| L'histoire | Ce chapitre |
|---|---|
| Publié : le 21/05/2008 à 18h29 - Mise à jour : le 21/05/2008 à 18h29 - Commentaire(s) : 2 - Lecture(s) : 172 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 1329 - Complet : oui - AMR : Tous publics - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 | Publié : le 21/05/2008 à 18h29 - Modifié : le 21/05/2008 à 21h31 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 172 - Mots : 1329 |
Julien
| Résumé : texte écrit pour le concours "le coma" |
Où suis-je? Il fait noir. Mais pas un noir de nuit, un noir d'absence de lumière, de toute lumière. Et de bruits aussi! Où sont les bruits de la ville, de la vie? Je ne sens plus rien! Suis-je morte? Non, je ne crois pas... Je ne sais pas pourquoi mais je ne pense pas.
***
Dans une chambre d'hôpital un jeune enfant tire doucement le pantalon d'une infirmière.
- Madame! Madame! chuchote-t-il, c'est quoi cette machine?
Elle s'accroupit pour se mettre à sa hauteur.
- Tu vois, dans ta tête, il y a ce qu'on appelle le cerveau. Tu sais ça!
- Oui!
- Et bien, cet appareil permet de mesurer l'activité du cerveau, c'est à dire les moments où il travaille.
- Et si le dessin il bouge plus, ça veut dire que le cerveau travaille plus?
- Tu as tout compris!
***
Je m'éveille doucement. J'ai l'esprit embrumé, et du mal à penser. Je cherche à m'étirer. Impossible. Que m'arrive-t-il? Je recommence plus doucement. Non. C'est comme si mon corps ne m'obéissait plus. En fait je ne le sens même pas. Peut-être a-t-il bougé. Je n'en sais rien.
Je ne sens rien. Je ne sais pas où je suis. Allongée? Debout? Assise? Sur de l'herbe, des cailloux?
J'ai l'impression d'être dans le vide mais je ne tombe pas...
***
Dans une chambre d'hôpital, un enfant a les yeux rivés sur un petit écran où défilent des zigzags. Sa mère s'approche, les yeux rougis.
- Rémi... C'est l'heure de partir, il faut y aller maintenant.
- Mais maman, je surveille le cerveau de Jeanne! S'il travaille un peu plus, c'est qu'elle va peut-être se réveiller! C'est l'infirmière qui l'a dit. Et je l'ai déjà vu, les zigzags étaient plus grands tout à l'heure!
- Tu sais, ça peut prendre du temps... Et re-grandir et re-diminuer plusieurs fois avant qu'elle ne se réveille. Et puis, les visites sont terminées.
- ...
- Aller, viens...
***
Je sens des présences autour de moi. Une vague me submerge. Je ne comprend pas. Qu'est-ce que c'est? Je me sens bien. Et le noir semble moins noir...
Soudain, tout s'éteint de nouveau. La lumière, les sensations. Non! Restez! Revenez... Ne me laissez pas seule dans ce noir.
Je ne sens plus rien.
***
- Tu veux lui faire un bisou, Rémi?
Rémi fait oui de la tête, les yeux brillants de larmes. Sa mère le soulève et il vient poser un baiser salé sur la joue de la jeune fille.
- Reviens nous vite... À la maison c'est pas drôle sans toi. Maman pleure souvent et papa boude.
Puis ils s'en vont.
Sur le visage de la jeune fille, au coin d'un œil, une minuscule perle apparaît.
***
La vague est repassée, elle m'a réveillée. Comme la dernière fois, le noir s'éclaircit un peu. On dirait que le jour va bientôt se lever. Je sens à nouveau comme une présence à mes côtés. Mais plus intense. Je me délecte de cette nouvelle impression. Si ma mémoire est bonne, ça doit être de l'amour. Je me rendors dans cette idée.
Quand je me réveille, il n'y a de nouveau plus rien. Je supporte le noir en attendant les éclaircies, l'absence de sensations pour savourer celles qui me sont distillées au compte-goutte... Un parfum très léger, un murmure, une plume sur mon visage. Ces douceurs, bien que lointaines et légères, m'émerveillent, me retiennent en ce lieu par ailleurs si froid et si noir.
La vague est bien une vague. Elle passe, repasse, mais ne reste jamais très longtemps.
Depuis combien de temps suis-je là?
***
Les visites se suivent et se ressemblent. Les jours, les mois s'égrainent, les médecins sont de plus en plus pessimistes.
Julien est passé plusieurs fois, il est convaincu qu'elle le sait, alors il met à chaque fois le même parfum pour qu'elle le reconnaisse. Il lui parle, il lui caresse la joue... En ce moment, il n'y a plus que lui qui vient. Il tient vraiment à elle. C'est lui qui a décoré toute la chambre de photos pour qu'elle se souvienne au cas où elle se réveillerait toute seule, et il s'arrange pour que les fleurs de la table de chevet soient toujours belles.
***
Le noir, toujours le noir, encore le noir. Quand est-ce que ça va finir? Je sens mes forces qui s'épuisent à vouloir sentir et profiter de la moindre petite chose qui pourrait me sortir de cette monotonie...
***
Aujourd'hui, cela fera un an que Jeanne est dans cet état. Toute la famille est réunie autour de son lit et Julien est là aussi.
Le médecin explique qu'il ne peut pas la garder indéfiniment comme ça. D'autres ont besoin de ces appareils et, pour eux, on sait que leur état n'est pas irréversible.
C'est une décision douloureuse à prendre, alors il se retire de la chambre.
Julien regarde Jeanne et la trouve toujours aussi belle. Rémi s'est jeté sur le petit écran à son arrivée. Papa, pensif, tient maman dans ses bras. Elle a trop pleuré, elle n'y arrive plus.
***
Enfin! J'aperçois un petit point lumineux qui grandit à vue d'œil. Qui devient une tache, puis un grand cercle, comme l'entrée d'un tunnel. Cette lumière m'attire après tout ce noir. Elle n'est pas aveuglante tout en étant très lumineuse. Elle est belle, douce. Je ne sais pas si c'est moi qui bouge pour entrer dedans ou si c'est elle qui vient à moi. Toujours est-il que je me retrouve entourée de cette lumière. Je ne sens toujours pas mon corps mais je sais que j'avance, que je marche. D'où me vient cette certitude? Aucune idée. Et aucune importance, d'ailleurs. La lumière est belle et c'est comme si quelque chose (quelqu'un?) m'appelait au bout du tunnel...
***
Malgré l'avis de Julien qui trouve ce médecin inhumain, les parents ont décidé de l'autoriser à la débrancher. Rémi a hurlé quand il a compris pourquoi on lui enlevait sa télé, et les parents ont dû partir pour ne pas déranger les patients des autres chambres.
Seul Julien est resté. Papa a dit qu'il allait revenir.
Il est là et il regarde les infirmières s'affairer. L'une d'elle, voyant sa détresse cherche à le consoler
- Vous savez, tout n'est pas perdu, certaines personnes continuent de vivre après avoir été débranchées. Il y en a même qui se sont réveillées quelques jours après!
Mais Julien n'y croit plus. Une fois que les infirmières sont parties, il s'agenouille au pied du lit et, enfouissant sa tête dans ses bras posés sur le corps de son aimée, il laisse enfin couler les larmes qu'il a si souvent retenues.
***
Ce tunnel qui n'en finit plus... J'ai du mal à respirer. Pourtant je continue d'avancer. De cette lumière émane une énergie qui me galvanise, me porte, et me pousse à marcher encore et toujours. Je me sens de plus en plus faible mais je veux continuer. Je me bats pour ça. Je veux savoir ce qui m'appelle au bout de ce fichu tunnel!
***
Par respect pour Julien et parce que la poitrine de Jeanne se soulève encore légèrement, on l'a laissée dans la même chambre. Julien trouve que les infirmières sont bien plus gentilles que les médecins. Maintenant, il vient tous les jours et reste là, immobile, surveillant les moindres mouvements de sa douce.
***
Encore et toujours cette lumière, je ne saurais même pas faire demi-tour, je me dois d'avancer, je crois même que je commence à apercevoir le bout... Oui! La lumière qui en sort est presque aveuglante. J'avance maintenant les yeux à demi fermés pour pouvoir la supporter. Je sens que je suis arrivée. Encore un pas...
Je tombe...
Ma chute me semble interminable, et au fur et à mesure, je commence à entendre des bruits bizarres: d'abord simple murmure, ils deviennent de plus en plus assourdissants...
***
C'est comme si j'atterrissais dans mon corps. Le choc est brutal, la lumière violente. Et ces bruits! J'essaye d'ouvrir les yeux mais je ne vois que des taches de couleurs.
La couleur! Je l'avais oubliée. J'esquisse un sourire. Je sens le coin de mes lèvres qui se relèvent.
Je sens! Je me sens enfin de nouveau. J'essaye de bouger une main. Je suis faible, mais j'y arrive un peu. Je tente un murmure:
- Il y a quelqu'un?
Je ne suis pas sure d'avoir été audible. Quelqu'un entre dans ma chambre...
À peine un murmure... Un souffle:
- Julien!
© tous droits réservés. Le texte ne peut être reproduit sans le consentement de Hermine
| Commentaires | Favoris et notifications | Corrections |
|---|---|---|
| Images | Impression | Gestion |
Vous ne pouvez pas modifier cette histoire. | |