accueil Accueil Lire Lire Écrire Écrire Fiches de lecture Fiches de lecture Forums Forum
Le site
Accueil Lire Écrire Fiches de lecture
Communauté
Forum Concours Liste des membres Visiteurs (10)
Membre
Connexion Inscription
Recherche
dans :
Recherche avancée
Publicité
Partenaires

« L'Arche de néo » — L'Encrier
Vous êtes ici => Accueil > Liste des histoires > « L'Arche de néo », par Csame - - - - Chapitre unique
L'histoire Ce chapitre
Publié : le 26/04/2008 à 02h59 - Mise à jour : le 26/04/2008 à 02h59 - Commentaire(s) : 2 - Lecture(s) : 255 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 1948 - Complet : oui - AMR : 12 - Favorite de : 1 - Abonnés à l'histoire : 0 Publié : le 26/04/2008 à 02h59 - Modifié : le 05/06/2008 à 22h44 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 255 - Mots : 1950

L'Arche de néo

Et l'Éternel dit : J'exterminerai de la face de la terre l'homme que j'ai créé, depuis l'homme jusqu'au bétail, aux reptiles, et aux oiseaux du ciel; car je me repens de les avoir faits. (Genèse 6.7)

Kourou – État de Guyane, octobre 2442.

Coordinatrice des opérations au sol.

On m’avait remis le titre. On avait haussé mon salaire. On m’avait tapé dans le dos, on m’avait félicité. J’étais major, maintenant. Les galons s’accumulaient sur mon uniforme militaire, les médailles. Le chef m’avait fait un discours personnel. Il m’avait dit : « Karine, vous êtes un excellent officier. » Et il avait raison. J’ai tout sacrifié pour l’Union. La vie de famille que j’aurais pu avoir, la maison, le chien, la piscine. J’ai tout donné pour l’Arche.

Son vrai nom n’est pas l’« Arche », c’eût vexé les peuples dont le corpus religieux ne comprend pas l’Ancien Testament. Officiellement, son nom est Vaisseau Intersidéral International. Mais même les bouddhistes, les hindous et autres animistes l’appellent l’Arche, maintenant. Tous s’en sont accommodés car après tout, c’est ce qu’il est : une arche, l’arche de néo. Celle qui doit mener l’humanité vers une nouvelle Ère.

Et l'Éternel dit: J'exterminerai de la face de la terre l'homme que j'ai créé, depuis l'homme jusqu'au bétail, aux reptiles, et aux oiseaux du ciel; car je me repens de les avoir faits. (Genèse 6.7)

Elle est là, l’Arche. Il y a quelques années, on avait encore besoin de jumelles pour la voir. Mais alors les astronomes dirent alors aux puissants : « hâtez-vous, messieurs, la comète ne décélère pas, elle se rue vers nous ! ». Et ces savants, qui n’étaient d’accord ni sur le comment, ni sur le pourquoi, ni sur la théorie des cordes, ni sur la relativité restreinte, ni sur la cryogénisation, parlèrent d’une seule voix. D’autres vibrèrent dans les télévisions des chaumières, qui « chers amis, l’Humanité est en péril », qui « le chemin à suivre est celui de l’exil », qui « nous devons vivre, nous devons survivre ! ».

Mais Noé trouva grâce aux yeux de l'Éternel. (Genèse 6.8)

L’argent avait afflué, les guerres avaient cessé. Toute l’Humanité se joignait dans sa plus folle entreprise : créer l’Arche. Les astronomes avaient été prévoyants : leurs ordinateurs ne prévoyaient pas la collision avant longtemps. Les puissants ordonnèrent donc aux architectes, aux ingénieurs, et à tout ce qui travaillait dans leurs pays respectifs de cesser leurs travaux et de venir s’atteler à ce qui deviendrait le plus grand chantier jamais créé : l’Arche, un gigantesque, titanesque, énorme vaisseau intersidéral dont le but était d’emporter toute l’humanité hors de son berceau bleu, vers… on y travaillait.

Voici comment tu la feras : l'arche aura trois cents coudées de longueur, cinquante coudées de largeur et trente coudées de hauteur. Tu feras à l'arche une fenêtre, que tu réduiras à une coudée en haut; tu établiras une porte sur le côté de l'arche; et tu construiras un étage inférieur, un second et un troisième. (Genèse 6.16-17)

Ainsi, l’Arche fut construite, section après section. Peut importait désormais de préserver les ressources de la terre quand toute vie sur cette dernière serait réduite en poussière par une comète gigantesque, avant d’être ébranlée depuis le fondement par le fracas de la Lune, son unique satellite, qui quitterait son orbite pour anéantir son astre, défigurant à jamais les continents et les mers. Alors on puisa dans les sols les plus sacrés, on draina l’énergie des fonds les plus inhospitaliers, et quotidiennement de gigantesques fusées partaient dans l’espace pour joindre au titanesque chef-d’œuvre en construction là-haut un morceau de son corps.

Il fallut plusieurs dizaines d’années pour terminer le chef d’œuvre. Des présidents moururent, mais furent remplacés par d’autres dont les électeurs commençaient à voir poindre la menace d’extermination d’une manière plus claire encore. Les manœuvres s’accélèrent et de Baïkonour, Xichang, Cap Canavéral et Kourou affluaient respectivement cosmonautes, taïkonautes, astronautes et spationautes, puis de simples citoyens qui firent leurs adieux à leurs sols respectifs et s’envolèrent rejoindre l’orbite de l’Arche en attendant le départ.

De tout ce qui vit, de toute chair, tu feras entrer dans l'arche deux de chaque espèce, pour les conserver en vie avec toi: il y aura un mâle et une femelle. Des oiseaux selon leur espèce, du bétail selon son espèce, et de tous les reptiles de la terre selon leur espèce, deux de chaque espèce viendront vers toi, pour que tu leur conserves la vie. Et toi, prends de tous les aliments que l'on mange, et fais-en une provision auprès de toi, afin qu'ils te servent de nourriture ainsi qu'à eux. C'est ce que fit Noé: il exécuta tout ce que Dieu lui avait ordonné. (Genèse 6.19-22)

L’Arche fut emplie des choses dont l’Humanité ne parvenait pas à se débarrasser. Des biologistes étudièrent la possibilité d’un exil sur une planète étrangère et s’accordèrent sur la nécessité de reproduire en orbite la biodiversité terrestre. Ainsi plantes, poissons, animaux terrestres, insectes, reptiles furent emmenés et propulsés en orbite, mâle et femelle.

Et progressivement, la Terre fut vidée de sa population, et seuls les techniciens restèrent.


Coordinatrice des opérations au sol.

Quand l’amiral me convoqua dans son bureau pour une affaire extrêmement importante, je me doutais déjà de ce qu’il allait me dire. L’homme commença par me féliciter pour mes états de service, pour ma discipline irréprochable, pour mon sens du devoir. Les doutes s’estompèrent, mais je me maintenais au garde-à-vous, malgré les « repos ! » répétés de l’amiral. Il en vint finalement à l’objet de la convocation :

« Major, comme vous le savez le départ de l’Arche — enfin, du V.I.I. — est imminent. La plupart des États ont déjà envoyés leurs ressortissants dans leurs segments respectifs. Étant en charge de la logistique nécessaire à l’envoi des passagers de l’Arche — enfin du V.I.I. — il nous appartient, ici à Kourou, de… d’organiser les derniers vols avant le départ. Comme vous le savez, bien que tout soit majoritairement automatisé, nous avons besoin d’un coordinateur des opérations au sol afin de nous assurer de… de la bonne marche des opérations. »

Il s’interrompit et s’épongea le front.

« Enfin, ce n’est pas à vous que j’apprendrai tout cela, reprit-il avec un petit rire. Vous en savez davantage que qui que ce soit en matière de décollage de nos engins. Mais — son rire tomba — le hasard a voulu… Vous savez ce que c’est : l’Union, la politique… Bref : nous avons été désignés pour effectuer le départ de la dernière fusée à destination de l’Arche. »

Cette fois, il ne prit même plus la peine de se corriger pour la désignation politiquement incorrecte du bâtiment, et son ton se fit plus hésitant encore.

« Et… Bien que nous aurions pu nous débrouiller avec l’ordinateur et les contrôles à distance, le haut commandement a décidé qu’il serait imprudent de faire partir la navette sans contrôle au sol et de risquer la vie de tous les passagers de la navette. »

Si l’amiral avait cherché sur mon visage un frémissement, il aurait été déçu. J’étais restée impassible et silencieuse.

« Nous voudrions donc vous proposer d’accepter le rôle de coordinatrice en chef. Vous seriez seule aux commandes, puisque le reste de l’équipe aura euh… embarqué à bord de la dernière navette. Vous aurez en charge de corriger les paramètres s’il y a le moindre pépin au niveau des contrôleurs au sol. Votre supérieur m’a assuré que vous étiez parfaitement capable de gérer cette situation seule, visiblement il a une très haute estime de vous. »

Il attendait une réponse. Elle ne vint pas. Alors il poursuivit :

« Nous avions d’abord pensé à proposer cette tâche au lieutenant Canaan, mais il a préféré… Vous comprenez, il a une femme, des enfants…

- Bien sûr, je comprends. À vos ordre amiral. »

Et après un salut militaire parfait qu’il ne me rendit pas, je tournai les talons.


Avant le départ, il y eut une cérémonie. Mes médailles brillaient sur mon uniforme impeccable. Le président de l’Union, en téléconférence depuis l’Arche, ordonna à l’amiral de me remettre la médaille d’honneur de l’Union, la plus haute distinction honorifique sur Terre. Mes collaborateurs m’étreignirent, l’Amiral me serra la main et tenta de glisser à mon oreille des mots que je n’écoutai pas. Puis ils entrèrent dans la navette qui, pour une fois, ne rentrerait pas sur Terre.

Je m’installai au pupitre de commande. L’écran de mon ordinateur scintillait face à moi. Les paramètres étaient en ordre, les conditions météorologiques idéales. Le compte à rebours commença à 10. À zéro, les turbines s’enflammèrent et dans un vacarme que la tour de contrôle insonorisée ne me permettait pas d’entendre, l’engin décolla. Concentrée sur les paramètres de navigation, je ne jetai pas un coup d’œil au décollage.

De toute façon, j’en avais vu des milliers.

Je restai concentrée ainsi pendant une bonne heure, mais à vrai dire je ne fus pas très utile. Le système de navigation automatique fonctionna parfaitement. La navette rejoignit l’Arche, et on la rangea dans une soute pour qu’elle devienne peut-être le vaisseau qui conduirait l’Humanité vers son berceau d’adulte.

Quant à moi, je saisis le micro et dit sur le ton de l’habitude : « Kourou à V.I.I. opérateur au sol : opération terminée. Succès total de l’opération. Paramètres stables. Bon voyage. Fin de transmission. ».

Je lâchai le micro. Il y eut sans doute une réponse, mais j’avais déjà quitté la pièce. Les couloirs de la base étaient vides et silencieux. Mes pas me menèrent à l’extérieur de la base, puis à l’extérieur de la ville qui s’était bâtie à la hâte aux alentours. Je marchais sur une route qui d’habitude était encombrée du soir au matin de passagers en partance pour l’exil. Aujourd’hui, elle était calme et vide. Il faisait bon et chaud. Toujours marchant, je fermai les yeux et dressai ma tête vers l’astre. De jour la lumière du soleil empêchait qu’on voie la comète.

Mes mains, sans que je pusse les contrôler, se soulevèrent à la hauteur de ma poitrine et arrachèrent, les uns après les autres, les médailles et gallons qui y brillaient. Quand elles en eurent terminé, j’arrachai mon uniforme et mes sous-vêtements, et continuai ma marche, nue et sans honte.

Car à présent j’étais le dernier humain sur Terre, et nu y était né le premier homme, nue y mourrait la dernière femme.

Le crépuscule tomba et une pluie fine commença à tomber sur la Guyane.

Puis elle cessa, et sur le bas-côté de la route, dans le sillage de la comète qui venait vers moi, naquit un arc-en-ciel.

Et Dieu dit : C'est ici le signe de l'alliance que j'établis entre moi et vous, et tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à toujours : j'ai placé mon arc dans la nue, et il servira de signe d'alliance entre moi et la terre. Quand j'aurai rassemblé des nuages au-dessus de la terre, l'arc paraîtra dans la nue ; et je me souviendrai de mon alliance entre moi et vous, et tous les êtres vivants, de toute chair, et les eaux ne deviendront plus un déluge pour détruire toute chair. L'arc sera dans la nue; et je le regarderai, pour me souvenir de l'alliance perpétuelle entre Dieu et tous les êtres vivants, de toute chair qui est sur la terre. Et Dieu dit à Noé: Tel est le signe de l'alliance que j'établis entre moi et toute chair qui est sur la terre. (Genèse 6.12-18).



cc-by-nc-sa

CommentairesFavoris et notificationsCorrections
  • Voir les commentaires (2)
  • Ajouter un commentaire
  • Ajouter l'histoire à vos favoris
  • Ajouter l'auteur à vos favoris
  • Activer la notification pour l'histoire
  • Activer la notification pour l'auteur
  • Signaler orthographe défaillante (0)
ImagesImpressionGestion
  • Voir la galerie (1)
  • Ajouter
  • Version PDF
  • Imprimer le chapitre
  • Imprimer toute l'histoire
Vous ne pouvez pas modifier cette histoire.
un lecteur sur cette histoire : un visiteur non connecté.
SQL : 12 - Exécution : 0.213 s. - Visiteurs : 10
Tous droits réservés sauf mention contraire.
Équipe - Changer de design - Contact - Remonter - Détails - Aide
Partenaires : Art-toon.fr - fanfictions.fr - scribeos.com - bullejapons.fr - Rou & Bou