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> Chapitre 3 : « Echec à Junon » - 
| L'histoire | Ce chapitre |
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| Publié : le 09/06/2009 à 22h15 - Mise à jour : le 17/03/2010 à 13h44 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 1789 - Chapitre(s) : 3 - Mots : 14690 - Complet : non - AMR : 14 - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 | Publié : le 22/01/2010 à 20h43 - Modifié : le 17/03/2010 à 13h38 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 243 - Mots : 5863 |
Merci à tous ceux qui me lisent depuis longtemps.
Merci à Moonlight pour la correction de ce chapitre également !
Echec à Junon
(Music : Debut de Final Fantasy VII Remastered Version)
Cette fois, j’ai fait une nuit sans rêve. Comme par hasard au moment où j’avais besoin de réponse. Je soupire. Je garde les yeux fermés même si je viens de me réveiller. C’était étrange : je me souviens encore avoir fermé les yeux pour m’endormir et là je me réveille, avec l’étrange impression d’avoir raté un épisode.
Dans cette grotte, j’ai perdu toute notion du temps. Mais je n’ai pas trop le temps d’y réfléchir car mon ventre crie famine. Je soulève la couverture d’un geste, enfile mes mocassins et remarque une certaine agitation, autant dans la chambre qu’en haut. J’arrive à la salle à manger, on me sert un dernier sandwich.
Tout le monde remballe dans une panique soutenue. Je retiens une jeune fille qui passait juste devant moi avec un carton volumineux dans ses bras chargés.
« Hé ! Excusez-moi, mais que se passe-t-il ?
-Nous partons ! S’exclame-t-elle, telle l’évidence même.
-Partir, mais…où ?
-À Costa Del Sol. C’est l’un des endroits les plus sûrs, actuellement, avec la majorité des héros qui y séjournent. »
Pourquoi je ne suis jamais au courant de rien ? Pour preuve, je ne sais même pas ce que je fais ici. Les héros, c’est Avalanche, par hasard ? Qu’est-ce que c’était encore cette histoire ?
« Excusez-moi, j’ai des choses à faire.
-Att…
-OUVEZ LES PORTES ! » J’entends des tréfonds du Fort.
J’accoure au trou et à l’échelle permettant d’arriver en bas et remarque un groupe d’homme. Je descends précipitamment. Tout ça ne me dit rien qui vaille. Le pire qu’il puisse m’arriver serait de rester ici. Personne ne m’a même réveillé ! Le comble.
J’arrive en bas juste pour remarquer à temps que c’était la sombre et mince silhouette de Vincent qui quittait le Fort Condor. Je me lance à sa poursuite, sans même réfléchir, et retient sa cape avant que la porte de se ferme. Aussitôt, un vent d’air glacé pénètre par l’ouverture et me refroidit de la tête aux pieds. Il se retourne d’un bloc et ne semble même pas étonné de me découvrir, juste agacé.
« Mais enfin où allez-vous ? Vous ne comptiez tout de même pas me laisser ici ??? Je lance d’une voix indignée.
-Je n’ai pas de comptes à vous rendre il me semble. Lâchez ce vêtement.
-Mais…
-Immédiatement. »
Je fronce les sourcils et soupire de façon irritée. Moi, lâcher ? C’était mal me connaître.
« Je dois vous parler.
-Nous avons assez parlé, dit-il d’un ton blasé.
-Oh, je vous en prie ! Je déclare en roulant les yeux au ciel. Arrêtez un peu ! Et c’est moi qui ai cinq ans ? Vous m’en voulez pour la moindre petite chose me concernant ! Toute cette négativité va finir par vous rendre malade. Déjà que vous êtes embourbé dans une tragique et théâtrale dépression depuis je ne sais combien de temps… »
Cette fois, c’est lui fronce les sourcils et me renvoie à nouveau ce regard venimeux qu’il ne réserve qu’à moi. J’écarquille les yeux de stupéfaction. Puis je secoue la tête.
« Pardon, roh, ce n’est pas ce que je voulais dire…pourquoi faut-il toujours que tout ce que je dise finisse comme ça ? » Dis-je en pinçant l’arrête de mon nez entre mes doigts délicats. « Ecoutez, accordez-moi dix minutes, puis je vous laisse partir. Je sais que l’emploi du temps d’un héros est chargé, je l’ai constaté moi-même. Mais, vraiment…juste quelques minutes. »
Il continue de vriller sur moi un regard intransigeant pendant encore de longues secondes avant de soupirer et de faire un geste évasif aux gardes pour leur demander de refermer la porte.
« Cinq minutes, prévient-il de sa voix grave et autoritaire.
-Très bien, alors… » Je commence nerveusement. Je regarde autour si personne ne nous écoute. Champ libre. Bon. Comment y aller avec tact ?
…
Je n’en avais pas, quel intérêt ?
« Très bien. Vous vous appelez Vincent Valentine, vous étiez Turk à la solde de la Compagnie Shinra il y a trente ans. On vous assigné à la protection de scientifiques au Manoir Shinra de Nibelheim qui menaient des recherches importantes sur Jénova, un extra-terrestre qu’ils avaient confondu avec une Ancienne, une Cetra pour être plus exacte. »
Je reprends une grande inspiration pour poursuivre d’une traite. À ce point, il avait les yeux si écarquillés d’horreur que ses sourcils disparaissaient sous son bandeau rouge épais.
« Vous êtes follement tombé amoureux d’une scientifique appelée Lucrécia, qui a préféré un chef scientifique fou, moche et décrépi à vous parce qu’il était intelligent. (Je me demande toujours comment d’ailleurs.) Préférant son bonheur au vôtre, vous l’avez laissé commettre de tragiques erreurs qui ont bien failli transformer Gaïa en énorme caillou incandescent. »
Je fais une pause pendant laquelle je me rappelle des évènements exacts qui ont conduit Vincent à là où il était. Maintenant, il était statufié, et me regardait avec ce regard vide et choqué, troublé par les souvenirs tragiques qui le hantent.
« Elle est tombée enceinte et Hôjo a mené sur elle des expériences qui ont conduit à la naissance miraculée de Sephiroth, qui abritait des cellules de Jénova. En tentant de la protéger, vous avez été tué par Hôjo, qui a mené des expériences sur vous et transformé en ce que vous êtes. »
Je prends à nouveau une grande inspiration.
« Peu de temps après, Lucrécia est morte, vous laissant défiguré et seul au monde. Vous vous êtes alors enfermé pendant trente ans dans un cercueil dans le sous-sol du Manoir, tel un vampire se repentant de ses péchés, comme vous le disiez. »
Je m’arrête, le regardant sans ciller, puis ajoute :
« Je crains que cinq minutes ne soient trop courtes pour argumenter ce que je tiens à dire.
-Vous avez toute mon attention, réplique-t-il en bougeant à peine, le regard vrillé sur moi, me transperçant de tous parts.
-Je…je vois. Alors…où en étais-je ? Oui, le cercueil. Sephiroth a grandi entre temps et est devenu un général doué dans les arts du combat, le meilleur qui soit. Un jour, lors d’une mission banale à Nibelheim, il découvrit qu’il était le produit d’expériences inhumaines et en conclut qu’il était le fils de la calamité Jénova. A tort. »
Je me gratte le front, tentant de faire le discours le plus chronologique qui soit.
« Cloud faisait parti de cette mission, en tant que SOLDAT de 3ème classe. Sephiroth en a voulu à la Shinra, aux gens qui ne le comprenaient pas, puis au monde entier. Il a voué les prochaines années de sa vie à la détruire, ou à la transformer en vaisseau pour Jénova, je ne sais plus vraiment… »
Je secoue la tête. Vincent boit toujours mes paroles, ne clignant même pas des yeux.
« Euh…Cloud a aussi été pris comme sujet d’expérience, ainsi que Zack, un des « proches » de Sephiroth. Cinq ans plus tard, il se retrouve catapulté près de Midgar, complètement déboussolé, avec la mort de Zack sur les bras. En intégrant Avalanche, ses souvenirs s’étaient mélangés à ceux de Zack et il pensait être proche de Sephiroth, ainsi que SOLDAT de 1ère classe. »
Je fais une pause, puis le pointe d’un doigt distrait.
« S’en suivent diverses aventures. Jusqu’à Nibelheim, où ils vous rencontrent par hasard. Sur un coup de tête, vous décidez de sortir de votre torture pour vous joindre à leur groupe et vous venger d’Hôjo. Ils sont peu à peu devenus des amis, en quelque sorte, bien que vous teniez à votre indépendance. Corrigez-moi si je me suis trompée. »
(Music : Anxious Heart de Final Fantasy VII Remastered Version)
Il plisse les yeux. Il est aussi immobile qu’il y a dix minutes. Il ne semble plus rien voir, à part moi, et ne me lâche pas un instant des yeux, comme si j’allais disparaître en une volute de fumée.
« Tout ça pour dire…Qu’il faut que vous croyiez tout ce que je vais dire. Lorsque je disais hier que je ne comprenais pas comment j’étais arrivée là, ce n’était pas un mensonge. Je me suis retrouvée catapultée dans le marais, comme ça, alors qu’une minute avant j’étais dans mon lycée de gosse de riche. »
Je pointe mon uniforme avec insistance mais il ne le regarde même pas. Il continue à creuser un sillon profond à l’aide de ses yeux carmin dans les miens. Son visage est fermé, son expression indéchiffrable. Je ne parle même pas de la froideur qui se dégage de lui. Je crois que je préfèrerai croupir dehors une bonne journée que me trouver à côté de lui.
« Tout ça pour dire, c’est que j’ignore totalement si tout ce que je vis est une sorte de rêve ou de délire, quoiqu’il en soit…Je suis persuadée d’être là pour une bonne raison. »
Je me sens embarrassée par son manque de réactivité. Je poursuis tout de même sur ma lancée. Je frotte ma nuque nerveusement.
« Je sais que je ne sers à rien. Je ne sais même rien faire… » Je marmonne entre mes dents. « Je ne comprends pas moi-même ce qu’il m’est arrivée. Mais je vous jure, sur mon nom, sur plusieurs générations, que je viens d’un autre monde et que je sens que je suis là pour une raison ou une autre. Ne me laissez pas de côté. Moi aussi je cherche à comprendre ce qu’il passe. »
Je soupire, la gorge sèche d’avoir autant parlé.
« Répondez juste à une question : à quelle époque sommes-nous ? »
Il laisse planer un suspense intenable, ne me lâchant toujours pas des yeux, tendu comme un arc, me surplombant une fois encore de toute sa hauteur.
« En l’an 2, 3 octobre, trois mois à peine après la résurrection de Sephiroth par les trois clones Kadaj, Loz et Yazoo. Le monde aurait dû être guéri de Geostigma par Aeris, mais…quelque chose s’est mal déroulé. La maladie s’est répandue, partout. Aux animaux, aux plantes, puis enfin aux monstres. Les gens ont commencé à mourir par dizaines. »
Il fait à son tour une pause, les yeux brumeux, comme plongé dans des souvenirs également douloureux que la mort de Lucrécia.
« Nous sommes obligés de déplacer la population restante et de les rassembler dans des villes sécuritaires, dont le nombre s’amenuise, pour éviter que la maladie ne touchent ceux qui restent. Avalanche a été éparpillé dans les différentes villes pour garantir la sécurité des différents groupes. »
Il s’arrête, reposant à nouveau un regard ferme et dur sur moi.
« Je ne faisais que vérifier s’il restait des survivants sur ce continent. Ne l’aurais-je pas fait que tu serais restée coincée ici, sans aucun moyen de défense. J’ignore pourquoi tu es ici ni pourquoi maintenant. Je sais en revanche que tu arrives en période de crise extrême, et que tu n’aurais pas plus mal tomber. »
Il plisse à nouveau les yeux en croisant les bras.
« Il est clair, en revanche, que toutes les informations en ta possession ne peuvent être ignorées. Seul quelqu’un ayant fait parti d’Avalanche aurait eu toutes les informations nécessaires. »
Il laisse à nouveau planer sur moi ce regard méfiant, cet air peu avenant, submergé de suspicions à peine voilées.
« Tu viens avec moi, jusqu’à ce que j’ai éclairci cette histoire. Avalanche et moi déciderons de ton sort… » Je m’apprêtais à répliquer lorsqu’il m’interrompt à nouveau. « Quoique tu saches. » Conclut-il. « Suis-moi. »
(Music : Mark of the Traitor de Final Fantasy VII Remastered Version)
Il fait chemin inverse et remonte l’échelle. Finalement, il s’arrête et m’attend, l’air de ne pas vouloir me lâcher des yeux. Ah là là…Je soupire. « Très bien, mais interdiction de regarder, si vous voyez ce que je veux dire. » À quoi il répond en levant les yeux au ciel, exaspéré au plus haut point. Mais enfin, j’étais quand même en jupe ! « Aucun risque. » Assure-t-il d’un ton blasé assorti à l’air ennuyé qu’arbore son beau visage.
Je grimpe sur l’échelle en premier et en jetant un coup d’œil en bas pour vérifier ses dires (effectivement, il ne daignait même lever les yeux et tapote du pied impatiemment), mon ruban se défait et mes cheveux retombent tous mèche par mèche sur mes épaules frêles. Je laisse échapper une exclamation surprise, puis finalement, hausse les épaules. Ce n’est pas comme si ça valait un élastique.
Arrivés en haut, je le suis sans faire d’histoire, ayant obtenu ce que je voulais. Nous arrivons à un stand accolé à la salle à manger. Le vendeur aussi remballait ses affaires.
« J’aurai besoin d’un revolver, voire d’une paire. Je les veux d’un petit calibre, courts, légers, avec un recul faible voir inexistant, une sécurité et un mode automatique. Je veux également les six chargeurs qui vont avec.
-T-très bien, mais ce sera payant, bredouille l’homme replet devant une description aussi précise.
-Votre prix sera le mien, réplique Vincent sans perdre une seconde. »
Le vendeur dépose deux flingues noirs simples et brillants ainsi que les chargeurs. Vincent demande également une ceinture qui irait avec et une sacoche pour les chargeurs. Le matériel sur la table, Vincent les inspecte un à un minutieusement et paye avant de se tourner vers moi, tous les objets en main.
« J’espère que, malgré l’étonnante stupidité dont tu as fait preuve dans la grotte, tu es consciente qu’il ne s’agit pas de jouets et qu’ils ne te donnent aucun droit.
-Bien sûr, pour qui me prenez vous ? Je réponds, insultée.
-Si je te surprends à faire quoi que ce soit de dangereux ou déplacé avec, sache que je n’aurai aucun mal à te désarmer et frapper à un endroit fragile et incommode… » Menace-t-il d’une voix aussi mielleuse et menaçante qui puisse être, droit dans les yeux.
Je lui lance alors un regard blasé et impatient, tout en tendant une main. Une fois qu’il fut assuré que le message était bien passé, il s’éloigne de mon visage et fourre le tout dans mes bras. Je les rattrape tant bien que mal, maladroitement, en une exclamation de « Uhoooh ! »
« Pourquoi faut-il qu’à chacune de nos rencontres, votre aversion pour moi augmente de façon inversement proportionnel au nombre de fois où j’essaie d’être agréable et arranger les choses ? » Je demande, reprenant sa phrase.
…
Sans perdre un instant, ni un regard vers moi, le tireur d’élite s’élance d’un pas vif et empressé sur la plaine désolée en direction du nord et du paysage rougeoyant. Je remonte le sac que j’avais sur l’épaule et le suit.
« Nous nous rendons à Junon. Mon travail consiste à vérifier qu’aucun survivant ne soit laissé pour compte. Je ne veux ni plaintes, ni gémissements, ni questions, ni pauses, ni ralentissements, est-ce bien clair ?
-Vous attendez vous réellement à ce que je réponde : « Non, je suis tellement stupide et avoue ma défaite face à vos capacités intellectuelles innées auxquelles je ne ferais de toute évidence jamais le poids. » chaque-fois- que vous posez cette question ? Ou encore que je réponde « Comme de l’eau de roche ! » d’un air ingénu et obéissant de sorte à vous faire plaisir et gonfler cet égo désagréable et typiquement masculin ? » Je réplique d’une traite d’un ton traînant et nasillard, la tête haute, bras croisé, faisant de mon mieux pour le suivre.
« Et c’est là toute l’étendue du désir ardent que tu éprouves à vouloir arranger les choses ? Réplique-t-il sèchement.
-Je crains que votre aversion pour moi ne cessera de grandir et s’intensifier, jusqu’à ce que mort s’en suive, et en conclut donc qu’être désagréable ou agréable avec vous n’y changera rien. Je ne vois donc aucun intérêt à me fatiguer à me plier aux codes sociaux amicaux qui importent tant au petit peuple. » Je réponds en regardant mes ongles manucurés.
Je le vois s’arrêter et faire volte-face pour me mitrailler du regard. Ses yeux auraient été des lasers, je pense sans aucun doute qu’il ne resterait plus rien de moi. Heureusement, ce n’était pas le cas. Je me surprends donc à sourire de façon innocente.
« Et je répète que je ne vous permets pas de me tutoyer. Nous ne sommes impliqués d’aucune manière qui soit et vous n’éprouvez aucune sorte de compassion à mon égard. Au risque de me répéter, il est donc peu approprié que nous parlions comme si nous étions des garçons de ferme ayant élevé les cochons dans un franc esprit de camaraderie. »
Ses yeux étaient si exorbités et furieux que je m’attendais à tout instant à ce qu’il dégaine son arme et mette fin à ma vie. Puis repartir, soulagé, le cœur léger, en sifflotant presque. Heureusement pour moi, encore une fois, son sang-froid légendaire reste fidèle à sa réputation.
« Si tu meures en chemin, et je le souhaite, personne ne te regrettera. » Articule-t-il malgré sa mâchoire tendue d’une voix d’outre-tombe en un grognement, à nouveau, presque bestial.
Il se retourne et reprend une allure plus rapide encore. Je me sens relâcher le souffle que j’avais retenu.
« Mais si voyons, ma politesse vous manquera, avouez-le !
-Hmph ! » fait-il en un rictus dédaigneux, qui prenait forme au fond de son torse.
…
(Music : Infiltrating Shinra Tower de Final Fantasy VII Remastered Version)
À mesure que nous avançons, l’atmosphère mortuaire et oppressante s’intensifie, ainsi que l’horizon flamboyant. À un moment, mon cœur se met même à tambouriner inlassablement contre ma poitrine, comme conscient du danger qui me faisait dresser les cheveux sur ma tête.
Deux heures plus tard, après une marche rapide sans aucune interruption, il lance soudainement, sans s’arrêter.
« Tes armes resteront là où elles sont, à moins que je ne t’autorise à les utiliser. Est-ce clair ?
-Oh, bien sûr, comme si je n’étais pas déjà assez inutile, quand il y aura des monstres, il va en plus falloir que je me laisse faire et crie au secours comme une pucelle en détresse. Rien n’étanche-t-il donc votre égo ? » Je rumine entre mes essoufflements.
« Ce n’est pas négociable, Anderson. Et j’attends un « Comme de l’eau de roche ! » à cette question : est-ce…clair ? » Sa voix était si grave sur la fin, modulée sur le ton de l’animosité ultime, que sa voix portait et je sentais presque ses vibrations me traverser et ébranler mon corps tout entier. Comme si ses mots avaient une réelle emprise sur moi, et emplissaient mon être de l’intérieur, le déroutant, et le faisant faillir.
Il s’arrête et me jette ce regard carmin venimeux que je commençais à connaître par cœur, et me donnait des frissons de frayeur.
« Anderson.
-Comme…de l’eau de roche… » M’arrache-t-il entre mes dents, de mauvais gré.
(Music : Trail of Blood de Final Fantasy VII Remastered Version)
Le temps s’écoule à nouveau, notre rythme est soutenu. Il me semble même que tout était indifférent à mon angoisse montante. Celle qui fait transpirer et trembler la voix, accélère le pouls et la respiration, glace le sang, tord les entrailles, rend les jambes flageolantes et les pensées confuses.
Il n’y a pas un bruit à part celui de nos pas et celui du vent. Il en va ainsi des heures entières. L’air se fait de plus en plus nauséabond, plus froid. L’ambiance effrayante. Soudain, je pose mon pied sur une terre humide. C’était…quelque chose de poisseux, comme du sang. Mes pas s’accélèrent pour s’accorder à ceux de Vincent.
Puis nous ralentissons. Nos pas se faisant irréguliers. Et devant moi, s’étale la vision d’horreur la plus grotesque de ma vie. Là, s’étend l’explication de l’horizon rouge sang : Des cadavres. À perte de vue. Démembrés. Déformés. Découpés. Dévorés. Ensanglantés. L’odeur de putréfaction devient insupportable. Plusieurs longues inspirations par la bouche me sont nécessaires pour éviter de vomir et garder mon sang froid.
Je lance un regard hagard aux yeux écarquillés vers Valentine, qui semble ne pas comprendre. Même lui semble de pas être au courant. Il semble choqué, mais semble surtout chercher une explication à comment tout cela avait pu arriver. Ses sourcils sont froncés, ses yeux fixés sur le carnage, l’air envahi par un profond sentiment d’injustice.
Brusquement, dans une panique mille fois pardonnable, je saisis vivement son bras gauche, juste avant la greffe et le serre de toutes mes forces, tandis que mes yeux balayent une fois encore le paysage digne d’un Hitchcock.
Soudain, un son mouillé se fait entendre. J’avais entendu ce son, quelques fois seulement, dans ma vie, dans ces documentaires animaliers : le même que fait un félin quand il déchiquète sa proie, le même que font les hyènes quand elles dévorent les cadavres, le même que fait un prédateur quand il entaille sa proie de ses crocs avant de la manger. Sans vergogne.
Il glace d’effroi, et pétrifie sur place l’humain qui l’entend.
Plusieurs silhouettes se relèvent, plus loin. Des bêtes, qui s’étirent, nonchalamment. Des loups. Immenses. Ils braquent aussitôt leurs yeux dorés dans notre direction, munis d’une fourrure d’un mauve sombre maculée de sang. Ils nous désignent comme étant leurs prochaines proies, malgré les dizaines jonchant la plaine et ayant largement de quoi étancher leur faim.
(Music : Crazy Motorcycle de Final Fantasy VII Remastered Version)
« Cours. » S’exclame Vincent en me repoussant en arrière avec le bras que je tenais. « COURS ! » ordonne-t-il, pour m’exhorter à reprendre mes esprits. Il dégaine son arme et tire en mode automatique. Les coups de feu résonnent à mes oreilles, perçant mes tympans, se répercutant à l’infini.
La peur me donne des ailes et je m’élance dans la direction que nous avions emprunté, Vincent marchant à reculons à mi-chemin entre le sprint et la marche rapide. Je m’arrête alors. Malgré ma peur envahissante, je n’avais pas le courage de le laisser là.
Je parcoure à nouveau l’horizon du regard, cherchant une solution et soudain, à une trentaine de mètres à notre droite, repose un modeste scooter noir renversé.
« Là ! » Je m’écrie en pointant l’objet du doigt. Au vu de la carrure des monstres, il n’y avait aucun risque qu’on puisse les distancer en courant. Du moins, pas moi.
Je jette mon corps en direction du véhicule de toutes mes forces.
« Non ! ANDERSON, NON ! » s’écrie-t-il. Il me suit néanmoins, continuant de tenir les monstres à distance. Tout à coup, alors que je n’étais qu’à une dizaine de mètres, j’entends un son étrange que je ne reconnais absolument pas. La seconde d’après, une explosion me projette au sol, deux mètres plus loin. La chaleur des flammes semblent me dévorer entièrement, bien qu’elles étaient loin.
Je me relève difficilement, mon bras devant le visage, qui m’avait protégé pendant l’explosion. Un vertige me prend et après seulement deux pas incertains, je trébuche et glisse sur le sol poisseux. « Idiote ! » J’entends près de moi. Violemment, un bras glacé entoure ma taille et me tire brusquement pour me remettre sur pied et m’entraîner dans une direction. « Vincent… » Je marmonne de façon incohérente.
Ma vue a été troublée par l’explosion, et mes oreilles sifflent douloureusement. Je ne parle même pas du choc de la chute. Vincent s’arrête finalement, après une course effrénée, et je reprends peu à peu mes esprits. Je vois qu’il avait relevé le scooter et fouillait le corps paralysé et rigidifié par la mort qui s’y trouve.
Horrifiée, je le regarde avec de grands yeux effarés. Puis, les mains tremblantes, je retire les mains entourant obstinément les manches du guidon. Je me rends compte que je pleurais et sanglotais comme une petite fille, totalement prise de panique.
Enfin, il jette le corps et enfonce la clef dans l’engin. J’enfourche sans plus attendre le véhicule. Mais soudain, une bête surgit dans notre champ de vision et le fauche, le plaquant au sol. J’entends un cri étranglé. Mes sanglots s’intensifient.
« VINCENT ! » je m’écrie en le voyant se débattre pour retirer la mâchoire du monstre fermée sur son épaule. Des coups de feu se mettent à voltiger en tout sens. La bête émet des gémissements plaintifs canins aigus. Mes mains tremblent plus que jamais. Bon sang ! J’en avais besoin plus que jamais !
Je laisse le scooter retomber au sol, sort un revolver, enlève précipitamment la sécurité avec des doigts moites et imprécis et charge. Une demi-seconde après, j’appuyais répétitivement sur la détente jusqu’à ce que Vincent arrive à se dégager en profitant de la surprise du monstre.
Il se relève d’un bloc, tenant son épaule gauche ensanglanté avec sa main humaine et avec un geste large du bras gauche, fendant l’air de haut en bas en diagonale. Les quatre monstres les plus proches s’enflamment et une explosion fauche les deux plus loin.
Sans attendre, je me jette sur le scooter, enclenche le contact tandis que Vincent monte difficilement derrière moi. Le scooter était trop étroit pour deux, et sa carrure de combattant de 1m85. Je me relève, m’assoie sur ses jambes, qu’il repositionne sans un mot sur le scooter et enfonce la pédale d’un pied pendant que je tiens le guidon.
Le véhicule s’élance à toute vitesse, pendant que je le maintiens fermement pour qu’il aille droit, malgré les embûches sur la route humide d’herbe d’herbes sèches. Le vent fait claquer mes cheveux et mes vêtements. J’ai la jupe remontée et le cœur battant à cent à l’heure. Vincent se tourne, le bras gauche serré autour de mon ventre, me laissant guider et essaie alors d’abattre les trois loups qui nous poursuivent.
Le fait de guider sans pouvoir maîtriser la vitesse m’empêche de me sentir maître de la situation, en particulier pour nous sauver.
« Prenez les rênes ! Je nous couvre !
-Je ne pense pas, non ! s’écrie-t-il par-dessus le vacarme du moteur et des coups de feu.
-Je peux le faire ! Je ne peux pas manœuvrer sans contrôler la vitesse ! De plus, je suis bien trop paniquée pour conduire correctement ! Tirer sur des monstres énormes sur une si courte portée me parait bien plus facile ! »
Il m’ignore, continuant de tirer.
« En vous tournant ainsi, vous ne faîtes qu’aggraver votre blessure à l’épaule ! Faites-moi un peu confiance ! »
Il soupire bruyamment, range son arme à sa jambe droite et m’entoure avec ses bras, saisissant le mince guidon par-dessus mes mains fines. Nerveuse comme jamais, je me retourne comme je peux sans lui boucher la vue, avec ma tête ou mes cheveux. Finalement, je passe une jambe de chaque côté sur ses jambes et me pousse du côté droit pour éviter d’obstruer sa vue.
Je ressors mes revolvers, enlève la sécurité de celui que je n’avais pas sorti, les recharge et tire en mode full auto comme un vrai bourrin sur le monstre qui s’approchait dangereusement de nous, deux mètres à peine derrière. Je plisse les yeux et me force à ignorer le sang qui battait à mes tempes et témoignait de mon angoisse.
Je me concentre, prend mon temps, et d’un geste sec, tire en pleine tête. Le loup trébuche aussitôt et roule sur plusieurs mètres avant de s’arrêter. Vincent avait déjà bien amoché les deux autres. Je vise du mieux que je peux sur les montres mais les rate plusieurs fois jusqu’à manquer de munitions.
Sans attendre, je place un flingue sous mon aisselle, ma main fuse sur ma sacoche à ma taille, prend deux chargeurs et recharge en prenant appui sur le dos de Vincent, puisque je n’avais aucune main de libre.
Je continue de tirer et cinq minutes plus tard, après des coups de feu lents et incessants pour essayer de viser, j’atteins un des loups grièvement à la patte avant. Il ralentit en trottinant, gémissant, avant de s’arrêter. Son compagnon s’arrête avec lui, les loups marchant en meute.
Finalement, je soupire et baisse mon visage. Une fatigue incroyable me prend.
« Ils se sont arrêtés. » J’informe Vincent.
Il ne répond pas et je remarque pour la première fois le sang dégoulinant sur ma jambe, depuis son épaule gauche. Je recule mon visage et tient mes cheveux en les plaquant contre ma tête, armes toujours à la main. Nous étions à dix centimètre de distance à peine. Je le dévisage. Il transpirait et il déglutit difficilement. Il avait encore pâli entre temps, comme si c’était encore possible.
« Ça va aller ? Votre blessure…Ça a l’air grave ! » Je m’écrie pour couvrir le vent et le scooter.
Il prend une inspiration laborieuse, l’air concentré sur la route, à toute allure.
« Contentez-vous de nous couvrir et de surveiller les horizons. Il pourrait y en avoir d’autres. »
Je l’observe fixement. Il n’a pas l’air d’aller bien du tout.
Je me force à ne rien dire, ni faire, en me disant qu’en sécurité, nous aurons le temps de nous occuper de ce qui pouvait attendre en cet instant.
…
(Music : On that Day Five Years Ago de Final Fantasy VII Remastered Version)
Lorsque nous arrivons à Fort Condor, les lieux semblaient inhabités depuis des lustres, alors que nous y étions le matin même.
« Abrités à Costa Del Sol, sûrement. »
Malgré mes jambes tremblantes et ankylosées, je donne un grand coup de pied dans la porte mais cela n’a fait que me l’amocher.
« Aaaaaaaaaaaaaaaaaïe ! »
Vincent hoche la tête négativement, en soupirant et en levant les yeux au ciel.
« Aucun commentaire. » J’ordonne, une fois que j’avais arrêté de sautiller en tenant mon pied, grimaçante.
Il me lance son habituelle œillade blasée et sort ce qui semble être un PHS, à en juger par l’apparence du téléphone portable. La joie de pouvoir rencontrer un autre membre d’Avalanche était totalement gâchée par le fait que sa cape était à moitié trempée de sang.
« Cid…Je suis à Fort Condor. Il y a eu un empêchement à Junon dont il faut que je parle. » Pause. « Je comprends, à quelle heure ? » Une courte pause. « Sans faute. » Il referme le clapet d’un coup sec et le range dans une poche arrière, là où il était. Il me regarde alors avec un air ennuyé. « Nous sommes obligés de rester ici pour la nuit, jusqu’à que Cid vienne nous chercher en aérostat. »
Cid ! Non, attendez, je ne pouvais pas m’exciter pour l’instant. J’étais paralysée : nous deux, seuls, pour la nuit… Avec tous ces monstres dehors, peut-être même déjà ici…
Vincent défonce la porte d’un coup de pied salutaire et j’entre avec le scooter, toujours nerveuse. Il barricade à nouveau la sortie et monte à l’étage, à ma suite. Je laisse le scooter en bas, sans scrupule. Arrivés en haut, il cherche ce qu’il reste de l’endroit alors que je m’assois à la table du réfectoire pour réfléchir.
Je suis littéralement éreintée. Je fixe le vide, relatant tout ce qui venait d’arriver, ne réalisant pas encore qu’on s’en était sortis en un seul morceau. Que nous étions maintenant à Fort Condor. Je l’entends s’asseoir sur un banc à une table se trouvant dans mon dos. Il avait enlevé sa cape et son haut était fendu, déchiré.
Je me retourne lentement, comme diminuée. Une lueur verte reliait sa main à sa blessure, et illuminait la pièce. Après de longues minutes, il s’arrête et étire son épaule, comme pour en tester la maniabilité.
« Ça va aller ? » Je demande d’un ton peu rassuré.
Il se tourne vers moi, pivotant sur son banc, tâtant toujours son épaule, curieux.
« Tu as l’air de tout savoir. Tu devrais deviner que mes capacités en magie me permettent de me remettre de n’importe quelle blessure, sans oublier une guérison rapide. » Puis il plie et déplie distraitement sa greffe. Je continue néanmoins de le regarder, pas tout à fait convaincue. « Ce corps est une machine. » chuchote-t-il.
Je me sentais bizarre, comme étrangère à moi-même. Le regard vague, je soulève les pans de tissus déchirés et découvre la peau pâle, bien que souillée de sang, totalement guérie en dessous, comme si rien n’était arrivé.
Je fixe alors mon regard dans le vide. J’étais si sale et courbaturée. J’avais tout le flanc droit qui me faisait énormément souffrir lorsque j’avais atterri au sol pendant l’explosion. Je ne parle même des traces de sang qui sont toutes de différentes origines : lorsque j’avais trébuché au sol, le sang de Vincent qui avait coulé pendant tout le trajet. De l’autre main, de façon distraite, je laisse retomber mon sac sur le banc, à côté de Vincent.
« Vous m’avez encore sauvé. Merci. Je vous demande sincèrement de me pardonner pour votre blessure à l’épaule. » J’annonce de façon machinale.
« Nous nous en sommes sortis. C’est l’essentiel. » Répond-t-il tout aussi machinalement. « Tu t’es bien débrouillée, là-bas. Chercher un véhicule était effectivement une bonne idée.
-Merci mais tout le mérite vous revient. »
Je rebaisse à nouveau les yeux pour croiser ses yeux. Il me dévisageait, l’air de m’inspecter.
« Je n’ai rien, grâce à vous. L’explosion m’a juste surprise. » Je regarde une dernière fois son épaule pour m’assurer que j’avais bien vu et qu’il était bel et bien guéri. « Encore merci. » Je laisse tomber le tissu et me détourne sans même croiser son regard, en soupirant.
Je m’éloigne alors de quelques pas, encore secouée par ce que je venais de vivre. Je ne cesse de me demander si l’apparence des monstres était normale.
« Les monstres…
-Geostigma, répond-t-il à ma question muette. C’est l’effet qu’a eu la maladie sur les monstres. Tout cela est encore très récent, mais la vitesse à laquelle se répand la maladie a suffit à les transformer jusqu’au stade final, déjà. »
J’hoche la tête de façon absente, sans savoir s’il le verra ou pas.
« Vous vous trompez, vous savez. Vous êtes très beau, et ce corps est magnifique. Différent, c’est sûr. Mais en tout point parfait. Bien qu’il n’ait pas su satisfaire une certaine femme à l’époque, je susurre pour éviter de prononcer son nom et apporter un autre lot de tristesse. Aujourd’hui, il contenterait avec joie des centaines d’autres. »
Je tourne la tête dans une autre direction, l'esprit éreinté et le regard vide et vague.
« Pas comme moi. » Je me dirige ensuite vers la salle des douches féminines, en espérant qu’il restait de l’eau. « Vous retrouverez quelqu’un qui vous fera changer d’avis, j’en suis sûre. »
Comment trouvez-vous ce chapitre 3 ??? L’histoire avance hein !
Sur word, ça fait 12 pages, au fur et à mesure, je rajoute une page, donc les chapitres seront de plus en plus longs…et oui ! C’est bien non ?
Merci à tous ceux qui m’ont lu!
<< à suivre...
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