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« Sans issue » — L'Encrier
Vous êtes ici => Accueil > Liste des histoires > « Sans issue », par Une âme malade - - - - Chapitre unique
L'histoire Ce chapitre
Publié : le 13/05/2008 à 19h48 - Mise à jour : le 13/05/2008 à 19h48 - Commentaire(s) : 2 - Lecture(s) : 59 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 1817 - Complet : oui - AMR : 13 - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 Publié : le 13/05/2008 à 19h48 - Modifié : jamais - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 59 - Mots : 1817


Un autre vieux texte, de la même époque que le précédent en fait. Je crois bien que c'est ma première tentative de travailler sur une ambiance, et donc vous étonnez pas que l'histoire en elle-même soit plutôt simpliste. -l'histoire de mes nouvelles est rarement le plus important, de toute manière-

Sur ce, comme on dit chez nous : Enjoy! ;) 


Sans issue

Résumé : Dans un laboratoire top-secret, une expérience tourne mal et un employé désemparé tente désespérément de trouver une sortie...

Sans issue
 
 
          
  L’alarme vient de retentir. Un bruit strident, à vous vriller les tympans. Le son traverse les quatre murs de la pièce exiguë pour venir créer une boule au fond de mon estomac. On nous a toujours dit que rien ne pouvait arriver ! L’alarme était presque devenue un mythe, et voilà qu’on l’entend maintenant. Je range rapidement le magazine indécent et sors des toilettes. Dehors, rien ne semble avoir changé : les murs sont toujours aussi immaculés, la même lumière artificielle sort des néons et le calme apparent est toujours là, trop à mon goût. Il n’y a personne, même, et ça, ce n’est pas normal. Je me dirige prestement vers mon laboratoire dans l’espoir d’y trouver mon chef. Je le vois complètement affolé, ses cheveux gris en bataille, rassemblant tant bien que mal ses affaires les plus importantes. Pourtant, les paillasses sont parfaitement rangées, les microscopes à leur place, tout est impeccable, la situation semble complètement invraisemblable, on dirait qu’il est en train d’halluciner.

— Que se passe-t-il ?

Il me répond avec une voix de fou, comme si l’Enfer venait de se téléporter en notre bas monde et d’envoyer sa horde démoniaque sur ce pauvre homme.

— Le département génétique ! Ils…ils ne répondent plus ! Y’a eu une explosion et…et on sait pas ! Faut fuir, vite !

— Qu’y’a-t-il de si important là-bas ?

Ça a toujours été mon rêve de bosser chez eux, bidouiller les animaux et les plantes, créer l’être parfait. Alors que là, je suis dans un laboratoire bien moins important, à travailler sur quelques malheureux microbes dont personne n’a rien à cirer, moi le premier.

— Ils…ils bossaient sur la croissance, sur l’agressivité, ils étaient proches de la fin de leur projet !

Ses yeux marron sont complètement fous, il a perdu toute lucidité. Ses mains ridées tremblent, il fait tomber plusieurs ustensiles, quelques fioles s’écrasent par terre, répandant une fumée âcre dans la pièce. Je ne tirerai rien de plus de cet homme, je décide d’aller voir ailleurs pour mieux comprendre. Ma raison me somme d’obéir à cet homme, comme je le fais depuis deux ans, mais elle n’a jamais eu une vraie emprise sur mes actions.

          
  C’est en entrant dans la salle de réunion des chefs que je me rends enfin compte de la gravité de la situation. D’ailleurs, certains d’entre eux étaient présents au moment de la catastrophe, je reconnais des silhouettes humanoïdes. Les murs sont entièrement recouverts par une espèce de lichen, des lianes ont poussé partout, tendant au maximum leurs branches pour recouvrir les murs. L’un des hommes, ou du moins ce qu’il reste de lui, s’avance vers moi, je recule immédiatement par pur réflexe. Il tente de me parler apparemment, alors je décide finalement de me rapprocher pour entendre sa voix rauque, inhumaine :

-Les plantes…explosion…va mourir, fuir, fuir !

Il se passe quelque chose de dingue à ce moment. Ses yeux se voilent immédiatement, et une liane vient se décoller de la grande table de bois verni pour venir étreindre son cou et le tuer sur-le-champ. Je ne comprends plus rien, mais je sais désormais que le vieux avait raison de paniquer, et je détale à toute vitesse, cherchant une échappatoire.

          
  C’est incroyable. Elles semblent progresser encore plus vite que moi. Les murs sont complètement recouverts désormais, y compris le plafond. Les néons ne diffusent plus cette lueur blafarde à laquelle j’avais fini par m’habituer, la pénombre a désormais envahi tout le complexe, je suis perdu dans ma propre base. Comment retrouver la sortie ? J’erre sans but pendant plusieurs minutes, avant de me trouver à une intersection en Y que je suis incapable de reconnaître au vu de son état : les portes ont été rongées par une espèce d’acide, tout comme les murs. La végétation a commencé à prendre place sur le sol, pourtant complètement aseptisé et hostile à toute forme de vie. Comment une plante peut-elle pousser sur des dalles sans aucune faille ? Comment se nourrissent-elles ? Pas le temps de tergiverser, je prends le corridor partant vers la gauche en espérant me rapprocher d’une issue. C’est peine perdue. Il n’y a rien d’autre que de la putain de verdure ici, pas une seule présence amicale. Ma curiosité (maudite soit-elle !) me pousse à poser la main sur le mur. C’est mou, je sens comme une espèce de veine palpiter sous mes doigts. Soudain, je sens une vive brûlure et je retire immédiatement ma main : un trou y a été percé, mais il a aussitôt cicatrisé. Je continue mon chemin, alors que la boule nichée dans mon estomac s’agrandit de seconde en seconde. Cependant, j’aperçois une faible lumière jaunâtre un peu plus loin, alors j’avance. La situation a encore empiré : l’atmosphère moite me fait suer, d’énormes racines et ronces me barrent la route, heureusement que la fin du calvaire approche, cette lueur d’espoir semble être une lampe torche allumée.

          
  Plus que quelques mètres, mon estomac se noue encore davantage à cause de l’angoisse, puis se retourne complètement quand je découvre la terrible réalité. Ce n’est pas un humain qui se tient devant moi, c’est une abomination luminescente. Je ne saurais même pas dire de quel animal ils sont partis pour créer ce…truc, ni même comment il a pu se déplacer jusqu’ici sans problème. Et que fait la sécurité, bordel ? La bête est grande, au moins deux mètres de haut. Je ne vois que sa carapace, car c’est elle qui produit la lumière, elle semble être d’une couleur noirâtre. La créature est bipède, mais ses jambes possèdent chacune deux pieds et deux mollets aux veines saillantes. Une créature infernale. Ses deux bras sont courts mais puissants, ses yeux de félin me transpercent le cœur mieux qu’une volée de flèches. La terreur me fige sur place, la bête se tourne vers moi et je ne peux empêcher mes cordes vocales de pousser un hurlement à vous défoncer l’oreille, qui n’est cependant rien à côté du…cri qui sort de la gueule de l’abomination. Un son grave, rauque, à vous broyer les os et les organes. Sa bouche s’entrouvre, de la bave verdâtre en dégouline, tuant instantanément le tapis de verdure sur lequel nous marchons. Ses dents sont énormes, et je pense qu’elles transperceraient sans problème mon crâne. Le contrôle de mon corps m’est enfin rendu, et je prends mes jambes à mon cou pour rebrousser chemin aussi vite que possible sans me retourner. Malheureusement, la jungle a encore proliféré à une vitesse folle. D’autres espèces sont même apparues, comme ces immenses tiges terminées par une gueule grande ouverte garnie d’énormes dents. Ma progression se fait lentement, et même comme ça je m’écorche à chaque pas. Je m’arrête soudain, haletant et mort d’angoisse. Plus un bruit. Je me tourne lentement, craignant de rencontrer une gueule béante, mais mon prédateur s’est volatilisé. Aurais-je rêvé, serais-je devenu fou ?

Et soudain, le tapis de plantes au-dessus de ma tête craque et je remarque une énorme créature me fonçant dessus. Alors en plus cette saloperie peut se camoufler ? L’adrénaline afflue en moi à une vitesse ahurissante, et je reprends ma course, ne faisant plus attention aux ronces qui me barrent la route et lacèrent mes jambes de toutes parts. Je peux sentir le souffle fétide de l’immondice derrière mon dos, ce qui m’oblige à ne pas ralentir malgré mes jambes qui me torturent et mes poumons en feu. Comment distancer une telle bête ? J’ai peur, et mes pensées vont malgré moi aux maigres choses qui me retenaient en ce monde. Je me fais soudainement mordre au mollet et je m’étale de tout mon long en lâchant quelques larmes de désespoir qui viennent servir d’engrais. La plaie a déjà cicatrisé, mais elle semble extrêmement purulente. Quel venin vient d’être injecté dans mon sang ? Je vois le monstre au-dessus de moi, triomphant. Il approche sa tête abominable de moi, je peux voir ses pupilles se réjouir à l’idée du festin qui l’attend. Et puis soudain, un miracle se produit : l’une des « plantes à gueules » se tourne vers la bête, qui pousse un cri bestial et strident, j’en déduis qu’il s’agit d’un cri de peur. Elle semble capable de produire plein de sons différents, mais tous sont aussi horribles et terrifiants. J’en profite pour me relever et échapper au funeste destin qui m’attendait, remerciant intérieurement cette saute d’humeur inattendue.

N’étant plus poursuivi, je continue mon retour en marchant, observant la végétation qui continue de se développer au-dessus, à côté et au-dessous de moi, transformant la base en véritable jungle sauvage. Bientôt, je ne distingue même plus les murs, et j’avance totalement à l’aveuglette, tentant de retrouver un semblant de chemin parmi ce labyrinthe infernal. Je repasse devant l’intersection sans même m’en rendre compte, ne voyant pas le corps ensanglanté qui se fait dévorer à quelques mètres de là. Je comprends d’un coup, en voyant ce qui reste de la table, que je viens de revenir à mon point de départ. Déjà, la faim me tenaille et la soif torture ma gorge. Je tourne la tête de tous les côtés, mais il n’y a rien à faire. Le sol tremble soudain, comme sous l’effet d’une bombe. Bon sang, c’est logique, ils vont détruire le complexe ! La panique s’empare brutalement de mon corps, et je me mets à courir vers le premier couloir que je distingue. La végétation se met à saigner ! Je vois un liquide jaunâtre sortir par à-coups de certaines veines des lianes murales Il faisaient vraiment des trucs louches dans leur bâtiment ces abrutis. Certaines plantes sont arrachées par les chocs, des racines sont fracassées. Dans le lointain, je capte un hurlement atroce qui me fige le sang et me vrille les tympans, réussissant l’exploit de me terroriser encore plus que celui entendu quelques instants auparavant. Quelle abomination est capable de produire un son pareil ? Je continue ma course, pressé par le temps et les obus d’artillerie, causes probables de cette agitation.

Le couloir que j’ai emprunté se trouve être une impasse. Je me trouve face à une espèce de mur verdâtre secoué de spasmes, il semble respirer difficilement. Peut-être aurais-je pu le forcer avec une arme, mais mes seules mains moites et mes jambes écorchées ne suffiront pas. Je rebrousse à nouveau chemin, complètement désespéré. En route, je me mets à pleurer, pensant à mes rêves de carrière, à ma fiancée qui ne saura jamais pourquoi j’ai disparu, peut-être ira-t-elle s’imaginer que je me suis tiré avec une autre, peut-être comprendra-t-elle la vérité. Tout est foutu. J’observe ce qu’il reste de mon ex-lieu de travail : des murs perforés, carrément écroulés par endroits, tout comme le plafond qui s’effrite, répandant ce qui ressemblerait presque à des entrailles sanguinolentes. Je tombe à genoux, observant cette vie grouillante qui n’a plus que quelques minutes à vivre. Au-dehors, les derniers obus sont en train d’achever leur course vers ma mort.



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