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« Retour aux racines » — L'Encrier
Vous êtes ici => Accueil > Liste des histoires > « Retour aux racines », par gunter - - - - Chapitre unique
L'histoire Ce chapitre
Publié : le 17/04/2008 à 11h03 - Mise à jour : le 17/04/2008 à 11h03 - Commentaire(s) : 1 - Lecture(s) : 225 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 2471 - Complet : oui - AMR : Tous publics - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 Publié : le 17/04/2008 à 11h03 - Modifié : jamais - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 225 - Mots : 2471

Retour aux racines

Résumé : Histoire écrite pour le concours de l'encrier sur la monomanie.
La 'folie' de mon personnage n'est pas le sujet principal, je n'ai pas pu retenir ma propre monomanie portant sur la science-fiction.

Elle était si belle, si envoûtante. Je ne pouvais m’arracher à la contemplation de son teint si frais, si plein de vie. D’une caresse délicate, j’effleurai ses souples courbes, lui chuchotant de douces et apaisantes paroles. Si irrésistible… Je ne pus me retenir de déposer un baiser sur sa peau satinée.

Tirant sur le tube de ma gourde incorporée, je lui versai quelques gouttes  pour étancher sa soif. L’eau était un liquide précieux dans la base, aussi fallait-il l’utiliser avec parcimonie. Ce milieu dans lequel nous travaillions n’était que sécheresse pour ces pauvres plantes que je maintenais en vie. Elles survivaient d’un précaire équilibre dans cet environnement qui ne voulait pas d’elles …

 C’était bien injuste que la nature ait fait ces êtres si fragiles. Tant de facteurs étaient à rassembler. La bonne terre riche en nutriments, c’était ce qui m’avait donné le plus de mal. L’eau était relativement accessible, et le Soleil nous inondait d’abondance de ses rayons.

Du bout de la langue, je gouttai le terreau de ma plante préférée pour en apprécier la composition.  Il s’agissait d’un lierre dégoulinant magnifiquement le long de mon plan de travail. Il m’avait fallu retirer quelques outils d’entretien pour lui faire une place. Sans lui, mon quotidien séquestré dans mon étroit et inconfortable siège se serait révélé sous sa réelle atrocité. Mais où que je me trouvasse, tant qu’une touche de verdure me suivît, la vie m’apparaissait d’une resplendissante beauté.

-       Eh l’brocoli !

J’allais avoir droit à une nouvelle remontrance de mon chef.

-       Tu crois qu’on te paye pour jouer avec ces absurdes plantes !? Tu as beau être un foutu fils à papa, ça ne t’autorise pas à tirer au flanc !

Je remballai précipitamment mes engrais et mes graines dans mes poches. J’avais bien assez passé de temps à leur réalisation pour que ce glacial ignorant vînt tout gâcher.

-       Quel primitif tu fais à côté de ton père. Il participe à notre bien commun, et toi, regardes toi ! Tout juste bon à entretenir cette pourriture brune d’humus… Ne t’avise pas de m’approcher de trop près, je t’ai vu en manger à l’instant. Quel fou sauvage …

Ne me laissant rien répliquer, il s’en alla. Sûrement voir mon père pour lui rappeler quelle tare j’étais pour la société.

Puisqu’il le fallait, j’allais le faire son stupide travail !

De petites inclinaisons des joysticks de contrôle, je me saisis d’un caisson de plusieurs tonnes grâce aux pinces de mon robot de chargement. Ils étaient bien contents de trouver des primitifs comme moi pour conduire de tels tas de boulons ! Où était la vie dans cet exosquelette métallique immense et froid ?

Sanglé de pied en cap, je n’avais qu’à esquisser un geste pour que l’armature d’acier me suivît dans mon mouvement.

J’allai poser mon conteneur près de la baie vitrée 6-A3. Au moins la vue permettait-elle de s’évader quelque peu de ce quotidien aseptisé et austère. La station spatiale où je travaillais se trouvait en orbite jovienne et les courants de la planète gazeuse géante valaient le coup d’œil. Mais la surface de Jupiter étant ce qu’elle était, nous ne pouvions que la contempler ou l’explorer au moyen de sondes blindées. Nous autres pauvres et fragiles êtres humains devions rester à croupir dans notre boîte de conserve circulaire pour que nos éminents scientifiques –dont mon père faisait parti – pussent réaliser leurs expériences dans les conditions particulières que fournissait Jupiter. Certains prétendaient même que des formes de vie évoluaient dans les profondeurs écrasantes du monstre gazeux. Peut-être était-ce là le vrai but des missions d’exploration jovienne.

Le voyant lumineux des livraisons venait de s’allumer. Si je ne débarrassais pas au plus vite le hangar de réception de ces marchandises, ma peine ne se limiterait pas à une simple réprimande de mon paternel. Il pourrait détruire mes plantations, mes graines, mes réserves de compost ou bien pire : m’interdire l’accès à son laboratoire. C’était ici que je faisais revenir à la vie les végétaux qui avaient jadis recouvert la Terre. Sur tous les mondes habitables, plus un ne subsistait. C’était un mode de production de dioxygène bien trop primitif. Ah, voila bien leur terme favori : primitif ! Mais sans les plantes, qu’aurait été l’espèce humaine !? Tout était désormais produit par les machines. L’air que nous respirions comme la nourriture que nous ingurgitions. Ce que produisait la nature était bien trop hasardeux, trop archaïque, et j’étais ce passé trop inconditionné qu’ils voulaient oublier.

Les molécules des aliments étaient reconstituées sans toutes les imperfections que pouvait glisser la nature dans ses créations. Pas d’os, pas de nerf. Des taux de lipides, glucides, protéines et vitamines contrôlés et conformes aux besoins supposés de la machine humaine. Une mécanique parfaitement huilée qui n’autorisait aucun écart.

Les plantes elles au moins répondaient à un certain hasard de la nature. Se développant souvent dans des conditions et des directions bien loin de la logique humaine étriquée.

Je hâtai le pas de mon robot chargeur bien déterminé à vider le hangar des conteneurs fraîchement livrés avec de l’avance. Pour que les prochaines navettes interplanétaires pussent embarquer et débarquer sans embouteillage, ce genre d’opération devait être promptement réalisées. Mais bien plus important que ce simple trafic spatial, le devenir de mes chères plantes dépendait de mon efficacité.

Alors que je traversais un sas, j’actionnai la fermeture hermétique de mon exo-robot afin de pouvoir pénétrer dans le vide du hangar en toute sécurité. Ma plante et moi nous retrouvions ainsi confiné dans cette vaste combinaison. Descendant d’au dessus de ma tête jusqu’à mes pieds en une cascade verte, elle m’occultait une infime parti du champ de vision, mais en contrepartie sa chlorophylle diffusait du dioxygène. Le seul et unique dioxygène produit de la seule manière qui devrait être, c’est-à-dire par le génie biologique de la nature, et non par leurs froides et artificielles machines métalliques.

J’avais sélectionné les variétés les plus productives assainissant même l’air, et par le biais de nombreux croisements, j’en avais accru l’efficacité. Modifier directement le code génétique pour obtenir les résultats attendus aurait été un affront à mère Nature. On ne pouvait pas tricher avec le vivant comme s’efforçaient mon père et ses collègues de le faire.

J’avais déchargé la dernière caisse et m’accordais une pause contemplative devant la vaste ouverture du hangar, d’où les vaisseaux entraient et sortaient. En la seule compagnie du dernier représentant de lierre commun, j’étais face au vide qui séparait la station spatiale de Jupiter, digne et fière géante gazeuse. Ce ne serait pas sur ce genre de sol fluide que je pourrais implanter ma première colonie végétale. La majorité des sols terrestres, vénusiens ou martiens étaient pollués, irradiés ou asséchés. Je l’avais décidé depuis peu, je voulais faire repartir cette vie verdoyante. Ah que j’aurais aimé que la conquête de l’espace ce fût passé comme dans les vieux romans dis de science-fiction où chaque planète était systématiquement terraformée au moyen d’abondantes végétations … Mais le présent était tout autrement plus mécanique qu’organique, et ce passé imaginaire n’était plus qu’une utopie.

Je me libérai un instant de mes sangles brachiales pour retirer quelques feuilles mortes à la base de mon lierre. Je ne pus me retenir de caresser ses souples feuilles au passage.

Une sensation de légèreté m’alerta soudain. Mon estomac mis à mal me révéla qu’elle en était l’origine : la pesanteur avait disparu. Encore une de ces foutues coupure de gravité intempestive ! Prisonnier de ma combinaison robotique, je dérivais déjà lentement hors du hangar. Reglissant aussi vite que possible mes mains dans ses attaches, je ne pus atteindre les commandes des bras mécanique à temps. Toute chance de me retenir à la structure de la station pour enrailler ma dérive semblait perdue. Les sangles et barres de sécurité étaient hors de portée. Toute coupure de gravité s’accompagnait par la force des choses d’une coupure de courant, je ne pouvais contacter personne par radio. Un vaisseau passant dans les parages pourrait toujours capter mon appel.

-       Mayday , mayday ! Ici Sylvain Euphyton dans exo-robot dérivant près de la porte 6-B5. Besoin de remorquage !

Un tas de petits problèmes était bien souvent à régler lors des coupures de courants. J’espérais qu’on ne m’oublie pas.

Je renouvelai mon appel de détresse, mais seul le silence me répondit.

J’avais contrevenu à diverses mesures de sécurité en m’approchant si près de l’ouverture du hangar, ainsi qu’en retirant mes bras de ces systèmes de commande. Mais si les installations électriques et gravitiques étaient de meilleure qualité, rien de tout ceci ne se serait produit.

J’actionnai mes mini-réacteurs – tout juste assez puissant pour me faire effectuer des rotations – plaçant ma plante sous les rayons du Soleil.

Tournant la tête, je jetai un œil aux lumières vacillantes de la station orbitale qui tentait de rétablir son courant. Probablement encore un de ces éclats de météorite mal intercepté par nos canons automatiques. Elles avaient bon dos ces météorites !

Je lançai un nouvel appel, n’attendant plus réellement de réponse. À quoi bon se débattre inutilement dans le vide, s’ils devaient venir me chercher, ils le feraient. M’agiter ne ferait qu’accroître mes tourments intérieurs.

Préférant profiter du calme et de la légèreté de l’espace, je fermai les yeux, saluant du regard la surface lointaine de Jupiter. J’étais avec ma moitié végétale, qu’avais-je besoin d’autre.

 

-       …m’entends ? Sylvain, allo, tu m’entends ? Réponds !

Cet appel m’avait tiré de mon sommeil. Je connaissais bien cette voix, même déformée par radio.

-       Oui, je suis là Papa.

Je n’étais plus très loin de l’atmosphère jovienne. Sa surface était là, toute proche sous mon nez. Je croyais pouvoir la toucher en tendant la main. Les dimensions de Jupiter étaient si monstrueuses.

-       Ah enfin ! Nous n’avons perçu tes appels que tard avec ces coupures diverses, et le temps qu’on te localise … Mais tu vas bien ?

-       Aussi bien que n’importe qui au réveil … Vous comptez venir me récupérer ?

Un instant d’hésitation silencieuse de sa part plus qu’éloquent.

-       Tu as longtemps dérivé. Tu vas pénétrer dans les nuages de gaz jovien d’ici quelques minutes, voir secondes.

-       Ah, bien …

Je ne savais que répondre d’autre.

-       Mais sache que si tu ne t’étais pas entêté avec ces plantes … ! Devine ce qui a causé la coupure de gravité ! Des mousses se sont développées sur les circuits de refroidissement de la pile nucléaire, entraînant une surchauffe et donc la coupure générale de l’électricité et du système de gravité ! On a retrouvé tout un tas de mousses et lichens dans les gaines d’aération. Tes foutues expériences ont causé une belle pollution végétale dans la station ! Purger tout cet air ne va pas être une mince affaire et …

-       Je vois que ma mort n’attristera pas grand monde, coupai-je, las.

De la friture vint ponctuer la fin de ma phrase.

-       Tu n’y es pas, tout ceci aurait pu être évité. Si seulement tu avais … enfin c’est du passé à présent. Mais je … je tenais à ce que tu saches. Je suis désolé, et je …

Les grésillements revinrent à la charge, couvrant tout le reste. La proximité grandissante de Jupiter devait causer des interférences radios.

Désolé m’avait-il dit. Mais de quoi pouvait-il avoir à être désolé puisque c’est moi qui avais causé tout ça indirectement. C’était bien la première fois que je l’entendais prononcer ce mot. Désolé. Probablement désolé de la déchéance de son primitif de fils…

Un mince halo orangé commença à se former autour de mon exo-robot. C’était le début de ma chute libre dans l’atmosphère jovienne. La combinaison que je revêtais, était réputée d’une solidité à toute épreuve. Personne ne les avait poussé jusque là, mais elle pouvait supporter de très fortes pressions et isoler leur occupant jusqu’à des températures extrêmes, aussi bien glaciales que caniculaires. Mais survivre plus longtemps était le cadet de mes soucis, la mort pouvait bien me cueillir sur l’instant, cela m’éviterait des souffrances inutiles.

Ma plante elle aussi allait finir broyée dans les gaz brûlants des profondeurs joviennes. Tous ces efforts pour rien. Ramener tous ces végétaux de l’oubli, seul, pour finir incompris et rejeté, seul. Au moins à l’avenir, des mesures seraient-elles prises pour protéger l’air de la station de toute prolifération végétale inopportune.

Les flammes entourant mon exosquelette métallique s’éteignirent, puis je commençai à traverser des couches nuageuses opaques, variant de l’ocre à l’orangé. Rien de bien surprenant, on nous avait déjà baigné de ces images récoltées par les sondes. Elles n’allaient rarement plus loin, à moins que ce ne fût les transmissions qui étaient bloquées par les interférences magnétiques de la planète.

La visibilité se dégageait. Combien de kilomètres avais-je chuté ainsi.

Loin sous mes pieds, des formes étranges attirèrent mon attention. Affleurant de la surface de nuages, leur aspect éveilla en moi un bonheur inattendu. Ç’aurait été sûrement ainsi que j’aurais imaginé des arbres, ces fameux et gigantesques végétaux que je n’étais pas parvenu à reproduire en laboratoire.

Le regard rivé sur cette étrange forêt, je filais droit vers les nuages qui l’accueillait. La chaleur se faisait maintenant ressentir dans ma combinaison et il me sembla que la pression commençait à comprimer mes membres.

Je voyais les formes que j’avais prises pour des végétaux de plus près maintenant. Il s’agissait plus de sortes de concrétions, probablement à mis chemin entre le gazeux et le solide. J’allais pénétrer dans le nuage ocre, quand une autre forme autrement plus colossale jaillit devant moi.

J’aurais juré qu’il s’agissait d’une tête. Mais je ne pouvais plus rien distinguer dans la purée de pois que je traversais à présent. Je crus discerner une ombre approchant. La luminosité était des plus tenues à cette profondeur. Une longue et large forme vint me percuter. Cela n’avait rien de gazeux. Un petit sifflement suraigu attira mon attention sur la vitre frontale de ma combinaison, le choc avait créé une fissure. Ce fut ma dernière perception avant qu’un monstrueux étau vînt se refermer sur moi.

Un grincement d’os ou de métal, une atroce chaleur, puis une langueur engourdissante noyée d’un voile noir …



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