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« C.H.E.F. » - chapitre 1 : « Épisode 1 : La rentrée culinaire - Partie 1 : Boucherie préliminaire » — L'Encrier
Vous êtes ici => Accueil > Liste des histoires > « C.H.E.F. », par C.H.E.F. - - - > Chapitre 1 : « Épisode 1 : La rentrée culinaire - Partie 1 : Boucherie préliminaire » -
L'histoire Ce chapitre
Publié : le 22/01/2010 à 06h34 - Mise à jour : le 28/01/2010 à 01h34 - Commentaire(s) : 2 - Lecture(s) : 1021 - Chapitre(s) : 2 - Mots : 3531 - Complet : non - AMR : Tous publics - Favorite de : 1 - Abonnés à l'histoire : 0 Publié : le 22/01/2010 à 06h34 - Modifié : le 22/01/2010 à 15h52 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 776 - Mots : 1778

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(c) Marc-André Simard et Jasmine Manseau Khan


C.H.E.F.

Résumé : Héros-type de toute aventure, Jonas cherche son père perdu, ambitionne d'être le meilleur chef au monde et se bat contre un très méchant vieil homme Russe. Place à la bouffe, à l'amitié, à la compétition et au mélange des cultures!

Épisode 1 : La rentrée culinaire - Partie 1 : Boucherie préliminaire

Beurk! Ça commence bien.

Bon, retiens-toi, Jonas, c’est pas la fin du monde… Je tremble quand même.

Même si c’est tranquille. Pas un mot, pas un souffle (heureusement!). Vulnérable créature à ma merci. Focus, Jonas. Contrôle… OK, un couteau. Le plus long. C’est beau, il va pas te crier dessus, il va se laisser – tout – doucement – transpercer… Voilà.

Wouaah, ça coule! Un filet de sang, ça sent la mort fraîche, et c’est moi le découpeur! Pouah, c’est insupportable! Un peu de bile qui grimpe dans l’œsophage. Du calme, du calme. Tout va bien.

Boulot de tueur, va! Et qu’est-ce que je fais avec ça? C’est dégueulasse!

Ah oui, le foyer… On efface toute trace de violence, hop! De la fumée pour rien, maudite chose. De la fumée sans feu! Hé? C’est pas supposé l’achever, ce truc?

Grésillement. J’en ai des frissons. Je le bouscule avec la pointe de mon arme. Retourne-toi, allez…

Il ne se passe rien. Autres provocations pointues contre la chair brûlante de l’innocent. OK, ça va faire. Tasse-toi du feu, t’es peu ragoûtant encore. Je le retire, j’ai des gants ignifuges qui me vont mal, je ne cadre pas dans le rôle du bourreau.

Crépitement douteux en direction de la victime. Quoi? Oh, non! Trop tard, trop tard… Je transpire. Quel grossier cadavre. Je vais te refaire une beauté, si t’es toujours récupérable… Pas de panique, d’accord? Jonas, souffle un bon coup. Pffuh, dégueu, atroce.

Couteau revient en charge. J’y vais. Trrraaanche, glisse, trrraaanche, force, force, c’est coincé! Ah, et laisse-le pourrir, Jonas! Non, non. J’peux pas laisser ça de même… Hachoir, oui! Hachons-le, tchak-tchak-tchak, pas de stress, héhé, coupe-coupe, trrr-tchak!

Touche finale, pour camoufler les dégâts : un brin de verdure. Joli… ou presque.

Cachons cette horreur et attendons le verdict.

Maître Kobe semble perplexe devant le plateau que je lui tends. C’est pas ma force, et ça le surprend. Il en cherche les odeurs-clé, je le sais. Eh bien, j’ai négligé l’assaisonnement. Malheur.

- Hum… Monsieur Poissant. Que dois-je reconnaître là-dedans?

- Un, (je déglutis) un filet de bœuf sur le grill, avec… épinards.

- Et, il n’y a pas de sauce?

- Heu, non, désolé, Chef.

- Pardonnez mon indiscrétion, monsieur Poissant, mais, serait-il temps que le stress cesse de vous servir d’excuse pour nous offrir des plats, disons… à risque? Ces vacances estivales ne sont-elles pas suffisamment reposantes? Je vous le dis amicalement, mais, la barre sera plutôt haute en cette session décisive, sachez-le.

Sans attendre de réponse de ma part (de toute façon, je n’avais rien pour me défendre), l’expert en fine cuisine japonaise plante une fourchette indulgente dans mon bovidé ensanglanté. Ça gicle un peu, je serre les dents, yeux plissés appréhendant le pire. Le voilà qui mastique. Patiemment, en grande réflexion. Il prend son temps. Longtemps.

- Hum… c’est, comment dire, plutôt simple. Vous avez laissé la viande crue, choix étrange. Pas de sel, pas de poivre… Une surface carbonisée, difficile à apprécier du premier coup. Les épinards forment un accompagnement, heu… inhabituel.

Son regard se fixe enfin à ma hauteur. Ça y est, que s’abaisse le couperet!

- Création minimaliste, mais création tout de même. Monsieur Poissant, vous me voyez étonné de la texture et de l’arôme du charbon en parfait accord avec le goût terreux de vos légumes. Le jus, enfin, le sang, tout bonnement, quelle ambiance! Quelle surprise! On y retrouve l’influence indéniable de votre père. Vous pouvez en être fier… Je vous accorde un remarquable quatre étoiles et demie.

Je n’y comprends rien, mais je souris largement, tout en sueur. « Merci, merci, chef! »

Maître-chef Kookin Khan prend place à la table, son interminable natte évitant de justesse de se balancer dans son assiette. Elle est plus rapide dans ses gestes et décisions. Elle juge mon plat « simple, naturel et organique » et s’empresse de relever « cependant une absence de sauce ne permettant pas à l’expérience de se transposer à l’ultime niveau sensoriel », peu importe ce que cela signifie. Quatre étoiles, cette fois. Incroyable…

Au tour de maître Renart. Le dédain se lit sans difficulté sur son visage… Mauvais signe. Il est d’ailleurs le seul chef de l’Académie à critiquer ce que je fais plus sévèrement et, avouons-le, plus personnellement. Selon lui, ma cuisine « en est une de fortune dans tous les sens du terme ». Bon, il n’a pas entièrement tort… La plupart de mes plats sont, en effet, le fruit de coups de chance inexplicables. Seulement, je crois pouvoir affirmer honnêtement que je ne suis pas mauvais, et que j’excelle dans mon domaine, soit celui de la poissonnerie. Et la viande terrestre me rend un tout petit peu nerveux. Mais retournons à nos moutons… ou bouts de bœuf massacrés…

- Tiens donc, commence-t-il, savourant presque ma déconfiture. Un autre de vos… chefs-d’œuvre, monsieur Poissant.

- Oui, chef, c’est un filet de b—

- Bœuf sur lit d’épinards. Merci, je ne suis pas aveugle, mon cher. Il y a une raison qui m’amène à ne pas carrément refuser d’approcher votre repas : l’intérêt mystérieux de mes collègues face à cette… création.

Ses ustensiles rassemblent un échantillon qu’il fait glisser impeccablement entre ses lèvres. Quelques secondes de mastication. Puis il reprend :

- Bien, oui. Mais rien de plus. Fade, manque une panoplie d’éléments essentiels. Pourtant, je ne peux vous en vouloir – je ne peux non plus m’expliquer mon comportement, mais… Il est vrai qu’il se cache du Salomon Poissant là-dedans. Jonas, ceci mérite trois étoiles.

Eh bien! Voilà qui me soulage… Maître Renart qui en vient même à m’appeler par mon prénom! À présent, mon dernier juge, maître Al Dante, chef prisé de la communauté italienne locale et mondiale. Je me rappelle ses succulentes salades et frémis malgré moi…

- Aucune épice? Impressionnant… Hum…

Les éloges que je reçois de ce maître sont encore une fois honorables et surprenantes. Il me donne quatre étoiles, ce qui me fait un total de quinze étoiles et demie. Que trop fort!

Étapes une et deux, terminées! La troisième arrive. En fait, cette évaluation sans préambule, à froid, le matin même de la première journée d’école, nous a tous pris de court. Alors que le corps professoral se regroupe pour discuter de nos performances, l’excitation des élèves est palpable. J’ai eu ma part d’anxiété tout à l’heure, donc je tente de penser à autre chose. Je parcours la salle des yeux, à la recherche de visages connus. Je m’arrête cependant sur quelqu’un qui m’est tout à fait étranger – oh, c’est une fille – très discrète – cheveux noirs, aux épaules – assise en tailleur, par terre – silence et aura de sobre indifférence… On m’appelle pourtant à l’autre bout de la foule. « Joooo! Qu’est-ce que tu fous, viens ici! » Ah ouais, c’est Liv qui piétine d’impatience, et Précieux qui me lance un regard découragé, les bras croisés. En route, Jonas.

Je bouge d’un centimètre et des portes s’ouvrent au passage intimidant de nos quatre enseignants visiblement satisfaits de leur séance de délibération. Kookin Khan nous salue en s’avançant vers le micro qui couine presqu’imperceptiblement sous le choc de sa voix enjouée.

- Silence! S’il-vous-plaît, mes chers! Voilà… Nous sommes maintenant en mesure de révéler les équipes de cette présente session. Ce n’est qu’après ce dévoilement que vous saurez qui d’entre vous a remporté le petit challenge d’aujourd’hui. Ça vous va? Oui, je sais… OK, enregistrez bien car je vais vous le dire assez vite : équipe A, chef Manu, sous-chefs Jude et Isabelle – équipe B, chef Xin, sous-chefs Esther et Ronnie – équipe C, chef Jonas, sous-chefs Dio et Liv—

- Pardon?! (Dio en personne se révolte assez fort pour que toutes les têtes tournent vers lui. Moi-même, je crois ne pas avoir bien entendu&hellip

- Oh, désolée! (Kookin Khan tire sur ses cheveux, mine agacée, et reprend son énumération sans plus tarder, au grand soulagement de Dio, Liv, moi-même et quelques autres.) J’ai fait erreur – un lapsus, bref! L’équipe C est comme suit : chef Jonas, sous-chefs Précieux et Liv, puis, conclusion évidente pour l’équipe D, le chef sera Dio, avec sous-chefs Quesa et Dilla. Voilà. Parfait, non?

Chaque élève pétille et l’ensemble du groupe se brasse et explose. Pouf! Trop de joie, trop de hâte!

- Yessss! (Précieux manque de me soulever de terre, expressif pour les rares fois de sa vie.) J’ai tellement sué quand j’ai cru que Dio… bah, j’y pense plus, là! On oublie ça!

- Ouais, qu’il garde ses chix pour lui, on a pas besoin de ça, rigole Liv en nouant sa queue de cheval. Jo, PB&J, une année de plus à tripper avec vous!

Je suis super heureux, mais je repense à la nouvelle fille qui dirigera Esther et Ronnie, que je connaissais déjà. Elle m’intrigue de plus en plus. Et elle ne sourit même pas, elle hoche la tête en serrant la main de ses coéquipiers… Ça s’annonce froid.

Le micro fait des siennes, le temps qu’on se taise et qu’on prête attention au retour de chef Khan.

- J’arrive avec le résultat du concours! (sourire éclatant qui se perd en grimace gênée) Oui, bon, nous avions omis de vous le dire, par choix cependant. Ne soyez pas fâchés. L’élève qui nous a le plus impressionnés tout à l’heure aura la chance inouïe de faire partie du jury – aux côtés des réputés Carol Murphy et Adams Lag – lors du combat C.H.E.F. de cet après-midi, auquel nous vous avions tous convoqués en tant que public averti! Vous aurez donc tôt fait de conclure que, manquant à son habitude, votre directeur Raymond Garos ne présidera pas au jury, étant donné qu’il combattra lui-même contre Tchekov, un maître-chef de l’Académie d’Europe de l’Est!

Oh, que je sens de fébrilité parmi nous… Juger Raymond Garos? Vraiment? Et qui serait digne de ça, à notre âge? Kookin Khan ne laisse pas le suspense nous tuer trop longtemps :

- Sur ce, félicitations à mademoiselle Xin Mei Li! Quel agréable cadeau que de te recevoir dans notre établissement, chère! Prenons la peine de te présenter plus convenablement au reste des finissants, voulez-vous… Xin a récemment emménagé à Montréal, pour causes familiales. Elle étudiait à l’Académie C.H.E.F. de Toronto, et nous paraît prometteuse à souhait sur tous les fronts culinaires! Allez, bonne chance, bonne session et bonne bouffe!

Tempête d’applaudissements jaloux, sincères, exagérés et reconnaissants. Kookin interrompt la folie en faisant involontairement hurler le microphone :

- Ah! Navrée, chers élèves! Enfin, n’oubliez pas de ramasser vos uniformes à la salle B-102! Les nouveautés vous enchanteront!  



La suite jeudi prochain.


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