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> Chapitre 1 : « Une pluie incessante » - 
| L'histoire | Ce chapitre |
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| Publié : le 30/06/2008 à 23h46 - Mise à jour : le 30/06/2008 à 23h46 - Commentaire(s) : 6 - Lecture(s) : 2607 - Chapitre(s) : 5 - Mots : 7098 - Complet : oui - AMR : Tous publics - Favorite de : 2 - Abonnés à l'histoire : 0 | Publié : le 30/06/2008 à 23h46 - Modifié : jamais - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 1552 - Mots : 888 |
Ce texte a été écrit par L'Un et L'Autre sur une idée originale de L'Un et L'Autre, pour le concours "A l'aubgerge du".
Même si la fantasy est le genre que l'on préfère, le registre de celui-ci est une première.
A ce propos, un avertissement : si vous être une pierre ça vous fera rire, sinon on ne certifie rien...
N'hésitez pas à laisser vos avis, commentaires, etc, que vous ayez aimé ou non !
Bonne lecture !
A l'auberge de la pluie sans fin... ou presque
| Résumé : Dans une auberge perdue quelque part se joue l'épisode le plus important de l'histoire des Deux Royaumes, une rencontre entre des héros et d'autres personnages un peu moins héroïques... |
Une pluie incessante
Il avait chevauché pendant… Et bien, il ne savait même plus. Des heures assurément, des jours peut-être, des semaines ? Non, ce n’était pas possible. Pourtant, il ne se souvenait plus quand il avait pénétré ces territoires, et moins encore quand il avait quitté les fastes et la luxuriance d’Ahifinam, la seule ville dans laquelle il ait jamais accepté de vivre.
L’image de son palais se perdait dans sa mémoire comme le soleil disparait derrière le brouillard matinal des plaines du Sevlan, à la frontière est du royaume. Ce souvenir aussi s’était estompé, il se demandait même s’il n’avait pas rêvé ces scènes, cette attente dans le froid et la peur de l’inconnu, ces tremblements alors que les premières silhouettes hostiles, effroyablement inhumaines, se dessinaient à quelques pas à peine de l’armée rassemblée en ces lieux, de ces hommes si éloignés de chez eux.
A cette époque il n’avait pas encore de foyer.
A cette époque il n’avait pas encore de nom.
Puis tout avait changé, ce matin-là précisément, et il avait acquis tout ce qu’il possédait aujourd’hui. Mais, égaré à l’extrême limite nord du monde connu, il se demandait ce qui lui appartenait encore véritablement. Son palais ? Son fils adoptif le considérait déjà comme sien. Sa renommée ? De ceux qui avaient survécu, peu étaient encore là pour témoigner. Son nom ? Dans un lieu où le vent parle mieux la langue du royaume que les humains, quelle signification émanait encore de cet unique mot qui le caractérisait le mieux ?
Keïgor… Il lui semblait que l’air autour de lui était composé de ce mot, mais que son sens disparaissait, comme une odeur qui s’évente.
Sa monture avait baissé la tête et courbé l’échine, et avait progressé à grande peine à travers l’épais rideau de pluie qui s’abattait depuis plusieurs jours. Elle l’avait mené là, en ce lieu qu’il n’espérait plus mais qu’il redoutait pourtant grandement. En temps normal il se serait arrêté avec seulement de la réticence à l’idée des lits de paille et de la piquette qu’on lui servirait. Mais toutes les circonstances qui l’avaient mené jusqu’ici le firent avancer avec une peur irraisonnée qui ne lui ressemblait pas.
L’obscurité tombait rapidement alors qu’il restait à observer les moindres détails de la bâtisse qui s’élevait à quelques pas, et qui semblait pourtant si lointaine. Elle l’était par bien des aspects de tout ce qu’il avait connu jusque là. Les gouttes d’eau dessinaient un bâtiment de bois dont toutes les planches semblaient rongées de l’intérieur, et menaçaient de céder les unes après les autres à chaque instant. Le toit devait fuir en de multiples endroits, vu le peu de tuiles qui n’étaient pas fendues ou manquantes. Non loin, une sorte d’abri beaucoup plus long que large et fermé seulement sur les côtés étroits révélait trois chevaux dont l’aspect était bien pire que sa propre monture, et pourtant il ne croyait pas cela possible une seconde auparavant. A l’un il manquait des morceaux entiers de robe qui laissaient parfois la place à des plaies infectées, l’autre avait la tête dans une avoine détrempée et pourrie, tête à laquelle il manquait une oreille ; quant au troisième il essayait avec grande peine de se déplacer, mais une blessure le faisait boiter et il manquait de s’écrouler à chaque pas. Il va sans dire qu’aucun n’avait un jeu de quatre fers complet et en bon état…
Keïgor reporta son attention sur l’auberge, dont l’enseigne se résumait à un panneau de bois illisible tombé à terre, et que personne n’avait trouvé bon de raccrocher ni même d’enlever du chemin qui s’était transformé en un torrent de boue. Il se demandait encore si les murs étaient en pierres, en bois uniquement ou même en boue. Comment un tel amoncellement de matériaux aussi disparates pouvait supporter les chocs incessants avec les gouttes d’eau, avec les rafales de vent ? Le seul élément qui tenait encore debout - et qui soutenait tout le reste - était la porte en bois, d’apparence robuste et solidement fixée sur des gonds non rouillés, ce qui était très surprenant.
Keïgor jeta un regard aux alentours, il ne vit que l’obscurité, ne sentit que les larmes glaciales des lourds et épais nuages noirs qui se fondaient parfaitement dans le décor, comme s’ils voulaient se dissimuler. La nature entière essayait d’ailleurs de se cacher : les arbres, les rochers, la nuit même. L’atmosphère était à l’image de ses pensées : parfaitement désespérée. Pourtant il restait un espoir, cette auberge qui égayait ses pires cauchemars, il allait être obligé de s’y arrêter.
L’homme qui s’était avancé jusqu’en ce lieu si reculé décida enfin de descendre de sa monture, qu’il laissa rejoindre toute seule ce qui servait d’abri aux autres, mais qui finalement ne donnait qu’un repère : deux murs et un toit, ou ce qu’il en restait. Il avait attendu de longues minutes sous la pluie, hésitant, réfléchissant à une autre solution, triant ses pensées, et il fit les quelques pas qui le séparait encore du seul endroit où il pourrait dormir, enfin…
La porte tourna lentement, et Keïgor fut frappé d’une surprise telle qu’il chancela et se rattrapa de justesse au lourd panneau de bois que constituait la porte encore ouverte.
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