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« Aller simple vers l'Origine » — L'Encrier
Vous êtes ici => Accueil > Liste des histoires > « Aller simple vers l'Origine », par Theirn - - - - Chapitre unique
L'histoire Ce chapitre
Publié : le 20/04/2008 à 17h18 - Mise à jour : le 20/04/2008 à 17h18 - Commentaire(s) : 3 - Lecture(s) : 188 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 1688 - Complet : oui - AMR : Tous publics - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 Publié : le 20/04/2008 à 17h18 - Modifié : jamais - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 187 - Mots : 1688

Aller simple vers l'Origine

 - Je t'en supplie, Erwan. Reste. Ne va pas... là-bas.
 - Si, il le faut. Il faut bien que quelqu'un le fasse...!
 - Non ! C'est inutile ! Quel besoin avons-nous d'y retourner ! Aucun !
 - Il le faut.
 - Pourquoi ? Parce qu'ils nous serinent que c'est une nécessité ? Ah ! Il n'y a plus rien, là-bas, c'est vide, c'est mort !
 - Peut-être pas.
 - En si peu de temps ? En deux cents ans, seulement ? Tu crois franchements qu'elle a pu retrouver un équilibre ? Non, c'est impossible.
 - Comment tu le sais ? T'y es jamais allé. Et...
 - C'est pour ce genre de choses que tu dois y aller, oui, je sais. Merci. Ils nous le répètent suffisament pour que je m'en souviennes. Mais j'ai étudié les données, les chiffres. Et je te le dit en tant que scientifique, pas en tant que femme éperdue de toi, pauvre imbécile : c'est impossible que la vie ait réaparu. Impossible.
 - Si tu le dit. Mais...
 - J'accepterais un mais uniquement dans la phrase : « Mais, mon amour, je ne partirai pas, arrête de t'énerver. » Rien d'autre. Mais ce qui me sidère c'est qu'ils n'envoient qu'un seul et unique type ! Qu'un seul et unique pauvre crétin qui se jette dans cette mirobolante occasion pour « donner un boost à ta carrière » !
 - J'aurais...
 - Tu n'auras rien, pauvre imbécile ! Rien, du tout ! Tu ne reviendras jamais de ce voyage-ci ! Jamais ! À ton avis, pourquoi est-ce qu'ils n'envoient qu'une seule personne, hein ? Parce qu'elle n'est pas une grande perte ! C'est tout ! Tout le travail sera fait par des... par des sondes, des robots, qui auraient très pu faire leur travail tous seuls !
 - Mais... s'ils tombent en panne ?
 - Ils ne tomberont pas en panne, point. Des centaines de milliers de sondes ont été envoyées par l'humanité, un pourcentage insignifiant est tombé en panne ! Aucun risque !
 - Et, si...?
 - Ils en enverront d'autres, c'est pas les robots qui leur manquent.
 - Je suis... nécessaire, Aléa. Il... faut que j'y aille.
 - Et bien vas-y, pauvre imbécile ! Soit heureux avec ta fabuleuse origine !
   Elle prend ses affaires et part par la porte, la claquant au passage.
 - Adieu... Aléa. Je t'aimais.
   Il part lui aussi, fermant la porte en douceur.

   Le vaisseau filait, parcourant sans crainte le vide de l'espace, souillant à son échelle sa simple pureté. Il avançait, lentement au regard de la Lumière, vers un but lointain, ignoré à cette distance, mais accessible.
   Cela faisait plusieurs mois maintenant qu'il avait quitté le sol de sa planète, fendant avec bravoure l'air et les nuages, dans le seul but d'atteindre le noir reposant du Vide, de le parcourir vers sont but, vers le début, vers la Première.
   Oui, pour ce vaisseau, ça n'était qu'une chose, ce voyage.
   Un aller simple pour l'Origine.

 - Hors de question. Vous êtes allé trop loin, hors de question que vous quittiez le projet maintenant.
 - Mais... s'il vous plaît...
 - Vous voulez tout abandonner, plaquer la chance de votre vie pour une femme que vous quitterez dans trois mois, après l'avoir engrossée ? Vous savez que le gouvernement encourage les relations courtes.
 - Je sais, mais...
 - Ah ! Vous l'aimez, c'est ça ?
 - Oui.
 - Ah ! Mais c'est quoi, l'amour ? Des hormones, tout au plus, une malheureuse réaction chimique parce qu'elle semble être une bonne reproductrice. Vous êtes un homme civilisé, voyons...
 - Oui, mais...
 - Vous voulez que je vous dise ? L'amour n'est pas. C'est une légende inventée par ces décadents de Terriens pour leurs pratiques... inhumaines. Lier deux personnes à vie ! C'est... inhumain, vous ne trouvez pas ?
 - Si, mais...
 - Il n'y a pas de mais, Erwan. Vous êtes un homme compétent, et vous remplissez les critères pour ce voyage. Et vous, seul. Pas les autres. Je vous laisse le choix : soit vous partez et serez traité en héros à votre retour, soit vous restez et vous serez la risée de l'humanité dans son ensemble ! Et n'espérez pas rester ici.
 - Elle m'a dit -
 - Que vous ne reviendrez pas ? Vous reviendrez, je vous le promet. Et vous serez le héros de cette planète.
 - Je... je continues.

   Le vaisseau poursuivait sa route, droit vers son but, dans le noir de l'espace. Ils traversaient l'univers, de milliers en millions, distances incommensurables, inimaginables.
   À son bord se trouvait bouts de métal, caméras, robot. L'attirail du parfait explorateur, tout bien rangé et étiqueté. Au centre, inconscient de l'extérieur, ignorant de la vitesse à laquelle il évoluait, un humain se cachait dans un sarcophage, à l'abri des assauts du temps. Il vivait au ralentis, engoncé dans cette coque de plastique, dormant.
   Pour cet homme, ce voyage n'était qu'une chose.
   Un aller simple vers l'Origine.

 - Tu es prêt, hein ? Tu as tout sanglé, il n'y a pas de problème ?
 - Oui, et je connais la procédure, c'est la troisième fois que tu me le demande en moins de dix minutes.
 - Oui, bon, je suis stressé, c'est normal, après.
 - M – soixantes minutes.
 - Bon, ça commence. Bonne chance, et reviens vivant !
 - Ouais, bien sûr !
   Il sort, engoncé dans sa combinaison, assuré, marchant vers son destin.
   Après un moment :
 - Il n'y a vraiment aucun problème ? Tout est paré, tout est en place rangé dans le vaisseau, aucun problème ?
 - Oui, il n'y a pas le moindre problème, il décollera dans exactement cinquante-cinq minutes, de la surface de cette lune autour de cette planète, oui, il n'y absolument rien qui puisse faire capoter le lancement.
 - Il n'empêche que je m'inquiète.
 - Et il n'y a pas lieu que tu le fasses. Erwan va s'en sortir, il n'y a pas le moindre problème, je t'assures.
   Ils regardent les écrans, où ils voient le voyageur de l'inconnu, sous différents angles.
   Une seule question : « Y arrivera-t-il ? »

   Le vaisseau approchait de son but, coupant avec nonchalance les orbites de planètes. Il arrivait, ralentissant progressivement, dépassant plusieurs titanesques sphères de gaz, parvenant enfin, après tant de temps d'attente et de voyage, à son but.
   Dans le sarcophage, l'humain se réveillait, petit à petit, sous la gouverne bienveillante d'une quelconque intelligence artificielle.
   Tout cela, pour lui, n'était qu'une chose.
   Un aller simple vers l'Origine.

 - Donc. Tout est en ordre, tout est en place.
 - M – cinq minutes.
 - Il n'y a aucun souci, pas le moindre. Maintenant, il faut que je m'attache.
   Il s'approche du siège renforcé, s'y assied et se sangle.
 - Du calme... Respire...
 - ERWAN !
   Cette voix provenait du fond du vaisseau, sortant directement, sans qu'il ne s'en doute.
 - A... Aléa ? Comment es-tu ici ?
 - Je participe au projet, je te rappelles. Il fallait que je te parle. Je me suis débrouiller pour faire des ultimes vérifications. Je ne suis pas sortie, tout simplement. Je viens avec toi.
   Il se détacha en vitesse, pour lui faire face.
 - Il n'y a qu'un seul siège !
 - Je suis résistante, je survivrais.
 - Le caisson n'est pour qu'une personne !
 - On se serrera.
 - C'est impossible.
 - Rien n'est impossible.
 - C'est vrai.
 - Je t'aime.
 - Moi aussi.
   Ils se regardent, il la caresse.
 - Attention, attention. M – 2 ! Je répète, M – 2 !
 - Vite ! Attache-toi au siège !
 - D'accord.
   Elle s'asseoit sur le siège, et se sangle en vitesse.
 - Tu es prête ?
 - Oui.
 - Moi aussi.
 - 5... 4... 3... 2... 1...
 - Décollage.
 - Et le vaisseau quitta le sol de cette lune, tournant autour de cette planète.

   Le vaisseau se préparait à atterir à la surface de la planète, jaune ou noire là où les nuages laissaient le passage. Il fendait l'air, déchaînant les flammes autour de son corps résistant. Il finit par atterir sur une étendue jaune, de manière bancale. Un désert, s'étendant à l'infini.
   L'humain sortit du sarcophage.
   Il le savait bien, pour lui ce ne fut qu'une chose.
   Un aller simple pour l'Origine.
 
*  *  *

 - Bon. On fait quoi, maintenant ?
 - On est dans l'espace, on flotte, on se met tout les deux dans le sarcophage.
 - Le sarcophage est prévu pour une personne.
 - Ça peut marcher.
 - Il ne surviendra pas à nos besoins.
 - Ça doit marcher.
 - Ça ne marchera pas ! Il n'a pas été prévu pour.
 - C'est notre seule solution.
 - Allô, allô ?
 - Oui ?
 - Nous détectons une deuxième personne. Pouvez-vous confirmer ?
 - Non, je suis seul. Il n'y a pas le moindre problème.
 - Très bien.
   Il s'éloigne de la radio, en planant.
 - Aléa.
 - Erwan ?
   Il l'agrippe, et la pousse. L'apesanteur aidant, elle ne peut pas fuir. Il la pousse sans ménagement dans le sarcophage.
 - Erwan ! Non ! Tu n'as pas le droit ! Je te l'interdis ! NON ! NOUS DEVONS VIVRE TOUT LES DEUX ! Lâches-moi !
   Il finit par la lâcher.
   Mais elle en profite vivement, et le pousse sans ménagement dans le sarcophage, qu'elle referme aussitôt.
 - Non ! Ouvres !
 - Tu dois vivre, crétin. Il faut que tu saches que, oui, j'avais raison.
   Ses derniers furent « je t'aime », murmurés dans le silence inaudible du vide.
   Il dormait ; elle mourait.

   Il sort de son sarcophage, légèrement vieilli. Sa première vision est son corps. Celui d'Aléa, reposant là depuis des années. L'oxygène ayant disparu tout ce temps, sa peau n'apparaît que comme parcheminée. Aucun autre changement n'est visible, elle semblerait presque paisible. Sereine, calme.
   Il verse quelques larmes sur une mort survenue il y a des années.
   Il sort du vaisseau, pour ne voir qu'une chose : le désert, infini.
 - Elle avait raison. Elle est morte, pour toujours peut-être. Comme elle...
   Il n'y aura pas de retour.
   Ce n'était qu'un aller simple vers l'Origine, après tout.
   Debout sur cette éte
ndue sableuse, il le savait.
   Il n'était plus que le dernier homme sur Terre, à présent.



© tous droits réservés. Le texte ne peut être reproduit sans le consentement de Theirn

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