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> Chapitre 1 : « Chapitre 1 » - 
| L'histoire | Ce chapitre |
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| Publié : le 24/04/2008 à 10h33 - Mise à jour : le 24/04/2008 à 10h33 - Commentaire(s) : 4 - Lecture(s) : 259 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 1912 - Complet : non - AMR : Tous publics - Favorite de : 1 - Abonnés à l'histoire : 0 | Publié : le 24/04/2008 à 10h33 - Modifié : le 04/05/2008 à 22h26 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 259 - Mots : 1912 |
Un monde à moi seul
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Résumé : Nouvelle écrite dans le cadre dans concours organisé par Theirn. Le personnage est seul dans ce monde, et cherche par divers moyens à vaincre sa solitude. |
Chapitre 1
Combien de temps cela fait-il maintenant ? À force d’habitude, j’ai oublié semble t-il.
Les mêmes gestes chaque matin. Le même train-train abrutissant, obsédant. La même survie journalière contre la solitude. Je me vois hier, quand je pillerai un supermarché, demain, alors que j’étais cloîtré chez moi à relire de vieux romans. Tout se mélange dans ma tête en une infâme bouillie de neurones, focalisés sur le meurtre de ce précieux temps dont le lent écoulement ronge ma santé mentale. Les minutes s’égrainent, comme le sable de ce sournois sablier qui vient se coincer dans les rouages de mon esprit.
La folie me guette. C’est certain. Je dois briser ce quotidien malsain …
Cette mauvaise expérience de laboratoire me hante. Jouer avec le continuum espace-temps n’est certes pas une bonne idée. Je maudis la science et tout ce qui est technologique. L’un des responsables de cette sombre histoire, c’est l’espace. Pour voyager à travers les étoiles, il faut évidemment tricher avec le temps.
Juste retour des choses. On ne plaisante pas avec ce qui nous dépasse. Conséquence, je suis à présent le dernier humain sur Terre, dans cette réalité tout du moins.
Je me décide enfin, ces habitudes n’ont que trop duré.
Je dévalise un magasin de sport en matériel d’escalade en tout genre. Je suis seul en ce monde, personne ne viendra me réclamer quoi que ce soit.
Ce ne sont pas ces statues inertes au regard accusateur qui y pourront quelque chose.
Mais par respect, je prends garde à ne toucher aucune d’elles, ou ces objets quelconque qui ont parfois une influence sur leur environnement.
Et dire qu’elles sont toujours dans leur premier jour …
Je file en bicyclette entre les avenues et les ruelles que je connais mieux que ma poche désormais. C’est ironique, j’ai vécu si longtemps à Paris sans jamais réellement connaître cette ville. Et c’est à présent que je suis abandonné et isolé que je la découvre vraiment. Mais un monde entier pour soi-même est bien trop fade sans personne avec qui le partager.
J’arrive à un bouchon. Sans ralentir, je slalome entre les voitures figées. Cette situation donne au moins l’avantage de ne conduire qu’en regardant devant soi.
Je pose un pied sur l’herbe – les empreintes de mes pieds y seront visibles dans quelques jours, profaner ainsi la nature m’attriste –, lève les yeux vers la tour Eiffel et jette mes cordes, mousquetons et autre baudrier sur le sol.
J’ai toujours aimé l’escalade, pourquoi n’ai-je pas pensé à la grimper avant ? Un peu d’émotion forte me fera du bien.
Il y a évidemment eu des gens près à visiter l’édifice le plus célèbre de la capitale ce matin là. Je dois donc zigzaguer en prêtant attention à n’en toucher aucun pour rejoindre un des pieds de la tour Eiffel.
Je commence mon ascension. Monter seul requiert une technique plus élaborée. Je prends donc mon temps, autant pour savourer la grimpe que pour recouvrer l’assurance de mes gestes. Il faut dire que je n’ai pas pratiqué depuis des années. Depuis l’année de la catastrophe en résumé.
Je me stabilise dans un confort relatif. Je suis presque au premier étage.
Je jette un œil sur la foule massée plus bas. J’ai pourtant pris l’habitude de ne jamais réellement leur prêté attention, sûrement plus pour me protéger moi-même. Les savoir si proches mais pourtant inaccessibles, quelle frustration !
Toute une humanité mise sur pause. Pas que l’humanité en définitive, mais toute la réalité. Tout sauf moi. Bien protégé que j’étais lors de ma dernière expérience. Avais-je seulement pensé à étendre cette protection au reste du monde … ? Mais comment imaginer qu’un simple test de laboratoire puisse engendrer de si désastreuses conséquences à si grande échelle. Mais l’écoulement du temps est un facteur de taille … Bien trop monstrueux pour cet insecte maladroit qu’est l’humanité. Ou plutôt qui était …
Ce matin là, j’étais parti travailler au milieu de la nuit. J’avais senti que j’étais sur le point de toucher quelque chose d’essentiel … Ce fut le cas, mais tout devint incontrôlable.
Pour moi à cet instant, l’écoulement du temps resta le même, mais le reste du monde vit désormais au ralenti. Mes recherches ont au moins donné des résultats précis dignes d’éloges : une minute s’écoule en une de mes journées. Deux mois en une heure. Une année en six heures. Je suis comme bloqué dans une autre dimension.
Eux bien sûr ne se doutent de rien. Je pourrais leur laisser un message, mais toutes mes machines ont bien entendu grillé. Je n’étais pas le seul à travailler sur le projet, mais pour reconstituer le savoir que j’ai accumulé seul, les conditions à réunir, les paramétrages des machines et … Bref, c’est peine perdue, je me suis résigné. Et je ne veux pas déclencher un nouveau désastre temporel qui pourrait être pire cette fois.
J’ai essayé d’entrer en contact avec certains d’entre eux. Grave erreur. Ce que je touche reprend un rythme temporel normal. Mais cela ne s’étend qu’à la zone de contact direct. En profondeur, la matière reste au ralenti.
En d’autres termes, les personnes que j’ai touchées ont eu des pans entiers de leur peau, morts comme lors d’une grave brûlure, ceci en quelques jours de mon temps. Les cellules du corps n’étant pas dans la même phase temporelle, elles sont coupées du reste de l’organisme qui les alimente, et meurent desséchées. Je n’ose imaginer la douleur que doit causer une telle blessure …
C’est grâce à ce phénomène que je parviens à me nourrir. Quelques aliments prennent plus de temps à mâcher, mais tout ce que j’ingère, liquide ou solide, entre immédiatement en contact avec moi et donc s’aligne sur cette même vitesse temporelle.
Je ne sais pas jusqu’où s’est étendue cette distorsion temporelle, mais la rotation de la Terre s’est également ralentie. Il fait encore jour, en ce samedi 20 juin 2048 qui peine à se terminer. Et ironie du sort, le jour suivant sera le solstice d’été, les périodes de jour risquent encore d’être longues. En me basant sur la position du Soleil dans le ciel, et d’après le rythme d’écoulement du temps que j’ai calculé, il devrait être entre 18H et 19H. Cela fait donc un peu plus de 2 ans que je vis ainsi. Seul.
Je continue l’ascension de la tour Eiffel, parviens tout en haut, y accroche un drapeau pirate et redescends. Je suis assez fier de ma piteuse plaisanterie.
C’est la première de mes mauvaises farces. C’est ainsi que j’ai décidé de passer le temps pour les jours à venir.
Les objets que je contamine de ma vitesse temporelle ne transmettent pas ce rythme aux objets avec lesquelles ils entrent ensuite en contact. Cela me donne tout un tas d’idées des plus distrayantes.
Par exemple, je peux dessiner à loisir sur le visage de n’importe quel quidam. Tant que je ne le touche pas directement des doigts, il ne risque rien. Sauf le ridicule. Les réactions sont observables en quelques heures, toutes variées et des plus hilarantes. Le choix des interlocuteurs est important, capital même.
Deux hommes d’affaire enserrés dans leur costume cravate affublé d’organes sexuels sur le front, ou d’injures bien sentis. Deux amoureux prêts à s’embrasser – une denrée particulièrement rare à dénicher – barbouillés de marqueur ou saupoudrés de poivre. Les éternuements déchirants - mais pourtant silencieux - de ces derniers, m’ont toutefois incité à ne plus jouer avec les épices de toute sorte. Je ne suis pas sadique à ce point.
Un simple sac plastique ou un petit carton jeté sur la tête d’un piéton peut déjà beaucoup divertir. Perdre subitement tous ses repères est très déstabilisant. Ma pauvre victime cherche désespérément d’où ce mystérieux objet a pu jaillir, ou qui lui a fait une farce.
Le plus frustrant est de ne pouvoir effectuer de trop grande pression sur ces êtres au ralenti. En effet, une force exercée à ma vitesse serait considérablement amplifiée dans leur réalité. Une telle force leur serait bien souvent fatale, je ne peux prendre ce genre de risque.
C’est dommage. Ce serait un réel plaisir de voir un homme d’affaire dont le pantalon lui tomberait subitement sur les chevilles. Ou bien plus sournois : réaliser le cauchemar de la plupart des demoiselles : se retrouver nue au milieu d’une foule.
Mais je me suis vite lassé des réactions humaines.
J’ai commencé alors à me servir des propriétés de ce monde suspendu dans le temps pour me divertir.
Faire un ricochet sur l’eau figée de la Seine revient à faire glisser un caillou sur de la glace. Quand je casse une vitrine d’une petite pierre, je peux observer pendant de longues minutes les innombrables petits éclats de verre voler dans les airs puis retomber au sol pour se briser de nouveau.
Je me suis construit une mini catapulte au moyen d’une planche de bois et d’un parpaing – heureusement les magasins de bricolage sont ouverts ce jour là – qui me permet d’envoyer de petites briques assez haut dans le ciel, avant de retomber dans le fleuve parisien. Il me faut évidemment recourir à mille précautions pour ne pas toucher directement lesdites briques, en passant par de grandes pinces ou de simples draps que j’enroule autour. Mais quand la brique vient frapper la surface de l’eau, je peux alors observer à loisir les multiples déformations du liquide. J’ai eu toutes les peines du monde à dénicher une barque, et encore plus à la contaminer intégralement de ma vitesse. Avancer sur cette eau figée est des plus complexe, mais la technique a finalement réussi à s’ancrer en moi.
Et de nouveau je suis lassé. Je remets en doute la nécessité de mon existence.
Toutes ces activités sont vides de sens. Du pur amusement. Et si je tentais plutôt de faire passer un message à l’opinion ? Puisque eux me survivront. Autant que mon existence ait marqué les pensées, d’une quelconque façon que ce soit. Mais sera-ce réellement utile ? Qu’importe après tout !
M’en prendre à un quelconque membre du gouvernement est inutile. Un autre du même acabit le remplacera.
Un acte symbolique alors. Qu’ils y voient ce qu’ils veulent. Le mystère perdurera et ma mémoire avec.
Je peux brûler des billets de banque, en gros tas aux yeux de tous. Mais le feu rapporté à ma vitesse doit être bien trop dangereux pour la réalité ralentie.
Au lieu de ça, je décide d’aller m’emparer de grosses masses - encore une fois empruntées en magasin de bricolage – et d’aller saccager les locaux de chaîne de télévision. Une de mes journées correspond à une de leurs minutes, je peux donc me concentrer sur un centre d’émission par jour sans avoir à trop me presser. Naviguant grâce à mon vélo, entre chaque point de diffusion, les spectateurs verront leurs chers programmes télévisuels s’éteindre un à un. J’avais toujours détesté cet asservissement médiatique.
Voyager me semble soudain une bonne idée. Qu’ai-je donc à faire de particulier ? Une croisade à l’échelle mondiale contre ce faux dieu média, voilà qui fera renaître de ces cendres ma fibre rebelle.
De plus il fera bientôt nuit. Une nuit qui durera plus d’un an pour moi si je reste à Paris. Le chemin le plus court vers le lever du Soleil est à l’est évidemment.
***Ce matin là – notion basée uniquement sur mon décompte d’heure personnel-, étant satisfait de mes forfaits contre les chaînes françaises, j’enfourche ma bicyclette en direction du levant. Je vais encore avoir de la télé à casser.
Mais une idée à laquelle je n’ai jamais songé me vient alors que je quitte ce milieu familier. Et si en réalité c’est moi qui avais subi une accélération temporelle, et que le reste de la population avait conservé une vitesse normale … Je serais donc l’anomalie temporelle.
Il n’en reste pas moins que je suis seul en ce monde.
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