz
Est-ce l'Espagne en toi qui pousse un peu sa corne
Ou serait-ce dans tes tripes une bulle de jazz ?



    Il retira les écouteurs de ses oreilles et s’avança vers l’abribus, sous l’écrasant soleil, habituel dans cette région. Coupant net le fabuleux solo de guitare d’Angus Young dans son élan, le jeune homme s’assit sur le froid banc de plastique blanc. Il attendit ainsi, seul. Absolument seul : il n’y avait personne dans la rue, ce qui était étrange, surtout pendant un ensoleillé samedi après-midi…Mais il n’allait pas se plaindre pour cette soudaine tranquillité, laquelle, sans être désagréable, était étrange.

    Aucun son ne sortait des briques rouges, caractéristiques de l’agglomération toulousaine, dans cette « Ville Rose ». Il n’y avait aucun écho d’aucun son : tout devenait silencieux, jusqu’à être vide. Comme si on avait retiré toute substance circulant dans les veines et artères de la ville, substance nécessaire à la vie urbaine. Tout semblait être plongé dans un coma creux et artificiel. Peu à peu, le calme inhabituel fit perdre son calme habituel au jeune homme, qui commençait à angoisser. Ce manque de bruit était fort incommodant : ayant passé toute sa vie en ville, il ne connaissait pas le silence. Son sommeil était perturbé par le bruit des trains, ses jours par l’incessant murmure de l’urbanisme. Et à ses oreilles, le silence lui apparaissait comme étant la pire des mélodies. Son baladeur aurait détruit ce lourd nuage de vide en un instant, mais il n’osait pas rompre cette pesanteur qui le happait.

    Finalement, l’autobus arriva, brisant le mur de silence d’une manière si brusque que l’adolescent eût peur. Le car s’arrêta juste devant lui, et les doubles portes à l’avant s’ouvrirent dans un rassurant chuintement, comme si elles possédaient leur propre conscience, comme si elles voulaient communiquer avec l’extérieur. Il replaça sur son dos son petit sac de classe, chargé de cahiers, de stylos, et, d’un mouvement théâtral, grimpa le triolet de marches avant d’arriver dans le bus, saluant le conducteur amicalement. Ayant oublié chez lui sa carte de bus prépayée, il fut contraint de sortir son portefeuille, d’y saisir quelques pièces et d’obtenir un petit ticket orange. En franchissant cette porte, il eût la bizarre impression d’entrer dans un autre monde, dans une autre dimension. Comme si une force supérieure l’avait entraîné de force dans un univers inconnu. Ici commence mon récit. Ici commence un voyage vers quelque chose d’abstrait. Allégorie.

Le Conducteur :Jeune homme, de vous voir je suis réjouis.Je doutais de la présence d’hommes ici.Personne dans les rues, personne dans le bus.Mais là, détruit mon raisonnement vous eusses.
Le Jeune Homme :J’ai moi aussi constaté cette étrange absenceQui, vraiment, m’effraye, couplée à ce silence.La ville, qui d’habitude regorge de sonEst en ce moment aussi froide qu’un glaçon.
Le Conducteur :Je ne vous le fait point dire, mais montez donc.Prenez vos aises, et faites attention.Vous pouvez vous asseoir où vous voulez.Car le voyage va bientôt commencer.
Le Jeune Homme :Vous parler me sied, aussi vais-je m’asseoirJuste à vos côtés, que nous puissions nous voir.
Le Conducteur :Mais au fait, où allez vous ainsi, Monsieur ?Pour un chauffeur, avoir un but est mieux !
Le Jeune Homme :Une question à laquelle je ne puis répondre…Ma foi…M’amèneriez-vous à Londres ?
Le Conducteur :C’est impossible : un bus ne roule pas sur l’eau.Mais c’est vrai qu’il s’agit d’un endroit plutôt beau.
Le Jeune Homme :Bon…Alors…Me conduiriez-vous en Suède ?Une région en tout cas bien loin d’être laide !
Le Conducteur :C’est mon jour de bonté, je ne vous fais payer.Vous êtes chanceux, mon seul client de la journée !Allez, je mets le contact : démarre donc !Le bruit de ce moteur n’est pas quelconque…
Le Jeune Homme :Nous ne serons dérangés par les pingouins.N’est-ce tout de même pas un peu loin ?
Le Conducteur :Non, absolument pas. Si le temps s’est stoppé…Je peux vous amener où vous le désirez.Mais si vous continuez les rimes pourries…C’est dur, mais allez, faites plus d’efforts, merci.Sinon, je vous fais descendre immédiatement.Mais je sais que ce n’est pas du tout évident.
Le Jeune Homme :Oui, désolé…Ah ! Je crois bien que nous partons !D’ailleurs, c’est étrange, ce dialogue, non ?Je n’ai jamais usé de ces alexandrins,Et voilà que je les parle avec entrain.
Le Conducteur :Oui, c’est une particularité de ce car :Il donne aux passagers ce fantasque pouvoir.Mais alors pourquoi, je n’en sais fichtre rien.Enfin, ce qui en résulte est plutôt bien.
Le Jeune Homme :N’est-ce pas simplement une erreur technique ? Ce don, je le trouve à vrai dire fort peu pratique.
Le Conducteur :Vous savez, c’est comme tout, on s’y habitue…
Mais ! Dites-moi, je ne vois personne dans la rue !
Le Jeune Homme :C’est trop étrange, à la station Jean Jaurès…Je jurerais que la réalité s’affaisse.

Le Conducteur :Grand bien leur fasse, mais nous, nous avons un but !Laissez ici votre esprit, tout ce que vous fûtes.Nous partons tout droit, direction la Suède.Que personne nous arrête ou nous vienne en aide !
Le Jeune Homme :Quelles sont ces fleurs roses, là-bas, sur cet arbre ?C’est une image qui ne me laisse de marbre.Ces champs, ces fleurs géantes qui semblent être mille ?Dire qu’il y avait tout ça, autour de la ville !Le plus aberrant ? Je n’en suis jamais sorti…J’aurais pu rater toutes ces choses si jolies…Mais vous et votre bus êtes venus me chercher.Comment puis-je simplement vous remercier ?Je découvre toutes ces choses grâce à vous.Vous ne me prenez rien, vous me donnez tout.Alors, une telle chose est encore possible ?Le réel, la magie deviennent miscibles.Et voilà que, selon mon gré, vous m’emmenez,Pour aller en Suède vous vous démenez !


    Ils roulèrent. Pas longtemps. Mais ils roulèrent.

    Ainsi arrivèrent-ils à destination.



TERMINUS : EN SUEDE…
Qu'il est loin mon pays, qu'il est loin
Parfois au fond de moi se ranime
L'eau verte du canal du Midi
Et la brique rouge des Minimes

Ô mon pays, ô Toulouse, ô Toulouse

    La neige, comme on pouvait s’y attendre, était omniprésente. L’air était froid sans être vraiment mordant. Le jeune homme était descendu du bus peu après leur arrivée en Suède, quelque part dans la campagne, sur une falaise, avec vue sur la mer. Le dessin des côtes et des littoraux était énormément aléatoire, tellement que c’en devenait impressionnant. Le soleil berçait le tout irréellement, et le paysage n’en devenait que plus fantasmagorique. C’est devant cet inquiétant panorama que s’assit l’adolescent.

    Le conducteur le rejoint peu de temps plus tard, après s’être réveillé. La route avait été longue, forcément, mais pas aussi longue que ce à quoi il s’attendait : ils avaient roulé sept heures…Ce qui semblait improbable, sachant que c’était à peu près le temps qu’il fallait pour se rendre de Toulouse à Paris en bus…Mais ils étaient en Suède, là où son jeune client voulait être. Le gosse avait tenu la conversation pendant tout le trajet, et rien qu’en alexandrins : une performance qui n’était aisée, même avec la faculté transmise par le bus. Le conducteur s’assit à côté du garçon, en pensant qu’il devrait bientôt laisser le car à la compagnie, histoire de passer un peu de temps chez lui.

    « Je peux te poser une question indiscrète, n’est-ce pas ?

    - Oui…Enfin, ça dépend du degré d’indiscrétion de la question, bien entendu.

    - Evidemment. Mais je ne pense pas qu’elle soit extrêmement dérangeante.

    - Et bien, dites toujours : mais je me donne le droit de ne pas répondre.

    - D’accord. Et si je te disais que la question n’est pas indiscrète ?

    - Vous ne feriez que mentir, puisque vous avez déjà dit qu’elle était indiscrète.

    - Ouais, d’accord. Bon, venons-en au fait, veux-tu ?

    - J’attends votre question.

    - Elle vient.

    - J’attends toujours !

    - Elle est presque arrivée…La voilà.

    - Enfin, j’ai failli attendre. Oh, un doux euphémisme !

    - Où ça ?

    - Pff…Posez votre question, ça ira mieux.

    - Très bien. »

    Il connaissait la question, il ne pouvait y avoir qu’une seule question, qui fût posée.

    « Pourquoi la Suède ? Pourquoi pas la Norvège ? Ou la Finlande (c’aurait été plus court, remarque) ? Ou pourquoi pas l’Allemagne ? La Tchécoslovaquie ?

    - J’ai quelque chose à faire de très particulier en Suède. »

    Evidemment. C’était imminent.

    Le jeune homme se leva, et prononça encore quelques mots : « Vous savez ce que j’ai à y faire ». Bien entendu, le conducteur savait, mais c’était un savoir étrange. Comme si quelque chose d’impérieux, quelque chose de supérieur, le lui avait dit. Il s’était donc préparé à cet acte. Aussi allait-il laisser faire le temps, le destin (où quoi que ce soit qui pût caractériser un acte d’un tel poids).

     Encore quelques regards jetés, perdus, entre leurs visages, vers l’eau Suédoise, devant cet écrasant soleil, face à ces falaises défoncées. Ils marchèrent vers le bord de la falaise sur laquelle ils se trouvaient. Le conducteur se pencha, les mains dans les poches, se disant que tout de même, il y avait de la hauteur.

    « Je ne peux pas te pousser, cependant. C’est ta décision, c’est à toi de l’appliquer. »

    Il savait déjà tout ça, mais entendre une dernière fois la voix de l’autre le rassura.

    « J’ai des problèmes, vous savez. J’ai vu des choses, j’en sais d’autre, et à partir de tout ça, je constitue ma décision. Mais je ne vois pas ça comme une fin. Plutôt simplement comme une fatalité, une redondance dans les vies. Quelque chose que je devrai accomplir de toute façon. Donc n’ayez aucun remord ! Ce voyage fût très sympathique, mais maintenant, vous devez me laisser. »

    Il n’avait pas de remords. Il n’avait pas de remords. Il se retourna et repartit dans le bus. Il regarda encore la mer, bleue, brisée, son écume et ses reflets. Il monta et s’assit. Il prit encore une inspiration. Il expira une fois. Il sauta. Il partit. Il était dès à présent le dernier homme sur Terre. Il ne le savait pas.

    « Je le sais déjà, tout ça. Une redondance des vies. De mes vies. Un devoir, un automatisme ».
    Le mot juste aurait été : une bombe à retardement.

RETOUR : SUEDE, TOULOUSE.

Aujourd'hui, tes buildings grimpent haut
A Blagnac, tes avions ronflent gros
Si l'un me ramène sur cette ville
Pourrai-je encore y revoir ma pincée de tuiles ?

Ô mon pays, ô Toulouse, ô Toulouse

Le Conducteur :Rassure-moi, ce manège était nécessaire ?J'ai plutôt l'impression que l'effet est contraire.Que les choses ne se passent pas comme prévu.Le patron sera mécontent de ma bévue.Le gosse ne doit pas sauter, m'avait-il dit.Et moi, qu'ais-je fait ? Rien, et il est partit.Le Bus :Cesse donc de te morfondre dans ton échec.C'est la vie, ça doit se passer comme ça, mec.T'as pas perdu, tu as accompli ton devoir.Alors relève-toi, gars, au lieu de choir.Tu as réussi ta mission, et c'est bien.Maintenant, gros, à Toulouse tu reviens.
Le Conducteur :Et bien, si je n'ai pas ton attention,Je te quitte et je passe en introspection.
    Il savait, il savait que c'était un devoir. Lui et l'autre, deux seuls êtres humains d'une Terre qui en était mystérieusement dépourvue, devait toujours répéter les mêmes gestes. C'était, plus qu'un devoir, un fardeau : ils ne se rapellaient jamais de leurs précédentes actions. Comme si quelqu'un avait fait tourner indéfiniment une vidéo. Il savait, il savait que c'était un devoir C'était dérangeant, car ils devaient perpétuellement se questionner sur leur existence, sur ce qu'ils savaient et sur ce qu'ils ne savaient pas. Ils se posaient toujours les mêmes questions ; et dès qu'ils avaient les réponses, elles disparaissaient comme par magie. Et c'était simplement reparti pour un tour, sans commentaires.
    Ainsi, il conduisait le bus jusqu'à Toulouse, contre son gré. Ils n'étaient pas réstés très longtemps en Suède, mais ils n'auraient de toute évidence pas pu rester plus longtemps. Parce que le temps jouait contre eux, bien qu'ils en soient évincés. Ils étaient hors du temps, un temps qui filait douceuresement dans une sorte d'énorme sablier rempli d'âmes, un sablier dont les grains étaient autant de vies de toutes sortes.
    En pensant à tout cela, il ne quittait pas la route des yeux un seul instant. Sa formation de chauffeur en avait fait un pilote émérite, exemplaire. Le bus ne devait pas quitter la route, c'était une des clauses expresses de ce contrat qu'il n'avait jamais signé. Il devait ramener le bus en un seul et unique morceau pour que le cycle puisse continuer. Et plus le cycle continuait, plus leurs chances de sortie de cet enfer étaient importantes : il y croyait, et c'était son unique espoir. Son unique espoir...Espoir...Un mot qu'il n'avait pas entendu depuis très longtemps.
    Ils réarrivèrent très rapidement – trop rapidement – dans la Ville Rose. Les rues, les chemins, les avenues étaient encore une fois vide, et encore une fois, il eût ce petit pincement au ventre, se disant que son trajet touchait à sa fin, et que ce n'était pas la première fois. Le patron allait-il les laisser sortir de ce cercle vicieux, ou repartiraient-ils vers la Suède, encore une fois, deux fois, trois fois, quinze fois ? La deuxième solution était la plus vraisemblable, compte tenu des circonstances. Pour avoir une chance de sortir, ils aurait dû accomplir leur travail mieux. Pour voir le bout du tunnel, ils aurait dû rester plus longtemps en Suède. Pour sortir du sablier, ils auraient même mieux fait d'y rester, c'était encore une fois une éphémère évidence, qui disparaîtrait à peine son pied serait posé au sol.


Le Bus :Et bien voilà, nous y sommes, tu y es.Tu peux maintenant descendre et tout oublier.

TERMINUS : A TOULOUSE...
 Un torrent de cailloux roule dans ton accent
Ta violence bouillone jusque dans tes violettes
On se traite de con à peine qu'on se traite
Il y a de l'orage dans l'air et pourtant

L'église Saint-Sernin illumine le soir
Une fleur de corail que le soleil arrose
C'est peut-être pour ça malgré ton rouge et noir
C'est peut-être pour ça qu'on te dit Ville Rose


    Une redondance des vies. De ses vies.
    Il attendait sur le siège plastique de l'abribus, et il écoutait le silence artificiel, le lent coma, dans lequel était plongé sa ville. Le soleil brillait toujours autant, et il sortit le billet orange de sa poche. Son bus allait bientôt arriver, il allait bientôt le prendre. Il allait bientôt monter. C'était impressionant, cette impression de déjà-vu...Une impression qui le prenait parfois, mais jamais d'une manière aussi forte ou puissante. Il avait l'impression d'être monté dans ce bus déjà des centaines, des milliers de fois. D'avoir combattu l'écoulement du temps en tentant de le fuir, et en s'isolant dans une bulle ou il n'existait plus du tout.
    Un monde totalement artificiel l'attendait. Un monde dans lequel, pour aller de Toulouse jusqu'en Suède, il lui fallait moins de dix heures. Un monde qui n'existait nul part, et qui, en même temps, était très ancré dans la réalité. Qu'était la réalité, après tout ? Seulement un concept abstrait de plus. Allégorie.
    Il connaissait la personne qui allait descendre du bus, il le savait, mais peu à peu, au fil des secondes irréeles, il l'oublait. Sa mémoire se vidait, comme celle d'un ordinateur ayant fait une surchauffe...

    Et les visages apparaissaient de plus en plus flou.
    Et la chaleur se faisait de plus en plus forte.
    Et le pouls de la ville s'entendait de plus en plus faiblement.
    Et le silence occupait de plus et plus d'espace.
    Et le temps reculait de plus en plus vite.


    Il monta dans le bus.
    Assit sur le siège du conducteur, celui qu'il connaissait des milliers de fois, celui dont le visage d'escamotait toujours. Le Jeune Homme l'attendait patiemment, derrière son volant. Il lui sourit. Qui était cet homme ? Qui...Tout s'embuait, jusqu'à devenir indéfinissable. Tout était gris.
    Il tomba dans cet océan d'inquiétude, dans cet océan d'incertitudes. Et il s'y noya, volontairement, pour échapper à la réalité, encore une fois.


Le Jeune Homme :Jeune homme, de vous voir je suis réjouis.Je doutais de la présence d’hommes ici.Personne dans les rues, personne dans le bus.
Mais là, détruit mon raisonnement vous eusses.

Une redondance des vies. De mes vies.

Cantore :Plaudite.


    Voilà, j'espère honnêtement que le texte vous a plu. Si oui, si non, postez un commentaire : marchant sur des terres qui m'étaient encore inconnues il y a peu de temps, j'aimerais savoir si j'ai mené ma "mission" à bien (et si oui, comment).

     Vous l'aurez probablement deviné, pour moi, le plus long a été l'écriture des alexandrins. Ils respectent les règles principales du théâtre classique (je pense), et c'est voulu...Théoriquement, je ne devrais pas avoir fait d'erreurs de métrique. Le "Cantore : Plaudite", est simplement une petite promesse que j'avais fait à un ami après un cours de latin sur le théâtre...Quand le théâtre antique rejoint le théâtre classique qui se transforme en réfléxions diverses et en prose, ça donne ce texte.

    Ce texte était l'élément central de la trilogie Hors, et je suis en train d'écrire la fin, qui devrait donc paraître dans relativement peu de temps (pendant mes vacances, en tout cas). Ce texte sera lui aussi quelque peu...Expérimental. Encore une fois, je ne dirai rien à propos de cette fin (ou très peu de choses), pour entretenir un petit effet de surprise.

    Oui, je sais, c'est déjà ce que j'ai fait avec ce texte. Enfin...Je pense...

StocKo.


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