accueil Accueil Lire Lire Écrire Écrire Fiches de lecture Fiches de lecture Forums Forum
Le site
Accueil Lire Écrire Fiches de lecture
Communauté
Forum Concours Liste des membres Visiteurs (9)
Membre
Connexion Inscription
Recherche
dans :
Recherche avancée
Publicité
Partenaires

« Dream Brother » - chapitre 2 : « Mai 1998... » — L'Encrier
Vous êtes ici => Accueil > Liste des histoires > « Dream Brother », par Angie C. - - - > Chapitre 2 : « Mai 1998... » -
L'histoire Ce chapitre
Publié : le 11/05/2008 à 22h50 - Mise à jour : le 09/07/2008 à 18h44 - Commentaire(s) : 2 - Lecture(s) : 581 - Chapitre(s) : 14 - Mots : 89354 - Complet : non - AMR : 14 - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 Publié : le 12/05/2008 à 20h11 - Modifié : jamais - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 40 - Mots : 6809

<< >>


We don't need no education, We don't need no tought control. No dark sarcasm in the classroom, hey teacher, leave us kids alone. All in all you're just another brick in the wall !

NB : petit jeu : le but, c'est de trouver la citation du chapitre à chaque chapitre ( celui là, il est facile ) 

Mai 1998...

Il sifflote en traversant la chambre. Il saute par-dessus le rebord de la fenêtre, pose son assiette de cookies et sa bouteille de coca sur le toit du garage. C’est comme sa terrasse personnelle, et là-haut, personne ne peut l’emmerder. Les deux seuls accès sont le mur - à escalader - et sa fenêtre - mais interdiction de passage sans son accord. Autant dire que cette plate-forme inclinée de tuiles fait partie de son appartement privé.
Il revient dans la maison, débranche l’ampli, le tire jusqu’en dessous de la fenêtre, rebranche. Au tour du jack. Prendre le plus long, puis empoigner Fender et s’installer confortablement sur les tuiles chaudes. Prêt pour un super samedi de farniente. La porte est fermée à clé, il a fait ses provisions, tout est OK.
Il allume l’ampli, joue quelques notes. Bien, elles ont l’air de sonner dans toute la rue. Prêt pour emmerder tout le quartier, mon petit Welk ? Ses parents, en bas dans le jardin, ont levé la tête. Pas de remontrances, mais un regard qui le fusille sur place. Il se ménage un sourire innocent. Les parents ne pourront pas escalader le mur, il faudrait pour ça qu’ils soient plus sportifs et surtout moins vieux !
En bas, la pelouse est d’un vert éclatant qui fait mal aux yeux. Nick est de corvée tondre-la-pelouse. En toute logique lui aussi, mais son frangin peut toujours courir pour qu’il se bouge.
Il grignote un cookie, lance quelques miettes plus loin, pour les oiseaux. Les oiseaux sont sympas et pas chiants. Et ils savent chanter, eux. Des cookies donc pour les héros du jour - lui, guitare et voix ; les volatiles pour les chœurs. Concerto pour guitare et oiseaux. Marrant comme idée. Il devrait essayer de l’écrire.
Il reprend Fender - sa compagne adulée - et décide… de réveiller les voisins, tiens. Metal on the street ! Un groupe cool, qui déménage, et dont il connaît les tablatures, tant qu’à faire… Sepultura ! Oui, oui, c’est un éclair de génie ! Mesdames et Messieurs, le soleil brille et DEBOUT ! ! Tant pis pour les bonnes résolutions, il met le volume au maximum, et même s’il n’a pas de micro, il s’égosille pour que tous entendent, se tenant sur le bord du toit…
Les parents gueulent, hurlent et font de grands gestes. Nick arrête sa tondeuse et les rejoint. Les Keanan, qui habitent à côté, sortent leur tête par les fenêtres, surpris. Ils le voient, lui font un signe de main plutôt conciliant, mais lui demandent gentiment de jouer moins fort. Il fait semblant de ne pas comprendre et continue en sautillant d’un bout à l’autre de son toit. Hé, la vie est belle, quoi ! Qu’ils sortent de leurs taupinières et viennent danser avec lui, c’est le week-end ! ! Il finit son morceau en beauté, sans même que Nick ait eu le temps de grimper jusqu’à lui et de tirer sur le jack.
Alors il s’arrête au milieu de sa terrasse improvisée, éclate de rire.
« BONJOUR TOUT LE MONDE ! » il hurle.
Déjà, en bas, les parents commencent à protester. Ils le traitent de fou, de malade. Ce sont eux les malades. Ils sont malades de ne pas s’amuser, voilà tout. Il a bien envie de les provoquer, mais non, ils risqueraient de tout faire pour gâcher sa journée.
Il recule, se laisse tomber près de sa bouffe, avale une rasade de coca. Se remet à la musique et cette fois-ci plus calmement, plutôt pop-rock et punk-rock. Il ne faut pas trop pousser, et plus tard dans la matinée et l’après-midi, les voisins apprécieront. Les Keanan surtout. Ils sont géniaux et pas rabat-joies, eux. Et puis…
Rock n’ roll is not a crime, d’abord. Il a envie de s’amuser et de le faire librement. Peut-être a-t-il un grain de folie. Mais qu’est-ce qui fait que quelqu’un est fou et les autres pas ? Bonne question, non ? La réponse est que le fou ne pense pas comme la majorité de ses congénères. Mais pourquoi les congénères auraient-ils raison ? Il s’en fiche, il joue et chante, et rien d’autre n’a d’importance. Rockmusic forever, voilà tout.
* * * * * * *
 
 
« Putain, j’ai rien révisé ! »
Denis s’agite à côté de lui. Il le regarde passivement, vaguement intrigué.
« Réviser pourquoi ? » il lui demande.
Denis répond qu’il s’agit du contrôle de maths, prévu depuis… un certain temps. Lui, il ne se souvient pas en avoir entendu parler.
« J’étais pas là », il lance en haussant les épaules.
De toute façon, ça ne change rien, il est nul en maths. Il ne comprend pas ce qu’on lui raconte. On tente de leur expliquer des choses dont il ne voit pas la finalité. Les produit scalaires, les barycentres… Qui les a inventé ? Dans quel but ?
On ne leur dit jamais le pourquoi du comment, et lui, il n’imprime rien, du coup.
« T’es jamais là, Welk ! Tu planes tout le temps !
_Ouais, peut-être. »
Rien n’est concret dans les problèmes de maths, et il n’en voit pas l’utilité. C’est vraiment ça, en fait, qui le gêne. Il est capable de calculer… quand ça l’intéresse.
Une fois, il avait calculé la hauteur d’un arbre. Comme ce type qui voulait mesurer les pyramides. Avec l’ombre. Ca c’était intéressant, vu qu’il grimpe souvent sur cet arbre _ magnifique, avec de grosses branches et un tronc puissant et rugueux . Il sait à présent que lorsqu’il se cassera la gueule de son perchoir, il fera une chute de 5 mètres, ce que sera plus douloureux qui s’il avait été à 2 mètres. Là, la raison et le bon sens de ce calcul était évident. Mais quant à savoir à quel moment deux trains se croiseront… Ce n’est pas dans ses préoccupations quand il voyage en train. N’en a rien à battre du train d’à côté, il va dans l’autre sens et ce n’est pas sa destination. Un problème stupide qui ne l’avance à rien… Encore, si les deux trains empruntaient la même voie… Mais ce n’est jamais le cas dans ce genre d’exercices !
Ils arrivent devant la salle, entrent, s’asseyent. Les tables sont toutes bien séparées, forcément, pour éviter qu’ils s’entraident tous. Le prof les regarde derrière ses lunettes sans dire mot. Toute la classe est rentrée, maintenant.
Lui s’est assis près de la fenêtre ouverte. Autant s’arranger pour avoir une occupation pendant ces deux longues heures.
Le prof distribue les énoncés. Il lit la feuille. On lui aurait parlé chinois, ça aurait eu le même effet. Il ne comprend rien, ni pourquoi il doit démontrer telle ou telle chose. Tant pis. Il écrit soigneusement son nom et sa classe sur sa copie, reprend le premier exercice. C’est une histoire de cercle avec des angles et des sinus et des cosinus…
Il faut simplifier les expressions, dit la consigne. Comment fait-on ? Il a de vagues souvenirs. Mais à quoi ça peut bien servir des conneries de cercle en radians alors que tout le monde parle en degrés en ne s’encombre pas avec des p , p/2 etc ? Il lance un coup d’œil dehors. Des élèves jouent au football. Quelle bande de chanceux, ils ont décidé, eux, de jouer au football, on ne le leur a pas imposé !
Il décide d’abandonner. Un F de plus, un F de moins… Il ne fait plus trop la différence. Il s’absorbe dans la contemplation du match, réfléchit à des stratégies pour chacune des équipes.
Il joue avec son stylo, le fait tournoyer sur sa table.
Il observe ses voisins. Ils s’arrachent les cheveux sur ce contrôle, pour la plupart. Certains ont des anti-sèches, dans leur trousse ou leur calculatrice. Ils sont tous penchés sur leur table, concentré sur des feuilles qu’ils n’arrivent pas à remplir pour certains. Ca a l’air d’être important pour eux. Pas pour lui.
Le prof le fixe. Le prof est impassible, mais il sait que ce n’est qu’une apparence.
« Monsieur Welk ?
_ Oui Monsieur…
_ Sortez. » Ordre autoritaire et sec.
Les élèves ont levé la tête, ces curieux.
« Vous m’énervez, Welk.
_ Vous aussi m’énervez Monsieur
_ Vous vous moquez de moi ? »
Il sourit intérieurement. Cette discussion commence à l’amuser, et le prof finira bien par perdre son calme.
« Peut-être, Monsieur, il répond innocemment.
_ Welk, vous perdez votre temps dans ce cours et dans ce lycée…
_ Je me disais, aussi…
_ Welk, ne me cherchez pas !
_ Ah, mais j’en donne l’air ?
_ On manque de main d’œuvre, vous seriez plus utile en travaillant…
_ Pas forcément.
_ Oui… ( du mépris dans la voix.) Avec votre paresse.
_ Le stress est responsable de pas mal de maladies
_ Vous ne risquez pas d’être atteint, dans ce cas. Vous vous fichez de tout.
_ Mais c’est ça le secret du bonheur ! »
Il conclut la conversation, triomphant. Charmante petite joute verbale. Le prof écume de rage, et la classe ne s’intéresse plus qu’à ses réparties. Les autres l’admirent un peu, mais il sent qu’ils le trouvent fou de se saborder aussi consciencieusement et avec autant de joie. Le prof cherche à se contenir, et c’est marrant.
« Sortez Welk ! » Grincement de dents, voix acerbe.
« Mais avec plaisir, Monsieur.
_ Vos parents seront convoqués…
_ Vous connaissez leur numéro…
_ Sortez ! »
Il range docilement ses affaires, attrape tranquillement son sac et noue sa chemise autour de sa taille. Il échappe aux deux longues heures d’ennuis, en fin de compte. Il prend le chemin de la porte, quitte la salle. Salut et à plus, les bagnards ! Lui est libre, il va aller dormir dehors, taper un coup dans la baballe avec les autres toutous humains, écouter une K7 sur son walkman, le son au maximum…
Il traîne les pieds dans le couloir, fait une pause aux toilettes, puis il va dans la cour, fumer sa Lucky Strike. Il voir devoir encore passer chez le principal, encore essuyer des tempêtes de remontrances… Mais si on voit le bon côté des choses, il fait trop beau pour s’aliéner sur un contrôle de maths dans une salle grise. Les gamins, quand il faut beau, leurs parents les virent dehors et refusent de les voir enfermés, non ? Les adultes les considèrent encore comme des gamins, rester en maths aurait été illogique. Faut savoir ce qu’on veut…
Il souffle la fumée. Lui, tout ce qu’il veut c’est qu’on lui foute la paix.
 
* * * * * * *
 
 
Le matin tout est calme, dehors, dans les rues. L’air est frais, mais ça ne reste qu’une illusion, et il le sait. Les jours deviennent étouffants. Très vite il doit quitter sa veste chaque matin à cette période, et c’est comme ça chaque année. Les maisons sont encore endormies. Il ne rencontre seulement quelques lycéens qui comme lui vont en cours. Nick marche devant lui d’un pas rapide. Comment son frangin peut-il être aussi pressé d’arriver ? Ils vont rester encore une journée le cul sur une chaise, à attendre il ne sait quoi, et lui veut profiter un peu de l’accalmie du chemin de l’école _ c’est à dire remonter sa rue, bifurquer à droite dans Main Street, traverser le quartier puis prendre à gauche dans University Avenue, et là apparaît le bâtiment maudit, avec une jolie plaque en fer « High School ». Le trajet est plutôt sympa, l’arrivée bien moins. Il prend tout son temps, et à la fin il doit toujours courir pour ne pas être trop en retard.
Le ciel est bleu et profond, et des aigles planent par moment. Il reste le nez en l’air juste pour les observer. Il shoute dans un caillou, il cueille une fleur et la glisse dans ses cheveux. Il y a un peu de vent et ça l’amuse. Il marche au milieu de la route, sur la ligne blanche. Il siffle en réponse aux oiseaux qui sont dans les haies. De rares voitures passent. Tout est calme. Le réveil d’une petite bourgade du South Dakota. Il regarde les affiches sur les fenêtres des commerçants et les murs, furète dans les jardins, caresse un petit chien…
« Andrew, grouille-toi ! »
Nick l’appelle, mais il ne se presse pas plus. Au loin, il voit les sommets des Black Hills qui se découpent à l’horizon. Des nuages blancs et rose s’accrochent aux cimes et ça leur donne quelque chose de fantastique. On dirait une carte postale. Pendant les vacances, il ira traîner ses guêtres là-bas, il s’en fait la promesse.
Sur une pelouse, un système d’arrosage automatique s’est déclenché. Nick a pris beaucoup trop d’avance, dommage, ç’aurait été drôle de l’éclabousser un peu… C’est d’ailleurs valable pour lui-même. L’eau, ça rafraîchit, et par ces chaleurs caniculaires c’est toujours bienvenu. Il s’avance sous le jet, tend son visage aux gouttelettes. Ses vêtements sécheront vite, il n’a pas à s’en faire. La vie est belle, en fait. Grande réflexion philosophique, mais aucun prof de philo n’y a jamais accordé d’importance.
Il tire une cigarette de son paquet, la fume en observant un feu tricolore avant de traverser une rue. C’est moche de devoir aller au lycée, il pense en marchant nonchalamment le long d’un trottoir. Il y a tellement de choses à découvrir et à voir de par le monde !
Il aperçoit une pendule devant une boutique… Merde, il est déjà en retard ! Il écrase son mégot dans le caniveau, réajuste les bretelles de son sac et accélère le pas pour finir par courir du plus vite qu’il le peut. Le bâtiment honni se profile au bout de l’avenue. Ca a sonné et il est encore loin. Il traverse en arrêtant une voiture. Sa veste et son T-shirt lui battent les côtes, il manque de marcher sur un de ses lacets, de s’étaler de tout son long sur le bitume…
Il s’engouffre à temps dans le hall avec les derniers élèves. Regard torve de la part de l’accueil. Il est essoufflé, la journée commence.
 
* * * * * * *
 
 
Le programme de la journée. C’est une sortie scolaire qu’on fait en fin d’année, en complément des cours. Visite du Fort Pierre, près du fleuve. Puis divers bâtiments et institutions administratifs et judiciaires. Il n’a pas trop fait attention à ce programme pour le moins insipide selon ses critères. Il ne compte pas suivre la classe dans ces si instructives attractions. La ville de Pierre est grande, c’est la capitale du South Dakota et, soyons sincère, elle comporte bon nombre d’intérêt. Et aussi, il n’a pas souvent l’occasion de venir.
Il est un peu en retrait du groupe d’élèves, mais suffisamment proche pour ne pas éveiller les soupçons de la prof. Il se doit de rester discret, surtout. Qu’elle ne se doute de rien.
La prof fait l’appel et égrène les noms d’une voix mécanique. On dirait un robot, il rigole sous cape. Son nom à lui est en fin de liste. Quand la prof prononce « Welk » machinalement, il répond un « ouais » nonchalant. La prof lui lance un rapide coup d’œil, lui reste impassible - ne pas la provoquer.
Puis la prof commence un petit speech tout à fait platonique, sur Fort Pierre qui se dresse derrière elle et cette merveilleuse journée pleine de découvertes et de joies. Ca le fait doucement rire, mais il n’en laisse rien paraître - ne pas se faire remarquer. A quelques pas devant lui, il y a Craig et il l’interpelle en tirant sur son sac. Craig se retourne, un peu agacé, mais si c’est Welk, Craig ne dit rien. Même dans cette délicieuse fumée de marijuana qui noie son cerveau, Craig arrive à faire la connexion Welk = pote. C’est d’ailleurs pour ça qu’il s’adresse à Craig. Une personne en laquelle il peut avoir relativement confiance - du moins pour ce qui concerne les profs et les règlements à contourner, pour l’herbe, c’est à voir, tout est de savoir s’il veut fumer ou pas.
« Mec, si elle demande dans la journée où je suis, tu lui réponds aux chiotes ou un truc comme ça, OK ?
_No problem ».
Voilà, il a un complice infiltré, il peut se tirer sans s’inquiéter, mais rien ne l’inquiète réellement, alors… Le plus dur reste à faire pourtant. Quitter tout ce troupeau pour vivre sa vie en toute liberté.
La prof a fini son médiocre petit discours, elle a encore parlé pour ne rien dire, mais bon, on ne lui en voudra pas, et tous entrent dans Fort Pierre. Lui traîne un peu, il est en périphérie du groupe, tout derrière. Il repère un renfoncement et s’y met au passage, pour attendre, et quand tous ont disparu, il sort son parquet de Lucky Strike, coince une clope entre ses lèvres, l’allume et sans plus de cérémonie se casse de là rapidement.
Il ne sait pas où aller, mais ce n’est pas grave, il veut juste flâner dans les rues et aviser après, au fur et à mesure que les évènements se présentent. La spontanéité, quoi. Rien ne l’intéresse précisément. Il décide de descendre Rose Ln et de longer le fleuve. S’éloigner du car, et du reste de la classe. Sur les berges, il regarde les bateaux et les bacs, les uns transportant des marchandises au loin, les autres faisant passer les autochtones d’une rive à l’autre. Sympa, presque pittoresque. Le long du fleuve, d’autres gens se baladent comme lui. Des passants. Il les regarde, sourire en coin. Il s’en amuse. Certains trottent avec un attaché case à la main, en costar-cravate. D’autres font leur jogging. Il y a deux catégories de joggeurs : ceux, assez gras du bide, qui espèrent brûler les calories et les kilos par la même occasion, et qui, quand ils rentrent chez eux, se jettent sur des parquets de chips. La deuxième espèces de joggeurs, elle, par contre, n’a pas besoin d’un diététicien, mais plutôt d’un bon psychologue. Ceux-ci sont persuadés d’avoir des kilos à perdre, quand bien même ils auraient la peau sur les os.
Tout ceci est bien charmant, mais c’est aussi bien futile et le lasse vite. Il prend trop les gens en pitié. Se moquer ne dure du coup que très peu de temps - le temps de se rendre compte à quel point l’homme moderne est pathétique. Un moment, il avise une pelouse et décide de s’y allonger pour un petit somme réparateur, mais deux gamins qui se chamaillent le dérangent et l’énervent, et au bout de quelques minutes, il délaisse la rive pour errer à droite et à gauche dans la ville, déambuler le long des rues et des avenues.
Il finit par arriver à un centre commercial, et il s’installe au rayon BD de l’hypermarché pour se gaver les yeux de comics et d’histoires en images de tout genre. Des souvenirs d’enfance qui refont surface avec Superman ou Tintin…
Quand il en a assez, il fait un détour par le rayon CD, mais ce rayon est bien maigre. Juste des nullités de boys band, ou alors du rap. Quelques trucs de rock, mais les plus connus. Non, il le sait, pour les disques, il faut aller chez un disquaire, un magasin spécialisé. Puis ici aussi, il a épuisé tous les sujets d’intérêt. Les temples de la consommation l’écœurent, au fond. C’est trop aseptisé et trop… froid, indifférent.
Il rejoint la route 83, la traverse, et suit de l’autre côté la voie ferré en marchant entre les rails. Au détour d’un talus, un chien errant lui gueule après, mais le chien n’est pas méchant, ils jouent ensemble. C’est une sorte de chien-loup croisé avec un labrador. Le chien est jeune et marrant, mais maigre et affamé. Il lui offre son sandwich. Le chien l’avale en deux bouchées et lui lèche les doigts pour récupérer les dernières miettes en remuant la queue. Il lui caresse la tête, il s’est fait un nouveau copain. Vers midi, le chien _ qui ne le lâche plus d’une semelle - et lui rejoignent le centre-ville. Lui s’achète un hot-dog et une bière à un snack, et il déjeune sur le bord d’un trottoir, dans une rue paisible.
Il pense vaguement à ses camarades de classe qui doivent s’emmerder ferme et se demande si la prof a remarqué son absence et si Craig a bien joué son rôle si c’est le cas… Peu importe, lui n’est pas là-bas à s’ennuyer, lui prend l’air avec un chien perdu.
Il sort son walkman, l’accroche à sa ceinture et met les écouteurs dans ses oreilles. Il se lève, réajuste le sac. Le chien lui tend un museau interrogateur.
« Ouais, je bouge, si tu veux venir… »
Le chien se lève à son tour, renifle son jeans et lui emboîte le pas au petit trot tranquille. Sympa ce clébard, il aimerait bien le ramener chez lui, en fin de compte, mais il sait que ça ne va pas être facile… Il verra au moment de partir s’il peut l’introduire dans le car sans que personne n’y fasse attention.
Il entend un brouhaha qui vient d’une rue annexe, beaucoup plus large - une avenue, peut-être - et ça l’intrigue. Il y a beaucoup de gens, des pancartes, des banderoles, une clameur : c’est une manifestation. Voilà quelque chose de grand intérêt et il se glisse au milieu des manifestants. Son pote le chien-loup/labrador, lui, est resté en retrait et le regarde en couinant avec des yeux implorants. Le chien semble avoir peur de toute cette foule, et ils se quittent donc là sur ces adieux déchirants, le chien retourne à ses poubelles. A un de ces quatre, gars. Lui se tourne vers ses compagnons qui braillent des slogans à tue-tête. Il ne sait pas encore quelles sont leurs revendications, mais apparemment il s’agit d’une usine qui doit fermer.
« Qu’est-ce qui s’est passé exactement ? » il demande à un homme à côté de lui.
Le type a l’air sympathique mais triste et en colère.
« Oh, ils veulent fermer la scierie, on coûte trop cher. »
Le ton est amer. Un autre, plus âgé, lui fournit plus d’explications : ils sont 400 à être licenciés. Aujourd’hui, ça revient moins cher d’installer son entreprise dans des pays lointains où l’on sous-paye les gens. Son interlocuteur s’appelle David et a travaillé toute sa vie dans cette scierie, de toute façon, David est trop vieux pour retrouver un travail ailleurs.
Un peu plus loin, David lui montre une maman avec ses trois enfants qui tiennent haut un drapeau : Elle s’appelle Roxanne, elle est mère célibataire. Et cet homme virulent, juste à côté de lui, se nomme Jim, il est là avec sa femme Katie, le couple va être licencié aussi. Tous sont de futurs chômeurs.
Lui les dévisagent tous, attristé, et s’insurge. C’est injuste, anormal, et il sent sa hargne se réveiller. Il se met à gueuler en chœur avec Jim. Au moins auront-ils tenté quelque chose, et il veut les aider… Katie lui explique leur plan. Le cortège traverse la ville et continue jusqu’à la scierie. Là, ils en bloqueront l’accès et réquisitionneront le matériel et les matériaux, et aussi les commandes de clients qui n’ont pas encore été envoyées.
« Ils verront bien comme ça qu’ils ont besoin de nous ! »
Lui approuve leur plan. Ce n’est pas vraiment mauvais, et ça peut porter ses fruits. Il espère bientôt arriver à l’usine. Ici, la chaleur est écrasante, rehaussée par la pollution de l’air - le gros inconvénient des bagnoles… ça dégueulasse tout. Par endroit, le bitume a fondu. Ca brille, c’est gluant, il évite consciencieusement les flaques. Et puis, il est sûr qu’il va choper une insolation ou des coups de soleil. Quelques bouteilles d’eau circulent dans les rangs. Il boit quelques gorgées, ça désaltère et ça revigore ses malheureuses cordes vocales éreintées.
Entre deux refrains, les conversations vont bon train entre les manifestants. On crée des liens, de nouvelles amitiés. Tout est très convivial, amical, et s’il n’y avait pas l’ombre du licenciement, ça en serait presque festif. Une autre ombre plane aussi sur eux : celle des flics qui les entourent et avancent avec eux en les surveillant. Ca, il aime beaucoup moins. Il leur jette de temps en temps des regards méfiants. On n’est jamais certain des comportements de ce genre de pitbulls. Sur le passage de leur manif, les gens les regardent. Certains sont agacés du chamboulement que ça fait, d’autres les acclament et viennent grossir les rangs. Et puis, il y a ceux qui râlent et qui sont absolument contre.
Lui se démène comme un beau diable. A dire vrai, la cause en vaut la peine, et sa voix couvre celle de Jim. Il est fier d’être là, fier d’être plus ou moins utile, fier de s’exprimer. Quelque chose l’a pris dans les tripes, et c’est de tout son cœur qu’il hurle et qu’il marche d’un bon pas, un des gamins de Roxanne sur les épaules. Oui, il faut réagir devant cette situation, oui, il faut le faire savoir au monde entier et drainer le plus de personne possible dans son sillage, oui, ses compagnons ne se laisseront pas faire, et si Monsieur World Compagny s’y oppose, lui sera en première ligne pour lui botter le cul.
Bientôt, ils arrivent à la sortie de la ville, et tournent dans sur une route poussiéreuse. Là, les gorges et les yeux sont encore plus asséchés, puis David lui dit qu’ils arrivent. En effet, le portail de la scierie se dresse au bout de la route, à quelques mètres, mais à la grande déception de tous ils doivent s’arrêter net. Une ligne de flics les empêchent d’avancer plus loin. Trois rangées de Robocop impassibles et muets, armés jusqu’aux dents.
Décontenance, frustration et conseil de guerre chez les manifestants. Certains, les plus vieux, connaissent d’autres entrées. David en fait partie. Un jeune a pris un plot de la DDE comme haut-parleur. Les marcheurs se massent autour des vieux et de ce gars. Ils attendent avec impatience la solution. Les plus enragés veulent foncer dans le tas, et la fureur violente gagne de plus en plus de monde, et lui aussi. D’ailleurs, il ne peut réprimer sa haine pour les matraqueurs publics, et il ne tient plus en place. A côté de lui, Roxanne s’inquiète pour ses gosses. Les autres connards risquent de leurs faire du mal, ils sont aveugles quand il s’agit de cogner. Il s’empresse de la rassurer et lui propose de faire comme les troupeau de bisons ou d’autres bestioles, mettre les petits derrière un rempart d’adultes, une sorte d’escortes. D’autres femmes sont prêtes à protéger les gamins.
Le type au haut-parleur made in DDE s’adresse au groupe en disant qu’ils vont devoir se séparer. Un groupe va suivre David dans les bois. Les autres attendent que David revienne. Une cinquantaine de personnes, dont Roxanne, Katie et les gosses partent donc sous la direction de David. Lui reste avec le gros de la troupe, avec Jim. Un moment, il va voir le jeune mec qui a parlé.
« Tu peux m’expliquer ce qu’ils ont prévu ?
_ Ouais, bien sûr, répond le gars. Y a une porte désaffectée, dans le bois. Les flics savent pas. Le patron non plus. Le directeur est aussi ici. Il nous a passé les clés. »
Le soleil est de plomb, chacun essaie de récupérer quelques gouttes d’eau fraîche. Mais l’eau n’est plus fraîche. Il rejoint Jim et ils attendent ensemble. Les esprits s’échauffent. On espère, on écume de rage et d’impuissance, des envies de meurtres. Puis David revient, seul, et fait signe qu’on le suive. Soulagement. Dans la cour de la scierie, quelques manifestants ont ouvert l’eau et se rincent le visage. Le chef des flics les voit et comprend le stratagème, mais la grille est verrouillée. Les clés c’est le directeur qui les a, crétin. Les flics se séparent donc aussi. Une rangée s’approche de David, l’encadre. Les esprits furieux les suivent du regard, sur le qui-vive, prêt à se battre s’il le faut. Les flics veulent les clés et savoir comment ils sont entrés. David ne répond pas. Le flic se fait plus menaçant. Tout est silencieux. On attend. On serre les poings et on rassemble tout son courage. David refuse toujours de parler. Les manifestants l’applaudissent. La tension monte. Puis soudain le coup part. Le flic est excédé et brutalise David. La matraque. Du sang. Stupéfaction.
Cri de colère. C’est lui, il ne s’en aperçoit que trop tard, quand il tire le flic en arrière, lui tort le bras et lui prend la matraque. A ses côtés, Jim arrache le bouclier du flic et lui assène un bon crochet du droit dans le ventre. Il n’en faut pas plus pour que les deux parties se jettent dans la mêlée. Lui ne sait pas vraiment ce qui lui a pris, mais il ne peut plus s’arrêter. Il garde la précieuse matraque dans la main et frappe, frappe, frappe. Il entend des cris, de rage, de douleur, il sent lui aussi la douleur, le gaz lacrymo qui l’aveugle et le fait pleurer - il a retiré son T-shirt et s’essuie les yeux - , les coups qui le font pisser le sang. Au loin vient s’ajouter des sirènes. Les renforts de ces connards de flics. Il redouble d’ardeur. Le gars qu’il tient est plutôt jeune et se cache au plus profond de son armure. Peu importe. Il cogne sans réfléchir. L’autre répond, et lui continue. On le tire par les cheveux, il valse, se retourne et lève la matraque. Mais on l’entraîne en retrait. C’est Jim.
« Dégage, petit, ça va chauffer. T’es trop jeune pour aller en prison.
_ J’abandonne pas. »
Il est éberlué, il ne se contrôle plus. Tout va trop vite.
« Ecoute, Andrew. Tu vois, la plupart d’entre nous sommes parvenus à entrer. Ta réaction a crée une diversion. On rentrera peut-être même tous à l’intérieur. Viens »
Jim le prend par le bras, l’entraîne vers le portail que les manifestants ouvrent à son passage pour vite le refermer derrière lui. Lui proteste, dit qu’il n’est pas une poule mouillée et qu’il faut leur faire payer de taper sur des personnes âgées. Jim le secoue brutalement.
« Oui, peut-être, mais il faut aussi voir la réalité en face. Va te rincer et tu passeras par l’autre sortie. Promets-moi de rentrer vite fait. Tu as toute une vie devant toi, ne la gâche pas. David arrive en fin de course. Il est là pour nous. Personne ne t’en voudra d’être parti, parce que c’est toi qui a réagi le premier. »
Jim le tire sans ménagement sous les jets d’eau, le frictionne pour enlever le sang et le gaz lacrymogène qui lui brûle les yeux, lui fait signe de bien laver son T-shirt et de le remettre. Lui grogne dans sa barbe. Il voit ce qui se passe dehors, il veut y retourner. Il faut se battre jusqu’au bout.
« Promis, tu rentres chez toi maintenant ? » demande Jim.
Il relève la tête, le fixe, puis lâche un « ouais, j’te le jure »énervé. Jim l’amène à la porte, le pousse presque dehors en lui donnant les indications pour rentrer en ville.
Moins d’une heure plus tard il monte dans le car. La prof lui lance un regard désapprobateur, lui dit qu’elle convoquera ses parents, mais il ne l’entend pas. Il serre les mâchoires, obstinément, et s’assoit au fond. Craig se pose sur le siège devant lui et le dévisage. Il relève la tête.
« Quoi, qu’est-ce que t’as ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? il balance avec agressivité.
_ Rien, mec, rien… je voulais juste savoir comment s’était passée ta journée, mais si tu le prend comme ça… »
Ils se taisent. Lui se renfrogne sur son siège, colle son front contre la vitre, essaie de se calmer. Au loin, on entend encore les sirènes.
 
* * * * * * *
 
 
Il attend, assis sur un banc dans la cour, en tirant nerveusement sur sa clope. Trois types veulent le voir. Ca fait longtemps qu’ils le cherchent, il paraît. Il n’en sait pas plus. C’est Denis qui l’a mis au courant. Denis pense que ça devrait l’intéresser. Nick en connaît un. Un fan des Doors. Et Nick a aussi dit qu’ils allaient bien s’entendre. Au moins avec le fanatique des Doors. Celui-là ne peut pas être mauvais. Mais quoiqu’il en soit, il ne sait vraiment rien d’eux, et ça l’embête. Qui sont ces gens ? Il ne sait pas même quelle tête ils ont. Ca fait pas mal de points d’interrogation. D’ailleurs, pourquoi veulent-ils le rencontrer ? Qu’a-t-il de si exceptionnel ? Sa réputation dans ce lycée ? Un cancre, un vrai cas désespéré et asocial. Dans la ville ? Un ivrogne toxico, juste bon à cuver sa bière sur les trottoirs. A moins qu’ils ne fréquentent les clubs rock de Rapid City. Là-bas, on se souvient de lui comme d’un musicien un peu cinglé mais dévoué à son art.
Ca l’énerve de ne pas savoir ce qu’on lui veut, et surtout qu’apparemment il est le seul. Et puis, tout le monde est si positif - alors que lui ne comprend pas pourquoi. Qui peuvent bien être ces gars avec qui il semble si bien s’accorder d’après tout son entourage ? Qu’ont-ils de si génial à lui proposer ? Une fille ? Y a pas de quoi s’extasier. S’entendre dire « ne bois pas tant », « t’es complètement shouté » ou alors « si t’aime tant ta guitare, t’as qu’à l’épouser » quand ce n’est pas un membre d’un des nombreux groupes qu’il vénère avec qui on lui suggère de se marier, il peut très bien s’en passer. La plupart des demoiselles ne le supporte pas, et elles en ont généralement ras-le-bol de « rivaliser » avec sa musique adorée.
Alors quoi ? Une six-cordes célèbre ? Un disque rare ? Il s’impatiente. Bordel, qu’est-ce qu’ils foutent ? C’est quand même eux qui tenait absolument - et il insiste sur le absolument - à lui parler ! Sont chiants ! Il n’a pas que ça à faire ! Il doit rejoindre Craig et ses potes, après. Alors qu’ils se grouillent !
Ah, enfin. Trois mecs inconnus au bataillon ont l’air de se ramener vers lui. Il les détaille. Essayer de cerner leur personnalité, pour avoir une petite info sur ce qu’ils pourraient bien lui vouloir. L’habit ne fait pas le moine, mais enfin, bon, ça contribue à beaucoup. Le T-shirt Slayer du plus large lui fait plutôt bonne impression. Le baggi et les pics aux pointes rouges du brun lui plaisent. Et puis les longs cheveux cuivrés du dernier et ses clous aux bracelets achèvent d’attirer sa sympathie. Il est un peu mieux disposé à discuter un peu avec eux. Le trio s’arrête à quelques pas de lui.
« Haya Andrew ! » lance le porc-épic rouge et brun qui se présente et dit s’appeler Thomas Davis.
A côté de ce Davis ; le fan enveloppé de Slayer s’agite et ajoute à propos de son pote :
« Slammer pour les intimes. Moi, c’est Oliver Stavesky. »
Le hérisson slammer reprend en précisant le surnom d’Oliver. On l’appelle Olivesky, la contraction de son nom complet. Et leur dernier copain, il se nomme William Baker.
« Tu peux m’appeler Floyd » finit celui-là.
Lui les regarde sans rien dire. Ouais, OK. Il écrase son mégot par terre.
« D’où vous connaissez mon nom ? » il leur balance en se redressant.
Etonnement sur la figure des trois autres. Ca a l’air de les surprendre qu’il pose cette question. Quoi, il est si connu que ça ? Ah bon. Première grande découverte de la journée. C’est Floyd The Barber qui répond.
« Un bon guitariste et chanteur dans le coin, c’est Andrew Welk, on nous a dit. »
Tiens donc. Il a des fans. Il ne se savait pas admiré.
« Ah ? Et qu’est-ce que je peux faire pour vous ?
_ Olivesky est à la batterie, Slammer à la basse et moi à la guitare. On cherche un chanteur. »
Lui sourit intérieurement. On lui propose de faire partie d’un groupe. Il a toujours voulu monter un groupe _ de rock, cela va sans dire. C’est plus beau encore qu’un disque rare ou qu’une gratte célèbre. Mais il reste sur ses gardes. On ne sait jamais, combien ne sont que des gigolos, et eux, que valent-ils à leur instrument ?
« Quel genre de musique ?
_ Rock, évidemment. »
Un bon point pour eux.
« Et c’est quoi le rock pour vous ? » il demande encore.
_ Bah, euh… fait le Polonais. Le hard, le metal, le punk, le pop-rock à la Beatles, aussi. »
Il grimace. Restrictif, comme définition. Les autres vont-ils faire mieux ?
Le Slammer skater quant à lui fait l’inventaire des groupes géniaux de référence. Ses références ne sont pas mal, même excellentes. Mais bon, comme son pote, ça vole pas bien haut. Z’ont rien compris à la question. Ils donnent les exemples comme arguments. Ils sont peut-être encore moins attentifs que lui aux cours d’anglais ? Mais là, ça relève du bon sens, à son avis. Ces gars répondent sans réfléchir. Le dernier, Floyd, se tait. En voilà un qui a compris de quoi il s’agissait et cherche comment s’exprimer. Sympa, ce Floyd.
« Le rock…, c’est… la sincérité avant tout. Et être soi-même, finit par lâcher Floyd. C’est comme… la poésie de William Blake, tu vois de quoi je parle… »
Lui a lu aussi Blake et il le tient le fan des Doors ! Il acquiesce, tend la main à Baker et se radoucit. Bonne réponse mon gars, tout en finesse. Très bonne réponse. Il n’aurait sûrement pas fait mieux.
« OK, William. Moi, la plupart des gens m’appelle simplement Welk, ou Andrew, c’est selon les circonstances. Je veux bien faire un essai, mais tu devrais expliquer ton point de vue à tes potes, je crois. »
 
* * * * * * *
 
 
Le facteur est passé. Personne n’est rentré à la maison dans la journée. Son père a dû avoir un dîner d’affaire, sa mère a dû manger avec ses collègues, et Nick, son frangin, doit squatter devant une console de jeu chez un de ses copains. Personne n’a donc ramassé le courrier. Très bien, il va examiner tout ça… Après un milk-shake géant de sa composition, le spécial Andy assoiffé. Pour le Andrew au gosier asséché qu’il est, naturellement.
Il entre dans la maison, se débarrasse de son sac - il le lance dans le couloir, le sac touche le carrelage et glisse jusqu’à un pot de fleurs qui l’arrête en tremblant sous l’impact - , et va à la cuisine, ô combien reposante quand aucun membre de cette famille n’y est.
Le spécial Andy assoiffé a sa particularité dans le fait de ne pas contenir de lait, mais plutôt une bière bien fraîche - très fraîche - qui baigne de la glace au chocolat _ avec pépites. Certes, ça n’a plus grand chose à voir avec un milk-shake, mais c’est en mangeant un milk-shake qu’il a eu l’idée, alors, quand il a dû qualifier le breuvage…
Il se fabrique son élixir dans un grand verre, y goûte. C’est délicieux. Une fois la glace avalée, il n’a plus qu’ à boire. Il retourne à la boîte aux lettres, l’ouvre. Factures et publicités se mélangent. Il les remet soigneusement. Tout ceci n’a aucun intérêt, les factures, ce n’est pas lui qui les paye, et il n’est pas un crétin qui se laissera pigeonner par du papier brillant et coloré et des offres défiant toutes concurrences - d’après la paperasse, bien sûr, pas en réalité.
Mais que voit-il soudain ? Tiens, ça, ça l’intéresse, surtout que ça le concerne, à coup sûr. Une lettre du lycée. De Monsieur le principal, à Monsieur et Madame Welk. Il referme la boîte aux lettres, prend son verre et la fameuse missive et va s’installer sur son perchoir préféré, le toit du garage. Voyons ce que c’est.
Il défait l’enveloppe. Une jolie lettre sur du papier avec l’en-tête du lycée, tapé à l’ordinateur, pliée en trois comme il se doit et signé au bas de la main du principal.
« Madame, Monsieur, »
Une cuillerée de glace. Blablabla, formules de politesse habituelles, vraiment, quel manque d’imagination.
« …Je vous convoque dans notre établissement… » Bon, ils doivent aller leur rendre visite. Quand ?
« … un des jours suivants selon votre disponibilité : Le 28 mai à 16 heures, le 04 juin à 19 heures ou le 17 juin à 18 heures… »
Ouais. Bon. Ensuite.
« … je souhaite m’entretenir avec vous au sujet de votre fils Andrew. » Ca le concerne, il a eu raison de lire cette lettre. Puis de nouveau, les formules de politesse et enfin la signature.
Il replie la feuille de papier, avale le restant de bière. Il a très bien fait d’intercepter ça. Il sort son briquet, l’allume et approche la flamme de la lettre. Les flammes s’en emparent.
S’il l’avait laissé à ses parents, ça aurait encore fait une engueulade, et les engueulades, à la fin, ça devient lassant.
 
 
 


<< >>


Illustration réalisée par Angie C. pour ce chapitre : « tab »

Illustration du chapitre

© tous droits réservés. Le texte ne peut être reproduit sans le consentement de Angie C.

CommentairesFavoris et notificationsCorrections
  • Voir les commentaires (2)
  • Ajouter un commentaire
  • Ajouter l'histoire à vos favoris
  • Ajouter l'auteur à vos favoris
  • Activer la notification pour l'histoire
  • Activer la notification pour l'auteur
  • Signaler orthographe défaillante (0)
ImagesImpressionGestion
  • Voir la galerie (14)
  • Ajouter
  • Version PDF
  • Imprimer le chapitre
  • Imprimer toute l'histoire
Vous ne pouvez pas modifier cette histoire.
un lecteur sur cette histoire : un visiteur non connecté.
SQL : 12 - Exécution : 0.398 s. - Visiteurs : 9
Tous droits réservés sauf mention contraire.
Équipe - Changer de design - Contact - Remonter - Détails - Aide
Partenaires : Art-toon.fr - fanfictions.fr - scribeos.com - bullejapons.fr - Rou & Bou