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- Chapitre unique| L'histoire | Ce chapitre |
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| Publié : le 28/06/2007 à 11h30 - Mise à jour : le 28/06/2007 à 11h30 - Commentaire(s) : 1 - Lecture(s) : 280 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 1878 - Complet : oui - AMR : Tous publics - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 | Publié : le 28/06/2007 à 11h30 - Modifié : jamais - Commentaire(s) : 2 - Lecture(s) : 280 - Mots : 1878 |
La Voie des poètes.
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Résumé : Un petit chemin, un peu égaré, oublié de tous, aimerait que des hommes le parcourent. Mais, pour cela, il faudra bien que notre ami apprenne à se connaître. Comment faire ? Qui pourra aider ce sentier presque effacé ? Certainement pas le vieux chêne qui dort à son entrée. Vous voulez tout savoir ? Alors suivez le petit chemin dans son périple ! |
Il était une fois un petit chemin. Un tout petit chemin qui s’en allait parmi les broussailles. Nul ne le voyait, nul ne l’empruntait. Il s ‘en allait loin des routes vrombissantes, passait au large d’une grande ville qui bourdonnait dans son coin. Ses seuls compagnons étaient les oiseaux du ciel et la nature sauvage. Mais voilà ! Notre petit chemin ne se satisfaisait pas de son sort !
- Pourquoi, disait-il, pourquoi suis-je petit chemin puisque personne ne chemine sur mon cours qui court dans la campagne ? Je ne sers donc à rien, moi que tout le monde ignore et que même le pèlerin ne désire parcourir ?
Dames les étoiles en vinrent à ouïr les gémissements du petit chemin. L’une d’elles, la noble Véga, prit la parole.
- Petit chemin, susurra t’elle en son langage paré de lumière, veux-tu donc te faire battre par les Hommes ?
- Certes non, Dame Véga, je n’aspire pas à devenir une autoroute puante mais, je souhaite, oui je souhaite que quelques hommes viennent me visiter.
- Petit chemin, n’es-tu donc pas heureux en compagnie du vent, du soleil et des cigales ? Le divin parfum des fleurs, la caresse du jour et le chant du rossignol ne suffisent donc pas à bercer ta vie ?
- Dame Véga, reprit le petit chemin, tout cela je l’aime comme il se doit, mais que serai-je de plus si personne n’emprunte un chemin qui est fait pour être parcouru ? A quoi sert-il que j’existe ?
- Cela, ô ami, seul le Grand Tisserand des Jours pourrait te répondre. Mais petit chemin, sais-tu où tu mènes, toi qui prétends conduire les hommes ?
Le petit chemin réfléchit un instant.
- Tu as raison, reprit-il, je ne sais pas. Ce que ma conscience perçoit, c’est que je commence quelque part et que je finis de même, mais tout est vague, tout est noir comme le ciel où tu brilles la nuit. Peux-tu m’aider ?
- Si tu veux accepter Véga comme modeste guide de tes nuits, l’Etoile te soutiendra.
Ainsi fut fait. Ce traité conclu, le petit chemin se mit en route sur son propre cours à la rencontre de son destin, frère cadet de l’Aventure.
Sous la conduite zélée de Véga, il reconnut bien vite l’endroit d’où il s’écartait des routes comme pour se perdre dans les broussailles et disparaître aux yeux du passant peu curieux. Un gros chêne planté là le rendait quasiment invisible ; mieux, cet arbre âgé de plusieurs siècles semblait garder l’entrée jalousement secrète.
Le petit chemin tenta bien d’interpeller ce vieillard branchu mais, pour toute réponse, il ne parvint à obtenir que quelques craquements dans le tronc géant. A moitié léthargique, le dormeur s’étirait dans son sommeil.
- N’insiste pas, susurra Véga, il ne s’éveillera que lorsque tu seras rendu au bout de toi-même.
Alors, joyeusement, le petit chemin s’élança. Les broussailles furent vite traversées, remplacées par un paysage de prairies et de coteaux. L’air sentait bon les fleurs sauvages. Une brise tiède caressait les cailloux du petit chemin. De loin en loin apparaissaient quelques maisons mais le petit chemin les évita soigneusement, encouragé en cela par Véga, sa brillante compagne.
- Ils n’ont qu’à me prendre au début, décréta t’il. Le paysage continua de changer : il restait verdoyant mais, en de nombreux endroits, la roche transperçait le sol et s’élevait brutalement telles de géantes dents prêtes à croquer les nuages. L’endroit était solitaire et une brume pleine de sortilèges se leva entre les masses rocheuses pour mieux se vautrer sur la terre humide. Le silence se fit monolithique, la nature frappée de mutisme ne réagit plus.
C’est alors que le petit chemin traversa une route défoncée dont le tracé incertain se perdait parmi la caillasse. Des carcasses de véhicules démolis achevaient de pourrir sous la corrosion de la brume. Au tour des cadavres métalliques rodaient quelques arbres. Ce n’étaient que des squelettes dont les os tombaient en poudre.
- Ici est le pays des Ombres. Cette route est celle de ceux qui ne savent pas marcher eux-mêmes. Elles sont loin de te connaître, petit chemin, et il leur faudra des ères pour apprendre à nouveau le Soleil. Nombreuses sont les routes bien pavées et bien nivelées qui, partant dans la clarté du jour, n’aboutissent qu’aux ténèbres.
Le petit chemin se hâta à travers les rocailles, presque invisible tant le terrain se faisait accidenté. Ca et là se dressaient les ruines de somptueux palais qui n’étaient plus que putréfaction, mangés par de livides champignons. Une odeur de moisi planait avec la brume.
Un pays où on ne rêve pas ;Un pays où on ne pense pas ;Un pays où on ne chante pas ;Un pays où on ne vit pas. Une armée vêtue de lambeaux d’uniformes, précédée d’une fanfare dont les instruments couinaient, dérisoire symbole d’une gloire oubliée, défilait parmi les pierrailles : elle tournait en rond, perdue à jamais dans une boucle d'insondable vanité.
Pays des Ombres ;Pays des Esclaves ;Pays des Tombes ;Pays de l’Orgueil épuisé ! Le petit chemin ne s’attarda pas et poursuivit sa progression. Bientôt le terrain se fit plus escarpé et c’est en sortant de la brume qu’il se rendit compte qu’il gravissait une montagne. L’humidité sordide avait disparu, remplacée par d’immondes ténèbres. Un observateur aurait deviné, plus qu’il n’aurait vu, la chaîne de montagnes qui constituait à présent le paysage. Une vague clarté semblait émaner du sol mais loin de le rassurer, elle effrayait le petit chemin.
- Quelle est donc cette contrée ?
- C’est le pays de la Solitude, petit chemin. Tu dois amener les hommes dans cet endroit. Vois comme ton tracé devient étroit.
- Je me perds, Véga, dans cette clarté glauque.
- L’Etoile est le guide, le seul vrai guide, répondit Véga énigmatique. Mais ne nous arrêtons pas là, grimpe sur la montagne.
Ce n’était pas une vraie montagne. C’était un volcan dont le cratère ne constituait qu’un lac d’une lave aux chatoyantes couleurs. Une chaleur suffocante en émanait. Rien ne vivait aux abords de la fournaise agitée de courants internes qui la faisait bouillir affreusement.
- Est-ce là l’enfer dont parlent les Hommes, demanda le petit chemin. L’étoile ne répondit pas tout de suite, laissant un silence méditatif s’instaurer.
- L’enfer n’est qu’une image, finit-elle par affirmer. Ce lac de feu n’est pas l’enfer car il n’est pas une punition. C’est une étape, tout comme la solitude. Aurais-tu le courage de traverser ou préfères-tu t’arrêter et préserver tes pierres d’une fonte certaine ?
Le petit chemin ne répondit pas mais s’approcha de la lave en fusion. Les grosses bulles vues depuis le haut du cratère formaient en fait d’énormes vagues qui s’écrasaient sur les rivages d’un océan de feu agité par une monstrueuse tempête. Résolument il descendit dans le magma rugissant, sans réfléchir, et sans même qu’il s’en rendît compte il se retrouva de l’autre côté, loin du feu, loin du volcan et de l’invraisemblable chaleur du lac incandescent.
Devant lui un bâtiment de dimensions imposantes dressait deux ailes de style pompier séparées par une large entrée sans porte. Il alla tout droit, franchit ce Seuil pour passer sous une sorte de vaste porche fermé par une grille. Celle-ci s’ouvrit, sans un bruit, sur la nuit opaque qui régnait alors. Sur la façade de l’édifice, l’inscription « Prison » apparaissait en relief. Des barreaux aux fenêtres confirmaient l’usage qui était fait des lieux.
- Tu sais, petit chemin, ceux qui passeront partout où tu es passé et qui feront ce que tu as fait, franchiront le seuil de la prison pour renaître au nouveau jour. Maintenant, regarde bien ce qui va se produire.
Tout d’abord il ne se passa rien mais la nuit qui régnait encore en maîtresse ne se faisait plus aussi dense qu’auparavant. Le petit chemin comprit bien vite ce qui avait changé : des étoiles brillaient, la vie renaissait.
A cet instant, un coq chanta quelque part. Et alors… Alors, ami, venu du fond de la Terre, du sein même des Ténèbres, un grand soleil rouge émergea de l’horizon et s’éleva lentement dans le ciel. L’obscurité, dissoute, laissait place à une lumière dorée qui chassa le fantôme de la Nuit. Au loin derrière, tout derrière, le Soleil éclairait le Pays des Brumes dont les vapeurs semblaient des voiles argentés réfléchissant les chauds rayons. Le volcan était toujours là mais la légère fumée blanche qui s’échappait du cône devenait rassurante, jalon de l’épreuve franchie à jamais. La prison de marbre blanc s’était parée de rose. La joie éclata…
Le petit chemin ne s’attarda pas car il ne connaissait point encore la fin. Il vit une immense forêt claire dont les feuillus, loin de s’opposer au passage des rayons de lumière, jouaient avec le soleil pour faire jaillir des étincelles aux nuances infinies qui s’entremêlaient pour exploser et irradier au loin. En vérité les fûts constituant la sylve, les feuilles, les écorces, irradiés par les rayons glorieux du soleil, ne formaient qu’un diamant pur.Et le petit chemin s’enfonça dans ce bois merveilleux, et les arbres fleurissaient, exhalant un ineffable parfum.
Mais, au petit chemin, il manquait encore une chose, cette chose qu’il entendit soudain en contrebas, cette chose qui glougloutait derrière les arbres au feuillage d’or. Il découvrit la petite rivière qui jouait avec les pierres. Et la petite rivière découvrit le petit chemin. Et le petit chemin et la petite rivière enlacèrent leurs cours, qui d’un côté, qui de l’autre, gambadant au sein de la forêt. Ils s’aimèrent et passèrent leurs jours en riant et en saluant la création de leur joie.
Mais point là ne résidait leur destin.
Les arbres finirent par se faire rares, laissant la place à des dunes de sable doré. Derrière les montagnes de sable, ils entendirent un bruit étrange, continu, un bruit qui absorbait tout. Ils découvrirent l’océan, mais aussi leur aboutissement.
- Est-ce là notre destin, dit le petit chemin, devrons nous nous fondre dans cette immensité ? Que deviendront les pèlerins qui parviendront jusqu’ici ? Disparaîtront-ils dans ce néant malgré tout leur courage ?
- Petit chemin, et toi petite rivière, écoutez-moi donc, dit Véga. Si vous savez vous aimer comme jamais nul n’a aimé, si vous devenez Un, n’ayez crainte de l’Océan, car ici ne se tient pas votre ultime devenir.
Alors l’un avec l’autre, le petit chemin aima tant la petite rivière et la petite rivière aima tant le petit chemin, qu’une fusion se produisit et qu’un éclair jaillit dans tout le Cosmos.Alors le petit chemin et la petite rivière, à jamais Un, devinrent le Chemin des Poètes, le chemin constellé d’étoiles vivantes. Ils devinrent, oui ami, ils devinrent la Voie Lactée !
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