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« Pourquoi ? » — L'Encrier
Vous êtes ici => Accueil > Liste des histoires > « Pourquoi ? », par Nataniel - - - - Chapitre unique
L'histoire Ce chapitre
Publié : le 01/05/2008 à 21h38 - Mise à jour : le 01/05/2008 à 21h38 - Commentaire(s) : 1 - Lecture(s) : 169 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 1530 - Complet : oui - AMR : Tous publics - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 Publié : le 01/05/2008 à 21h38 - Modifié : le 01/05/2008 à 21h43 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 169 - Mots : 1704


Est-ce une nouvelle ou un essai ? Je ne saurais le dire. Un petit trip pour une question existentielle. Je vous souhaite une bonne lecture.

Pourquoi ?

Résumé : Il est le dernier homme sur Terre, et il se demande : pourquoi ?

Alors que je commence à écrire ces lignes, une question me vient à l'esprit. Une question simple – elle tient en un mot – mais qui résume bien le problème de l'humanité. Je devrais peut-être dire : résumait.

Cette question, la voici : pourquoi ?

Pourquoi suis-je en train d'écrire alors que personne ne me lira jamais ? C'est un peu comme ces gens qui couvrent leurs journaux intimes de leur petite écriture serrée – métaphore de leur vie limitée peut-être – sans jamais accepter que quiconque n'en lise une seule ligne. Ce n'est pourtant pas une question de volonté. Si vous saviez comme j'aimerais que quelqu'un puisse me lire. Parce que ça voudrait dire que les événements de ces derniers mois ne sont jamais arrivés. Cela signifierait que je ne suis pas le dernier homme sur Terre.

Car je suis à présent le dernier humain sur Terre. Je ne suis pas prétentieux. Ni philosophe. Et si je cherche effectivement un homme, ce n'est pas tel Diogène mais au sens propre. Je n'ai jamais eu l'orgueil de croire que l'homme puisse être plus que ce qu'il est. Était. C'est dur de s'y faire. D'autant que je ne resterai pas longtemps le dernier homme sur Terre. Comme les autres, je mourrai bientôt. Les radiations voyez-vous, ça n'épargne rien, ni personne. Et si elles ne me tuent pas les premières, c'est le manque d'oxygène qui le fera.

Guerre thermonucléaire globale. Ça sonne bien non ? C'est comme ça que l'on appelle le phénomène. Ce nom me rappel le film Wargame. Sauf qu'il n'y a eu personne pour l'empêcher. Dans la vrai vie, les héros n'existent pas. C'est fort dommage parce que l'humanité en aurait eu grandement besoin.

C'est arrivé fin 2008. Sans que personne ne le voie venir. Pourtant, les signes avant-coureurs n'avaient pas manqué. Pendant des années, moi qui était journaliste, j'avais vu les différents voyants d'alarme un peu partout. La "guerre" contre le terrorisme. Les tensions avec la Chine. La crise des "sub-primes". Même dans un petit pays comme la Suisse, la politique avait subi ses troubles. Pourtant au niveau mondial, seuls les écologistes tiraient une sonnette d'alarme sans réellement être conscients du monstre contre lequel ils se battaient.

Tout cela n'était que le sommet de l'iceberg, de ce qu'on pourrait appeler le "syndrome d'autodestruction humaine". Un verrou de sécurité peut-être. Mis en place par l'hypothétique créateur de notre espèce, pour éviter que nous ne commencions à nous prendre pour lui.

C'est assez étonnant que je me sois mis à penser ainsi. J'ai toujours combattu l'idée qu'une force supérieure puisse contrôler ma destiné. Mais quand on a vu ce que j'ai vu, on est obligé de croire en un plan préétabli. Parce que sinon, cela voudrait dire que ce sont bien les hommes, pourtant si intelligents, si raisonnables, si... humains, qui ont finalement tout détruit. Je ne peux me convaincre que tout cela est le seul fait de l'homme. Alors j'ai trouvé un échappatoire : l'humanité n'y est pour rien, c'était son destin.

Tout cela pour éviter cette fameuse question : pourquoi ?

Pourquoi l'homme a-t-il été assez fou pour déclencher cette guerre ? Quelle obscure raison pourrait-on trouver à ça ? Je crois avoir peur de la réponse. Parce que finalement, c'est qu'il n'y en a pas. "Pourquoi" est une question vide de sens dans un tel contexte. Est-ce de la folie ? Certainement, si on en prend la définition première. Est folie tout ce qui sort de la norme. Et j'espère de tout mon cœur qu'il n'est pas "normal" de se balancer les uns sur les autres suffisamment de bombes pour éradiquer toute vie trois fois de suite.

Quand Adam mordit au fruit de la connaissance, il dut immanquablement se demander pourquoi. Pourquoi suis-je moi ? Cette métaphore biblique exprime finalement bien ce que je ressens aujourd'hui alors que je contemple les ruines calcinées de ce qui fut Paris. La connaissance, la réponse à notre question fondamentale, ne doit pas être atteinte. Chercher un sens à ce qui nous entoure est une erreur. Bienheureux est l'ignorant. Mais l'est encore plus celui qui ne connaît pas la question. La réponse sera toujours trop horrible pour que l'esprit l'accepte.

Je suis là, assis sur une poutrelle métallique complètement déformée par la chaleur infernale des bombes, et je me pose encore une fois la question. Pourquoi est-ce que j'écris alors que je sais que personne n'est plus là pour me lire. Pour mon esprit de journaliste, dont l'unique activité est d'informer autrui, c'est une aberration. Pourtant, la réponse n'est pas si loin. Elle est même d'une évidence telle qu'elle me paralyse et me pousse à me répéter. Je vais mourir et je veux laisser trace de ce que j'ai été.

Vous voyez ? N'aurais-je pas été mieux si je ne m'étais pas demandé pourquoi ? J'aurais pu attendre ma mort serein. L'attendre pour ce qu'elle est : l'inéluctable destin de tout être humain. C'est si reposant le destin. Et dans ces décombres qui furent un jour la tour Eiffel, je suis pris dans la valse des pourquoi. Ces pourquoi qui torturent mon âme. Ces pourquoi dont je ne veux pas connaître la réponse et qui pourtant m'assaillent.

Pourquoi suis-je le dernier ?

Pourquoi moi en particulier ?

Pourquoi a-t-il fallu en arriver là ?

Pourquoi ai-je vécu ?

Pourquoi dois-je mourir ?

Pourquoi ?

Pourquoi ?

Pourquoi ?!

Pourquoi !!!!!

J'ai envie de hurler, mais personne ne m'entendra. Alors pourquoi hurlerais-je si c'est pour ne pas être écouté ? Ironique n'est-ce pas ? Une fois pris dans cette farandole, on ne peut la quitter. Un pourquoi en entraîne un autre, puis encore un et ainsi de suite. C'est finalement la grande quête de l'homme. Et de la femme d'ailleurs. Pourquoi ne serais-je pas politiquement correct alors que je me sais bientôt mort ? Je ne l'ai jamais été dans ma vie. Ne faisons donc plus de discrimination. Encore que maintenant, ce n'est plus discriminatoire que de parler d'homme à l'exclusion de la femme. Je n'ai qu'un seul sexe et je suis le dernier d'une race entière.

La dernière femme est à quelques pas de moi. Morte dans le sang qu'elle recrachait par tous les orifices. Les radiations vous disais-je, ce n'est pas très agréable.

J'en reviens à mon pourquoi. Mais si vous vous rappelez, je viens de le mentionner. Il est caché dans ma liste juste au-dessus. Oui, pourquoi a-t-il fallu en arriver là ? Dans ma carrière, j'ai été témoin de très nombreuses représentations de ce que j'aimais appeler l'autorégulation de l'espèce : les guerres, les famines, le capitalisme, la pauvreté. Mais jamais je n'aurais pensé qu'un humain, quelqu'un comme moi, avec le même potentiel, la même raison, la même intelligence, puisse un jour condamner la race entière et emporter avec elle toutes les formes de vie de notre planète.

Je me suis toujours targué d'avoir un esprit rationnel, raisonnable. J'étais un scientifique de l'information. Pour moi, tout était des données. Entrées, analyses, sorties. Un vrai programme à se demander pourquoi. J'ai toujours cru que c'était une chance d'avoir un tel esprit. Il y a quelques mois, j'aurais méprisé celui qui ne se posait jamais de questions. Aujourd'hui, je l'envie. Il y a des choses qui échappent à la raison humaine tant elles sont absurdes.

J'ai souvent vu des morts et des guerres. Même si j'étais loin de leur trouver des justifications, elles avaient toujours une réponse à leur pourquoi. Pétrole, territoire, idéologie, eau. Autant de raisons qui me paraissaient insuffisantes pour en arriver au sacrifice de vies humaines mais qui restaient des motifs que je pouvais appréhender.

Puis est venu cette date ou tout l'univers sombra dans la démence. 25 décembre 2008. Joyeux Noël. Alors nous avons vu l'horreur totale. Ce n'est pas tant les morts en eux-mêmes que cette guerre – et on peut parler de la dernière guerre – a engendré qui me révulsent, mais bien le fait que son pourquoi ne trouve aucune réponse. Pétrole, eau ? Il n'y a plus personne pour en avoir besoin. Territoire ? La Terre n'est plus qu'un champ de ruine impropre à la vie. Entre les radiations persistantes et l'oxygène raréfié par les explosions, il y n'y a plus rien d'intéressant à posséder ne serait-ce qu'un morceau de cette planète. Idéologie alors ? Seule l'idéologie d'un fou – du genre fou furieux irrécupérable – pourrait justifier une telle absurdité. Mais là est tout le problème. La folie, comme contraire de la raison, ne peut être la réponse à une question logique. Ce n'est pas forcément pour rien que le mot raison peut être utilisé en lieu et place de motif et qu'il représente à la fois une conception philosophique qui définit un homme bon. Donc non, la folie ne sera jamais la réponse à un pourquoi. Et c'est là que le bât blesse. Voyez le paradoxe : la seule réponse au pourquoi de cette guerre est la folie.

Absurde. C'est absurde. J'ai ainsi touché aux limites de ma capacité de raisonnement. Le programme a rencontré un erreur et doit fermer. Lorsque je l'ai réalisé, j'ai cru que cela me tuerait plus vite que les radiations.

Mais non, je suis toujours là. Pour combien de temps je l'ignore. Déjà, toutes les secrétions de mon corps sont mêlées de sang. J'aurais voulu mettre la main sur un prêtre avant la fin. Eux ont toutes les réponses. C'est la volonté de Dieu mon fils. Ou plutôt du diable en l'occurrence. Désolé pour Noé et Jésus. Vous étiez sûrement des hommes admirables mais vous avez échoué à nous sauver.

Alors pourquoi j'écris ? Pour laisser une trace sûrement. Parce que je ne peux pas m'empêcher de chercher une raison à tout cela. Et que cette réponse me terrorise tant elle est inaccessible. Le plus drôle dans l'histoire, c'est que je vais devoir compter sur des extraterrestres pour me lire. Vain espoir pour ma logique, je n'ai jamais cru en leur existence, pas plus que je ne croyais à celle de Dieu. Mais à l'heure de ma mort, je suis prêt à croire ce que l'on me dira. J'accepterais toutes les explications. Malheureusement pour moi, il n'y a plus personne pour me les donner...



© tous droits réservés. Le texte ne peut être reproduit sans le consentement de Nataniel

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