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«  Deux sorcières 1/2, Meurtre à Sainte Gudule » - chapitre 1 : « 1 - Bienvenue à Sainte Gudule » — L'Encrier
Vous êtes ici => Accueil > Liste des histoires > «  Deux sorcières 1/2, Meurtre à Sainte Gudule », par reveanne - - - > Chapitre 1 : « 1 - Bienvenue à Sainte Gudule » -
L'histoire Ce chapitre
Publié : le 08/05/2008 à 14h08 - Mise à jour : le 28/06/2009 à 22h14 - Commentaire(s) : 4 - Lecture(s) : 4305 - Chapitre(s) : 8 - Mots : 86269 - Complet : non - AMR : Tous publics - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 2 Publié : le 08/05/2008 à 14h08 - Modifié : le 25/05/2008 à 22h32 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 2199 - Mots : 6283

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Deux sorcières 1/2, Meurtre à Sainte Gudule

1 - Bienvenue à Sainte Gudule

« La journée avait mal commencé. Ma femme m’avait quitté, mon chien s’était sauvé, mon poisson rouge s’était suicidé, et, pire que tout, la machine à café du commissariat était en PANNE ! »

La personne qui, en ce matin du 5 février, broyait ainsi du noir devant cette fameuse machine à café, n’était autre que le commissaire Magret en personne. Et, en fait de machine à café, il s’agissait d’un distributeur extrêmement hideux du genre de ceux que l’on trouve dans divers lieux publics tel que les gares ou les aéroports et qui enlaidissait considérablement le hall d’entrée du commissariat de Sainte-Gudule. Cette machine infernale ne se contentait pas d’être laide, en plus elle vous servait, contre la modique somme d’un euro, le pire café dans les deux cents kilomètres à la ronde. Ce breuvage ressemblait plus à du jus de chaussettes tiède qu’à une infusion de grains de café torréfiés et moulus. Le tout était servi dans un gobelet en plastique sur lequel était imprimé « J’aime la Police ! ». (Il s’agissait d’une idée géniale du divisionnaire).

Néanmoins ce matin là, ce satané engin n’avait même pas daigné donner un gobelet vide. Quand le commissaire avait mis sa pièce, la machine avait produit un bruit métallique, puis le petit écran situé au-dessus de la fente où l’on mettait l’argent s’était illuminé et avait affiché le traditionnel « Patientez ». Après quelques secondes d’attente, le même écran avait souhaité une bonne journée au commissaire. C’était, hélas, la seule chose qu’avait faite cet engin de malheur.

Le commissaire Magret examina la machine d’un œil perplexe. Décidément cette journée était maudite. Agacé, il appuya sur le bouton de retour de la monnaie : autant récupérer son argent et réessayer, on ne savait jamais.

La machine refusa d’obtempérer.

Sentant monter en lui une sensation de manque (il lui fallait sa dose de caféine matinale sinon ça allait barder), le commissaire appuya frénétiquement sur le bouton censé lui rendre son argent. Dans le hall, accoudée au guichet d’accueil du public, une boulangère, qui finissait de remplir une déclaration de vol en trois exemplaires pour la disparition de sept sucettes aux fruits, de deux oursons en gélatine et d’une boule de chewing-gum, lui jeta des regards hautains.

La machine, n’aimant pas du tout ce traitement, émit un long sifflement strident.

Surpris, le commissaire fit un bon en arrière. Néanmoins il ne comptait pas en rester là, il voulait son jus de chaussette à la caféine. Ne voyant pas d’autre solution, le commissaire fit appel au moyen ultime contre ce genre de problèmes. Aux grands maux, les grands remèdes !

« POIVROT ! » hurla-t-il.

Le brigadier Poivrot, Hercule de son prénom, apparut pratiquement instantanément aux côtés du commissaire. Il s’agissait d’un homme aussi grand, maigre, brun et chevelu que le commissaire était petit, gros, pâlichon et chauve. Le brigadier était d’un calme imperturbable et c’était d’ailleurs pour cela qu’il était devenu au fil des années l’assistant du commissaire : il était le seul brigadier en poste à Sainte-Gudule capable d’affronter les sautes d’humeur du grand chef. Poivrot faisait donc office de secrétaire, de chauffeur, de coursier, d’homme à tout faire et de souffre douleur pour le commissaire Magret.

Le brigadier Poivrot était pourtant un homme encore jeune (il n’avait que 32 ans) et intelligent. C’était d’ailleurs pour cela qu’il n’avait aucune envie de monter en grade. Ok, parfois le commissaire était insupportable, mais le poste de brigadier était un poste sans responsabilité, pas besoin de se prendre la tête sur des enquêtes tordues pour trouver des coupables qui n’avaient pas du tout envie qu’on les trouve… Ah non alors ! Lui, il préférait rentrer tranquillement le soir chez lui où l’attendait une maman attentionnée et à passer ses soirées à s’entraîner à « Des Nombres et des Mots » ou à « Question pour un Champignon ».

« Poivrot ! Auriez-vous l’amabilité de parlementer avec cet engin du diable pour m’obtenir un café long sucré ? reprit la voix colérique du commissaire.

— Vous avez mis une pièce ? » interrogea le brigadier avec naïveté.

Le commissaire lui lança un regard assassin.

Poivrot se contenta de cette réponse. Il examina alors le distributeur sous tous les angles, vérifia que la prise électrique était correctement branchée, vérifia le raccord du tuyau d’eau. Il ne trouva rien d’anormal.

Il se gratta l’oreille droite quelques secondes… Ce n’était pas parce qu’il réfléchissait, mais parce que quelque chose le chatouillait à cet endroit, il était grand temps qu’il aille chez le coiffeur. Il soupira. Il allait devoir appliquer la technique immuable pour obtenir des cafés à l’œil sur cette satanée machine. Il aurait préféré que le commissaire ne soit pas au courant mais bon, tant que ce dernier n’aurait pas eu sa dose de caféine il serait invivable.

Le brigadier Poivrot donna un coup de la paume juste au-dessus de l’ouverture où était servie le café. Un gobelet « J’aime la Police ! » dégringola. Un coup du plat de la main sur le coté droit de la machine, au niveau des boutons de sélection de la boisson désirée, fit tomber une dose de sucre en poudre. Un coup dans le coin en haut à gauche mit la machine en route et un liquide noirâtre se déversa dans le gobelet. Pour achever la manœuvre, le brigadier obtint une touillette grâce à un coup de talon dans le coin en bas à droite.

Complètement ébahi, le commissaire prit le gobelet fumant « J’aime la Police ! » que lui tendait le brigadier.

« Retournez à votre poste, Poivrot ! » dit-il en guise de remerciement.

Le brigadier disparut sans se faire prier.

Le commissaire se dirigea, avec précaution, vers son bureau qui était situé au deuxième étage du commissariat. Il faillit s’ébouillanter plusieurs fois en chemin, mais c’est sans perdre une goutte du précieux liquide qu’il arriva à destination.

Tout au long du chemin il avait essayé de retenir la manœuvre pour avoir un café gratuit au distributeur… devant pour le gobelet, à droite pour le sucre… en haut à droite… ou alors était-ce à gauche ?… pour le café et … heu… pour la touillette… pas la moindre idée… Il demanderait à Poivrot un peu plus tard…ou même, plus simplement, Poivrot se chargerait d’aller lui chercher le café.

Il referma soigneusement la porte du bureau pour plus d’intimité et alla s’installer dans son vieux siège à la matelassure usée jusqu'à la trame.

Il commença à siroter son café en épluchant le courrier du jour. Réclamations… Plaintes… Lettres anonymes de délation … publicités… lettres d’admiratrice secrète... et ainsi de suite. Rien d’extraordinaire, juste le courrier quotidien.

Alors qu’il lisait une passionnante lettre de dénonciation au sujet d’un gang de voleurs de sucettes qui, soit disant, sévissait dans l’ouest de la ville, la porte du bureau du commissaire s’ouvrit violemment. Le brigadier Poivrot entra en coup de vent dans l’antre de son patron en criant un « Commissaire ! » plutôt pressé. Le commissaire sursauta et fit tomber du café sur la lettre qu’il lisait.

« POIVROT ! hurla-t-il. On ne vous a jamais appris à frapper avant d’entrer ?! Sortez et revenez en respectant les règles élémentaires du savoir vivre ! »

Le brigadier préféra ne pas défier le commissaire, ce qu’il avait à dire était de la plus haute importance mais mieux valait ne pas s’attirer les foudres du chef. Poivrot ressortit donc de la pièce sans dire un mot. Il referma consciemment la porte en silence. A nouveau dans le couloir, il frappa trois coups secs à la porte.

Le commissaire décida que ce manquement à la politesse et à la hiérarchie méritait une petite punition. Il fit un peu attendre le brigadier et ne répondit pas. Il reprit sa passionnante lecture au sujet du gang de voleurs de sucettes, il en était à un passage de première importance où on apprenait qu’à la tête du réseau de ce trafique de confiserie il y avait un dénommé Capone.

Le brigadier n’ayant obtenu aucune réponse frappa à nouveau.

Complètement plongé dans sa lecture, le commissaire ne daigna pas répondre cette fois non plus. Il prit une gorgée de l’immonde café, ce qui lui fit faire une grimace de dégoût. Mon Dieu qu’est ce qu’on ne ferait pas pour avoir sa dose de caféine.

Poivrot, toujours dans le couloir, commença à s’impatienter. Il frappa trois nouveaux coups, plus forts et plus rapides que les précédents.

« Entrez ! » cria enfin le commissaire.

Sans s’énerver, le brigadier Poivrot ouvrit la porte et entra dans la pièce. Le commissaire lui fit un geste de la main pour lui ordonner d’attendre en silence. Poivrot obéit docilement même si ce qu’il avait à dire était plutôt urgent.

Le commissaire finit de lire tranquillement la lettre de dénonciation.  Il la relut pour être sûr de ne pas avoir raté d’éléments importants. Il la relut ensuite une troisième fois pour bien avoir tous les détails de l’affaire en tête. Il la relut une quatrième fois juste pour le plaisir et une cinquième fois pour faire enrager le brigadier. Finalement il déposa le papier dans la pile « piste à suivre » et tourna enfin son attention vers Poivrot.

« Alors ! Qu’avez-vous de si important à me dire ? »

Le brigadier Poivrot respecta un petit moment de silence pour ménager ses effets dramatiques. Il attendit silencieusement jusqu’à ce que le commissaire montre des signes évidents d’énervement.

« Des promeneurs ont découvert, tout à l’heure, sur la Promenade-des-Amoureux, un couple, articula-t-il lentement de manière à faire enrager le commissaire. Ils étaient on ne peut plus morts… assassinés par des flèches comme le couple de la semaine dernière !

— C’EST SEULEMENT MAINTENANT QUE VOUS ME LE DITES ?!, hurla le commissaire. Vous ne pouviez pas me le dire tout de suite ! Espèce d’incapable ! »

Le brigadier n’essaya même pas de signaler que c’était lui qui l’avait fait attendre.

« Allez me chercher une voiture, nous partons sur-le-champ ! »

Le brigadier, qui aimait bien quand il y avait un peu d’action, se précipita si vite hors du bureau que ses semelles de chaussures crissèrent sur la moquette et qu’un nuage de poussière se forma dans son sillage. Il ne prit même pas la peine de fermer la porte derrière lui.

« Mais pas si vite ! cria le commissaire. Ils sont morts, ils vont pas se sauver ! ajouta-t-il. …et puis j’ai pas fini mon café » acheva-t-il d’un ton un peu boudeur.

 

A bord d’une vieille voiture de service, le brigadier Poivrot et le commissaire Magret traversèrent toute cette bonne vieille ville de Sainte-Gudule. En cette heure matinale, ils ne croisèrent pas grand monde.

Sainte-Gudule était une ville de près de cinq mille habitants située au cœur du Marais-Poitevin, à la limite de la Vendée et des Deux-Sèvres. Sillonnée et entourée d’un réseau très dense de canaux de toutes les tailles que l’on appelait dans le jargon du coin des « conches » et constituée de nombreuses îles verdoyantes et boisées, la ville se targuait d’être le cœur de la Venise-Verte, du nom qu’avait donné ce cher Roi Henri IV à la région. C’était grâce à cette réputation que chaque été la population de Sainte-Gudule triplait. Les touristes aimaient se balader au frais, au fil de l’eau, à bord des traditionnelles barques à fond plat, dans la pénombre rafraîchissante des arbres.

Pour attirer encore plus de touristes et vraiment mériter le titre de Venise-Verte, la municipalité avait fait aménager une vaste étendue de parc, avec des bosquets et de charmants petits ponts bucoliques enjambant les conches. Il s’agissait de la Promenade-des-Amoureux. La construction de ce parc avait coûté une vraie fortune et avait soulevé une vive polémique. En effet, les vieux maraîchins qui avaient toujours vécu dans la zone où avait été installée la Promenade avaient crié au scandale et avaient déclaré que c’était de la folie de construire quoi que ce soit à cet endroit car cela allait déranger les feux follets qui vivaient dans le coin.

Heureusement ce n’était pas ce genre de vieille superstition qui pouvait arrêter un projet de cette envergure. Le parc avait donc été inauguré le 26 juin précédent sans aucun incident.

 

Le brigadier gara la voiture sur le parking situé à l’entrée du parc. Il y avait déjà trois autres voitures de police à cet endroit ainsi qu’un véhicule médical et une voiture de presse.

L’accès à l’entrée du parc était contrôlé par un agent qui salua brièvement le commissaire et lui indiqua tout aussi succinctement la localisation du lieu du crime. Mais, même sans ces explications, l’endroit où avaient été trouvés les corps n’était pas bien difficile à remarquer. Il n’y avait pas loin d’une dizaine de personnes à y tourner en rond. Le commissaire doutait que tout ce petit monde ait une raison valable de se trouver là.

Le brigadier, précédé du commissaire, longea l’une des allées du parc en regrettant de ne pas avoir pris une paire de bottes. La Venise-Verte, c’était bien joli mais en hiver, c’était inondé et les terrains devenaient vite marécageux. D’ailleurs la majeure partie de la Promenade-des-Amoureux était noyée sous un mètre d’eau et les rares bosquets épargnés par la crue, était de tel bourbier que des sables mouvants auraient ressemblé à de vraies plaques de béton très dur à côté.

En évitant une mare de boue, le commissaire se demanda bien ce que les victimes étaient venues faire là. C’était franchement sinistre et glauque comme endroit à cette saison. En plus, après le double meurtre qui avait eut lieu la semaine précédente, le parc avait été interdit au public.

Parlons-en du crime qui avait eut lieu dans ce parc la semaine précédente. Un jeune couple venu admirer le spectacle de l’eau sur les prés s’était violemment fait assassiner d’une flèche en or plantée en plein cœur. Aucun indice, aucun témoin… rien de rien. Un cauchemar !

Face à l’incompétence de ses subalternes, le commissaire Magret avait décidé de prendre l’affaire en main. Mais après plusieurs jours d’enquête et des litres de café, il en était toujours au même point, c’est-à-dire nulle part.

A quelques mètres des lieux du crime, le commissaire apostropha un petit homme brun qui portait un imperméable usé.

« Lieutenant Colombeau ?! Que faites-vous ici ? Je vous ai retiré l’enquête que je sache ! gronda le commissaire.

— Oh… vous savez, comme dit ma femme, il… commença à répondre le lieutenant.

— Je n’ai que faire de votre femme, lieutenant ! le coupa le commissaire. Vous devriez être en train d’enquêter sur la disparition des télescopes du club d’astronomie ! »

Le lieutenant voulut argumenter mais le commissaire le foudroya du regard. Tout penaud, le lieutenant s’éloigna et prit le chemin en direction de la sortie du parc.

Le commissaire et le brigadier s’approchèrent de la foule qui s’affairait autour des deux malheureuses victimes. Ils furent aussitôt harponnés par une journaliste et un photographe de presse.

« Commissaire ! Commissaire ! Loïs Kente pour le Courrier du Marais. Est-ce le même assassin que pour Juliette et Roméo Monpulet ? Un tueur en série menace-t-il notre bonne ville de Sainte-Gudule ? »

Le commissaire préféra faire comme s’il n’avait rien vu et rien entendu et continua sa progression vers la scène du crime. N’appréciant pas d’être ignorée à ce point, la journaliste fit un signe au photographe qui l’accompagnait. Ce dernier, grand et baraqué, se mit dans le chemin du commissaire, contraignant ce dernier à s’arrêter.

« Commissaire ! reprit la journaliste. D’autres meurtres sont-ils à craindre ? Devons-nous avoir peur de ce fou sanguinaire qui s’en prend aux couples ? »

Le commissaire devint cramoisi. Le brigadier s’éloigna prudemment comme si son supérieur allait exploser d’une minute à l’autre.

« A votre place, je m’inquiéterais plutôt de ce qui risque de m’arriver, Mme Kente, si vous ne dégagez pas vite fait d’ici ! s’exclama le commissaire en postillonnant.

— Me menaceriez-vous, Commissaire ? Vous oubliez la liberté de la presse ! Il est de mon devoir d’informer mes concitoyens ! répliqua agressivement Loïs Kente.

— Je vous préviens seulement que si vous ne disparaissez pas de ma vue illico presto, reprit le commissaire en postillonnant de plus belle, que je vous fais coffrer pour entrave aux forces de l’ordre et à la justice ! Vous n’avez rien à faire ici, vous êtes sur les lieux d’un crime. Laissez la police faire son travail ! »

La journaliste prit un air courroucé et s’apprêta à répliquer à nouveau mais son photographe lui fit signe de ne pas insister. Elle s’éloigna alors raide de dignité bien décidée à revenir à la charge dès qu’elle en aurait l’occasion.

Enfin débarrassé de ces gêneurs, le commissaire put accéder au périmètre sécurisé, délimité par un ruban jaune portant l’inscription «Zone interdite, Police » et qui était officiellement le lieu du crime. Il y rencontra deux agents qui finissaient d’inspecter les environs à la recherche du plus petit indice.

« Starky ! Hutche ! Que se passe-t-il ici ? » leur demanda-t-il.

Starky, un homme grand et brun, sortit un carnet de sa poche.

« Mme Mouilleau Berthe, 82 ans, a découvert les corps alors qu’elle promenait Choupinette, son pitbull. Il était approximativement 8h31. Il s’agit des corps de Tristan L’Ecuyer et Iseut Labêle. Tous les deux morts d’une flèche en plein cœur, répondit succinctement Starky.

— Avez-vous trouvé quelque chose cette fois ? » demanda le commissaire.

Cette fois ce fut au tour de Hutche, un blondinet plutôt gringalet, de répondre.

« Rien ! Absolument rien ! Pas la moindre trace, la boue est absolument vierge ! Pas le moindre objet non plus… Rien de rien. Comme si les flèches étaient tombées du ciel ! »

Le visage du commissaire prit une expression contrariée.

« Bande d’incapable ! » marmonna-t-il entre ses dents. Fouillez tout le parc s’il le faut mais trouver moi quelque chose ! Les flèches ça tombent pas tout seul des arbres et encore moins du ciel ! » cria-t-il aux deux pauvres agents qui faisaient pourtant de leur mieux.

Starky et Hutche s’éloignèrent de leur supérieur sans un mot. Le commissaire était d’une humeur exécrable, mieux valait ne pas insister. Ils reprirent donc à zéro la fouille méthodique des lieux du crime. Ils firent signe aux deux autres policiers qui les secondaient dans cette tâche pour les informer de la tournure des événements. Tous semblèrent un peu abattus. Ils en avaient un peu marre de patauger dans la boue.

 

Voilà qui était fait pour le passage au peigne fin du secteur, soupira le commissaire, cette fois rien ne pourrait leur échapper. Restait à aller voir de plus près le crime en question.

Il souleva légèrement le ruban jaune délimitant la scène du crime. Il se pencha pour passer en dessous mais son pied glissa et le commissaire se retrouva à quatre pattes dans la boue. Le brigadier Poivrot lui proposa de l’aider à se relever mais Magret était bien trop fier pour accepter. Le sol était particulièrement glissant à cet endroit et, quand il se retrouva assis dans une flaque, le commissaire regretta soudainement d’avoir refusé l’aide de son brigadier.

Il se releva tant bien que mal. Et c’est avec les plus grandes précautions qu’il se dirigea vers l’endroit exact où avaient été découverts les cadavres de Tristan L’Ecuyer et Iseut Labêle… Tristan L’Ecuyer ? C’était un nom qui disait quelque chose au commissaire.

« Poivrot ! Connaissez-vous ce L’Ecuyer ? »

Le brigadier réfléchit quelques instants avant de répondre.

 « Votre voisin de palier, chef.

— Ah oui, c’est exact. Un chic type, très discret, jamais un bruit ! »

Tout en parlant ils s’étaient approchés des victimes.

La femme, une jolie blonde de vingt/vingt-cinq ans, était allongée sur le dos, une flèche dorée plantée en plein cœur. L’homme, la peau mate et les cheveux châtains clairs, ni petit ni grand, semblait avoir essayé de fuir et était tombé un peu plus loin, face contre terre, une flèche plantée dans le dos.

Agenouillé auprès des victimes, un médecin légiste faisait son travail secondé par un assistant, un étudiant en fin d’étude criminalistique.

« Alors Holmse, les corps vous ont-ils parlé ? » interrogea le commissaire.

Le médecin légiste se releva pour être plus à l’aise pour parler avec le policier.

« Comme pour Juliette et Roméo Monpulet. La mort a été provoquée par un objet effilé en métal, une flèche en ce qui semble être de l’or, planté en plein cœur. Le décès a été immédiat et a eu lieu entre 22h et minuit hier soir. Celui qui à fait ça était soit très près, soit il s’agit d’un excellent archer. Sinon aucune empreinte sur les armes du crime mais une étude en laboratoire nous en dira plus. Par contre l’angle de pénétration des flèches laisse à penser que l’assassin se trouvait en hauteur. 

— Le meurtrier était dans un arbre ? s’étonna le commissaire.

— Oui, c’est élémentaire mon cher Magret. Et aussi, sembla se rappeler Holmse, on a trouvé plusieurs paquets de sucettes dans la veste de Tristan L’Ecuyer et dans le sac d’Iseut Labêle. »

Ça, c’était un détail utile, pensa le commissaire avec sarcasme, les sucettes étaient ventes libres aux dernières nouvelles.

« Voilà tous ce que je peux vous dire pour le moment, peut-être en apprendrons-nous plus lors des autopsies.

— Espérons ! souhaita le commissaire.

— Si vous avez fini avec la scène du crime, reprit le légiste, j’aimerais procéder à la levée des corps. »

Le commissaire donna son feu vert et signa le papier que lui tendait Holmse.

« Watsonne ! s’exclama le légiste à l’intention de son assistant. Allez chercher les brancardiers, on rapatrie la clientèle au service de médecine légale de l’hôpital de Niort ! »

L’assistant bondit littéralement en se redressant. Il faillit bousculer le brigadier Poivrot qui s’était approché de lui pour voir ce qu’il faisait. Si le terrain n’avait pas été glissant, Watsonne se serait sans doute précipité vers le parking du parc, mais le terrain était plus que glissant alors il avança avec une extrême prudence…

Cinq minutes plus tard, les brancardiers arrivèrent. Le légiste et son assistant les aidèrent à déplacer les corps et tout ce petit monde disparut en moins de temps qu’il n'en faut pour le dire.

 

Seul au centre d’un lieu du crime vidé de ses victimes et piétiné dans tous les sens, le commissaire Magret fit quelques pas. Il avança jusqu’aux arbres les plus proches. Il leur jeta un coup d’œil scrutateur. «L’assassin se trouvait en hauteur » avait dit Holmse.

Après avoir examiné tous les arbres sur dix mètres à la ronde, le commissaire ne découvrit rien, aucune trace de pas autre que les siennes, aucune trace sur les écorces montrant que quelqu’un avait escaladé les-dit arbres. Rien… toujours rien… désespérément rien. Pas le moindre indice, pas la moindre piste. Le néant complet.

« Cette enquête s’enlise. » murmura le commissaire en contemplant l’activité qui régnait encore sur le reste de la scène du crime. Son instinct lui disait que ses hommes ne trouveraient rien de plus cette fois que pour le double meurtre précédent.

« Vous vous enlisez ! fit remarquer le brigadier en regardant le commissaire.

— Je sais, c’est ce que je viens de dire, marmonna Magret avec agacement. Mon enquête s’enlise ! 

— Non, Chef ! reprit Poivrot calmement. Vous vous enlisez vraiment ! Vous êtes sur un terrain instable, vous êtes en train de vous enfoncez dans la boue ! »

Le commissaire tourna brutalement la tête en direction de ses pieds et constata qu’effectivement il s’enfonçait. Il avait déjà de la boue jusqu’aux chevilles.

« Faites quelque chose au lieu de rester planté là ! Aidez-moi, bougre d’imbécile ! »

Le brigadier Poivrot attrapa son supérieur par les bras et tira de toutes ses forces. Pendant ce temps le commissaire essayait de dégager ses pieds. Hélas la boue était assez compacte et gluante, elle fit comme une énorme ventouse et refusa de libérer le commissaire.

Poivrot dût demander du secours auprès des autres policiers présents sur le lieu d’intervention. Starky fut le premier et le seul à venir apporter son aide. Il prit l’une des mains du commissaire qui continuait à s’enfoncer et Poivrot prit l’autre. En synchronisant leurs efforts, les deux policiers tirèrent de toute leur force. Le tout étant de tirer tous les deux dans la même direction, leur but n’était pas d’écarteler leur supérieur hiérarchique.

Sentant qu’elle ne faisait pas de poids face à la force conjuguée de deux hommes adultes en pleine forme, la boue lâcha prise tout d’un coup. Le commissaire se retrouva alors projeté en avant, la tête la première, sur le sol gluant. Il glissa sur le ventre sur exactement 1m et 23cm.

Furieux, Magret se releva et émit des jurons que la décence ne me permet pas de transcrire ici.

Starky, peu envieux de s’attirer les foudres du commissaire, préféra s’éclipser. Poivrot, qui n’avait pas le choix, aida son chef à se relever et découvrit que le bourbier où s’était enlisé le commissaire avait gardé en souvenir l’une des chaussures de celui-ci.

Le commissaire Magret mit un peu de temps pour se calmer et à être capable de produire une phrase intelligible.

« Poivrot ! Ramenez-moi au commissariat, nous n’avons plus rien à faire ici !… en fait non ! Ramenez-moi chez moi, j’ai froid aux pieds ! »

Sur ce, le commissaire et son second quittèrent le parc de la Promenade des Amoureux.

 

Le commissaire, avec l’aide de son cher brigadier Poivrot, avait passé le reste de la journée suivant cette macabre découverte à enquêter sur la personnalité et le passé des victimes. Essayant de faire un lien entre ce double meurtre là et celui qui avait eu lieu la semaine précédente, histoire de voir si l’assassin agissait au hasard ou si ces meurtres étaient mûrement réfléchi à l’avance, de manière à établir le profil du meurtrier.

Ce qu’ils découvrirent après cette longue suite d’interrogatoires et d’enquêtes auprès des familles et des amis des victimes, ce fut qu’officiellement Tristan L’Ecuyer et Iseut Labêle ne se connaissaient pas et qu’ils n’avaient absolument aucun point commun avec Juliette et Roméo Monpulet.

Iseut Labêle était une jeune fille dynamique de 22 ans qui étudiait l’écologie à l’université de La Rochelle en semaine et était originaire de Sainte-Gudule où habitaient toujours ses parents. Par ailleurs, elle travaillait comme serveuse durant les week-ends dans un restaurant du Gabut (un quartier de La Rochelle), restaurant où elle travaillait à plein temps en été. D’ailleurs cette semaine elle aurait dû se trouver à la Fac et non dans un sinistre parc à moitié inondé.

Tristan L’Ecuyer, lui, était un jeune homme de 28 ans qui vivait de petits boulots à droite et à gauche, jouant les guides touristiques à la saison et les livreurs de journaux ou les livreurs de pizzas le reste de l’année. Il vivait seul dans un petit deux-pièces de la Rue-des-Cagouilles. Les policiers n’avaient rien trouvé d’extraordinaire chez lui, à part peut-être une caisse remplie de sucettes et un message sur le répondeur de son téléphone portable de la part d’un certain Capone.

Les Monpulet, quant à eux, étaient un couple de parisiens venus s’installer à la campagne quelques mois plus tôt. Roméo Monpulet était agent d’assurance sur Niort et Juliette Monpulet s’occupait d’une petite boutique d’art qu’elle avait acheté en s’installant à Sainte-Gudule.

Bref que des braves citoyens sans rien à se reprocher et sans lien entre eux.

Cette enquête se révélait être une impasse.

 

Le 6 février au matin, le commissaire Magret découvrit sur son bureau le rapport du médecin légiste ainsi qu’une boite contenant les pièces à conviction numéro 3 et 4 (C’est à dire les flèches ayant servi à tuer les victimes.)

Le commissaire s’installa dans son antique fauteuil pour étudier tout ça à l’aise. Peut-être y avait-il du nouveau.

« POIVROT ! » cria-t-il à la cantonade.

Le brigadier apparut dans la seconde qui suivit.

« Allez me chercher un café !… Immédiatement ! »

Poivrot disparut aussi vite qu’il était venu.

Le commissaire ouvrit d’abord la boîte contenant les flèches. Chaque arme était conservée dans un sachet en plastique scellé. La lumière fit briller les objets. Magret en prit un et le soupesa. Il devait bien faire plus de cinq cents grammes. Il reposa l’arme du crime dans la boite et s’intéressa de plus près au rapport du légiste.

La lecture ne lui apprit rien de neuf. Mort instantanée provoquée par une flèche en plein cœur. Le décès remontait à minuit la veille de la découverte des corps dans le parc. D’ailleurs les victimes étaient belles et bien mortes là où on les avait trouvées, les corps n’avaient pas été déplacés.

Sinon Holmse avait fait analyser les flèches par des spécialistes. Il s’agissait de flèches de 812g en or 24 carats. Magret jeta un coup d’œil, par dessus les feuilles du rapport, à la boite contenant les flèches dont il était question. Il y avait là plus d’un kilo d’or pur. Il devait y en avoir pour plus de dix mille euros de métal précieux. Si on ajoutait à ces flèches celles du meurtre précédent, il y en avait pour une véritable fortune. L’assassin était non seulement un psychopathe mais en plus il devait être sacrément riche pour s’offrir des joujoux de ce prix.

La semaine précédente, le lieutenant Colombeau et le commissaire Magret avaient tout les deux essayé de déterminer la provenance de ces objets ou celle de l’or qui les composait. Ce fut un échec. Cette piste ne les avait menés nulle part. Une impasse !

Le brigadier Poivrot revint et déposa sur le bureau de son supérieur un gobelet « J’aime la police ! » contenant un liquide noirâtre et fumant.

Le commissaire prit le gobelet sans vraiment y prendre garde et se brûla la lèvre.

« Triple imbécile ! » cria-t-il sur le brigadier qui n’y était pour rien.

Le commissaire reposa le gobelet en faisant attention à ne pas s’ébouillanter une nouvelle fois. Il reprit alors la lecture de l’expertise des armes du crime. Le brigadier Poivrot resta un moment à contempler les flèches d’or poli qui brillaient sur le bureau.

Soudain le commissaire jeta le rapport sur le bureau et attrapa brusquement l’une des flèches. Il l’examina sous tous les angles. N’arrivant pas à trouver ce qu’il cherchait, il reposa l’objet et se mit en quête d’une loupe.

Il fouilla tous les tiroirs de son bureau mais ne trouva pas cette fichue loupe.

« Poivrot ! Allez me chercher une loupe !»

Un peu perplexe face à cette demande, le brigadier mit un peu de temps à réagir.

« Et que ça saute ! » cria le commissaire.

Cette fois, le brigadier disparut dans le couloir à la recherche de la sacro-sainte loupe.

Le commissaire relut attentivement le rapport d’expertise des flèches. Mais oui ! Mais oui ! L’expert avait bien découvert des inscriptions sur les objets. Une piste ! Ils avaient une PISTE !

Le hic était que personne n’avait pu identifier de quelle langue il s’agissait. Le commissaire contempla quelques instants les transcriptions qui avaient été faites dans le rapport. Il s’agissait d’une suite de symboles compliqués, ne correspondant à aucune langue connue par le département de police scientifique.

Pourtant le commissaire trouvait ces symboles étrangement familiers. Il était sûr d’avoir déjà vu des symboles ressemblant à ceux là quelque part, et il n’y avait pas longtemps.

Le brigadier réapparut tout essoufflé en brandissant une loupe. Il n’avait pas réussit à en trouver une dans le commissariat et avait dû aller l’acheter à la papeterie au coin de la rue. Le commissaire lui arracha l’objet des mains et examina l’une des flèches avec minutie. Il put ainsi voir de ses propres yeux l’inscription comportant pas moins de 52 caractères qui s’étiraient tout le long de l’arme du crime.

N’arrivant désespérément pas à ce souvenir d’où il avait déjà vu ce genre d’écriture, Le commissaire Magret reposa la flèche et reprit la transcription qui était dans le dossier.

« Poivrot ? Ceci vous rappelle-t-il quelque chose ? » demanda le commissaire en tendant la feuille au brigadier.

Le brigadier Poivrot observa le dessin un moment, puis il fit pivoter la feuille sur elle-même au cas où ce changement d’angle lui éclaircirait la mémoire. Il se gratta le menton en signe de réflexion intense.

Puis, tous à coup, il reposa la feuille sur le bureau et s’enfuit littéralement de la pièce.

« Poivrot ? » s’inquiéta le commissaire face à ce départ précipité. Mais le brigadier était déjà bien loin.

Magret réexamina le dessin sous tous les angles pour essayer de comprendre ce qui avait provoqué la réaction de son subordonné. Il ne trouva pas.

Quelques minutes plus tard, le brigadier Poivrot réapparut comme par enchantement. Il tenait un dossier dans les mains. Il le déposa grand ouvert devant son supérieur.

Le commissaire examina les feuilles qui lui étaient présentées. Il reconnut une affaire qui avait été classé trois mois plus tôt. Une affaire de vandalisme dans l’ancien cimetière de Sainte-Gudule. Cette affaire avait permis de démanteler une secte satanique qui s’était installée en ville et qui pratiquait des rituels macabres dans des endroits plus sinistres les uns que les autres.

Le brigadier Poivrot avait ouvert le dossier sur une photo de la crypte où se réunissaient les adeptes de la secte et où ils disaient pratiquer la magie noire et la sorcellerie. Le commissaire remarqua alors les inscriptions en grandes lettres rouges qui s’étendaient sur les murs, sur la voûte et sur le sol de la crypte, il s’agissait du même genre de symboles que ceux de la flèche.

Le responsable de la secte avait avoué qu’il s’agissait d’écriture de sorcellerie mais qu’il n’avait pas la moindre idée de leurs significations. Il s’était juste contenté de les recopier à partir d’un vieux grimoire qu’il avait déniché au marché aux puces de Montreuil, à Paris.

La secte satanique ? Pouvait-elle vraiment être derrière les deux doubles meurtres ? Le commissaire jeta un coup d’œil en direction des deux flèches d’or 24 carats qui étaient soigneusement rangées dans une boite sur son bureau. Il doutait que cette secte ait pu commettre ces crimes car ses adeptes étaient âgés tout au plus de 21 ans et ils étaient pauvres comme Job. Certains erraient même d’un foyer d’accueil pour sans abri à l’autre. Même en mettant en commun la totalité de leurs biens, ils n’auraient pas pu acheter le dixième d’une seule flèche d’or. Et il y en avait quatre !

Le commissaire soupira. Sa piste menaçait de tomber à l’eau comme toutes les autres. Une écriture de sorcellerie. Ça lui faisait une belle jambe, il ne connaissait personne susceptible de lui traduire ce qu’il y avait d’écrit sur les flèches. Il n’avait pas de sorcier ou de sorcière dans ses connaissances, ni dans le personnel de la police.

Puis il eut une idée. Certes il n’en connaissait pas, mais cela devait pouvoir se trouver, nom d’un chien. Cela valait le coup d’essayer, il n’avait pas d’autre piste, autant voir jusqu’où elle les mènerait.

« Poivrot ! Allez me chercher un annuaire des Pages-Jaunes. » ordonna-t-il à son second. Il ne savait pas par où commencer ses recherches, autant commencer par là, c’était le plus simple.

Le brigadier disparut dans le couloir en se demandant bien pourquoi le chef avait besoin d’un annuaire des Pages-Jaunes.

Il revint un peu plus tard chargé d’un énorme annuaire national des Pages-Jaunes.

Le commissaire le feuilleta à la recherche de « Sorcellerie ».

Soin à domicile…. Soins esthétique corporel : matériel…. Soins hors d’un cadre réglementé… Sonorisation, éclairage… Soudure : matériel et fournitures….

Pas de sorcier ou de sorcellerie.

« Poivrot ? D’après vous comment peut-on mettre la main sur un sorcier ou une sorcière ? demanda le commissaire.

— Dans les Pages-Jaunes ? » s’étonna le brigadier. Il se gratta le menton. « Regardez à ‘Praticien Occulte’ c’est comme ça qu’ils préfèrent qu’on les appelle si je me souviens bien… » finit-il par proposer.

Le commissaire fit tourner rapidement les pages de l’annuaire.

Poste… Poterie…Pots d’échappement… Praticiens Occultes !

Euréka ! Il y en avait une liste qui s’étalait sur deux pages complètes. Quelle belle invention que les Pages-Jaunes ! Maintenant restait à en trouver un pas trop loin de Sainte-Gudule.

Le commissaire survola rapidement les centaines de noms qui figuraient là… Beaufils… Beloirs… Ciredutemps… D’Alembert… Delacours… Edora… Elinas… Gandalfe… Granger… Maxime… Mélusine… Méliore… Merlin… Morgane… Oggs… Orphée… Palestine… Potter… Pressine… Percevault…Radburot… Saroumanne… Vandenloo…Viviane… Xanatos… Zoroastra…

Mon Dieu ?! Comment faire pour en trouver un en particulier dans cette interminable liste ?

« Poivrot ! Allez chercher du café ! Nous allons en avoir besoin, Trouver un sorcier près de chez nous, c’est comme chercher une aiguille dans une meule de foin… la matinée va être longue. ! »

 

Après deux heures de travail acharné, le commissaire, avec l’aide précieuse du brigadier Poivrot, était parvenu à réduire considérablement la liste en éliminant tous les sorciers qui habitaient à plus de deux cents kilomètres de Sainte-Gudule. Mais il en restait tout de même une centaine.

Les deux policiers s’accordèrent une pause déjeuner au bistrot situé en face du commissariat.

Suite à ça, ils reprirent leur quête assidue d’un sorcier ou d’une sorcière dans les environs de Sainte-Gudule. Après un long moment de repérage sur une carte, la liste se réduisit à trois noms dans un rayon de 25 km : Pressine Marie-Christine, Freton Aranael et Vandenloo Cunégonde et Gertrude.

Leur choix se porta alors sur les Vandenloo car elles avaient l’avantage d’être deux à la même adresse. C’était un plus, cela signifiait avoir deux avis pour le prix d’un seul déplacement.

« Poivrot ! Allez chercher une voiture. L’enquête redémarre ! » s’exclama le commissaire.

Cette fois, il tenait une piste solide et n’allait pas la laisser passer.



Un très très grand merci à Alixe pour les corrections!

:-)


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