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« Se mirant monomaniaque » — L'Encrier
Vous êtes ici => Accueil > Liste des histoires > « Se mirant monomaniaque », par fanofher - - - - Chapitre unique
L'histoire Ce chapitre
Publié : le 11/04/2008 à 17h54 - Mise à jour : le 11/04/2008 à 17h54 - Commentaire(s) : 1 - Lecture(s) : 430 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 941 - Complet : oui - AMR : Tous publics - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 Publié : le 11/04/2008 à 17h54 - Modifié : le 18/04/2008 à 13h08 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 436 - Mots : 941

Se mirant monomaniaque

Résumé : Pas de résumé.

Lisez à votre propre péril.

Bader n’était pas un monomaniaque comme les autres : il l’était devenu (monomaniaque je veux dire) intentionnellement, de son gré, de plein cœur. Pourquoi ne pas l’être ? D’une les cyclothymiques avaient un atout en sus : le facteur génétique jouait un rôle prépondérant dans la transmission de la maladie morbide et héréditaire. Et il compensa ce manque dans le génome par une volonté de son propre psychê. Assez ridicule me diriez-vous… De deux, ce fameux Monsieur Bader avait été un peu trop mariné dans la philosophie kantienne, quand même il n’en lut que deux textes. C’est que Kant répétait des valeurs universelles que le monomaniaque avait eu l’occasion d’aborder à un âge très précoce. Mais quelle était sa manie ?

La mère de son ami l’a maintes fois traité d’autiste. Lui qui rangeait son bureau à l’aide d’une pipette graduée méritait bien ce nom. Et disait-il alors – fièrement – qu’il était unique, un « fief du Soleil », car tout le monde n’était pas autiste. Et à en vouloir à ses pairs qui ont connu ce privilège avant lui… J’en suis fortuitement marri : car ce Bader n’est pas moi.

Bader était trompeur : subséquemment rien de ses propos n’était à considérer sans analyse assidue au préalable. Il était pur… pur vice. Il était charmant il est vrai, mais trompait les désirs farfelus de sa conjointe en ne dépassant point le stade de la parole. Soit on le haïssait, soit alors on lui offrait un amour exacerbé, auquel cas il poursuivait obstinément ceux qui l’ont rejeté (pourquoi – se dit-il – ne m’aiment-ils pas ?) et rejetait ceux qui le convoitaient. Pourquoi pas « poursuivaient » ? Parce que Bader anticipe le fait que vous ayez noté une symétrie centrale, un parallélisme, et Bader est trompeur. Auriez-vous discerné d’autres jeux de mots ? Ravi de vous avoir tourneboulé.

Sa vraie (?) manie dépassait l’entendement humain. Etait-il bovaryste ? Toutefois, les bovidés l’assimileraient (il a bien réussi à faire l’éloge d’une vache). Point de regard bovin ne m’atteignant, Bader était ravi… au lit (c’est vrai, j’y suis !). On m’a ravi la vie, traîtres, scélérats ! Nulla dies sine linea. Disait-il hier à chère Katalynah (alexandrin) qu’il suckait, pensant l’être sans l’être vraiment. Et elle répondit : « Bienvenue au monde des humains ». C’est qu’il aimait… les yaourts (bon j’arrête, cela devient trop obsessionnel). Il était humain, et en cela résidait sa manie : le fait humain.

Il dit souvent (c’est la 1ère fois) que ce qu’il partageait, avec lui-même, était tel qu’il le détenait, et ne pouvait le transmettre, ne voulait le transmettre de peur de peiner, voire décatir ses interlocuteurs. « On m’a affligé un cœur et un cerveau » affirmait-il, dans cet endécasyllabe, ce parfait manqué, cet alexandrin défraîchi, rétréci, bon j’arrête. C’est qu’en se mirant, dans le miroir, il ne se reconnaissait pas tout le temps. Mirifique. Que mirifique… Bader a des éléphants rouges, et à vous de décortiquer ci-suit, et ci-précède !

Était-il monomaniaque ? Peut-être bien que si. On le vantait démesurément, enfant prodige, mais on l’enviait d’un très mauvais œil. Avait-il le désir tenace et insurmontable d’exceller à tout prix ? Oui, prétendent-ils, non affirmé-je, car je connais Bader et Bader est modeste. La modestie est-elle sa monomanie ? Mais non : n’a-t-il pas ultérieurement précisé qu’il est atteint d’un mal communément appelé « appartenance à l’humanité » ? Si mais : « Bader était trompeur ». C’est exactement ce dualisme qui rend Bader monomaniaque. Ce n’est pas fini.

Il est pieux, et cette spiritualité est dans notre cas un indice flagrant de sa vilenie dissimulée. Il se prétend modeste mais entreprend une autobiographie, et pis encore, à finalité lucrative. Sales fadaises… que votre gueule ose décréter. Je vous exècre… C’est une lutte constante avec soi-même, un périlleux périple initié par l’affirmation : « Je suis Bader » et se cernant sur la mort de l’un des deux belluaires (ou fauves selon le point de vue de chacun des deux belligérants) : le « Je » ou l’ego, ou Bader. Car Bader n’est pas moi, et je ne mens point puisque j’en suis convaincu. On peut m’accuser de tout sauf le mensonge : c’est insane.

À part le fait insalubre qui m’ôtât le simple de la perfection pour me transposer dans du charnel (et non pas charnu) quelque peu vaseux, je me sens contraint d’exhumer un douloureux vestige de ma vie de monomaniaque : j’aime… les sushis. Non non, j’adore… les sushis. Enfin bon, une stupeur suave. J’aime écrire, à propos de ce mal inhérent à l’homme (et la femme) justement pour ressentir le délice sadique qu’il engendrerait.

Je disais donc que Bader a dit : « Elle ne comprend toujours pas que je me sens débile en sa présence, que mes forces me trahissent à sa vue, que ses paroles font échouer mon cœur dans un gouffre non sans fin. Je tremble et palpite du cœur, espérant que l’impact de la chute quand tout sera fini ne me sera pas fatal. Ah si j’avais un empire sur mes sentiments ! L’amour obsédant est comme un chant doux à ouïr quand même il empêche toute réflexion rationnelle. L’amour est un mal qu’on accepte, un véritable tourment. [12:16:37 ; 15/02/08] Amen. Bader est poète.

Maintes nuits a-t-il passées à essayer de récurer ce quidam ! On lui avait dit que la personne en question n’était pas bonne, mais il était hébété. On lui reprochait de perdre futilement son temps à tenter – vainement ! Mais Dieu le Bienveillant le réconfortait. Vous dites que par cette poursuite du Bon, que par cette volonté de trouver le Bon où il y est et de le semer ailleurs je suis monomaniaque ? Bader n’était pas un monomaniaque comme les autres : il l’était devenu intentionnellement.



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