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« Sol » — L'Encrier
Vous êtes ici => Accueil > Liste des histoires > « Sol », par gunter - - - - Chapitre unique
L'histoire Ce chapitre
Publié : le 05/06/2008 à 18h47 - Mise à jour : le 05/06/2008 à 18h47 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 80 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 1268 - Complet : oui - AMR : Tous publics - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 Publié : le 05/06/2008 à 18h47 - Modifié : jamais - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 80 - Mots : 1268

Sol

Résumé : Le voyage initiatique vers l'âge adulte d'un jeune être dans un monde bouleversé.

Sol, notre dieu lumière a commencé depuis quelques jours à glisser sur l’horizon, colorant les terres de Katkya de teintes rougeoyantes. La saison chaude va bientôt commencer. Mais comme chaque année, les jeunes du village en âge de devenir adulte procèdent au rituel d’initiation. Et comme il s’agit du quinzième levé de Sol auquel j’assiste, mon devoir est d’y participer. Je ne veux pas irriter notre dieu. Sans lui la mort serait inévitable. C’est pourquoi nous devons le prier de revenir chaque année.
Mais pourquoi nous inflige t-il une vie si rude ? Pourquoi le monde ne se transforme t-il pas en cet havre de paix que nous promet la prophétie ? Nous appliquons pourtant toutes les règles que les anciens ont énoncées. Quels odieux pêchés avons-nous pu faire par le passé pour mériter de tels supplices ?
J’étanche ma soif brûlante en recueillant la rosée fraîchement déposée sur la végétation qui m’entoure. L’eau est abondante, mais si précieuse à la fois. Si la pluie venait à cesser, nous mourrions déshydratés car il ne nous resterait à boire que ces étendues d’eau salées indigestes qui entourent les terres de Katkya.
Je trouve quelques herbes grasses que j’applique sur ma peau verte et granuleuse. Cela m’évitera probablement quelques désagréables brûlures de lumière. Notre dieu sait être bon et nous apporter la vie, mais à trop paresser sous ses rayons, la mort peut nous guetter. Le cuisant souvenir de la dernière saison chaude, où j’avais tout le dos craquelé et parsemé de cloques gorgées de pus, est encore douloureux.
Un petit rongeur charognard passe à travers l’épais mur de fougère, plus pressé de trouver un endroit frais et humide que de fuir le prédateur que je suis pour lui. Bien que raide, sa chair m’aurait redonné quelques forces supplémentaires. Mais n’ayant pas été assez vif, je me contente de quelques racines acides peu appétissantes.
Après avoir gravi un versant de montagne baigné de trop chaude lumière, je me retrouve enfin sur sa partie plongée dans l’ombre, dont je vais savourer la lente et fraîche descente. Mais aucun endroit ne reste indéfiniment privé des rayons de notre dieu, et il n’est pas bon de s’attarder trop longtemps à la première température douce. Sol a déjà décrit deux cercles dans le ciel depuis mon départ, et je commence enfin à entendre le chant des oiseaux côtiers.
L’épais matelas végétal est frais sous mes pieds nus fatigués alors que je dévale la pente, pris par une soudaine hâte d’arriver à destination. Quelle vérité m’attend en ce lieu, si importante pour qu’il nous faille la découvrir par nous même ?
La dernière montagne avant cette étendue d’eau infinie se dresse devant moi. Selon les parents de nos parents, un feu liquide jaillissait autrefois à son sommet. Quelle faute avaient bien pu commettre mes ancêtres pour être punis de la sorte par notre dieu ?
Au prix de nombreuses écorchures, j’atteins enfin le sommet. Je reste là un moment le souffle coupé. On m’en avait parlé et je pensais y être préparé, mais c’est si immense. De l’eau à perte de vue. En y regardant mieux j’aperçois des animaux nageant dans cette eau limpide. Certains reposent leur corps gras sur le sable, ondulant comme de gros vers pour aller se rafraîchir dans les flots salés. Selon nos ancêtres, Sol a empoisonné cette eau pour nous punir de nos pêchés passés. Mais comment font ces créatures pour y survivre ? Sommes nous les seuls à subir cette punition, ce courroux divin ? N’avons-nous pas assez payé pour nos fautes passées. Tant de peines traversées, de remise en question et de repentir. J’en viens à douter de cette justice divine. Mais aussitôt je réalise, et honteux de telles pensées blasphématoires, je continue mon chemin la tête basse.
A la fois curieux et effrayé, je m’approche de cette eau, qui inlassablement se lève et se brise contre le sable. Les créatures grasses qui en sont issues sont heureusement loin de moi. En vivant constamment dans ce poison liquide, elles ne peuvent être qu’aussi dangereuses.
Je doute à nouveau. Est-ce bien nécessaire de m’avoir fait venir ici ? Qu’y a-il à voir ? Rien d’important. Ce n’est qu’une vaste farce imaginée par nos ancêtres pour tester notre force physique et morale.
Une forme sombre émerge soudain de l’eau, à quelques mètres, et se dirige vers moi. Un tas vert et gluant, ce doit être une plante. Mais les plantes ne peuvent se mouvoir !?
D’un geste vif, une de ses parties se détache pour tomber à quelques mètres dans les flots, inerte.
- Ces algues sont gênantes, voudrais-tu m’aider à les retirer ?
Une voix !? Cette chose parle ? Quel est cet accent étrange ? Et ce ton rocailleux !? Je …
- Tu ne m’entends pas ? Ou souffres-tu peut-être de mutisme ? Réponds-moi, fais un geste au moins.
D’où vient cet être ? Certains des mots qu’il emploi me sont étrangers. Il ne peut vivre dans cette eau empoisonnée … Est-il envoyé de Dieu ?
Il continue à s’approcher de moi, et par réflexe je fais un pas en arrière.
- Je … parviens-je enfin à répondre, tremblant.
- C’est heureux pour toi, tu n’es pas muet. Mais n’ais pas peur, je ne te ferais aucun mal. Approche plutôt pour m’aider. Cette plage est envahie d’algues, et elles me gênent dans mes mouvements.
D’un pas hésitant, j’avance, mais m’arrête aux premières gouttes d’eau roulant sur le sable.
- Cette eau salée ne te fera aucun mal, tu peux y pénétrer sans crainte. J’ai fait du chemin pour parvenir jusqu’ici, alors presses toi un peu je te prie.
- Mais … qui êtes vous ? demandé-je, loin d’être rassuré.
- Mon nom ne t’avancerait à rien. Sache juste que j’étais en ce monde bien avant la catastrophe qui força tes ancêtres à se retrancher sur cette île. Bien avant que le Soleil ne fasse tout fondre.
Le Soleil … parle t-il de notre dieu Sol ? Il ne peut dire vrai, il ne peut avoir vécu si longtemps, à moins d’être un envoyé de Sol lui-même.
- Mais … mais … bégayé-je, confus par ces paroles.
- Je t’écoute, réfléchis et poses tes questions. Si tu en as bien sûr, me répond-il.
Il a fini de se débarrasser de cette verdure humide qui s’était collée à son corps. Si ce n’est la couleur et l’aspect de sa peau, il nous ressemble. Des bras, des jambes, mais pas de cheveux. Il ne porte pas de vêtements, mais cette nudité ne m’apparaît pas gênante, tant son existence est étrange.
- Comment pouvez-vous avoir vécu si longtemps ? C’est impossible ! Et d’où venez-vous ?
- Je ne suis pas de chair et de sang comme tous les êtres vivants que tu dois connaître. J’ai été fabriqué par tes lointains ancêtres. Je suis une machine, ou comme on nous nommait au début, un robot.
- Vous … Je n’y comprends rien. Qu’est ce qu’une machine ?! lancé-je.
- Un assemblage de matériaux, fabriqué dans le but d’effectuer un travail ou des tâches précises. Mais nous avons bien évolué depuis nos premiers pas, je nous préfère le terme d’être synthétique, ou d’humain synthétique, puisque nous avons été conçu à leur image.
Bien que loin d’avoir compris ses paroles, je tente de les mémoriser.
- Humain, n’est-ce pas comme cela que s’appelaient nos ancêtres ? Que sont-ils devenus ? Pourquoi ont-il disparu ?
- C’est là une question intéressante, qui demande une explication longue et complexe. Je vais tenter de t’en faire comprendre le principal.
Il fait une pause de quelques secondes. Peut-être réfléchit-il, ou me laisse t-il le temps de remettre de l’ordre dans mes idées.
- L’être humain n’a pas disparu de la surface de la Terre. Bien que mutant, ton peuple en est un direct descendant. Mais nombre d’eux vivent encore sous la surface de l’eau, dans des cités sous-marines. Il y a quelques milliers d’années, les températures qui régnaient sur la planète étaient supportables à n’importe quelle latitude. Aujourd’hui on ne peut survivre à cette chaleur qu’en ce qu’il reste de l’Antarctique, que vous appelez Katkya depuis plusieurs générations, car le Soleil n’y apparaît que la moitié de l’année et très bas sur l’horizon.
Il se tait soudain et me fixe, attendant probablement de moi une réaction. Mais une fois de plus, je n’ai rien compris. Nos ancêtres vivent sous l’eau, la chaleur n’a pas toujours été toujours aussi insoutenable. Mais du reste, c’est flou dans ma tête.
- As-tu d’autres questions ? Cela te semble t-il clair ? ajoute t-il.
- Je … je…
- Je dois rentrer faire mon rapport. Les humains des cités sous-marines tiennent à ce genre de relations avec les peuples mutants. Selon moi elles sont une perte de temps. Donc hâte-toi. Ou ôtes moi au moins ce coquillage qui s’est collé dans mon dos.
Il se tourne et me désigne un cailloux étrange qui semble accroché à sa peau. Trop confus pour poser d’autres question, je lui retire ce « coquillage », qui s’avère être mou comme une limace de l’autre coté.
- Bon puisque tu n’as pas d’autres questions, je vais allez à la rencontre de l’homme poisson qui m’attend, tout comme toi.
Et sur cette phrase dénuée de sens, il me tourne le dos et retourne dans les flots salés. Fatigué d’avoir tant réfléchi, sans rien comprendre, je me laisse tomber sur le sable brûlant.
Sol continue sa course dans le ciel, et se reflète sur l’eau agitée qui se colore de teintes orangées. Rentrer au village me semble au dessus de mes forces, mais je devrai bien m’y résoudre si je ne veux pas mourir desséché.



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